Un premier point commun entre Karim Benzema (34 ans) et Robert Lewandowski (33 ans): on à là affaire à deux buteurs exceptionnels. Mais ils ont un parcours complètement différent. Le Français a grandi dans la banlieue de Lyon, un quartier sensible qui souffre du chômage. C'était une grande gueule, un gamin incontrôlable, parfois un cauchemar pour ses entraîneurs. Pour lui, le football a été une façon d'échapper à un destin sans horizon. Pendant longtemps, Benzema n'a pas été heureux sur les terrains. Il a été impliqué dans un scandale avec une prostituée mineure et plus tard, il a de nouveau été inquiété par la justice dans une affaire de chantage impliquant une sextape de Mathieu Valbuena. KB9 n'en est pas sorti indemne puisque ça lui a fait perdre sa place en équipe de France. Après six ans de mise à l'écart, Didier Deschamps l'a finalement repris en vue de l'EURO 2021. Parce qu'entre-temps, le joueur a subi une impressionnante métamorphose au Real. Fini l'égocentrique détesté par le groupe. Benzema est devenu un leader incontournable du vestiaire madrilène.
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Un premier point commun entre Karim Benzema (34 ans) et Robert Lewandowski (33 ans): on à là affaire à deux buteurs exceptionnels. Mais ils ont un parcours complètement différent. Le Français a grandi dans la banlieue de Lyon, un quartier sensible qui souffre du chômage. C'était une grande gueule, un gamin incontrôlable, parfois un cauchemar pour ses entraîneurs. Pour lui, le football a été une façon d'échapper à un destin sans horizon. Pendant longtemps, Benzema n'a pas été heureux sur les terrains. Il a été impliqué dans un scandale avec une prostituée mineure et plus tard, il a de nouveau été inquiété par la justice dans une affaire de chantage impliquant une sextape de Mathieu Valbuena. KB9 n'en est pas sorti indemne puisque ça lui a fait perdre sa place en équipe de France. Après six ans de mise à l'écart, Didier Deschamps l'a finalement repris en vue de l'EURO 2021. Parce qu'entre-temps, le joueur a subi une impressionnante métamorphose au Real. Fini l'égocentrique détesté par le groupe. Benzema est devenu un leader incontournable du vestiaire madrilène. Depuis quelques années, il s'entretient de façon monacale. Il a fait aménager, chez lui, une salle de fitness. Il s'est mis au kickboxing et se fait assister par des diététiciens. Si par le passé, il affichait régulièrement un certain surpoids, il est aujourd'hui taillé à la serpe dès la reprise des entraînements de chaque saison. Et quand il est blessé, il travaille comme un forcené pour revenir dans les meilleurs délais. Par exemple, il s'est défoncé pour être prêt en vue du huitième de finale aller face au Paris Saint-Germain. Après trois semaines sans match, il était au coup d'envoi et il a tenu 87 minutes. Évidemment, il était lessivé au moment où il a été remplacé par GarethBale. En matière d'engagement, Robert Lewandowski n'a rien à lui envier. Le Polonais est un pro exemplaire qui a fait tous les bons choix de carrière. Et malgré son âge, il continue de vouloir progresser aux entraînements. Comme Benzema, il est focus sur le foot H24. Il râle quand il sort d'un entraînement avec l'impression de ne rien avoir appris. Il cherche toujours à progresser dans chaque aspect de son jeu, il explore ses limites en permanence et soigne son corps de façon exemplaire. C'est sa femme Anna, une karatéka, qui surveille son alimentation. Lewandoswki veut être au top, tout le temps, physiquement et mentalement. Parce que, selon lui, 90% des buts inscrits par un attaquant ont un rapport avec son niveau de concentration. Benzema et Lewandowski ont des caractères différents, mais ils ont tous les deux un passé chahuté. Chacun à leur manière. À Lyon, à 17 ans, le Français a constaté que la plupart de ses coéquipiers prenaient le dessus. Il faisait du surplace en équipe réserve. Mais ça ne l'a pas déstabilisé. Il a lâché qu'il allait faire une plus belle carrière que tous ces joueurs et il a refusé d'être prêté. Lewandowski, lui, doutait à mort. Quand il était gosse, il a craint de devoir abandonner son rêve de devenir footballeur professionnel parce que son corps ne suivait pas. Il restait maigre, ses muscles ne se développaient pas normalement, et dans ses premiers clubs en Pologne, personne ne l'a aidé à prendre de la masse. Tout le monde voyait pourtant qu'il se faisait balader dans les duels. L'un et l'autre sont extrêmement performants cette saison en Ligue des Champions. Ils ont tous deux signé un hat-trick, et par deux fois, ils ont claqué un doublé. Sans tenir compte de la finale, Benzema marque toutes les 65 minutes. Lewandowski en est à 67. Tous deux sont également très prolifiques en championnat. Lewandowski a planté 35 pions pour le Bayern, ce qui en fait le meilleur buteur d'Europe. Benzema a scoré à 27 reprises pour le Real: il est troisième de ce classement, derrière Kylian Mbappé et à égalité avec Ciro Immobile, de la Lazio. Leur rôle sur le terrain n'est pas le même. Ils ont les qualités spécifiques d'un attaquant de pointe, ils sont forts dans le jeu aérien, ils frappent des deux pieds, ils ont l'instinct du buteur et ils sont pour ainsi dire capables de marquer avec n'importe quelle partie du corps. Mais Benzema, qui a pourtant jadis été considéré comme un soliste, participe plus au jeu que Lewandowski. C'est devenu un leader du Real, surtout depuis le départ de Cristiano Ronaldo. Comme si, du jour au lendemain, il s'était senti responsable de toute l'équipe. Zinédine Zidane, qui affirme n'avoir jamais douté de lui, estime que Benzema est le meilleur attaquant du monde. "Il est devenu plus complet, il n'est plus simplement un numéro 9 qui ne pense qu'à marquer des buts. Il participe au jeu et travaille en permanence pour l'équipe." On en a eu une belle illustration en demi-finale de la Champions League contre Manchester City. On l'a vu demander avec insistance à Rodrygo de participer au contre-pressing. Il a pris l'habitude de rappeler ses coéquipiers à l'ordre. Dans le passé, ça aurait été inimaginable. Quand on voit Benzema faire tout ça, on a l'impression qu'il est plus un meneur de jeu qu'un attaquant. Mais s'il peut construire comme un numéro 10, il est aussi capable dégainer comme un 9. Souvent, il se déporte sur un flanc pour envoyer des centres qu'il serait censé réceptionner lui-même. Et vu sa mobilité, c'est très compliqué de le contrer. Les défenseurs centraux doivent en permanence avoir une vue à 360 degrés pour voir où il se trouve. Il travaille beaucoup plus que Kylian Mbappé ou Lionel Messi, par exemple. C'est pour ça que Benzema était du pain bénit pour Cristiano Ronaldo. Il faisait le sale boulot et créait des espaces qui profitaient au Portugais. Chez Benzema, tout est une question de confiance. Et cette saison, il est plus sûr de lui que jamais. On l'a vu en demi-finale contre City, quand il a marqué le but du 4-3 final sur une Panenka. Carlo Ancelotti n'en a pas cru ses yeux et l'a pris pour un dingue, mais son culot sur cette phase a suscité l'admiration. "Je ne pense pas que Lewandowski aurait eu le cran de faire la même chose à un moment pareil", a expliqué l'ancien international anglais AlanShearer. D'un autre côté, le Polonais a lui aussi l'art de maîtriser ses émotions et ses nerfs dans les moments cruciaux, notamment quand il frappe des penalties. Quoi qu'il en soit, Benzema a plus de confiance en lui que Lewandowski. Il est sûr de son fait en toutes circonstances, il y va régulièrement au culot, comme si rien de fâcheux ne pouvait lui arriver. Par moments, Lewandowski doute, même quand il n'y a aucune raison d'en arriver là. Il a aménagé, chez lui, une armoire où il a rangé tous ses trophées. Et il y en a beaucoup. Quand ça va moins bien, il lui arrive de se retirer dans cette pièce. Comme pour se convaincre qu'il a fait les bons choix de carrière. Karim Benzema a été formé comme attaquant spécifique et il était obsédé par son total de buts. Aujourd'hui, il s'est transformé en joueur collectif. Robert Lewandowski a fait la mutation inverse. Il a longtemps cherché sa meilleure position et en Pologne, il a même joué un moment comme numéro 10. Il vénérait d'ailleurs AndreaPirlo. Il organisait le jeu de son équipe, il distribuait, et surtout, ça lui permettait d'éviter les duels avec des défenseurs costauds. C'est son dernier club au pays, le Lech Poznan, qui l'a définitivement transformé en attaquant. Ensuite, au Borussia Dortmund, il est devenu une machine à marquer. Dans le même temps, il a commencé à fréquenter chaque jour la salle de musculation. Lewandowski est une garantie de buts, il évolue à un très haut niveau depuis de nombreuses années et il a fini meilleur buteur du championnat allemand cinq fois de suite. La saison dernière, il a marqué 41 fois, ce qui lui a permis d'améliorer d'un but le record du légendaire Gerd Müller. C'est une différence avec Benzema qui, dans quelques mois, devra confirmer la terrible saison qu'il vient d'achever. Lewandowski est sous les spots depuis des années, depuis plus longtemps que le Français. Même si on peut avoir tendance à oublier que Benzema a aussi joué de très gros matches quand il était dans l'ombre de Ronaldo. Aujourd'hui, il arrive à Lewandowski de se replier dans l'entrejeu, ce qu'il ne faisait pas lors de ses premières années au Bayern. Il se déporte aussi vers les flancs, il crée des espaces pour ses coéquipiers. Et il dit qu'il est beaucoup moins productif quand il se contente d'attendre de bons ballons dans le rectangle. Parfois, on le voit même négocier des ballons de la tête dans sa propre surface. Mais il n'évolue jamais comme meneur de jeu. Parce qu'il est trop focalisé sur le rectangle adverse. C'est pour ça qu'il n'était pas content du rôle que Julian Nagelsmann lui avait confié la saison dernière. Le coach allemand voulait qu'il surgisse plus régulièrement de la deuxième ligne. Le Polonais avait l'impression qu'on le privait d'une partie de sa liberté. Mais ça n'a pas eu d'incidence négative sur sa productivité brute. Est-ce pour cela que Lewandowski a aujourd'hui des envies de déménagement? Karim Benzema devrait rester au Real. Il est aujourd'hui le roi de Madrid et se sent impliqué dans toute la vie du club. Il est loin, le temps où José Mourinho lui demandait ce qu'il fabriquait là-bas. À l'époque, Benzema était lourd et emprunté. Mais il a retenu la leçon du Portugais et, en un minimum de temps, il a perdu six kilos. Robert Lewandowski termine sa huitième saison au Bayern et il a toujours donné l'impression de vouloir finir sa carrière là-bas. La direction l'a impliqué dans les projets d'avenir du club, pour renforcer encore leur lien. Les joueurs, eux aussi, voudraient qu'il reste. Lors du dernier match de championnat, contre Wolfsburg, on lui a donné le brassard de capitaine au moment où Manuel Neuer a été remplacé. Comme si le gardien voulait clairement faire comprendre à Lewandowski qu'il faisait partie de la famille. Pourtant, il a refusé de prolonger d'un an son contrat actuel, qui court jusqu'en juin de l'année prochaine. Ses hésitations ont même réussi à occulter la fête du titre.