Le Steaua Bucarest ne va pas bien (dernier de son groupe en Europa League et à la recherche du titre depuis trois ans), son président encore moins. Il y a deux semaines, George Becali (dit Gigi) a été mis en examen sous l'accusation de séquestration. Il est accusé d'avoir commandé (dans la nuit du 26 au 27 janvier 2009) à ses sbires d'enlever les présumés voleurs de sa flamboyante Maybach (valeur : 500.000 euros). La scène s'était déroulée en plein Bucarest et avait été filmée par les caméras de surveillance puis relayée par les tél...

Le Steaua Bucarest ne va pas bien (dernier de son groupe en Europa League et à la recherche du titre depuis trois ans), son président encore moins. Il y a deux semaines, George Becali (dit Gigi) a été mis en examen sous l'accusation de séquestration. Il est accusé d'avoir commandé (dans la nuit du 26 au 27 janvier 2009) à ses sbires d'enlever les présumés voleurs de sa flamboyante Maybach (valeur : 500.000 euros). La scène s'était déroulée en plein Bucarest et avait été filmée par les caméras de surveillance puis relayée par les télés roumaines. Un pur film d'action en noir et blanc qui avait fait exploser les audiences. Pour ces mêmes faits, Gigi était déjà passé par la case prison en avril dernier pour 14 nuits. Eurodéputé depuis juin sur la liste d'extrême-droite Romania Mare (Grande Roumanie) - mais interdit de quitter le territoire depuis l'accusation de séquestration et donc dans l'impossibilité de se rendre à Strasbourg, Becali sent aujourd'hui le vent tourner. Sa popularité est nettement en baisse. Ses propres supporters, ceux du Steaua, en sont arrivés à demander sa démission et les slogans fusent ces temps-ci : " Becali en prison !, Becali en prison ! " ou " Fais tes bagages, tes moutons t'attendent ! ". Pour " apaiser les esprits ", le propriétaire du club le plus titré de Roumanie vient d'annuler les abonnements de la frange la plus dure des supporters. Becali estime que Ghencea (le stade du Steaua) est sa propre maison et qu'il a le droit de décider qui y est invité... Cette position n'a évidemment fait que mettre de l'huile sur le feu. La vie de Becali est truffée de déclarations incendiaires et d'opinions nauséabondes. " Les femmes ne valent plus rien sitôt qu'elles ont accouché ", c'est lui. " Bölöni n'est qu'un traître de Hongrois " aussi. Pour prolonger son attitude stupidement machiste, il va même jusqu'à interdire We are the Champions des Queen dans son stade car son chanteur est " un homosexuel et donc un fou ". Son arrivée en 2003 à la tête du Steaua l'a pleinement starisé auprès de la population roumaine. Et sa mégalomanie n'en a été que plus grande. Pour l'illustrer : dans le salon de son immense propriété achetée pour 7 millions d'euros, on retrouve une reproduction de La Cène de Léonard de Vinci avec Becali comme Jésus et les onze joueurs du Steaua comme apôtres. Becali, c'est aussi l'histoire (dont il est particulièrement fier), d'un fils de berger de la minorité aroumaine devenu richissime grâce à l'immobilier de la capitale. Son histoire est aujourd'hui tachée de diverses affaires et de coups teintés de populisme, comme financer des écoles et visiter les orphelinats, n'aveuglent plus les Roumains. Dernier fait philanthropique en date, le payement de 30.000 euros pour l'opération médicale d'un célèbre chanteur roumain. Il semble toutefois que cela n'émeuve plus grand monde... THOMAS BRICMONT