Veste jaune, comme les cartes que les arbitres tenaient autrefois sous son nez d'impitoyable garde-chiourme de la D1, l'élégant Moreno Giusto ne paraît pas ses 42 printemps.

L'ancien roc des Sang et Marine nous a fixé rendez-vous Place Cathédrale, en plein centre de sa Cité Ardente. A deux pas de là, More fait tourner un restaurant, le San Daniele, avec l'aide de sa femme Muriel et de ses parents, Renato et Flora. C'est son coin, son jardin secret, le quartier de sa jeunesse, l'endroit où ses parents ont pris racine, bâti une autre vie à leur sueur de leur front après avoir quitté l'Italie.

" Mon père avait 13 ans seulement quand il laissa derrière lui son village du Frioul, Chialminis, afin de travailler dans une briqueterie de La Louvière ", raconte Moreno Giusto. " Puis, un peu plus tard, il devint cuistot au Dottore, le premier grand restaurant italien de Liège ".

Le papa de Moreno ne tarda pas à rencontrer sa future épouse, originaire de Fossa, dans les Abruzzes. Moreno vint au monde le 3 novembre 1961. Cinq ans plus tard, le 5 novembre 1966, le destin faillit emporter le gamin et le bonheur de la famille.

" C'était le jour de l'inauguration du café de mes parents ", dit Moreno. " La fête battait son plein en bas tandis que je m'amusais au troisième étage avec mon cousin. C'était la grande époque de Batman. Je me suis accroché à la tablette extérieure de la fenêtre. Mon cousin me tenait et je lui ai demandé de me lâcher. J'étais certain de pouvoir voler comme Batman. Alerté par des clients et des passants, mon père avala les escaliers jusqu'au troisième étage. Trop tard. Il entendit un bruit sourd et savait ce que cela signifiait. J'étais tombé. On me releva sur le balcon du premier étage. Ma tête était passée à quelques millimètres d'un parapet. Je m'en suis finalement tiré avec une vilaine fracture de la jambe. La fête était gâchée mais j'avais la vie sauve...

Mes parents ont toujours travaillé comme des forcenés. Le Peter Pan, leur établissement, a été ouvert 7 jours sur 7, 24 heures sur 24, durant 22 ans. Mon père et ma mère se succédaient au comptoir et à la cuisine. Nous n'avons pas eu de véritable vie de famille sauf pendant les vacances. Tout tournait autour du Peter Pan. Avec mon frère Sandro, nous avons vite appris à nous débrouiller car nos parents travaillaient tout le temps ".

L'honneur d'avoir joué avec Edhem Sljivo

A dix ans, Moreno Giusto s'affilia au FC Liégeois. Son père s'y rendait parfois afin de suivre un joueur d'origine italienne, Osvaldo Lesti. Et puis, Rocourt était plus près de la Place Cathédrale que Sclessin. En Minimes, Cadets, Scolaires et Juniors, Moreno trusta les titres nationaux avec Jean-François de Sart, Serge Cadorin et Bernard Wégria qui fit le bond vers l'équipe Première à 16 ans. Deux entraîneurs de jeunes le marquèrent : Jacky Verhulst et Jovan Curcic.

" Je dois beaucoup à Curcic. En Juniors, il insistait sur tout : la diététique, le repos, etc. et faisait la pub de ses jeunes auprès du staff technique de l'équipe Première. Cet homme passionné m'a ouvert la porte du noyau A. J'aurais pu y débarquer plus tôt. Sylvestre Takac me convoqua pour une reprise des entraînements mais j'ai fait semblant de ne pas l'avoir reçue. Le coach n'étant pas né d'hier, il comprit que j'avais préféré partir en vacances et j'ai passé une saison de plus en Réserves. Je me donnais à fond à l'occasion des matches contre les A. Sead Susic jouait encore à Liège. Il m'aimait bien et me lança un jour avec son accent bosniaque : -Gamin, je t'apprécie mais, à l'entraînement, j'aimerais bien que tu touches de temps en temps la balle et pas toujours mes jambes ".

En 1983-84, Liège dégraisse son effectif, resserre sa trésorerie, fait appel à ses jeunes, à deux gardiens de but de la région, Guy Hubart et Pierre Drouguet, et entame une nouvelle période de son histoire sous la direction de deux coaches qui furent des joueurs de légende à Rocourt : Victor Wégria et Louis Carré. Des gamins comme Benoît Thans et Bernard Wégria ont déjà fait leur trou. Quelques anciens sont restés : Michel Wintacq, Piet Kuypers, Bernard Habrant, Raphaël Quaranta, RogerHenrotay, etc.

Le premier match de Moreno Giusto en D1 n'est pas des moindres. Liège reçoit Anderlecht. " J'ai été six fois à la toilette avant le début de la rencontre. C'était la folie et Jovan Curcic est venu m'y chercher afin que j'assiste quand même à la théorie. Je devais museler Erwin Vandenbergh. J'étais dans tous mes états lors de la traversée du fameux tunnel menant au terrain. Puis, tout s'est bien passé : premier contrôle sans problème, passe bien appuyée. Vandenbergh n'a pas marqué alors que j'avais eu, de mon côté, un ballon de conclusion avec une belle reprise du gauche ".

Cette saison-là, les Sang Marine privèrent Anderlecht du titre en venant gagner 1-2 au Heysel car le stade des Mauves était en travaux. Victor Wégria avait terminé la saison sans Louis Carré avant de céder les commandes à Robert Waseige.

" Ce fut le début d'une période formidable ", se rappelle Moreno Giusto. " Je n'avais eu qu'un contrat d'un an (fixe de 25.000 francs par mois, prime de 20.000 francs par victoire) et la prolongation se faisait attendre. A cette époque, je pouvais décrocher un emploi au consulat d'Italie à Liège. J'en ai parlé à Waseige qui rétorqua tranquillement : -Avant de tamponner des passeports, viens un peu t'entraîner avec nous. La suite fut fabuleuse. Le FC Liégeois devint un os difficile à ronger pour tout le monde. Cela nous a valu deux finales de Coupes de Belgique, dont une gagnée contre le Germinal Ekeren, des matches sensationnels en Coupe de l'UEFA face à Benfica, la Juventus ou le Werder Brême. Liège procurait des maux de tête à tous les entraîneurs de D1. Aad De Mos devenait fou quand il devait se mesurer à Liège à la tête du FC Malinois : ses prises de bec avec Robert Waseige étaient célèbres. J'étais fier de mon club mais le plus gratifiant, pour moi, fut d'avoir eu l'honneur de jouer avec Edhem Sljivo. Edko, c'était la classe pure, le plaisir, rien que de la joie, du bonheur. Il fut, selon moi, le meilleur, le médian le plus complet des années 80 en Belgique. Je n'avais jamais vu un tel talent chez nous. Il était important et, à un moment, alors que je ne jouais pas, je lui ai demandé de défendre ma cause auprès de Waseige. - D'accord, mais, en contrepartie, tu devras porter mon sac durant une semaine. J'aurais décroché la lune pour Edko qui, malgré son statut de star, venait me chercher à la maison. L'accident de la circulation qui écourta sa carrière fut un drame pour lui mais aussi pour tout le football liégeois ".

Liège n'est qu'un gros village

Le Liège de la bande à Waseige volait de succès en succès. Quand un joueur décollait trop, le coach le ramenait les pieds sur terre : " Il trouvait toujours le mot juste, la phrase qui fait mouche ou l'image qui veut tout dire. Un jour, après une série de gros matches, il nous a mis en garde : - Attention, vous n'êtes pas des divas mais des simili stars. Avant les derbys qui secouaient profondément la ville, il affirmait que - Liège n'était qu'un gros village ".

Giusto se coltina aux meilleurs puncheurs des années 80 et du début des années 90 : Vandenbergh, Piet Den Boer, Alexandre Czerniatynski, JosipWeber, etc. Qui lui a posé le plus de problèmes ? " Aucun de ceux-là ", lance-t-il. " J'étais un stoppeur de métier. J'adorais les grands matches car cela exigeait une concentration totale. Mon job était simple : museler le buteur adverse, comme Théo Poel le fit bien et longtemps au Standard. Quand j'y parvenais, la moitié du boulot était assumé. - C'était aux dix autres de faire le reste, disait parfois mon père. C'est Angelo Nijskens que je redoutais le plus. Du temps de Lokeren, il était mobile et avait un centre de gravité placé plus bas, se retournait vite et brisa un jour les deux protège-tibias d'une de mes jambes. Plus tard, quand il débarqua à Liège, il m'avoua avoir visé l'homme ".

Giusto bossa aussi sous les ordres d' Eric Gerets : " Il étudia le groupe lors d'un match contre Alost. J'avais été bon au marquage avant de marquer un but. Gerets apprécia mon intransigeance défensive et... surtout ma présence dans le rectangle adverse. J'étais devenu une de ses priorités. Je ne lui ai jamais dit que j'avais seulement doublé mon capital buts en D1 à Alost ".

Mais Liège, ce fut aussi une fin dramatique, le stade en ruines, les matches de championnat disputés à Eupen et à Sclessin, l'union avec Tilleur, le déménagement à Bureaufosse avec Daniel Boccar, l'installation sur les hauteurs du Pairay....

" A un moment, tout le monde a indiqué le président André Marchandise du doigt. C'était trop simple. Il a repris le club à une époque où personne n'en voulait. Marchandise a payé de sa poche des transferts comme Ranko Stojic, Jacky Munaron, Danny Boffin, Neba Malbasa, Edi Krncevic, DannyVeyt, Zvonko Varga. C'était une politique ambitieuse qui nous a permis d'aller loin mais quand la mousse est retombée, Marchandise a tout assumé seul. Il a demandé de l'aide mais personne n'a levé le petit doigt pour lui à travers toute la région. La catastrophe était inévitable avec, à la clef, un cinéma à la place du stade sur le site de Rocourt. Je me suis blessé à la cuisse lors des premiers entraînements à Tilleur. Ma carrière était terminée. J'avais 35 ans et ce n'était pas un drame car j'avais déjà préparé ma reconversion ".

Avec ses parents, il reprend alors le San Daniele, un restaurant du centre de Liège : " San Daniele, c'est un village du Frioul, à quelques kilomètres d'Udine. On y prépare le meilleur jambon du monde qui est soigné, fumé, séché, cajolé entre 18 et 24 mois. Les porcs sont élevés dans la région et cela donne une viande succulente. Le jambon de Parme est plus connu mais n'a pas gardé ce cachet savoureusement artisanal. Les délices de San Daniele sont une des spécialités de notre restaurant ".

Défenseur des animaux

Au début de sa carrière, Moreno avait failli signer à Udine... Même s'il a gardé la nationalité italienne, Moreno se sent totalement liégeois : " J'adore me rendre en Italie mais je ne pourrais pas y résider tout le temps. Là-bas, nous sommes un peu des étrangers, ceux qui ont fait fortune en Belgique. Ils ne savent pas combien nous travaillons. Mon père a parfois la nostalgie de sa terre natale. Même si le Frioul est splendide, son village est tellement loin de tout. J'admire mes parents pour leur parcours, leur travail, tout ce qu'ils ont fait pour nous. Je suis fier de leur avoir rendu un peu de plaisir en faisant parler de la famille Giusto au FC Liégeois ".

Quand il en a le temps, Moreno se consacre à ses passions et ses hobbys. Il joue de temps en temps au mini football avec les Moreno's friends, qui adorent bien rire. L'ancien molosse des Sang et Marine se tape régulièrement des sorties à vélo avec deux camarades, Joseph, de Molenbeek, et Frans, de Waterloo. Il se passionne pour la F1, adule Ferrari et Michael Schumacher mais : " L'Allemand peut encore gagner 50 G P, il n'aura jamais l'aura d' Ayrton Senna ".

Il aimerait suivre un jour un GP aux côtés de Gaëtan Vigneron de la RTBF.

Il adore les ancêtres et a récemment déniché une Fiat 130 coupé à Rome : " Mon père en avait acquis une en 1973. J'ai voulu lui offrir ma trouvaille le jour de ses 67 ans. C'était sentimental mais mon père a refusé car il ne se sent plus capable de conduire cette bagnole. Je l'ai gardée. Il y a des voitures avec lesquelles on travaille et puis celles dont on tombe amoureux au premier regard ".

Moreno et sa femme ont une maison dans la région de Tongres. Là, il a recueilli deux chiens et onze chats errants : " Je soutiens pas mal d'£uvres qui se consacrent à la défense des animaux : SPA, GAIA, etc. Mes animaux, je les soigne attentivement. Le vétérinaire passe régulièrement. Tout est nickel. Je m'en occupe et il m'est difficile de prendre des vacances. Mais il me rendent mille fois tout cela en amitié et fidélité. Je ne supporte pas ce que les hommes peuvent parfois imposer à des créatures sans défense ".

Pierre Bilic

" Vous n'êtes que des SIMILI STARS, NOUS A DIT WASEIGE "

Veste jaune, comme les cartes que les arbitres tenaient autrefois sous son nez d'impitoyable garde-chiourme de la D1, l'élégant Moreno Giusto ne paraît pas ses 42 printemps. L'ancien roc des Sang et Marine nous a fixé rendez-vous Place Cathédrale, en plein centre de sa Cité Ardente. A deux pas de là, More fait tourner un restaurant, le San Daniele, avec l'aide de sa femme Muriel et de ses parents, Renato et Flora. C'est son coin, son jardin secret, le quartier de sa jeunesse, l'endroit où ses parents ont pris racine, bâti une autre vie à leur sueur de leur front après avoir quitté l'Italie. " Mon père avait 13 ans seulement quand il laissa derrière lui son village du Frioul, Chialminis, afin de travailler dans une briqueterie de La Louvière ", raconte Moreno Giusto. " Puis, un peu plus tard, il devint cuistot au Dottore, le premier grand restaurant italien de Liège ". Le papa de Moreno ne tarda pas à rencontrer sa future épouse, originaire de Fossa, dans les Abruzzes. Moreno vint au monde le 3 novembre 1961. Cinq ans plus tard, le 5 novembre 1966, le destin faillit emporter le gamin et le bonheur de la famille. " C'était le jour de l'inauguration du café de mes parents ", dit Moreno. " La fête battait son plein en bas tandis que je m'amusais au troisième étage avec mon cousin. C'était la grande époque de Batman. Je me suis accroché à la tablette extérieure de la fenêtre. Mon cousin me tenait et je lui ai demandé de me lâcher. J'étais certain de pouvoir voler comme Batman. Alerté par des clients et des passants, mon père avala les escaliers jusqu'au troisième étage. Trop tard. Il entendit un bruit sourd et savait ce que cela signifiait. J'étais tombé. On me releva sur le balcon du premier étage. Ma tête était passée à quelques millimètres d'un parapet. Je m'en suis finalement tiré avec une vilaine fracture de la jambe. La fête était gâchée mais j'avais la vie sauve... Mes parents ont toujours travaillé comme des forcenés. Le Peter Pan, leur établissement, a été ouvert 7 jours sur 7, 24 heures sur 24, durant 22 ans. Mon père et ma mère se succédaient au comptoir et à la cuisine. Nous n'avons pas eu de véritable vie de famille sauf pendant les vacances. Tout tournait autour du Peter Pan. Avec mon frère Sandro, nous avons vite appris à nous débrouiller car nos parents travaillaient tout le temps ". A dix ans, Moreno Giusto s'affilia au FC Liégeois. Son père s'y rendait parfois afin de suivre un joueur d'origine italienne, Osvaldo Lesti. Et puis, Rocourt était plus près de la Place Cathédrale que Sclessin. En Minimes, Cadets, Scolaires et Juniors, Moreno trusta les titres nationaux avec Jean-François de Sart, Serge Cadorin et Bernard Wégria qui fit le bond vers l'équipe Première à 16 ans. Deux entraîneurs de jeunes le marquèrent : Jacky Verhulst et Jovan Curcic. " Je dois beaucoup à Curcic. En Juniors, il insistait sur tout : la diététique, le repos, etc. et faisait la pub de ses jeunes auprès du staff technique de l'équipe Première. Cet homme passionné m'a ouvert la porte du noyau A. J'aurais pu y débarquer plus tôt. Sylvestre Takac me convoqua pour une reprise des entraînements mais j'ai fait semblant de ne pas l'avoir reçue. Le coach n'étant pas né d'hier, il comprit que j'avais préféré partir en vacances et j'ai passé une saison de plus en Réserves. Je me donnais à fond à l'occasion des matches contre les A. Sead Susic jouait encore à Liège. Il m'aimait bien et me lança un jour avec son accent bosniaque : -Gamin, je t'apprécie mais, à l'entraînement, j'aimerais bien que tu touches de temps en temps la balle et pas toujours mes jambes ". En 1983-84, Liège dégraisse son effectif, resserre sa trésorerie, fait appel à ses jeunes, à deux gardiens de but de la région, Guy Hubart et Pierre Drouguet, et entame une nouvelle période de son histoire sous la direction de deux coaches qui furent des joueurs de légende à Rocourt : Victor Wégria et Louis Carré. Des gamins comme Benoît Thans et Bernard Wégria ont déjà fait leur trou. Quelques anciens sont restés : Michel Wintacq, Piet Kuypers, Bernard Habrant, Raphaël Quaranta, RogerHenrotay, etc. Le premier match de Moreno Giusto en D1 n'est pas des moindres. Liège reçoit Anderlecht. " J'ai été six fois à la toilette avant le début de la rencontre. C'était la folie et Jovan Curcic est venu m'y chercher afin que j'assiste quand même à la théorie. Je devais museler Erwin Vandenbergh. J'étais dans tous mes états lors de la traversée du fameux tunnel menant au terrain. Puis, tout s'est bien passé : premier contrôle sans problème, passe bien appuyée. Vandenbergh n'a pas marqué alors que j'avais eu, de mon côté, un ballon de conclusion avec une belle reprise du gauche ". Cette saison-là, les Sang Marine privèrent Anderlecht du titre en venant gagner 1-2 au Heysel car le stade des Mauves était en travaux. Victor Wégria avait terminé la saison sans Louis Carré avant de céder les commandes à Robert Waseige. " Ce fut le début d'une période formidable ", se rappelle Moreno Giusto. " Je n'avais eu qu'un contrat d'un an (fixe de 25.000 francs par mois, prime de 20.000 francs par victoire) et la prolongation se faisait attendre. A cette époque, je pouvais décrocher un emploi au consulat d'Italie à Liège. J'en ai parlé à Waseige qui rétorqua tranquillement : -Avant de tamponner des passeports, viens un peu t'entraîner avec nous. La suite fut fabuleuse. Le FC Liégeois devint un os difficile à ronger pour tout le monde. Cela nous a valu deux finales de Coupes de Belgique, dont une gagnée contre le Germinal Ekeren, des matches sensationnels en Coupe de l'UEFA face à Benfica, la Juventus ou le Werder Brême. Liège procurait des maux de tête à tous les entraîneurs de D1. Aad De Mos devenait fou quand il devait se mesurer à Liège à la tête du FC Malinois : ses prises de bec avec Robert Waseige étaient célèbres. J'étais fier de mon club mais le plus gratifiant, pour moi, fut d'avoir eu l'honneur de jouer avec Edhem Sljivo. Edko, c'était la classe pure, le plaisir, rien que de la joie, du bonheur. Il fut, selon moi, le meilleur, le médian le plus complet des années 80 en Belgique. Je n'avais jamais vu un tel talent chez nous. Il était important et, à un moment, alors que je ne jouais pas, je lui ai demandé de défendre ma cause auprès de Waseige. - D'accord, mais, en contrepartie, tu devras porter mon sac durant une semaine. J'aurais décroché la lune pour Edko qui, malgré son statut de star, venait me chercher à la maison. L'accident de la circulation qui écourta sa carrière fut un drame pour lui mais aussi pour tout le football liégeois ". Le Liège de la bande à Waseige volait de succès en succès. Quand un joueur décollait trop, le coach le ramenait les pieds sur terre : " Il trouvait toujours le mot juste, la phrase qui fait mouche ou l'image qui veut tout dire. Un jour, après une série de gros matches, il nous a mis en garde : - Attention, vous n'êtes pas des divas mais des simili stars. Avant les derbys qui secouaient profondément la ville, il affirmait que - Liège n'était qu'un gros village ". Giusto se coltina aux meilleurs puncheurs des années 80 et du début des années 90 : Vandenbergh, Piet Den Boer, Alexandre Czerniatynski, JosipWeber, etc. Qui lui a posé le plus de problèmes ? " Aucun de ceux-là ", lance-t-il. " J'étais un stoppeur de métier. J'adorais les grands matches car cela exigeait une concentration totale. Mon job était simple : museler le buteur adverse, comme Théo Poel le fit bien et longtemps au Standard. Quand j'y parvenais, la moitié du boulot était assumé. - C'était aux dix autres de faire le reste, disait parfois mon père. C'est Angelo Nijskens que je redoutais le plus. Du temps de Lokeren, il était mobile et avait un centre de gravité placé plus bas, se retournait vite et brisa un jour les deux protège-tibias d'une de mes jambes. Plus tard, quand il débarqua à Liège, il m'avoua avoir visé l'homme ". Giusto bossa aussi sous les ordres d' Eric Gerets : " Il étudia le groupe lors d'un match contre Alost. J'avais été bon au marquage avant de marquer un but. Gerets apprécia mon intransigeance défensive et... surtout ma présence dans le rectangle adverse. J'étais devenu une de ses priorités. Je ne lui ai jamais dit que j'avais seulement doublé mon capital buts en D1 à Alost ". Mais Liège, ce fut aussi une fin dramatique, le stade en ruines, les matches de championnat disputés à Eupen et à Sclessin, l'union avec Tilleur, le déménagement à Bureaufosse avec Daniel Boccar, l'installation sur les hauteurs du Pairay.... " A un moment, tout le monde a indiqué le président André Marchandise du doigt. C'était trop simple. Il a repris le club à une époque où personne n'en voulait. Marchandise a payé de sa poche des transferts comme Ranko Stojic, Jacky Munaron, Danny Boffin, Neba Malbasa, Edi Krncevic, DannyVeyt, Zvonko Varga. C'était une politique ambitieuse qui nous a permis d'aller loin mais quand la mousse est retombée, Marchandise a tout assumé seul. Il a demandé de l'aide mais personne n'a levé le petit doigt pour lui à travers toute la région. La catastrophe était inévitable avec, à la clef, un cinéma à la place du stade sur le site de Rocourt. Je me suis blessé à la cuisse lors des premiers entraînements à Tilleur. Ma carrière était terminée. J'avais 35 ans et ce n'était pas un drame car j'avais déjà préparé ma reconversion ". Avec ses parents, il reprend alors le San Daniele, un restaurant du centre de Liège : " San Daniele, c'est un village du Frioul, à quelques kilomètres d'Udine. On y prépare le meilleur jambon du monde qui est soigné, fumé, séché, cajolé entre 18 et 24 mois. Les porcs sont élevés dans la région et cela donne une viande succulente. Le jambon de Parme est plus connu mais n'a pas gardé ce cachet savoureusement artisanal. Les délices de San Daniele sont une des spécialités de notre restaurant ". Au début de sa carrière, Moreno avait failli signer à Udine... Même s'il a gardé la nationalité italienne, Moreno se sent totalement liégeois : " J'adore me rendre en Italie mais je ne pourrais pas y résider tout le temps. Là-bas, nous sommes un peu des étrangers, ceux qui ont fait fortune en Belgique. Ils ne savent pas combien nous travaillons. Mon père a parfois la nostalgie de sa terre natale. Même si le Frioul est splendide, son village est tellement loin de tout. J'admire mes parents pour leur parcours, leur travail, tout ce qu'ils ont fait pour nous. Je suis fier de leur avoir rendu un peu de plaisir en faisant parler de la famille Giusto au FC Liégeois ". Quand il en a le temps, Moreno se consacre à ses passions et ses hobbys. Il joue de temps en temps au mini football avec les Moreno's friends, qui adorent bien rire. L'ancien molosse des Sang et Marine se tape régulièrement des sorties à vélo avec deux camarades, Joseph, de Molenbeek, et Frans, de Waterloo. Il se passionne pour la F1, adule Ferrari et Michael Schumacher mais : " L'Allemand peut encore gagner 50 G P, il n'aura jamais l'aura d' Ayrton Senna ". Il aimerait suivre un jour un GP aux côtés de Gaëtan Vigneron de la RTBF. Il adore les ancêtres et a récemment déniché une Fiat 130 coupé à Rome : " Mon père en avait acquis une en 1973. J'ai voulu lui offrir ma trouvaille le jour de ses 67 ans. C'était sentimental mais mon père a refusé car il ne se sent plus capable de conduire cette bagnole. Je l'ai gardée. Il y a des voitures avec lesquelles on travaille et puis celles dont on tombe amoureux au premier regard ". Moreno et sa femme ont une maison dans la région de Tongres. Là, il a recueilli deux chiens et onze chats errants : " Je soutiens pas mal d'£uvres qui se consacrent à la défense des animaux : SPA, GAIA, etc. Mes animaux, je les soigne attentivement. Le vétérinaire passe régulièrement. Tout est nickel. Je m'en occupe et il m'est difficile de prendre des vacances. Mais il me rendent mille fois tout cela en amitié et fidélité. Je ne supporte pas ce que les hommes peuvent parfois imposer à des créatures sans défense ". Pierre Bilic" Vous n'êtes que des SIMILI STARS, NOUS A DIT WASEIGE "