L'histoire repasse les plats. Il y a six ans à l'Euro 2000, grâce à une victoire acquise par 2 buts à 1 en demi-finales, les Bleus s'étaient érigés en tourmenteurs de leurs adversaires lusitaniens. Si à l'époque, il s'en était réellement fallu d'un fifrelin (la victoire française s'étant finalement dessinée sur un goal de Zinédine Zidane à la 117e minute sur penalty déjà), ce coup-ci la victoire des Coqs n'aura pas souffert la moindre discussion.
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L'histoire repasse les plats. Il y a six ans à l'Euro 2000, grâce à une victoire acquise par 2 buts à 1 en demi-finales, les Bleus s'étaient érigés en tourmenteurs de leurs adversaires lusitaniens. Si à l'époque, il s'en était réellement fallu d'un fifrelin (la victoire française s'étant finalement dessinée sur un goal de Zinédine Zidane à la 117e minute sur penalty déjà), ce coup-ci la victoire des Coqs n'aura pas souffert la moindre discussion. De Ricardo à Luis Figo en passant par Deco, on n'a pas reconnu ces individualités et, surtout, ce collectif qui avaient permis au Portugal de se hisser à nouveau en demi-finales de la Coupe du Monde 40 ans après la génération dorée des Eusebio et autres Mario Coluna. Pourquoi les troupes du coach Luiz Felipe Scolari ne sont-elles pas allées au bout de leur rêve ? Une tentative d'explication en cinq points. Les Français n'ont jamais réussi aux Portugais. Avant leur confrontation, mercredi passé, les Tricolores l'avaient emporté à 15 reprises en 21 rencontres. Leur ultime défaite remontait, ni plus ni moins, au 26 avril 1975, à Colombes (0-2). Depuis lors, ils avaient triomphé à 7 reprises, notamment à l'occasion des grands rendez-vous internationaux. Car avant leur victoire à Bruxelles, dans le cadre de l'EURO 2000, ils avaient déjà maté le même opposant en demi-finale de leur propre organisation, le 23 juin 1984 à Marseille : 3-2 après prolongations. " Les statistiques ne m'ont jamais fait peur ", s'était exclamé l'entraîneur brésilien de la Seleccao la veille de la rencontre. Il est vrai que Felipao n'aime rien tant qu'à leur tordre le cou. A peine avait-il repris le onze lusitanien en mains, le 29 mars 2003, qu'il mettait fin à une suprématie longue de 37 ans de ses compatriotes face aux Portugais, victorieux par 2-1 grâce à un coup franc transformé par un nouveau venu dans l'équipe : Deco. Par la suite, Scolari mit fin aussi à une très longue disette face au frère ennemi de la péninsule Ibérique, l'Espagne. Il n'empêche que chez les rescapés de l'EURO 2000 comme Figo, le traumatisme était toujours bel et bien présent. La victoire française s'est soldée par un goal signé Zizou sur penalty, comme en 2000. En ce temps-là, les buts portugais étaient encore défendus par Vitor Baia, qui a dû s'effacer quatre ans plus tard, à l'occasion de la phase finale organisée au pays, au profit de Ricardo. Son principal fait d'armes, au cours de cette compétition, aura été son extraordinaire feeling dans l'épreuve des tirs au but. En quarts de finale, face à l'Angleterre, il avait d'abord stoppé l'envoi de Darius Vassell avant d'offrir lui-même, dans la foulée, le 6-5 et la qualification à ses couleurs. Dans cette même spécialité, le portier du Sporting Lisbonne s'était illustré contre les mêmes Anglais en Allemagne au stade des quarts de finale. Seul Owen Hargreaves était parvenu, de très peu, à tromper sa vigilance, alors que Frank Lampard, Steven Gerrard et Jamie Carragher avaient tous, buté sur lui. " Tous ceux qui tirent un péno voient le diable dans mes yeux ", expliquait-il après coup. Tous, sans doute, excepté Zinédine Zidane, qui ne se sera pas fait faute de le crucifier. Certes, le keeper portugais avait choisi le bon coin. Mais il n'y avait pas grand-chose à faire sur le tir du maître à jouer de la France, qui s'était exécuté avec un tout petit élan. Comme six ans plus tôt à Bruxelles. Et dans le même coin ! Onze joueurs étaient sous la menace d'une suspension pour la finale... ou pour la consolation, en cas d'avertissement. Dans le camp portugais, il s'agissait de Maniche, Figo, Ricardo, Nuno Valente et Ricardo Carvalho. En face, il en allait là de Zidane, Franck Ribéry, Patrick Vieira, Lilian Thuram, Louis Saha, de même que Willy Sagnol. Cette crainte a-t-elle réfréné les ardeurs ? Tout porte à le croire, car le match aura été empreint d'une grande correction, exception faite d'une très vilaine intervention de Carvalho sur Sylvain Wiltord, logiquement pénalisée d'une carte jaune en fin de match, au moment où les carottes étaient cuites. Idem pour Saha, coupable d'avoir repoussé le ballon et qui était donc bêtement privé de l'apothéose. La peur du gendarme aura eu pour effet de voir pas mal de protagonistes jouer contre nature dans ce match. C'était perceptible à la fois à l'arrière, chez les Portugais, avec une grande liberté de man£uvre laissée aux deux flancs français, Ribéry et Florent Malouda ainsi qu'à Zizou, peu ou prou gêné par les deux cerbères du milieu que sont Maniche et Costinha. La manière d'opérer des Lusitaniens avait de quoi laisser perplexe. Surtout côté français où on s'attendait à un adversaire truqueur et provocateur, comme il en avait été plus tôt dans l'épreuve, aussi bien face aux Pays-Bas (un match soldé par 16 cartes jaunes et 4 rouges) que contre les Anglais, où Wayne Rooney n'avait pu garder son sang froid face à l'impétuosité adverse. Dix fautes au total pour les Portugais contre quinze côté français : au bout du compte, c'était en quelque sorte le monde à l'envers. Scolari : " Aujourd'hui, je n'ai pas reconnu mes joueurs : ce n'étaient pas des guerriers mais des moutons ". Le coach brésilien ne croyait évidemment pas si bien dire. Jusqu'alors, dans cette compétition, le Portugal n'avait jamais été mené à la marque. Dès lors, beaucoup se posaient la question de savoir comment les Lusitaniens allaient réagir le jour où ils devraient revenir au score. La réponse, on l'aura eue contre la France, qui avait pris l'avance après une bonne demi-heure. Un peu contre le cours du jeu, à vrai dire, car durant la première vingtaine de minutes, surtout, c'étaient les Lusitaniens qui s'étaient montrés les plus menaçants, sur un tir de Deco notamment, repoussé in extremis par Fabien Barthez. Petit à petit, toutefois, les Tricolores étaient parvenus à équilibrer les échanges avant de bénéficier d'un coup de réparation mérité pour un accrochage de Ricardo Carvalho sur Thierry Henry. A partir de ce moment-là, et tout au long d'une deuxième période quasiment à sens unique, les hommes de Scolari auront fait le siège du camp français. Mais sans arriver à créer le moindre danger. Leur meilleure occase, finalement, aura résulté d'un coup franc de Cristiano Ronaldo mal négocié par le keeper français, tout heureux de voir la reprise de la tête de Figo filer au-dessus de la transversale. Pour le reste, rien ou très peu. Disposée pour la troisième fois de rang en 4-4-1-1, l'équipe de France a pour le moins gêné aux entournures son homologue portugaise, comme elle l'avait déjà fait avec l'Espagne d'abord, puis contre le Brésil. Miguel et Nuno Valente, les deux flancs portugais, bien muselés par Ribéry et Malouda, ne purent jamais porter le danger dans le camp opposé. Quant au trio formé de Figo, Deco et Cristiano Ronaldo, obligé de jouer juste et bien, non plus en contres mais dans des espaces restreints, il s'empêtra à qui mieux mieux dans la toile d'araignée tissée par la défense des Coqs, et par leurs deux milieux défensifs, Vieira et Claude Makelele. Depuis le début de l'épreuve, le Portugal s'est présenté dans une configuration en 4-2-3-1 avec le seul Pedro Miguel Pauleta en pointe, soutenu par le trio offensif précité. Comme la France à l'entame de la compétition, en quelque sorte, à cette nuance près qu'en cours de route, Zidane s'est extirpé de la deuxième ligne offensive qu'il composait avec Malouda et Ribéry pour officier comme soutien direct de Henry. Une association qui a eu manifestement du bon car depuis cette nouvelle donne, la France a trouvé à la fois son équilibre, sa voie et sa percussion. Avec, comme cerise sur le gâteau, ce but contre le Brésil de Titi résultant d'une passe de Zizou. La première en 56 matches communs, aussi incroyable qu'il n'y paraisse ! Face au Portugal, c'est une fois de plus ce duo qui se sera révélé déterminant : l'attaquant d'Arsenal en provoquant le penalty qui décida de l'orientation de la rencontre et le milieu du Real en étant l'exécuteur des hautes £uvres. Contre le Portugal, avec ses trois buts et le danger de tous les instants qu'il représenta, Henry prit ses distances par rapport à Pauleta, dont le compteur est resté bloqué à un seul et maigre petit but, inscrit dès le premier match, contre l'Angola, après quatre minutes de jeu à peine, sur passe de Figo. Complètement muet en 2004, on pensait le buteur du PSG enfin lancé dans un rendez-vous majeur, lui qui restait sur des chiffres intéressants : meilleur réalisateur en qualifications, avec 11 buts réussis sur les 35 de ses couleurs, plus un titre de meilleur buteur en Ligue 1 française avec 21 goals. Mais après cette entrée en fanfare contre l'équipe africaine, il a bien fallu déchanter avec lui : plus aucune rose et, hormis un assist à Maniche, contre les Pays-Bas, plus rien. Sorti à la mi-temps face à la Hollande, il avait été retiré après une heure contre l'Angleterre en n'ayant pas décoché le moindre tir cadré. Idem face à la France, d'ailleurs, ce qui portait son total à neuf essais, dont cinq seulement cadrés. Une misère. Pourquoi cet effacement alors que le Parisien est tout de même meilleur buteur en sélection, avec 47 buts en 86 matches ? Certains affirment qu'il ne marque que contre les sans grade, comme le Liechtenstein et le Luxembourg, entre autres, qui s'étaient dressés sur la route de la Coupe du Monde lors des qualifs. D'autres situent ses véritables problèmes au niveau de l'encadrement. Partout où il est passé, que ce soit aux Girondins Bordeaux ou au PSG, l'équipe a toujours évolué en fonction de lui. Au Portugal, c'est différent avec un Cristiano Ronaldo qui la joue perso et un Figo dont les centres se font une denrée de plus en plus rare. " La différence est venue d'Henry ", a dit Eusebio après coup. " Avec son déhanchement et sa vitesse, il nous a posé des problèmes évidents. Ce n'est pas faire injure à nos garçons que d'affirmer que nous ne possédons pas en nos rangs cet attaquant hors norme. Pauleta est bon en tout mais n'excelle pas dans un domaine particulier. Au décompte final, ce détail aura fait la différence en zone de vérité ". BRUNO GOVERS, ENVOYÉ SPÉCIAL EN ALLEMAGNE