Un match d'avant-saison entre les Golden State Warriors et LA Clippers, début octobre. En milieu de troisième quart-temps, Stephen Curry inscrit un panier à trois points sur un assist de son nouveau coéquipier Kevin Durant. Le score, à ce moment de la partie : 89-36, un écart de 53 ( ! ) points. Certes, ce n'était qu'un match de préparation, mais l'Oracle Arena avait fait salle comble avec près de 20.000 spectateurs, pour un match entre deux équipes qui ne savent pas se sentir. Deux équipes qui alignaient leur meilleur " cinq " au départ, avec notamment Chris Paul, Blake Griffin et DeAndre Jordan chez les Clippers. Cela n'a pas empêché les Warriors d'envoyer un signal fort à trois semaines du début de la saison de NBA, en ridiculisant leur adversaire du jour (120-75).
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Un match d'avant-saison entre les Golden State Warriors et LA Clippers, début octobre. En milieu de troisième quart-temps, Stephen Curry inscrit un panier à trois points sur un assist de son nouveau coéquipier Kevin Durant. Le score, à ce moment de la partie : 89-36, un écart de 53 ( ! ) points. Certes, ce n'était qu'un match de préparation, mais l'Oracle Arena avait fait salle comble avec près de 20.000 spectateurs, pour un match entre deux équipes qui ne savent pas se sentir. Deux équipes qui alignaient leur meilleur " cinq " au départ, avec notamment Chris Paul, Blake Griffin et DeAndre Jordan chez les Clippers. Cela n'a pas empêché les Warriors d'envoyer un signal fort à trois semaines du début de la saison de NBA, en ridiculisant leur adversaire du jour (120-75). Rien de surprenant, avec quatre All-Stars dans le cinq de base : le virevoltant ailier Draymond Green, les shooteurs Klay Thompson et Stephen Curry, plus Kevin Durant. Ces deux derniers ont remporté, ensemble, trois titres de Most Valuable Players (Curry en 2016 et 2015, Durant en 2014), et sont considérés comme deux des trois meilleurs joueurs du monde, avec - ou juste derrière - le quadruple MVP LeBron James. L'étoile de Curry, en particulier, a particulièrement brillé ces deux dernières années, avec des Warriors qui ont remporté le titre de champion NBA en 2015 et qui ont battu, la saison dernière, le nombre de victoires en regularseason détenu jusque-là par les Chicago Bulls de Michael Jordan, en le portant de 72 à 73. Mais cette performance a coûté tellement d'énergie que le réservoir était vide lors du Game 7 des Finals contre les Cleveland Cavaliers de James. Celui-ci a offert à ses fans, dans sa ville de l'Ohio, un premier titre dans un sport majeur depuis 1964. LeBron, qui avait dû céder son statut de numéro 1 à Curry l'année précédente, est redevenu The King. Cette défaite dans la septième manche décisive a précipité le transfert de Kevin Durant d'Oklahoma à Golden State. Ce pur shooteur, doté d'un tir à distance meurtrier malgré ses 2m06, devrait parfaitement s'intégrer au " tikitaka " de Golden State, aux côtés d'autres shooteurs comme Curry et Thompson. Il y a en effet une grande différence avec le jeu du Thunder, où Durant et Westbrook rivalisaient souvent dans des actions individuelles, et celui des Warriors. En outre, Durant avoue lui-même qu'il en avait marre de passer systématiquement à côté de la montre en or. " J'ai toujours été deuxième, durant toute ma vie. En High School, lors de la draft, trois fois lors de l'élection du MVP, dans les finales NBA... I'm done with it ", avait-il déjà déclaré en 2013 en couverture du magazine Sports Illustrated. Seulement : était-ce le bon moment pour partir chez les Warriors, une équipe qui avait gagné 73 matches en saison régulière, et qui semblait partie pour remporter un deuxième titre de champion d'affilée ? Apparemment non, jusqu'à ce qu'ils se fassent surprendre de façon inattendue en finale par LeBron James et ses amis. Subitement, il est apparu qu'une pièce manquait dans le puzzle des Warriors, qui semblait pourtant parfaitement assemblé. " Je suis heureux qu'ils aient perdu ce Game 7 ", a déclaré Durant. KD a alors décidé de prendre la direction d'Oakland malgré des offres de Miami, de San Antonio et de Boston. Pourtant, si l'on en croit l'ex-Warrior Andrew Bogut, qui a dû quitter Golden State pour faire baisser la masse salariale et permettre à Durant d'être engagé, le deal aurait déjà été conclu plus tôt. On sait que KD s'est lié d'amitié avec ses coéquipiers du Team USA - et futurs équipiers chez les Warriors - Stephen Curryet André Iguodala lors du Championnat du monde 2010 en Turquie. Ces deux joueurs auraient déjà fait les yeux doux à Durant depuis longtemps, en insistant sur le fait qu'ils éprouvaient beaucoup de plaisir à jouer ensemble, et qu'ils ne voyaient aucun inconvénient à se partager la gloire et les lauriers. Seule la victoire compte, pas les exploits personnels. Leurs arguments ont suffi à convaincre Durant, qui bénéficiera par ailleurs d'un contrat de deux ans à 49 millions d'euros (plus une option qui lui permettrait de resigner l'an prochain pour cinq ans et 145 ( ! ) millions d'euros). C'est aussi la meilleure chance pour lui de remporter un premier titre de NBA et - comme il l'a écrit dans une lettre ouverte - " une possibilité pour moi de m'extraire de ma zone de confort en tentant ma chance dans une nouvelle ville et un nouvel environnement. " La décision de Durant - la plus difficile qu'il ait jamais prise, selon ses propres dires - a déclenché la colère des fans du Thunder, qui pensaient que KD allait défendre leurs couleurs à vie. N'avait-il pas fait un don d'un million de dollars aux victimes de la tornade dans l'Oklahoma ? Beaucoup de suiveurs de la NBA ont également réagi avec vigueur. Ils trouvaient que Durant avait répondu un peu trop facilement à l'appel des sirènes californiennes. Le petit film du consultant d'ESPN Stephen A. Smith après la cinglante victoire des Warriors sur les Clippers en préparation est révélateur : " Je suis dégoûté. Durant a ôté tout intérêt à la saison régulière ! (3x) " Smith refuse même de regarder les matches des Warriors dans cette saison régulière déjà pipée, selon lui. Car ils inscriront 120 points par match les yeux fermés et creuseront des écarts de 20 ou 30 points, voire plus, contre les équipes les plus faibles de la grande ligue. C'est en tout cas le pronostic de certains analystes de la vieille école, nostalgiques des rivalités entre deux ou plusieurs équipes mythiques. Mais on en est encore loin. D'autant que Curry et Cie ont déjà annoncé qu'ils ne commettraient pas deux fois la même erreur, en pompant tellement d'énergie en saison régulière qu'ils abordaient les play-offs exténués. Cela ne les intéresse pas de battre leur record de 73 victoires. Désormais, seuls les play-offs comptent. Et la plus que probable troisième finale d'affilée contre le Cleveland de LeBron James. Les Cavaliers peuvent eux aussi aligner une équipe de stars - avec, aux côtés du King, Kyrie Irving et Kevin Love - et semblent hors d'atteinte dans la Conférence Est, comme les Warriors le sont dans la Conférence Ouest. D'ici là, toute l'attention se portera sur les Warriors. Encore plus que la saison passée, lorsqu'ils disputèrent quasiment tous leurs matches - à domicile comme à l'extérieur - dans une salle comble. Ce n'est pas près de changer : la liste d'attente, pour un abonnement chez les Warriors, comprend 32.500 noms, plus d'une fois et demie la capacité de l'Oracle Arena... A la grande joie des propriétaires Joe Lacob et Peter Guber qui avaient acheté Golden State en 2010 pour 408 millions d'euros, lorsque la franchise californienne végétait encore dans les tréfonds du classement. Six ans plus tard, en janvier 2016, le magazine économique Forbes a évalué la valeur des Warriors à 1,72 milliard d'euros. Avec la venue de Durant, elle dépassera les 2 milliards, juste derrière le trio de tête traditionnel : les New York Knicks, les LA Lakers et les Chicago Bulls, qui malgré de mauvais résultats au cours des dernières saisons, peuvent s'enorgueillir d'une riche tradition et surtout s'appuyer sur un marché gigantesque dans les trois plus grandes villes des Etats-Unis. Ces grands marchés - Oakland/San Francisco est numéro 27 sur la liste des biggest cities, par rapport au 'petit' Oklahoma - est aussi l'une des raisons pour lesquelles le fabricant de chaussures Nike a applaudi la décision de Kevin Durant de déménager. Et, selon certains, l'y aurait même poussé. La firme américaine l'a pris sous contrat pour dix ans en 2014, pour 272 millions d'euros, mais a vu les ventes des KD Sneakers baisser la saison dernière, entre autres parce que les chaussures de Stephen Curry, de la firme Under Armour - concurrente de Nike - étaient subitement devenues immensément populaire. Certains commentateurs ont même considéré le transfert de Durant comme une manoeuvre de Nike pour endiguer le soudaine percée d'Under Armour. Mais, selon d'autres experts du marché, ce transfert n'aurait aucun impact. La firme de Curry est devenue suffisamment solide entre-temps pour ne pas se soucier de sa concurrente. Les deux firmes pourraient même profiter ensemble du succès sportif qui semble promis aux Warriors. On prévoit, en effet, que le quatuor Durant, Curry (tous les deux 28 ans), Thompson et Green (tous les deux 26 ans) est appelé à former une dynastie qui conduirait les Warriors vers trois ou quatre titres consécutifs en NBA. A moins que LeBron James, Kyrie Irving et leurs Cavaliers ne déjouent une nouvelle fois les pronostics. Cette rivalité fait les choux gras des chaînes de télévision. Ces deux dernières saisons, les audiences ont approché les records datant de l'époque de Michael Jordan. La dernière finale de NBA entre Golden State et Cleveland a rassemblé en moyenne 20,28 millions de téléspectateurs devant le petit écran aux Etats-Unis, soit la meilleure audience depuis la dernière finale de His Royal Airness avec Chicago contre Utah en 1998. Les fans veulent voir des stars en action. Et, avec l'apport de Durant en plus, ils seront servis. Mais, alors que les Warriors de 2015 - et encore ceux de la saison régulière 2015-2016 - véhiculaient un courant de sympathie, avec le duo Batman-Robin (Stephen Curry-Klay Thompson) et le joyeux Draymond Green, il en va tout autrement depuis la dernière finale NBA. Green s'y est signalé par des fautes vulgaires et Curry n'a pas été à la hauteur dans les moments décisifs (en partie parce qu'il n'était pas à 100%). Il a même dû sortir pour six fautes pour la première fois de sa carrière et a retourné sa frustration vers le public. Son image de gendre idéal en a pris un sérieux coup. Depuis, les Warriors sont devenus les mal-aimés pour les fans des 29 autres franchises de NBA, et cela risque encore de s'accroître avec l'arrivée de Durant, car la voie du succès semble trop facile... PAR JONAS CRETEUR - PHOTO GETTY" J'ai toujours été deuxième, durant toute ma vie. J'en avais marre. " KEVIN DURAN