Bernd Storck effectue dimanche prochain ses débuts en Jupiler Pro League, par un match à domicile contre Courtrai. L'Allemand, qui va s'entourer de quelques compatriotes, est le septième entraîneur de l'Excel Mouscron depuis qu'il a rejoint l'élite sous la direction de Rachid Chihab. Celui-ci a ensuite été relayé par Fernando Da Cruz, Cedomir Janevski, Glen De Boeck, Mircea Rednic et Frank Defays. Des entraîneurs d'un plumage totalement différent.
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Bernd Storck effectue dimanche prochain ses débuts en Jupiler Pro League, par un match à domicile contre Courtrai. L'Allemand, qui va s'entourer de quelques compatriotes, est le septième entraîneur de l'Excel Mouscron depuis qu'il a rejoint l'élite sous la direction de Rachid Chihab. Celui-ci a ensuite été relayé par Fernando Da Cruz, Cedomir Janevski, Glen De Boeck, Mircea Rednic et Frank Defays. Des entraîneurs d'un plumage totalement différent. Bernd Storck ne détone pas. Jusqu'à présent, son parcours d'entraîneur est passé inaperçu, hormis son passage au poste de sélectionneur de la Hongrie. Storck était déjà un footballeur anonyme. Un défenseur robuste mais pas vraiment sexy, né à Herne, une ville de 150.000 habitants située dans la Ruhr. Il a été formé par le VfL Bochum, avec lequel il a effectué ses débuts en Bundesliga en 1981-1982. En 1983, il a rejoint le Borussia Dortmund, où il s'est attardé six saisons. Il y a disputé 146 matches, sans être toujours titulaire. Il a été contraint de mettre un terme à sa carrière à l'âge de 26 ans. Devenu entraîneur, il a choisi un rôle dans l'ombre. Il a notamment été employé par le Hertha BSC, le VfL Wolfsburg, le VfB Stuttgart et le Borussia Dortmund. Seuls les initiés le connaissaient en Allemagne. C'est au Kazakhstan qu'il est enfin devenu indépendant, comme sélectionneur et comme coach du FK Almaty. Évidemment, ce pays coincé entre la Russie et la Chine ne lui offrait pas de podium international. Son passage n'y a pas vraiment été couronné de succès. Storck a été limogé en octobre 2010 après un mauvais début en qualifications pour l'EURO 2012. Il a dirigé le Kazakhstan durant 14 matches et n'en a gagné que trois. Il a eu du mal à trouver ses marques dans un pays à l'infrastructure footballistique lacunaire. À l'issue de son aventure asiatique, il n'a même pas reçu d'offre de clubs de troisième division allemande. " Quand les gens ne savent pas qui vous êtes ni comment vous travaillez, vous n'avez pas la moindre chance ", avait-il râlé. Bernd Storck est resté emmuré dans l'anonymat. Il est devenu responsable des jeunes de l'Olympiacos puis il s'est occupé des U20 hongrois. À l'hiver 2015, la fédération hongroise a cherché un nouveau directeur sportif et le sélectionneur du moment, Pal Dardai, lui a conseillé d'essayer Bernd Storck à ce poste. Dardai avait travaillé six ans avec lui au Hertha BSC. Au début, il ne s'est pas vraiment rendu populaire. Il a suivi sa voie sans tenir compte des structures existantes, imposant ses idées. Son attitude lui a valu une volée de critiques. Il s'est fait traiter de dictateur. Storck avait conduit les U20 hongrois en huitièmes de finale du Mondial, où ils avaient trébuché, aux prolongations, contre la future championne du monde, la Serbie, mais ça n'a pas suffi à faire taire ses détracteurs. Pourtant, son embauche a été couronnée de succès. Il a oeuvré au développement de l'équipe, il a permis à quelques talents de s'imposer et il a formé un team équilibré, mélange d'expérience et d'enthousiasme juvénile. Il est devenu un héros quand la Hongrie s'est qualifiée pour l'EURO 2016, à l'issue des barrages contre la Norvège : le pays n'avait plus participé à ce tournoi depuis 44 ans. L'équipe a été une révélation, au début. Épaulé par Andreas Möller, avec lequel Storck a joué au Borussia Dortmund, il a insufflé une autre mentalité au groupe, par son approche directe. Il a formé les joueurs sur le plan tactique et raffermi la discipline. Storck a ainsi débarrassé la Hongrie des éternelles comparaisons avec l'équipe miracle de 1954. La Hongrie était restée fidèle trop longtemps à des principes vieillots, elle glorifiait trop la période dorée vécue grâce à Ferenc Puskas et faisait barrage à tous les progrès. Finalement, la sélection a trébuché en huitièmes de finale contre la Belgique (4-0), après avoir pris la mesure de l'Autriche et fait match nul contre le Portugal et l'Islande. Storck a été reconnu pour la première fois de sa carrière. Il a placé son sceau sur le football hongrois, sur un championnat faible. Il a fustigé le manque de professionnalisme des entraînements et plaidé avec succès pour l'instauration de récompenses pour les équipes qui alignaient des jeunes. Il a savouré les compliments, s'est étonné d'être subitement reconnu en rue mais il n'a pas accepté qu'on l'encense trop. Il s'était déjà fixé un objectif : la qualification pour le Mondial 2018. Il a échoué et son crédit a fondu comme neige au soleil. Il a été remercié en octobre 2017. Georges Leekens a pris sa succession. Les relations comptent, dans la vie. Les amitiés encore plus. Pendant treize ans, Bernd Storck a été l'adjoint de Jürgen Röber, l'actuel directeur technique de Mouscron. Röber a emmené Storck partout où il est passé. Au Hertha BSC, au VfL Wolfsburg, au VfB Stuttgart, au Partizan Belgrade et au Borussia Dortmund. Chaque fois, Storck a été loyal. Un travailleur appliqué, anonyme, satisfait de son rôle en coulisses. Les deux hommes se retrouvent au Canonnier. L'entraîneur, âgé de 55 ans, assume maintenant la responsabilité d'une équipe. Dans une compétition qu'il connaît à peine. Mais Bernd Storck est considéré comme un fin tacticien et il s'adapte facilement. Il n'a jamais reculé devant les défis. Sinon, il ne se serait pas expatrié au Kazakhstan, à 4.000 kilomètres de chez lui, au milieu de nulle part, sous des températures parfois sibériennes. Sa femme était d'ailleurs restée à Berlin. Bernd Storck ne se retourne jamais. Il n'est pas nostalgique. Il a immédiatement fait venir des spécialistes d'Allemagne pour mesurer le taux de lactate des Mouscronnois. Il pense toujours au prochain match. Il s'agit du duel entre Mouscron et Courtrai. Par Jacques Sys