C heikhou Kouyaté(20 ans en décembre) : " Une fracture de la pommette suivie d'une autre, du nez : j'ai eu incontestablement ma part de déboires depuis le début de cette campagne. Mais je ne me suis jamais fait vraiment de souci, dans la mesure où je savais que, tôt ou tard, tout finirait bien par rentrer dans l'ordre. En revanche, j'ai bel et bien paniqué quand, à la suite d'un match inter-quartiers pour le moins houleux à Dakar, je m'étais retrouvé à l'hôpital à cause du jet d'une pierre en pleine tête. Le sang giclait alors de partout et j'ai bien cru, sur le moment, que mes jours étaient comptés. Mais je m'en suis finalement sorti avec une bosse sur la partie latérale du crâne. Elle est d'ailleurs toujours bien visible aujourd'hui.
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C heikhou Kouyaté(20 ans en décembre) : " Une fracture de la pommette suivie d'une autre, du nez : j'ai eu incontestablement ma part de déboires depuis le début de cette campagne. Mais je ne me suis jamais fait vraiment de souci, dans la mesure où je savais que, tôt ou tard, tout finirait bien par rentrer dans l'ordre. En revanche, j'ai bel et bien paniqué quand, à la suite d'un match inter-quartiers pour le moins houleux à Dakar, je m'étais retrouvé à l'hôpital à cause du jet d'une pierre en pleine tête. Le sang giclait alors de partout et j'ai bien cru, sur le moment, que mes jours étaient comptés. Mais je m'en suis finalement sorti avec une bosse sur la partie latérale du crâne. Elle est d'ailleurs toujours bien visible aujourd'hui. J'avais une dizaine d'années à l'époque et, tous les week-ends, je jouais avec les gars de Khar Yalla, où j'habitais, face à des formations d'autres bleds. C'étaient des duels d'autant plus acharnés qu'il y avait toujours un enjeu. Parfois, c'était bêtement une boisson mais, de temps à autre, on se cotisait pour de l'argent. Il arrivait parfois que la cagnotte grimpe à 5 ou 6.000 francs CFA, ce qui représentait l'équivalent de 10 à 12 euros. Cela nous faisait un euro chacun en cas de victoire. Ce qui était beaucoup pour les gamins que nous étions. Heureusement, je me trouvais souvent dans le bon camp ( il rit). J'avais évidemment de qui tenir. Mon père, Bandiougou, fut pendant bon nombre d'années le capitaine de l'ASC Yeggo, un club de D3 de la capitale sénégalaise. C'est là que j'ai abouti en Cadets, après avoir milité deux ans dans le centre de formation Djiby Ndiaye. C'était le plus coté de Dakar après le Diambars, fondé à l'époque par Patrick Vieira. Personnellement, j'ai vécu la montée de l'ASC Yeggo de D3 en D2 ainsi que son partenariat avec l'AS Saint-Etienne au début des années 2000. J'ai d'ailleurs encore joué avec les trois jeunes qui ont été les premiers à rejoindre les Stéphanois au beau milieu de cette décennie : Sidy Sagna, LamM'Baye et Mohamed Gaye. J'ai bien cru que j'imiterais leur exemple car l'accord de coopération entre les deux clubs prévoyait le passage annuel de la plus belle promesse de l'ASC Yeggo vers le club français. Or, après le départ de ce trio, c'est moi qui possédais ce statut. J'avais été nommé capitaine entre-temps et, nous avions à la fois remporté la coupe et le championnat des jeunes. En tant que meilleur buteur du club, j'avais également eu droit à une toute première sélection nationale, en Juniors, face au Ghana. C'est là que j'ai été repéré par un scout français, Philippe Kontosvelos. Il m'a amené à Nancy et Sedan mais le président de l'ASC Yeggo, qui voulait respecter l'accord avec Saint-Etienne, s'opposa à mon transfert. Mais comme les Stéphanois ne se manifestèrent pas au cours de l'été 2006 et qu'un autre manager, Bekir, était venu trouver le président avec une nouvelle proposition concrète, il donna son feu vert pour mon passage au FC Brussels. " Arrivé chez les Coalisés à l'intersaison 2006, au même titre qu'une flopée d'autres joueurs, Kouyaté fut finalement l'un des deux joueurs retenus, à l'instar du Burkinabé Hervé Oussalé. " Ils avaient débuté de concert à l'attaque ", se souvient Patrick Wachel, en charge des Espoirs molenbeekois à ce moment-là. " Mais au bout de quelques semaines, j'ai pris l'initiative de faire reculer le Sénégalais dans le jeu. J'estimais qu'il était plus performant avec le ballon devant lui plutôt que derrière. Dans un premier temps, je l'ai alors aligné en défense. Mais vu son endurance et ses facultés de jaillissement, il est monté d'un cran, au côté de Sébastien Phiri, dans la ligne médiane. En tant que médian défensif, il s'est pleinement épanoui, contribuant grandement à la troisième place que nous avions obtenue derrière le Racing Genk et le Club Bruges. Faute de papiers en ordre, il était revenu chez nous en octobre 2007 seulement, loupant toute la période de préparation du noyau élargi. Amaigri de 8 kilos suite à toutes ces tractations administratives, il n'en était pas moins revenu très vite en condition. Au bout de deux mois, au propre comme au figuré, il dépassait tout le monde de la tête et des épaules en Réserve. Aussi, en janvier 2008, le coach, AlbertCartier, décida de lui donner une chance en équipe-fanion. Ce fut un coup dans le mille, puisqu'il n'en est plus jamais sorti. S'il a trouvé sa voie dans l'entrejeu chez nous, il est dommage qu'il n'ait pas servi davantage le club puisqu'il est passé gratuitement à Anderlecht. Mais c'est une autre histoire. " Cheikhou Kouyaté : " Je serai toujours reconnaissant envers Patrick Wachel pour ce qu'il a fait pour moi. Sans lui, j'aurais peut-être été déclassé comme attaquant et on ne parlerait plus de moi. A la place, j'ai eu l'opportunité de m'épanouir dans un rôle tout nouveau. Et avec le succès que l'on sait. Car tout est allé très vite. J'avais à peine quelques matches en Première lorsque le secrétariat m'avisa qu'Arsenal allait se déplacer afin de me voir à l'£uvre dans le derby bruxellois. D'abord, j'ai cru à une blague. Mais quand j'ai vu le fax du club londonien, avec la signature et le motif du déplacement de Gilles Grimandi, ancien joueur d' Arsène Wenger, il a quand même bien fallu que je me rende à l'évidence : les Gunners étaient là pour moi. Je n'ai toutefois plus jamais entendu parler d'eux. Par contre, plusieurs clubs belges sont venus aux nouvelles : Genk, Mouscron et Dender, notamment. Mais la cerise sur le gâteau, c'était bien sûr Anderlecht. Quand j'ai su que le Sporting était intéressé, mon choix était fait. Il ne restait plus qu'à me libérer du Brussels. Ce fut d'autant plus aisé que le club n'avait nullement tenu ses engagements financiers. Plusieurs mois de salaire m'étaient dus. La goutte qui fit déborder le vase et qui me poussa à partir fut le décès de ma grand-mère. Je n'avais pas un franc pour payer l'avion afin d'assister à ses obsèques. Quand j'ai demandé qu'on régularise ma situation, je me suis heurté à un refus du président, Johan Vermeersch. Du coup, je n'avais plus qu'un seul souhait : déguerpir au plus tôt de ce club qui me traitait comme un esclave. J'ai pris un avocat et après une décision du tribunal de première instance, siégeant en référé, j'ai finalement obtenu ma liberté l'été passé, à l'image d'un autre frère de couleur qui n'avait plus été payé non plus depuis de nombreux mois : Moussa Gueye. On a récupéré tous les deux nos arriérés dans l'intervalle et le club a été puni, dans la mesure où il n'a pas perçu la moindre somme de transfert pour nous. Quelque part, je me dis que justice a été faite. " Passé au Sporting au cours de l'été 2008, aux fins d'une solution de rechange au cas où Lucas Biglia et Jan Polak venaient à quitter le Parc Astrid, Kouyaté, bloqué par les deux compères, fut prêté à Courtrai l'espace d'une saison, histoire d'accumuler du temps de jeu. " Il a eu besoin de quelques matches pour se situer chez nous ", observe Yves Vanderhaeghe, adjoint du coach Hein Vanhaezebrouck à ce moment. " Intrinsèquement, il avait davantage de talent que les autres mais sa manière de jouer devait encore être épurée. Par peur de mal faire, il avait toujours tendance à remettre le ballon vers l'arrière alors que notre 3-4-3 demandait plutôt qu'il joue vers l'avant. Au bout d'un mois, le garçon avait cependant compris où l'entraîneur voulait en venir et tout au long du premier tour, il a vraiment tenu le haut du pavé chez nous, à l'image de l'équipe d'ailleurs. Après l'hiver, il a traversé une mauvaise passe, tout comme ses partenaires. Durant cette période, il a parfois eu tort de vouloir forcer les événements. Tandis qu'on briguait un point, il quittait sa position, dans l'entrejeu, pour tenter qu'on en rafle trois. Il est revenu à une plus grande sagesse dans la dernière ligne droite et l'équipe s'en est d'autant mieux portée. A ce moment-là, il a toujours pris soin de rester bien en place tout en jouant plus verticalement. Ce n'est pas un hasard si ses trois buts et quelques assists sont tombés dans cette phase de la compétition. A la fin, il jouait même avec un temps d'avance, en ce sens qu'il savait déjà où donner le cuir avant de le recevoir dans les pieds. En matière de précision, le staff a travaillé avec lui les longues balles à suivre ainsi que le passing au ras du sol, deux aspects où l'on relevait quand même pas mal de déchet chez lui. Il s'est sensiblement bonifié dans les deux cas. A condition de jouer du droit, car son gauche reste perfectible. A 19 ans à peine, ce n'est évidemment pas insurmontable. " Cheikhou Kouyaté : " Je buvais les conseils d'Yves comme du petit lait. Mais il n'y avait pas que lui qui me fournissait de bons tuyaux. Tous les jours, je faisais la route avec deux anciens Anderlechtois, Sven Kums et Daniel Calvo. Connaissant la maison mauve, ils me disaient ce que je devais faire ou non. Eux aussi ont toujours insisté sur cette verticalité, arguant même que c'était une façon de me démarquer par rapport à Biglia, à qui l'on reprochait précisément de jouer sans risque. Pas de chance : depuis que je suis revenu, l'Argentin évolue de manière plus offensive et se permet même de marquer, comme il l'a montré récemment contre Charleroi ( il rit). Il a étoffé son registre et je pense y être parvenu aussi au Kavé. J'ai le sentiment, en tout cas, d'avoir gagné en assurance et en audace là-bas. " Revenu au RSCA cet été, Kouyaté fut aligné d'emblée lors du tout premier galop d'entraînement au FC Knokke, tout comme son compère Bakary Bouba Saré. Après, il joua de malchance avec une fracture de la pommette, causée malencontreusement par son jeune coéquipier ivoirien, puis par une fracture du nez due à un télescopage avec le défenseur gantois Marko Suler. " C'est regrettable car il était bien parti ", dit Besnik Hasi, T2 des Mauves au côté de Daniel Renders. " Si Bouba a eu l'occasion de s'affirmer plus tôt, le tour de l'autre viendra aussi, c'est sûr. Les similitudes ne manquent d'ailleurs pas entre eux, puisqu'ils sont du même âge, de la même apparence physique et que leurs profils comme joueurs sont quasiment semblables aussi. La seule différence, c'est que Bouba a une inclination un peu plus défensive alors que l'autre est un peu plus tourné vers l'offensive. Ces deux-là constituent du pain béni pour le Sporting. Un jour, ils formeront la garde noire de l'équipe dans l'entrejeu. " Cheikhou Kouyaté : " Si je suis venu à Anderlecht, c'est avec la ferme intention de jouer. J'ai eu la poisse au début mais je sens que le vent tourne petit à petit. J'ai bénéficié de temps de jeu aussi bien à Timisoara, en Europa League, qu'à Malines en championnat, et je crois pouvoir dire que je n'ai pas démérité lors de ces deux rendez-vous. Le CS Verviers, en Coupe, n'avait pas la même dimension, mais il n'empêche que j'ai tiré mon épingle du jeu aussi. Tout ce que j'espère c'est de pouvoir continuer sur cette lancée. Avec les Mauves, je vise ni plus ni moins une victoire finale en championnat. Et, sur le plan individuel, je songe à une convocation chez les Lions de la Teranga. Jusqu'à présent, je n'ai été sélectionné qu'en formations d'âge du Sénégal. Ce serait beau de me retrouver chez les grands. Dès cette saison, qui sait ? Je ferai tout pour y arriver. " par bruno govers - photos: belgaD'abord le titre, et puis l'équipe du Sénégal...