Pendant que Charleroi était en proie au doute de l'après-Mazzù, et que les tribunes espéraient des renforts qui tardaient à arriver, Massimo Bruno a démarré la saison pied au plancher. Arrivé au bout de l'été 2018, l'ancien dynamiteur du flanc droit d'Anderlecht a longtemps semblé chercher ses marques dans un jeu carolo bien différent de celui qu'il avait connu chez le Sporting de la capitale. L'atterrissage aura finalement eu lieu au coup d'envoi de sa deuxième saison zébrée, lancée dans le costume de patron du jeu offensif que Ryota Morioka ne semble pas encore parvenu à endosser.
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Pendant que Charleroi était en proie au doute de l'après-Mazzù, et que les tribunes espéraient des renforts qui tardaient à arriver, Massimo Bruno a démarré la saison pied au plancher. Arrivé au bout de l'été 2018, l'ancien dynamiteur du flanc droit d'Anderlecht a longtemps semblé chercher ses marques dans un jeu carolo bien différent de celui qu'il avait connu chez le Sporting de la capitale. L'atterrissage aura finalement eu lieu au coup d'envoi de sa deuxième saison zébrée, lancée dans le costume de patron du jeu offensif que Ryota Morioka ne semble pas encore parvenu à endosser. Installé sur le flanc gauche du système mis en place par Karim Belhocine, Bruno parvient enfin à faire vibrer les foules plus régulièrement. Son association avec Nurio est l'une des principales sources de danger du jeu carolo depuis le coup d'envoi de la saison, et lui permet d'enfin briller à la hauteur de l'investissement consenti par Mehdi Bayat pour le faire revenir dans le Pays Noir. Après avoir pas mal galéré pour trouver la forme l'an dernier, tu es plutôt bien lancé cette saison. Comment tu expliques une telle différence ? MASSIMO BRUNO : Rien que le fait de savoir avant la préparation où j'allais jouer cette saison, ça a déjà facilité les choses mentalement. J'ai pu travailler comme je le voulais avant la reprise, par exemple. Avec tout ça, j'étais plus serein. Je ne me suis pas pris la tête cet été, j'ai bossé à fond et ça a payé : la préparation s'est bien passée, je me suis senti chaud dès les matches amicaux, et voilà comment j'ai pu faire un bon début de saison. Être arrivé comme le gros transfert l'été passé, ça t'avait mis une trop grosse pression ? BRUNO : Je ne le ressentais pas, mais c'était clair que c'était comme ça. Je devais venir et faire la différence. Même pour moi, en fait. J'ai été très dur avec moi-même parce qu'en revenant en Belgique, à Charleroi, je devais directement prouver. Être bon dans le jeu, présent dans les buts et les assists... Je m'en suis peut-être trop demandé. Tout le monde attendait que je fasse des choses exceptionnelles, mais j'étais arrivé en fin de mercato, ça ne facilite pas les choses. J'ai essayé de m'adapter rapidement, mais j'ai manqué de réussite. Tout ça, ça aide à expliquer une saison en demi-teinte. Les play-offs 1 loupés, l'Europe perdue au dernier moment contre l'Antwerp... La saison a été difficile à digérer pour le groupe ? BRUNO : Les play-offs 1, on l'a vite digéré parce que même si c'est vrai qu'on n'en était pas super loin, on n'était pas super proche non plus. On a senti sur certains matches qu'on ne prenait pas les points qu'il fallait. Au début des play-offs 2, ça a été difficile mais une fois que la machine s'est mise en route, on gagnait et on était solide. On s'est fixé l'objectif d'aller les gagner. Et puis l'Antwerp... Grosse frustration. Quand on voit le scénario du match... On mène 0-2 après 15 minutes ! C'est frustrant de passer à côté de la Coupe d'Europe pour si peu... BRUNO : C'est clair ! Personnellement, déjà, j'ai été habitué à jouer souvent la Coupe d'Europe et c'est ce qu'il y a de plus beau. Enchaîner, un match tous les trois jours jusqu'en hiver, c'est vraiment chouette. On ne doit pas en faire une fixation, mais ce n'est pas pour ça que ça ne peut pas être un objectif. En passant par la Coupe ou... (il réfléchit) En fait le problème ici, c'est que si on est qualifié en play-offs 1, c'est une grosse victoire pour le club mais après, c'est peut-être compliqué d'aller chercher les places européennes par rapport aux play-offs 2. Quand les supporters profitent de la répétition générale contre Troyes pour s'attaquer aux choix de la direction, c'est difficile à vivre pour lancer votre saison ? BRUNO : On avait senti qu'il y avait un message qui devait passer à ce match-là. En tant que joueur, ce n'est pas l'idéal, mais ce n'était pas non plus un match de championnat. Je ne pense pas qu'ils l'auraient fait avec un autre enjeu. D'ailleurs, par après, ils ont toujours soutenu l'équipe. Sur le moment on râlait un peu mais on s'est mis dans le match, on a fait nos kilomètres et on s'est bien préparé pour le championnat et de leur côté, les supporters ont fait passer leur message. Ça fait partie du jeu, on va dire. Il y a quand même eu pas mal de doutes à Charleroi cet été. Déjà, il a fallu attendre longtemps pour connaître l'identité du nouveau coach. Comment est-ce que le groupe vit une situation pareille ? BRUNO : Nous les joueurs, on n'était pas encore revenu de vacances. On regardait la presse pour savoir qui allait être notre nouveau coach, comme tout le monde. C'était le grand point d'interrogation. Mais bon à côté de ça, on a suivi notre programme, et finalement au premier entraînement, le nouveau coach était déjà là. Arriver si près de la reprise, ça a dû être plus compliqué pour lui que pour nous. Quel impact il a eu sur Charleroi, dans les premières semaines ? BRUNO : Il insiste beaucoup sur une chose : il veut nous convaincre qu'on sait jouer au foot. On a toujours été une équipe qui attendait un peu plus, qui partait en contre-attaque mais il nous a fait faire d'autres choses. On repart du gardien, des choses qu'on ne faisait pas avant, on joue avec nos centraux dans notre rectangle... Il a voulu vraiment nous convaincre qu'on pouvait aussi jouer au foot. Tu penses que ça vous a parfois coûté des points de jouer avec cette nouvelle approche ? À Zulte Waregem, par exemple ? BRUNO : À Zulte, je ne pense pas que c'était à cause de ça, par exemple. On a eu des matches similaires l'an dernier où on est juste passé à côté, on n'était pas dedans. On perd les duels, on n'est pas au rendez-vous. Au Cercle l'an dernier, c'était un peu le même genre de match... C'est plus une question de mentalité et d'agressivité que de philosophie de jeu. Globalement, c'est un changement de style qui plaît à vos joueurs offensifs ? BRUNO : Le jeu sans ballon, on le travaille toujours. C'est très important pour le coach, il ne veut absolument pas qu'on néglige les efforts. Mais en plus de ça, on essaie d'amener quelque chose en plus avec la balle. On peut récupérer plus vite, mettre le pied sur la balle... Et puis avoir du beau jeu, pour les supporters c'est sans doute gai. Tu penses que ça a aidé le coach de pouvoir compter sur un groupe qui se connaissait, pas trop bouleversé par rapport à l'an dernier ? BRUNO : C'était la volonté de Mehdi Bayat, je crois. C'est pour ça qu'il a été affecté par les critiques, parce que c'était son souhait de conserver le même groupe que l'année dernière pour faciliter la venue du coach. C'est vrai qu'en tant que supporter, on veut toujours avoir des renforts, c'est normal. Mais au final, ce n'était pas bête comme raisonnement, ça a facilité les choses. Sur le terrain, tu te retrouves presque systématiquement sur le flanc gauche, maintenant. C'est un poste qui t'aide à être plus décisif ? BRUNO : C'est difficile à dire... Je pense surtout qu'on a directement trouvé des automatismes parce qu'il y a un certain équilibre : Ryo (Morioka, ndlr) et moi sommes plus des joueurs de ballon, qui rentrons dans le jeu et de l'autre côté, Mama (Fall, ndlr) c'est l'opposé : il va créer de l'espace, il va dans le dos de tout le monde, et l'attaquant aussi. Si je suis plus décisif, c'est parce qu'il y a aussi cet équilibre. Quand je rentre dans le jeu, je sais qu'il y aura une combinaison courte avec Morioka, un jeu plus long avec Mama ou Shamar (Nicholson, ndlr). Ça rend les choses plus simples. Ton duo avec Nurio sur le côté gauche, ça marche bien aussi... BRUNO : Il te fait sentir bien dans un match, parce que tu sais qu'il a une solidité défensive énorme, qu'il ne se fera pas prendre souvent. Il te rassure, tu es à l'aise. En plus, il te donne toujours une solution offensivement. Que demander de plus pour un ailier ? Tu es plus tranquille dans tes courses défensives, du coup ? BRUNO : Tu trouves ? (Il se marre) C'est vrai que quand on presse plus haut, la récupération fait du bien à tout le monde et elle nous met plus près du but. Mais moins d'efforts, je ne pense pas. Si tu penses au match contre Genk, on a retrouvé un peu le Charleroi de l'an dernier en deuxième mi-temps. Et il ne faut pas que ce soit honteux, c'est une force de Charleroi et il faut que ça le reste. Si on voulait jouer au foot et sortir contre Genk, c'est peut-être là qu'on se serait fait punir. Les efforts ne sont pas plus rares, ils sont différents. On court toujours autant, mais il faut savoir le faire parce que ça reste un aspect primordial de notre jeu. C'est marqué dans l'ADN du club ? BRUNO : Pas seulement chez nous. Je pense que dans le foot moderne, c'est devenu hyper important. N'importe quelle équipe dans le monde doit bien défendre. Si tu ne récupères pas de ballons, tu ne marques pas de buts. Et c'est clair qu'à Charleroi, cette grinta a toujours été une marque de fabrique. C'est quoi la plus grosse différence entre le Charleroi de cette saison et celui de l'an dernier ? BRUNO : Plus joueur, je dirais. Avec beaucoup plus d'intensité dans le pressing et les duels. C'est la marque de fabrique du coach, ça ? Quand on le voit sur la ligne, on dirait qu'il va craquer et vous rejoindre sur le terrain. BRUNO : C'est vraiment ça ! On sent sa respiration derrière nous. Si on ne va pas à fond dans le duel, on a l'impression qu'il va nous croquer. Mais c'est bien, moi j'aime bien avoir quelqu'un comme ça, ça me pousse, ça me permet d'être concentré tout le temps. Il a l'air de s'être installé facilement dans son nouveau rôle alors que succéder à Mazzù, c'était un sacré défi... BRUNO : Il est très simple, et il ne veut pas être dans la lumière. Mais à l'entraînement, il a vite apporté sa touche personnelle, et le groupe s'adapte. En fait, c'est plus le groupe qui s'adapte que lui. Il amène son programme de la semaine, ses nouvelles directives... Bien sûr, il a aussi beaucoup parlé avec les cadres pour savoir ce qui fonctionnait bien, et le conserver. Les entraînements ont beaucoup changé ? BRUNO : Ils sont plus longs. Mais je pense que c'est normal quand un nouveau coach arrive, il a besoin de plus de temps pour faire comprendre son système aux joueurs. Il a beaucoup de choses à dire, à transmettre... C'est pour ça qu'on a plus souvent deux séances par jour, je dirais. Mais dans le contenu, c'est un peu le même style, ce n'est pas la révolution. Tu as besoin de te fixer des objectifs pour être performant ? Un nombre de buts ou d'assists sur la saison, par exemple ? BRUNO : Non, ce n'est pas quelque chose qui importe pour moi. Enfin, le fait d'être décisif, c'est important, mais pas des chiffres précis. Tout le monde sait plus ou moins à partir de quel total tu as fait une bonne saison, moi je fais juste les comptes à la fin. L'an dernier, je finis à dix assists, c'est top, mais je n'ai pas assez marqué. Les stats, ça reste important. Même si l'essentiel, ça reste d'aider l'équipe. Avec les play-offs 1 comme objectif ? Ça te semble réaliste ? BRUNO : Tout le monde aimerait y être, c'est clair. Mais je ne pense pas qu'on doit le crier partout comme un objectif obligatoire. Il y a quelques années, Nicolas Penneteau avait dit que finir dans le top 6, c'était à chaque fois un exploit pour le club. C'est toujours le cas ? BRUNO : Pour une équipe comme Charleroi, c'est un exploit. Il ne faut pas se rabaisser, mais pas se voir trop haut non plus. On n'a pas le même budget que les clubs du top 6, c'est déjà une chose importante à relever. Le club a grandi très rapidement, et c'est clair qu'en étant autant de fois en play-offs 1 ces dernières années, ça fait penser aux gens que maintenant que Charleroi y est, il doit y rester. Mais ce n'est vraiment pas facile. Des clubs comme Courtrai, Zulte, qui ont aussi beaucoup de qualité, ils veulent aussi y être, hein ! Au fil des ans, on se rend compte que Charleroi arrive à titiller le top, mais ça reste compliqué. On doit se battre à chaque match pour prendre des points.