B esnik Hasi (34 ans) a trois titres de champions dans sa vitrine. Il a fait partie des meilleurs de Belgique avec le RC Genk puis deux fois avec Anderlecht. Hormis un bref passage à Munich 1860, l'international albanais vit depuis dix ans en Belgique. Il habite à proximité du stade Edmond Machtens, à Molenbeek, avec Laureta et leurs deux fillettes, Dea (cinq ans) et Lea (deux ans). Néanmoins, c'est à Lokeren que Hasi poursuit sa carrière footballistique.
...

B esnik Hasi (34 ans) a trois titres de champions dans sa vitrine. Il a fait partie des meilleurs de Belgique avec le RC Genk puis deux fois avec Anderlecht. Hormis un bref passage à Munich 1860, l'international albanais vit depuis dix ans en Belgique. Il habite à proximité du stade Edmond Machtens, à Molenbeek, avec Laureta et leurs deux fillettes, Dea (cinq ans) et Lea (deux ans). Néanmoins, c'est à Lokeren que Hasi poursuit sa carrière footballistique. Un portrait de son père occupe la place d'honneur, au mur du living. " Il est décédé d'une hémorragie cérébrale à l'âge de 58 ans ", raconte Hasi. " Je lui voue une admiration sans bornes. Il est parvenu à entretenir une famille de cinq enfants dans des circonstances pénibles. Parfois, il cumulait deux emplois pour que nous ne manquions de rien. J'ai fait faire ce portrait car nous n'avions pas de photos. Elles ont presque toutes été détruites dans l'incendie de la maison familiale, pendant la guerre civile au Kosovo. J'ai retrouvé un cliché et je me suis adressé à un artiste albanais qui vit à Rotterdam. Je dois dire qu'il a vraiment réussi ce portrait ". " Nous avons un poste digital qui me permet de suivre à peu près tous les championnats en Europe ", explique Hasi, en montrant un écran géant, dans le coin du salon. " Ainsi, je peux aussi regarder ce qui se passe en Albanie ". Grâce au décodeur, la famille Hasi peut recevoir une 60e de canaux, tous sous-titrés en albanais. " J'élève mes filles en néerlandais mais je trouve important qu'elle sachent d'où elles viennent et qu'elles entretiennent notre langue ". La famille réside dans un modeste appartement proche du stade du FC Brussels. " Grâce à sa position centrale, la capitale est très pratique. Nous nous y plaisons. Je ne me sens absolument pas en danger à Molenbeek, contrairement à tout ce qu'on raconte. Toutes les cultures cohabitent en paix ici. D'ailleurs, saviez-vous que la mère des Mpenza occupe l'appartement juste au-dessus du mien ? C'est une dame charmante. Elle vient régulièrement boire un café en notre compagnie. Quand j'ai été blessé au genou, j'ai été sur la touche trois mois. Nous effectuions ensemble le trajet en voiture pour assister aux matches d'Anderlecht ".La majeure partie de la collection de maillots du joueur est à la cave. " Je ne m'en suis jamais vraiment beaucoup occupé. Je n'ai qu'un regret : n'avoir aucun maillot de Zvonimir Boban. Je me suis entraîné avec lui au Dinamo Zagreb. J'avais 17 ans et il était la vedette de la Croatie. Un footballeur formidable mais surtout un homme intelligent, à la forte personnalité ". Besnik rit avant d'expulser une certaine frustration. " A Genk et à Anderlecht, j'ai rêvé de me produire un jour contre l'AC Milan, mon club favori. Je n'en ai jamais eu l'occasion et maintenant que je l'ai quitté, voilà qu'Anderlecht est versé dans sa poule en Ligue des Champions ! " Un oiseau écoute sans un bruit notre conversation. Race et espèce inconnues... Hasi : " Nous ne lui avons jamais donné de nom. Nous ne savons pas à quelle espèce il appartient. C'est un cas spécial. Quand vous le laissez voleter et que vous enfilez vos vêtements, le matin, il vient vous aider à boutonner votre chemise. Il est tranquille toute la journée, sauf le matin. Vers cinq ou six heures, il nous éveille. C'est un drôle de coco ". Sur l'armoire du living, une photo de famille. " Ma femme souhaite que je me défasse de ce cliché mais je ne veux pas ", commente Besnik en contemplant l'image. " Elle date de 1999, une année très spéciale. J'ai atteint l'apogée de ma carrière avec Genk mais sur le plan personnel, j'étais désespéré. Ma femme, avec laquelle j'étais alors fiancé, et ma famille étaient prises au piège, au Kosovo. Pendant cinq mois, je n'ai pas eu la moindre nouvelle d'eux alors que les informations ne cessaient de parler des horreurs qui s'y passaient. Le football me permettait de m'évader. Genk conservera toujours une place à part dans mon c£ur. A la fin de la saison 1998-1999, j'ai lancé un appel aux supporters, demandant leur soutien. Nous avons rassemblé 1,5 million de francs belges, soit 37.500 euros, que j'ai apportés à Gjakova, mon village natal. Cet argent a aidé 385 familles à refaire leur vie. Moi-même, j'ai toujours aidé mes proches. Avant la guerre pour qu'ils disposent d'une plus grande maison et ensuite pour la rénover. Cela m'a coûté énormément d'argent mais je n'oublierai jamais ma famille ". MATTHIAS STOCKMANS