Voilà, c'est fait. Après plus de 10 ans et plus ou moins 300 matches faits d'émerveillement à chaque rendez-vous, je me suis demandé ce que je foutais là à commenter un match de Premier League. Notez, ça fait du bien car c'est dans ces moments-là qu'on se dit qu'on travaille. Que l'on doit assumer le fait que le spectacle ne se suffit pas à lui-même. Que les images redeviennent une pellicule qui n'a rien à révéler.
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Voilà, c'est fait. Après plus de 10 ans et plus ou moins 300 matches faits d'émerveillement à chaque rendez-vous, je me suis demandé ce que je foutais là à commenter un match de Premier League. Notez, ça fait du bien car c'est dans ces moments-là qu'on se dit qu'on travaille. Que l'on doit assumer le fait que le spectacle ne se suffit pas à lui-même. Que les images redeviennent une pellicule qui n'a rien à révéler. West Ham-Everton était un non-match. Un match sans nom. Un orphelin au pays de la saillie perpétuelle d'enfants plus beaux et doués que nulle part ailleurs. Point d'élévation mais bien la révélation qu'on peut s'emmerder devant un match du plus beau championnat du monde. Sur le moment, c'est un peu dur mais à la réflexion : " C'est la première fois en 10 ans. Quelle chance ! " Accident de parcours pour Everton. L'équipe qui a le meilleur pourcentage de tirs cadrés en Premier League ne l'a pas fait une seule fois sur les 96 minutes. Pour Romelu Lukaku, c'est la troisième fois consécutive en déplacement qu'il n'y parvient pas. Lui qui, depuis neuf matches, avait toujours marqué contre West Ham. L'homme qui valait quatre milliards (de francs belges), l'homme qui veut devenir le meilleur planteur de roses d'Angleterre, a regardé passer les ballons et le temps. Pour finir par se dire comme moi : " Qu'est ce que je foutais là ? " Le buteur s'est fait butiner sur la tête par les colosses d'en face. Le temps de sauter six fois pour essayer d'effleurer des ballons injouables dégagés par ses coéquipiers. Dans ce match, on se débarrassait plus du ballon qu'on ne le jouait. Agacé, le Romelu. Pas pu le cacher et donc devenu agaçant pour certains de ses coéquipiers. Il y a des petits gestes qui ne trompent pas. " Rom " et sa " com " irritent certains. Faut dire, il fait fort. Il affirme. Il s'affirme. Mais ce n'est pas de la frime. Faut pas oublier que ses références à lui, elles nous viennent d'outre-Atlantique. Son ABC, c'est la NBA. Une société de spectacle où les ego sont une obligation. Indispensables pour espérer exister. La NBA qui offre le sport le plus individuellement collectif du monde. Et donc, le Rom est dans l'affirmation du moi. De son Je. Il le peut parce que son jeu donne de l'émoi. Percutant et irrésistible. Tellement que quitter Everton n'est pas une tentation mais une évidence. Il doit le faire, il est temps de changer d'atmosphère. De viser la stratosphère. Eh oui, il est temps. Sept ans qu'il est pro. Il a quand même déjà... 23 ans. Putain... que 23 ans. On n'a pas fini d'en parler. Il doit aller dunker toujours plus haut. Seul le ciel est sa limite. Nous, la tête dans les étoiles, on l'a eue avec l'action " anderlechtoise " qui a mené au but de Leander Dendoncker contre Bruges. Copie conforme dans la forme et le geste du deuxième but de Diego Costa contre Southampton. Les Mauves qui se la jouent Blues. Qui jouent comme Costa, Eden Hazard et Cesc Fabregas. Une fulgurance collective inspirée par le talent individuel. Une jouissante fulgurance chez nous, une habituelle évidence chez eux. Le plus dur en foot, c'est la répétition de l'excellence. Qu'elle s'exprime tous les trois jours. Ça à un prix que plus jamais le foot belge ne pourra mettre. Et pourtant, pouvoir signaler que le temps d'un week-end on s'est plus régalé avec le foot belge, ça fait du bien. Tout en sachant qu'il faut vite déguster car ce ne sera qu'un bon " cul sec " de Jupiler Pro League et qu'il ne remplacera jamais les longues dégustations d'un nectar appelé Premier League. Qui, cela dit, prend des allures de tripot mal famé avec la descente du fisc dans ses clubs. Avec Sam Allardyce et Harry Redknapp toujours aux affaires. Avec Joey Barton qui se fait tacler comme lui l'a toujours fait. Franchement, nettement, avec dégâts et souffrances pour la victime. Sauf que lui n'est pas une victime. Il savait qu'il ne pouvait pas. Parier sur soi même, sur les autres. Être joueur et... joueur. Ça ne va pas. Mais victime, il l'est quand même aussi car il n'est pas le seul. Mais c'est lui, le " bad boy ", qui ramasse. Y a un business à ne pas trop égratigner... PAR FRÉDÉRIC WASEIGE