Calpe, à dix kilomètres de Benidorm, sur la Costa del Sol, est un des endroits de villégiature préféré des touristes belges. C'est également là que l'équipe Quick-Step de Paolo Bettini a choisi de préparer la nouvelle saison cycliste.
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Calpe, à dix kilomètres de Benidorm, sur la Costa del Sol, est un des endroits de villégiature préféré des touristes belges. C'est également là que l'équipe Quick-Step de Paolo Bettini a choisi de préparer la nouvelle saison cycliste. Paolo Bettini : Il me reste encore des courses à gagner. Le Tour des Flandres, par exemple. Parce que c'est une course spéciale qui ne figure pas à mon palmarès. Le parcours est dur et sélectif parce que les côtes sont truffées de pavés. Si je gagne, je pourrai dire que je suis un coureur tout-terrain car j'ai déjà remporté Milan -Sanremo et la Clasica San Sebastian en 2003, le Tour de Lombardie en 2005 et 2006 et Liège-Bastogne-Liège en 2000 et 2002. Je la disputerai peut-être un jour mais, cette année, elle ne figure pas au programme. Je veux voir comment se passe mon début de saison. Si je ne gagne rien, il faudra que je me concentre sur la deuxième partie et il me semble alors difficile de participer à Paris-Roubaix. Mais je participerai sans doute à l'entraînement du vendredi avec l'équipe afin de reconnaître le parcours et de me faire une idée de ce que représente cette épreuve, même sans prendre le départ. La course, ce sera peut-être pour l'année prochaine. C'est vrai, la moindre erreur se paye cash. Il faut pouvoir se contenir et moi, je suis souvent trop généreux dans l'effort. Ce n'est que maintenant que je comprends : sur un tel parcours, il faut pouvoir rester calme et attentif, ne pas gaspiller son énergie. Le tracé ne comprend aucune bosse infranchissable pour moi mais les pavés vous coupent les jambes et, si vous êtes fatigué, c'est bien plus difficile qu'une côte normale. Je suis chez Quick-Step depuis 1999. C'est mon équipe, j'y connais tout le monde. C'est une question de respect, je sais ce que ces gens ont fait pour moi, ce qu'ils ont investi. Je ne peux pas oublier tout cela pour une seule course. Même s'il est vrai que Tom est le grand favori. Qui dit cela ? L'année dernière, Milan - Sanremo nous a beaucoup appris à ce sujet. Tom et moi avions pris le départ pour gagner mais c'est Filippo Pozzato qui s'est imposé. Cela signifie qu'il est plus intéressant de partir avec plusieurs favoris qu'avec un seul leader. A condition, bien sûr, de pouvoir déterminer en course qui a les meilleures chances de l'emporter. Si je m'échappe au Ronde, je ne pense pas que l'équipe va organiser la chasse ou que Tom va tenter de me rejoindre seul. En effet, il me reste deux chances. C'est la limite que je me suis fixée. A ce moment-là, je me demanderai si je peux encore consentir les sacrifices nécessaires à ce sport. Si c'est le cas, il est possible que je m'accorde encore une saison mais, pour le moment, je ne veux pas y penser. Oui, je l'avais d'ailleurs déjà affirmé avant. J'y pensais déjà depuis les JO d'Athènes et je n'ai jamais changé d'avis. Un athlète doit pouvoir choisir le bon moment pour arrêter. J'avais sept ans lorsque j'ai commencé à courir, je n'ai jamais rien fait d'autre. Dois-je m'accrocher jusqu'à 45 ans ? Le cyclisme est un sport dur et qui demande beaucoup de sacrifices. Si je parviens encore à partir en stage, c'est parce que j'ai encore le goût de l'effort, l'envie de me faire mal. Sans quoi j'aurais déjà raccroché. Nous ne faisons pas des balades à vélo mais un métier. Et ce métier, je l'aime. Si ce n'était pas le cas, je ne tiendrais pas le coup. La motivation doit venir d'elle-même. Jusqu'en 2006, je n'avais jamais été champion du monde. Maintenant que je porte ce maillot, je veux en être digne, me montrer le plus souvent possible à l'avant-plan, ne pas me calfeutrer au sein du peloton. Ce qui me fascine le plus, c'est mon titre de champion olympique. Un maillot de champion du monde est la plus belle récompense qui soit pour un coureur et pour le monde du cyclisme en général mais une médaille d'or olympique couronne un athlète en général. C'est une satisfaction bien plus importante encore. C'est la compétition la plus importante au monde. J'ai la chance de pouvoir comparer les deux titres. Un championnat du monde, on n'en parle que dans le milieu cycliste. En Italie, on fait plus souvent référence à moi comme champion olympique parce que les Jeux, tout le monde en parle. Même ceux qui ne s'intéressent pas au cyclisme savent que j'ai gagné tandis qu'ils ne regardent pas les championnats du monde à la télé. Moi aussi. Nous avons vécu pendant quatre jours dans le village olympique et c'est là que je me suis vraiment rendu compte combien nous avions de la chance de pratiquer un sport médiatisé et bien rémunéré. J'ai rencontré des athlètes pratiquant de petits sports. Ils ne vivaient et s'entraînaient qu'en fonction des Jeux Olympiques. S'ils se plantaient, ils devaient attendre quatre ans et seuls les médaillés gagnent un peu d'argent. Certains me demandaient ce que je ferais après les Jeux. Lorsque je répondais que j'allais me préparer pour les championnats du monde, certains ne me croyaient pas : les Jeux n'avaient pas encore eu lieu et j'avais déjà un autre objectif. Oui, j'étais vraiment content. Je vis pour mon sport, ce sont les victoires qui me font avancer. Tant que je n'avais pas ce maillot de champion du monde, il me manquait quelque chose. Mais maintenant, la boucle est bouclée. En Italie, l'hymne national, c'est sacré. On l'apprend à l'école, on doit le chanter à l'armée chaque jour, pendant un an, au moment du salut au drapeau. Alors, on l'a dans la tête. Et puis, entendre l'hymne et voir se lever le drapeau en votre honneur, ça déclenche quelque chose en vous. Il n'est donc pas anormal de chanter à pleins poumons. Des rencontres avec des équipiers mais aussi des adversaires. En course, on passe des heures ensemble et on apprend à se connaître. Ce n'est pas comme au football, où chacun poursuit son chemin après 90 minutes. Ici, on se rencontre en rue, on roule quatre heures ensemble, parfois pendant un mois. Le soir, on se retrouve à l'hôtel, on mange ensemble. Heureusement que nous avons des chambres séparées. Après ma carrière, j'aimerais maintenir le contact. Les journalistes italiens s'intéressaient peu à moi et j'ai vite compris qu'il ne suffisait pas de gagner pour être plus populaire que certains, qui n'avaient pas encore fait grand-chose. A un certain moment, on parlait plus de Danilo Di Luca, qui avait la moitié de mon palmarès. C'est peut-être dû au fait que, lorsque je suis arrivé, Michele Bartoli, Davide Rebellin et Laurent Jalabert étaient au sommet de leur art et on ne s'intéressait qu'à eux. Sont ensuite arrivés des jeunes dont on parlait beaucoup parce qu'ils avaient été champions du monde juniors ou qu'ils avaient remporté des épreuves importantes. Moi, j'étais Mister Nobody et j'essayais de progresser. Je n'étais ni vieux, ni jeune ; ni un espoir, ni une valeur sûre. Au fil des victoires, cela a changé, même avant le championnat du monde mais ce maillot n'a fait que renforcer ma popularité. Je crois que c'est toujours le cas. D'abord parce que j'ai remporté quelques classiques belges mais aussi parce que les Belges connaissent mieux le cyclisme que les Italiens, où les gens s'intéressent davantage au football. En début de saison, en Belgique, on sent la température monter autour du cyclisme, les gens attendent impatiemment les premières courses. J'ai aussi ma spécialité : les classiques. Ce sont elles qui me conviennent le mieux et elles m'obligent à courir toute l'année car Milan - Sanremo a lieu au printemps et le Tour de Lombardie, en automne. Je préfère cela. Je ne me vois pas tout miser sur une course. Je ne dis pas que ceux qui le font se trompent mais j'aime la course et je ne me vois pas m'entraîner toute l'année avec un seul objectif en tête. Je préfère préparer une course en en disputant une autre. Et si je me sens bien, je peux même la gagner. C'est ce que nous, les Italiens, appelons la grinta. Elle va me manquer lorsque j'arrêterai. Il doit surtout rester humble, écouter, comprendre la course. Dans ce métier, tout est question d'expérience. J'ai compris qu'elle est parfois plus importante que le physique et le talent. Quand on analyse et qu'on comprend ses adversaires, on peut les battre. Même s'ils sont plus forts. C'est vrai que le fait de rouler quelques années dans l'ombre de Bartoli m'a aidé. Un jeune a le choix entre débuter au sein d'une équipe composée de valeurs sûres ou devenir le chef de file d'une petite formation. Mais on ne peut pas devenir professeur sans aller à l'école. En cyclisme, c'est pareil : il faut apprendre son métier, le comprendre. Celui qui a du talent, de la volonté, de l'humilité et un peu d'intelligence peut devenir un grand en deux ou trois ans. par geert foutré - photos : reporters