Les interviews, il n'aime pas cela et se réfugie derrière une certaine timidité qui ressemble davantage à de l'humilité. Pourtant, il s'y prête sans problèmes, assumant son statut de capitaine de Charleroi. JavierMartosest peut-être le joueur le plus méconnu (et sous-estimé) du Sporting, lui qui est pourtant le plus fidèle, une sorte de mémoire vivante capable de raconter les dernières heures de l'ère AbbasBayat, les affres de la D2 et le renouveau du club.
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Les interviews, il n'aime pas cela et se réfugie derrière une certaine timidité qui ressemble davantage à de l'humilité. Pourtant, il s'y prête sans problèmes, assumant son statut de capitaine de Charleroi. JavierMartosest peut-être le joueur le plus méconnu (et sous-estimé) du Sporting, lui qui est pourtant le plus fidèle, une sorte de mémoire vivante capable de raconter les dernières heures de l'ère AbbasBayat, les affres de la D2 et le renouveau du club. Arrivé il y a quatre ans et demi après une formation à Barcelone et notamment des piges en Bulgarie et en Grèce, il a fait son trou. L'interview se fait en français dans la Brasserie de l'Eden, le centre culturel de Charleroi. Il n'y est pas dépaysé, lui qui est curieux et avide de culture. Et de cuisine espagnole aussi. Il évoque, des étoiles dans les yeux, les jambons espagnols qu'il rapporte de ses visites familiales, sa mère travaillant dans une charcuterie. Il nous parle d'El Prat, petit village coincé entre l'aéroport de Barcelone et la capitale de la Catalogne, bercé par la mer. De Grenade, également, de ses racines andalouses et ses grands-parents qui y vivent toujours. Tout cela comme mise en bouche d'une interview qui durera 2 h. JavierMartos : Charleroi représente ma stabilité. Je suis arrivé ici après des pérégrinations en Bulgarie, en Espagne et en Grèce. En six mois, j'ai connu quatre entraîneurs. Chaque coach avait une idée différente du football et il fallait chaque fois s'adapter. On voyait que quelque chose ne tournait pas rond. Je suis parti en vacances en n'ayant pas l'intention de revenir à Charleroi. Finalement, c'est Mehdi Bayat qui m'a convaincu de rester en me parlant d'un projet d'un retour immédiat en D1. Oui. Je venais de Grèce et avant cela d'Espagne où il y a le soleil et cette culture de sortir dehors. Tous les bars et les tavernes sont remplis, tout le temps, même à midi. Ici, la vie est différente. C'est plus calme. Il a fallu que je m'adapte. Or, un footballeur, pour donner son maximum a besoin d'être bien dans son environnement et dans sa vie familiale. Tu as alors cette envie de travailler, de donner tout. Si ce n'est pas le cas, c'est compliqué d'être à 100 %. Cela vaut pour le sport mais aussi dans la vie. Cela explique sans doute que ma première saison n'ait pas été très bonne. Aujourd'hui, je suis le vrai Martos. Celui qui a été formé comme défenseur central. Mais quand tu quittes Barcelone, il n'y a pas beaucoup d'entraîneurs qui osent mettre un joueur de ma taille (1m81) dans l'axe. Si tu ne connais pas mon football, tu ne prends pas ce risque. J'ai joué comme back droit et médian. Personne ne me voulait dans l'axe. A Charleroi, je n'ai dû mon arrivée dans l'axe qu'à la blessure de Bojovic et la suspension de Dzinic. Mario Notaro, Luka Peruzovic et Yannick Ferrera ont alors évoqué mon cas et m'ont demandé si j'étais capable de jouer en défense centrale. Je leur ai répondu que j'avais été formé à ce poste ! Je peux y évoluer les yeux fermés car j'y connais tous les automatismes. Tandis qu'au back droit ou au milieu droit, je dois toujours réfléchir et me demander si je suis bien positionné. Après un match, Ferrera m'a alors dit que je resterais là. A son arrivée, Mazzu m'a demandé où je voulais jouer et j'ai répondu que ma meilleure place se situait dans l'axe. Si, à chaque fois qu'un entraîneur arrivait, il demandait aux joueurs leur meilleure position et je répondais toujours l'axe. Mais personne n'osait prendre ce risque. Il n'y a qu'à Barcelone qu'on voit des joueurs comme Carles Puyol ou Javier Mascherano dans l'axe. Je peux juste dire que je donnais mon maximum. En Grèce aussi, j'avais évolué arrière droit et je sortais d'une grande saison à cette place. Cependant, le foot belge est différent. Charleroi n'est pas Anderlecht. Là, comme back droit, c'est facile, tu montes tranquillement et tu ne fais la course que sur les 20 derniers mètres puisque ton équipe domine. A Charleroi, tu dois te taper tout le flanc. 60 mètres pour attaquer puis 60 mètres pour défendre. Tu dois avoir une tout autre condition physique qu'en Grèce. Tu joues devant 2.000 personnes, tu vois qu'un coach demande de jouer long et que trois semaines plus tard un autre demande de jouer court. Le président débarquait et me disait - Tu viens de Barcelone ? Tu dois jouer comme Messi, comme Iniesta. Je lui répondais que je n'étais ni Messi, ni Iniesta, que je n'avais pas non plus leur salaire et que j'avais le niveau pour jouer à Charleroi. Si j'avais le niveau de Barcelone, je ne serais pas à Charleroi. A mon arrivée, j'ai été blessé plusieurs fois. Il me disait qu'il ne m'avait pas donné un contrat de trois ans pour être sans cesse blessé. En me disant cela, il me forçait à revenir, même si au bout du compte, c'est moi qui prenais la décision de reprendre le plus vite possible. Et du coup, je rechutais de plus belle. Cependant, il a sans doute pris des mauvaises décisions mais dans sa tête, il était persuadé qu'il en prenait des bonnes. Selon lui, il a tout donné pour le club. C'est pour cela que personnellement je n'aurais pas grand-chose à lui reprocher. Non, car c'est une vérité : je suis formé à Barcelone et je dois répondre aux attentes qu'on se fait d'un joueur formé là. J'estime avoir passé du temps là-bas, avoir côtoyé les meilleurs joueurs du monde et si je ne preste pas, je trouve normal qu'on se demande, vu mon bagage, pourquoi je ne joue pas bien ! Oui, tout le temps. Amour. Barcelone m'a tout donné : ma formation professionnelle mais aussi l'éducation, la discipline, toutes les valeurs de la vie. Barcelone, c'est comme ma mère : elle m'a tout donné. Après, plusieurs facteurs ont fait que j'ai dû partir. Regardez Victor Vazquez : il s'agissait d'un des meilleurs joueurs du centre de formation. Pour moi, il a les qualités pour jouer au Barça mais il s'est blessé au mauvais moment et est arrivé à l'époque où Barcelone gagnait tout. C'était vraiment trop difficile de percer à cette époque. Moi, je n'ai pas les qualités pour évoluer dans le Barça actuel. Peut-être dans celui d'il y a quinze ans mais pas dans celui d'aujourd'hui. Je n'ai pas le niveau. Même si dans ce constat, il y a une part subjective car quand tu joues avec des bons joueurs, tu deviens toi-même meilleur... Je ne me dis jamais que je vais rester trois ou quatre ans à un endroit. Cela dépend de tellement de choses. Moi, je suis arrivé avec l'objectif de maintenir Charleroi en D1. Je revenais d'un test spécial en Pologne, à Kielce (NDLR : Alors qu'il jouait à Iraklis, il n'avait pas touché son salaire pendant huit mois et son contrat avait été rompu le dernier jour du mois d'août. Sans club de juin à décembre, il avait accepté un test à Charleroi et un autre en Pologne) après un test d'une semaine à Charleroi. L'agent qui m'avait amené au Sporting m'avait parlé de bonnes conditions salariales mais Abbas Bayat m'avait proposé un tout autre contrat. C'est pour cette raison que j'étais parti en test en Pologne. Là, durant un match amical, on m'a fait jouer attaquant droit, soutien d'attaque et attaquant central les 25 dernières minutes. A la fin du match, j'ai saisi l'agent par le col et je lui ai dit - Ecoute-moi, je suis défenseur, tu ne me fais plus jamais un coup pareil. Il m'a rétorqué que le président avait été séduit par ma prestation d'attaquant et qu'il voulait m'offrir un contrat. J'hallucinais. J'ai pris l'avion et Charleroi m'a recontacté. Les conditions n'avaient pas changé. Mehdi m'a dit de réfléchir et d'avoir confiance en lui. Il avait trouvé les mots. Malgré un salaire de merde, j'ai aimé ce discours honnête. Il m'a dit la vérité et a respecté sa parole et c'est ce que je voulais entendre après mes expériences en Bulgarie et en Grèce, où tout le monde racontait n'importe quoi. Pour cette raison, j'ai dit à Mehdi que je le suivais. Et deux ans plus tard, je jouais toujours avec ce même salaire. Je gagnais moins que mon père qui travaille dans la construction. On peut dire que quand Charleroi était dans la merde, je l'étais aussi (Il rit). Heureusement que j'ai pu compter sur mes indemnités arrivées de Grèce. Non. On n'est pas en play-offs 1 par hasard ou parce que le coach a tiré au sort 11 noms pour mettre sur la feuille de match. Il y a un travail derrière tout ça. Si j'ai pu jouer tous les matches et que je ne suis pas blessé, ce n'est pas parce que je suis Superman mais parce que derrière moi, il y a un docteur, un kiné et un préparateur physique qui font du bon boulot. Tout ce qui nous arrive est mérité. Quand tu vois comme les attaquants courent pour prêter main forte aux défenseurs, cela montre que l'on joue en équipe. Il dit que chacun doit courir parce que dans le noyau, il n'y a pas de stars. On est le petit Charleroi et pour cette raison, on doit courir encore plus que les autres. Il a le même discours pour tout le monde : personne ne peut passer au-dessus du groupe, même pas lui ! C'est très facile. Mazzu travaillait avec nous depuis quinze mois et je ne me souviens pas une seule fois où il n'a pas parlé en face des gens. Il n'a jamais dit une chose à une personne avant de changer sa version à une autre. Il a toujours été honnête et droit. Et quand il a donné son explication sur cette affaire, il était normal de lui faire confiance. Et c'est lui qui a décidé de nous donner une explication : pas un seul joueur ne lui a réclamé des comptes ! Non. Les PO1, on les a pris comme un cadeau. On n'avait pas de pression et on était les seuls dans ce cas-là avec Courtrai. L'objectif était atteint. A partir de là, on se disait : pourquoi pas plus. Et on donnera tout jusqu'à la fin. Quand tu joues à domicile et que tu vois cet engouement, tu oublies tout. Tu te dis - je suis footballeur pour ça, pour vivre des moments comme ceux-là. Peut-être. Mais pas plus que les autres. J'ai vu un Anderlecht fatigué face à nous. Cela signifie que ce n'est pas une question d'habitude ou d'expérience mais simplement de play-offs. Tout le monde est fatigué après 5 rencontres de PO1. J'ai aussi bénéficié de lui. On est bien complémentaires. Il a une condition physique et une puissance que je n'ai pas. Je ne suis pas grand et c'est donc plus facile pour lui que pour moi de disputer les ballons aériens face à Tom De Sutter. Le football, c'est cela : si tout le monde bénéficie de son partenaire, ça forme une équipe. Peut-être... Parfois, ce job me parle. J'aime bien apprendre de tous les coaches que j'ai connus. Mais parfois, j'aime mon côté calme et me dis que j'aimerais essayer quelque chose d'autre. Cependant, après trois jours de vacances, j'aime refaire du foot. On verra. Si j'ai le choix, je préfère rester dans un club. Quand tu restes dans une ville, tu peux créer une connexion avec les supporters. Quand tu restes pour un projet auquel tu crois, c'est une part de toi. Alors, tu sens la chaleur des supporters, de la ville, des gens que tu croises. Si je pars dans un autre club, évidemment que je vais rencontrer de nouveaux supporters mais ce sera impossible de créer une connexion émotionnelle entre eux et moi car ils ne connaîtront rien de moi. Ici, tout le monde me connaît. Comme footballeur et un peu comme être humain. Quand je joue un match pour le Sporting, je ne pense pas qu'à moi mais aussi à redonner une partie de cette chaleur que je ressens. Quand tu vois que le soir de la victoire du Standard, toute la ville était dans les rues, tu joues au football pour procurer ce sentiment aux supporters. Si tu changes sans cesse de club, c'est plus difficile de faire passer tout cela. PAR STÉPHANE VANDE VELDE - PHOTOS : BELGAIMAGE/ STOCKMAN" Après la descente du club en D2, je suis parti en vacances en n'ayant pas l'intention de revenir à Charleroi. " " Quand tu changes sans cesse de club, il est impossible de créer une connexion émotionnelle avec les supporters. "