Marc Degryse commence par une sombre confidence : " J'ai assisté au premier match de la saison, à Courtrai. Quand j'ai vu les noms qu'il y avait dans cette équipe, je me suis dit qu'elle n'allait jamais s'en sortir. Yohann Thuram, Martin Milec, Dino Arslanagic, Ricardo Faty, Jonathan Legear, Faysel Kasmi : c'était quand même très limite pour viser un bon championnat. "
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Marc Degryse commence par une sombre confidence : " J'ai assisté au premier match de la saison, à Courtrai. Quand j'ai vu les noms qu'il y avait dans cette équipe, je me suis dit qu'elle n'allait jamais s'en sortir. Yohann Thuram, Martin Milec, Dino Arslanagic, Ricardo Faty, Jonathan Legear, Faysel Kasmi : c'était quand même très limite pour viser un bon championnat. " La suite immédiate ne l'a pas moins inquiété ! " J'ai été étonné qu'on vire Slavo Muslin après cinq matches. L'équipe n'avait pris que 7 points sur 15 mais il n'y avait quand même pas le feu. Cette décision précipitée était à l'image de la vie de ce club depuis la reprise par Roland Duchâtelet. Il y a de l'instabilité partout. Dans les bureaux, dans le vestiaire, sur le terrain. Trois propriétaires, autant d'entraîneurs et tant de joueurs en cinq ans... c'est impossible d'arriver à quelque chose. Ça se passait beaucoup mieux en novembre et décembre mais on a de nouveau chamboulé le noyau en janvier. Ce manque de stabilité doit s'arrêter. Ce n'est pas possible d'avancer comme ça. " Notre consultant procède à une analyse en profondeur de la saison des Rouches. Il a liké certaines choses et n'a pas du tout goûté à d'autres. Bilan. " Je comprends qu'un coach tienne compte de l'adversaire, mais à partir du moment où il a une équipe qui tourne, il doit la laisser sur le terrain et lui faire jouer son jeu. C'est comme ça que tu attrapes une identité. En fonction de ce qu'il y a en face, tu peux imposer des nuances, demander par exemple à tes attaquants de défendre autrement. Mais tu ne peux pas tout chambouler. C'est ce que Yannick Ferrera a fait à domicile contre Gand, pour ne prendre qu'un exemple. Ce soir-là, ses joueurs étaient perdus, déstabilisés par les consignes qu'on leur avait données. L'équipe n'était plus elle-même. Un entraîneur ne doit pas croire qu'il peut gagner un match sur la tactique. Ce n'est qu'un petit pourcentage, peut-être 10 ou 15 %. Revoir chaque fois son dispositif et penser que ça peut faire gagner, c'est une erreur. " " La communication, c'est aussi 10 ou 15 % du boulot d'un entraîneur. Yannick Ferrera gère très bien la sienne. Il ne nie pas les problèmes, il est critique pour le groupe et aussi vis-à-vis de lui, il s'expose parfois en disant qu'il a commis des erreurs, il est clair et il met toujours la barre plus haut. A certains moments, il veut tellement bien communiquer qu'il va un peu trop loin. Par exemple quand il veut faire passer le message que c'est lui qui a gagné le match par l'une ou l'autre décision tactique. C'est comme ça qu'on provoque des frictions dans un vestiaire. Il a aussi pris un risque quand il a parlé de gamins de merde et de fils de riches. Il venait de débarquer et, pour le même prix, le groupe se serait ligué contre lui. Je repense aussi à sa décision de laisser Jelle Van Damme et Anthony Knockaert sur le banc pour le même match. Il voulait montrer qu'il mettait tout le monde sur le même pied et qu'il était le seul boss du vestiaire. C'était osé, le Standard a perdu ce match qu'il aurait dû gagner, et peut-être qu'au final, ça coûtera cher. On ne peut pas dire que l'équipe aurait battu Westerlo avec ces deux joueurs au coup d'envoi mais elle aurait eu un plus grand pourcentage de chances de gagner. Ferrera a sans doute pensé au long terme quand il a pris ces décisions, il a peut-être voulu réveiller et conscientiser tout le monde. Mais s'il manque un petit quelque chose pour aller en play-offs, on repensera à ce match. " " Gabriel Boschilia m'a épaté quand il a fait ses débuts, en janvier, à Lokeren. C'est le type de joueur que Yannick Ferrera apprécie. Il est vif, il percute facilement, il se retourne sans problème. Comme Edmilson, Jean-Luc Dompé ou Adrien Trebel. Mais il a vite souffert de l'irrégularité qui frappe tous les joueurs en manque de matches. Ça s'est vite fait sentir, et après Lokeren, Boschilia n'a presque plus jamais confirmé. C'est difficile de prendre les bonnes décisions vers l'avant quand on manque de rythme et de repères. Bref, il a été peu utile au Standard jusqu'ici. Pourtant, ça saute aux yeux qu'il a du potentiel. Je le compare à Filip Djuricic. Lui aussi, on voit qu'il a plein de qualités, mais tu as besoin de jouer une saison complète dans le même club pour les montrer. Qu'on mette Boschilia ou Djuricic pendant un championnat complet dans une équipe comme le Standard ou Anderlecht, et ils seront des renforts pour la Pro League, ils marqueront aussi des buts. Mais Djuricic, c'est combien de goals depuis trois ans ? Tu perds tes sensations quand tu joues aussi peu. " " Le duo Alexander Scholz - Jorge Teixeira en défense centrale, ce n'était pas mal. Le binôme Scholz - Milos Kosanovic, c'est encore mieux. Il me plaît énormément, Kosanovic. Un de ses points forts est sa technique de frappe, un élément qu'on sous-estime dans beaucoup de clubs en Belgique. La frappe de Kosanovic sur les coups francs est la plus belle et la plus efficace du championnat. C'est puissant et précis. J'avais des doutes sur sa vitesse mais je suis rassuré entre-temps. Scholz lit très bien le jeu et ça a cliqué directement entre eux. Teixeira était surtout bon défensivement et il lui arrivait de marquer de la tête. Mais Kosanovic joue plus au foot. " " Se défaire de Julien de Sart, c'est une décision difficile mais je la comprends. Il a montré dans certains matches qu'il avait du potentiel mais je ne le voyais pas devenir une figure clé du Standard sur le long terme. Il a un excellent passing et il peut être très utile quand les échanges sont calmes, mais dès que ça accélère, il perd le fil. Il manque aussi d'agressivité dans la récupération. Il veut peut-être trop faire des belles choses alors qu'un médian défensif doit avoir un minimum d'engagement physique. Julien de Sart a compris tout ça et il a pris une bonne décision en quittant le Standard. C'est dur quand on n'a pas la confiance du club où on a fait toute sa formation mais il n'y avait pas d'autre issue pour lui. C'est compliqué aussi pour Dino Arslanagic. Mais il ne peut pas rivaliser avec Scholz ou Kosanovic pour une place dans l'axe de la défense. Il a quand même reçu assez souvent sa chance cette saison et il n'a pas su s'imposer. Il a continué à commettre trop souvent les mêmes fautes. Il veut trop jouer au feeling et trop anticiper, il arrive trop tard et rate des interventions. Ça explique aussi les cartes qu'il prend. Et son positionnement insuffisant ne s'est pas amélioré au cours des matches. " " Je ne vois personne, dans le groupe actuel, qui a une mentalité à la Jelle Van Damme. Il n'a pas été remplacé au niveau de l'impact psychologique sur les autres joueurs, pas non plus au niveau du jeu. Au poste de back gauche, c'est trop juste. Darwin Andrade n'a jamais convaincu. Idem pour Corentin Fiore, qui y est installé depuis le départ de Van Damme. Ce n'est pas un défenseur latéral, purement et simplement. Il a du mal à se retourner, il fait des erreurs de positionnement, il regarde trop le ballon. Son match à domicile contre Gand a été une illustration limpide de ses limites. Il s'est fait prendre plus d'une fois dans son dos. Fiore est plus un défenseur central ou un médian. " " Dans le coeur de l'entrejeu comme à beaucoup d'autres postes, ça a énormément tourné. Giannis Maniatis a pas mal de temps de jeu depuis qu'il est arrivé mais je suis très sceptique. Sambou Yatabaré et Adrien Trebel ensemble, ça fonctionnait bien. Yatabaré courait beaucoup, il savait être salopard par moments. Son départ en janvier a été une perte, c'est sûr. Si ce n'est pas lui, le mieux pour moi est que ce soit Eyong Enoh. Ils ont un peu les mêmes qualités. Enoh peut être très dur, lui aussi, parfois trop dur. Mais ses absences pour petites blessures et les cartes qu'il prend ne l'aident pas à s'installer dans la durée. Maniatis profite de tout ça. Il n'a pas le profil que j'imagine pour un récupérateur du Standard d'aujourd'hui. Je vois plus un style Enoh, qui se concentre sur le boulot défensif et qui permettrait à Trebel de jouer un peu plus haut et d'être meilleur offensivement. Une sorte de Stéphane Badji qui, lui, est censé libérer Steven Defour sur le plan offensif. " " J'ai toujours pensé que Yohann Thuram était trop juste pour être le gardien d'une équipe comme le Standard. Quand il enchaînait les matches moyens, on a entendu que Guillaume Hubert n'était pas prêt. Je ne comprends pas. Avoir deux gardiens de haut niveau, c'est quand même une obligation quand on est le Standard, non ? Il est finalement entré dans l'équipe et il n'a pas démérité. A part l'une ou l'autre petite erreur, tout à fait normale à son âge, il m'a laissé une bonne impression. Quand Victor Valdés est arrivé, Hubert a été positif dans ses interviews en disant qu'il allait apprendre beaucoup. Mais il peut quand même râler. Parce qu'il a perdu sa place en étant bon. Son coach a de nouveau eu besoin de lui contre Charleroi, par exemple, parce que Valdés était blessé. Et il a encore fait un gros boulot. Si le Standard joue les play-offs 2, j'imagine que Guillaume Hubert retrouvera sa place. Ce sera une façon de lui donner de l'expérience, et puis qu'est-ce qu'un Valdés irait faire dans des matches pareils ? Par contre, Hubert retrouvera le banc s'il y a les PO1 et pour autant que son concurrent soit opérationnel. Il ne devrait pas non plus jouer la finale de la Coupe. Je trouve que c'est très dur pour lui. " " Il a fallu du temps pour qu'on voie clair devant. Yannick Ferrera était-il convaincu par Ivan Santini quand il a repris l'équipe ? Pas sûr. Il a tout essayé : Santini, Mohamed Yattara, Benjamin Tetteh, Renaud Emond. Aucun ne s'imposait, mais c'est terrible pour un attaquant de passer du terrain au banc, éventuellement à la tribune, d'être remplacé après une heure. Impossible de prendre de la confiance dans ces conditions. Santini a souffert de ça, il sentait qu'il n'était pas le premier choix et on ne revoyait pas le buteur de Courtrai. Parfois, j'ai eu l'impression que Ferrera oubliait cet aspect psychologique. Maintenant que Santini est toujours dans l'équipe, il marque régulièrement. Renaud Emond joue peu, ça ne m'étonne pas trop. Je le vois plus comme un numéro 2, et dans un système en 4-3-3, la place en pointe n'est pas faite pour lui. Il a besoin d'un système à deux attaquants pour être performant. Tetteh ou Santini tout devant, et Emond avec son profil à la Jelle Vossen qui tourne autour, ça peut marcher. " " Il y a des points communs entre Yannick Ferrera et Michel Preud'homme, ça se sent qu'ils ont travaillé ensemble et que Ferrera prend Preud'homme comme exemple. Ils ont le même sens poussé de l'analyse de l'adversaire et un côté fanatique. Ils sont toujours à la recherche de nouvelles solutions et de changements. Ils ont la même nervosité, ils n'arrivent pas à se détendre, à prendre du recul par rapport à leur métier. Et ils montrent la même explosivité pendant les matches. La différence, c'est que Ferrera fiche relativement la paix aux arbitres. Sans doute parce qu'il a compris, lui, que ça ne servait à rien de contester une décision déjà sifflée. Mais avec certains adversaires, je vois qu'il y va franco. Il met son grain de sel quand ça chauffe, il n'a pas peur d'aller au duel. Il y a eu son altercation avec Mbaye Leye dans le match à Waregem et, ce week-end, sa prise de bec avec Peter Maes. " " Adrien Trebel a réussi beaucoup de gros matches mais il y a aussi eu des moments où je me suis demandé comment il était possible qu'un footballeur avec autant de qualités soit aussi brouillon. Il multipliait les pertes de balle, il était trop précipité, il prenait les mauvaises décisions. Il me faisait parfois penser au Youri Tielemans en souffrance. Mais sur l'ensemble, c'est un des seuls joueurs du Standard qui peut être satisfait de sa saison. Celui qui m'a le plus impressionné, c'est Matthieu Dossevi. Je l'ai vu à Gand pour la première fois en live, ce n'était que son deuxième match en Belgique et je suis directement tombé sous le charme. Il court énormément, il sait trouver des solutions dans des espaces minuscules, il dribble, il a de la vitesse, il donne des assists, il marque. Si je suis entraîneur du Standard et si tout le monde reste, je construis mon équipe autour de Trebel, Dossevi, Scholz et Kosanovic. " " Encore une saison presque blanche pour Jonathan Legear. Une de plus. Il nous fait une carrière à la AnthonyVanden Borre. Comment croire encore en lui ? Legear, depuis des années, ce sont des hauts qui ne durent pas longtemps et des bas qui s'éternisent. Je ne le vois pas revenir un jour au niveau qu'il avait en 2010, quand il avait même fait l'un ou l'autre match de dingue avec l'équipe nationale. Contre l'Autriche, par exemple. Même si l'investissement n'est pas énorme, incomparable avec celui d'Anderlecht pour Vanden Borre, le Standard s'est trompé en investissant sur lui. Un grand club ne peut pas espérer avancer avec des transferts comme celui-là. " PAR PIERRE DANVOYE - PHOTOS BELGAIMAGE" Devant son banc, Yannick Ferrera met son grain de sel quand ça chauffe, il n'a pas peur d'aller au duel. " MARC DEGRYSE " Un entraîneur ne doit pas croire qu'il peut gagner un match sur la tactique. " MARC DEGRYSE