L'Hôtel Damier dégage un air de grandeur. C'est Hein Vanhaezebrouck qui a choisi cet établissement, sis sur la Grand-Place de Courtrai. Nous n'avons pas à nous en plaindre. Le café de l'un des hôtels les plus anciens d'Europe est nettement plus agréable que le conteneur où se déroulent les conférences de presse au terme des matches à domicile de Courtrai. L'entraîneur principal du club insiste, pendant l'entretien, sur les performances signées depuis la faillite du club en 2001. Elles doivent générer plus d'assurance.
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L'Hôtel Damier dégage un air de grandeur. C'est Hein Vanhaezebrouck qui a choisi cet établissement, sis sur la Grand-Place de Courtrai. Nous n'avons pas à nous en plaindre. Le café de l'un des hôtels les plus anciens d'Europe est nettement plus agréable que le conteneur où se déroulent les conférences de presse au terme des matches à domicile de Courtrai. L'entraîneur principal du club insiste, pendant l'entretien, sur les performances signées depuis la faillite du club en 2001. Elles doivent générer plus d'assurance. " Notre budget est étriqué, nos moyens limités mais nous ne devons pas non plus nous faire plus petits que nous ne sommes. Ces trois dernières années, nous nous sommes qualifiés pour les PO1. C'est aussi bien que des grands clubs comme le Standard et Genk. Nous devons donc être confiants en nos possibilités. Dans ce contexte, je trouve impensable que Kristof Van Hout ait été offert à Genk début août. Il faut oser le dire : maintenant, c'est terminé, personne ne partira plus pour des queues de cerise. Courtrai doit être conscient de sa propre grandeur et oser l'afficher. "Hein Vanhaezebrouck : Il faut un brin de chance mais notre vision et nos méthodes de travail constituent la base de notre succès. Une chaîne payante francophone nous a rendu visite la semaine dernière pour un reportage. Après l'entraînement, les journalistes m'ont dit n'avoir encore jamais vu une telle façon de travailler. Le sens du détail, les interventions, ma présence sur le terrain. La séance a duré près de trois heures car je ne respecte pas toujours le timing pendant les petits matches. Je préfère rectifier ce qui doit l'être séance tenante, reproduire la situation et la revivre comme il le faut. Les joueurs comprennent mieux ce que je veux sur-le-champ au lieu de revenir sur ces phases par la suite. J'insiste sur des détails pour que les joueurs tendent à la perfection. Non, depuis la saison qui a précédé mon départ pour Genk. Il y a peu de différences. Je n'ai jamais beaucoup incité mes arrières à se relayer. Le principe reste identique : trois hommes derrière en possession du ballon, quatre quand l'adversaire construit le jeu, éviter de se retrouver à cinq. Quand un système est-il bon ? Quand on atteint ses objectifs. Pour certains, une tactique est bonne quand l'adversaire a le ballon et qu'ils peuvent miser sur une transition rapide. Nous en sommes capables aussi. Nous avons progressé en ce sens. Mais pour que notre système fonctionne, nous devons être dominants. Alors, nous sommes capables de poser problème à n'importe qui car nous avons réponse à tout. Les joueurs ont appris toutes les options possibles mais ils ne les appliquent pas encore parfaitement, parce que l'un d'eux hésite ou attend trop longtemps. Le gardien joue un rôle crucial dans notre système de jeu. Lorsque nous entamons une phase avec un ballon sur la ligne des cinq mètres, c'est lui qui doit le lancer et prendre la bonne décision. Ils ont tout tenté mais quand nous sommes en forme, tout le monde doit se méfier de nous. Presque tout le monde. Si nous appliquons bien notre tactique, il est très difficile de la contrer. Parce que notre système est bien balancé, bien pensé : comment défendre, comment attaquer, quels accents placer à quel moment. On dit souvent que le football est simple mais en fait, il est complexe. A onze contre onze, on a beaucoup d'options. De ce point de vue, c'est le sport d'équipe le plus difficile. Il faut une vision, il faut analyser et isoler les différents aspects du jeu pour s'entraîner en fonction des matches et progresser. Je peux imaginer que l'entraîneur de Barcelone doit moins travailler ces aspects, puisqu'on insiste sur eux en équipes d'âge et que le noyau A recèle tant que qualités. En plus, on n'a généralement pas de problèmes de mentalité avec les joueurs de l'élite mais en Belgique, on est confronté à des vedettes qui n'aiment pas s'entraîner et ne jouent que dix bons matches par an. Je ne suis pas un fan de Ronaldo mais il veut être le meilleur à chaque entraînement. Qu'il s'agisse de dix petits matches, de musculation ou de duels homme contre homme, il veut toujours gagner. Il réalise des choses fantastiques. Son tir et sa détente sont phénoménaux mais il est trop individualiste. Je préfère les combinaisons. Pour moi, le meilleur football se déroule en un ou deux temps, avec de temps en temps un dribble sublime. Tac-tac puis faire le bon choix au bon moment, d'un assist surprenant. Ronaldo effectue trop d'étapes et il ne se démarque pas assez. Mais je respecte sa motivation d'être toujours le meilleur. Je le répète à mon groupe : les grands veulent toujours être les meilleurs. Malheureusement, à l'entraînement, mon staff doit motiver certains joueurs, jour après jour. Si ça continue, ils n'arriveront à rien, même s'ils ont des qualités. Quand des jeunes ne sont pas capables de se motiver, qu'ils arrivent à l'entraînement en traînant les pieds et en ayant du mal à garder les yeux ouverts, qu'ils sont incapables de lever un bras pendant l'échauffement... Cela me rend malade. L'application du système de jeu n'est pas difficile mais demande un peu d'intelligence footballistique et du talent. Nous avions cette qualité quand Kums et Mboyo jouaient entre les lignes. Kamghain et Dejaegere sont encore en phase d'apprentissage. Certainement. Plus de 90 % des transferts ont été réalisés en concertation avec moi. Nous essayons de pallier collectivement ce que nous ne trouvons pas et nous travaillons avec les joueurs qui nous sont accessibles. Je me souviens qu'à mon arrivée ici, en D2, les longues passes de De Ly et de Verbrugghe étaient des ballonnets : trop hauts et trop longs. Après un mois, ils envoyaient de vraies fusées. Il faut travailler et insister sur les manquements. Ces commentaires venaient de personnes qui n'y connaissent rien en tactique et je n'y répondrai pas. Être élu par les joueurs ne signifie pas que les dirigeants sont sur la même longueur d'ondes. Les autres clubs de D1 alignent de plus en plus de joueurs qui ont travaillé sous mes ordres, qui savent ce que je demande et ce que je mets en £uvre, quelles options les joueurs reçoivent et l'enrichissement que l'ensemble représente. Ces joueurs transmettent leurs appréciations à leurs collègues, qui les réalisent en jouant contre nous. Le suffrage de joueurs d'autres clubs constitue la plus belle récompense. En général, les footballeurs votent pour l'entraîneur champion mais je trouve que ceux qui participent au suffrage doivent approfondir leur analyse. Quand je jouais à Harelbeke, je me souviens que mon coéquipier Joris De Tollenaere a dit : " Un bon entraîneur est celui qui me fait jouer. " On peut aussi raisonner de cette façon. No comment. Comme beaucoup de clubs belges, le Standard a fait ses emplettes sur le marché néerlandais mais ce n'est pas une garantie de succès. Cela aurait pu arriver à n'importe qui mais pour les entraîneurs belges, c'est bien que les gens comprennent que même les Néerlandais dépendent de plusieurs facteurs. Je suis convaincu que des entraîneurs belges recèlent autant de qualités et en plus, ils connaissent mieux la situation du club, tout comme notre championnat. Cela m'étonne et cela montre aussi l'intérêt avec lequel les Pays-Bas suivent notre football. Il y règne toujours un certain mépris. Je pensais que notre football était réputé pour son organisation, sa concentration sur l'exécution des tâches alors qu'aux Pays-Bas, on accorde plus de latitude aux joueurs, on pratique un marquage individuel sur tout le terrain et on est plus exposé à la défaite. Là, il y a toujours une journée portes ouvertes quelque part, le week-end. On y voit des scores-fleuves. Un match PSV-Feyenoord s'est même clôturé sur le score de 10-0 ! C'est impensable ici. Ils n'appliquent pas cette philosophie chez nous. Ils préfèrent un jeu de combinaisons même si, cette saison, Anderlecht a déjà décoché pas mal de longs ballons. Je regrette parfois le manque de construction depuis l'arrière alors que les Pays-Bas la prônent. Mario Been est le seul à avoir vraiment joué, dès la première journée. Ce n'était pas évident juste après le titre et ça a failli lui être fatal car la saison passée, il a été au bord du gouffre à deux reprises. Maintenant, Genk développe le meilleur football de Belgique mais la direction a été patiente et a gréé du temps à son entraîneur. En plus, des joueurs comme Gorius, De Ceulaer et Joseph-Monrose ont apporté une plus-value. Ils savent combiner et conviennent parfaitement au jeu de Mario Been. Encore fallait-il former une équipe. Chapeau !PAR CHRISTIAN VANDENABEELE - PHOTOS: KOEN BAUTERS" En Belgique, on est confronté à des vedettes qui n'aiment pas s'entraîner. "" Faire ses emplettes aux Pays-Bas n'est pas une garantie de succès. "