Le rendez-vous est fixé devant le DSB Stadion. De là, SébastienPocognoli nous emmène faire un petit tour dans la région, en s'arrêtant devant les champs de tulipes que l'on est en train de couper. Puis, direction Bergen aan Zee (" Mons sur Mer ", diraient les Hennuyers). C'est là que résident beaucoup de joueurs de l'AZ, et où se trouve leur quartier général : le restaurant-pizzeria La Terrazza. " C'est ici que l'on a fêté le titre le dimanche soir ", relate Poco. " Comme vous le savez, on avait été battu le samedi par Vitesse. On était donc tributaire du résultat de l'Ajax le lendemain. On a suivi le match dans la salle des joueurs. Au fur et à mesure que la défaite des Amstellodamois se profilait, on a ouvert des bouteilles de champagne. 2.000 supporters attendaient déjà à l'extérieur du stade. Après, la fête fut exceptionnelle. Un podium avait été dressé au milieu d'un lac. On est arrivé en bateau, par les canaux. Sur les berges, des milliers de gens nous acclamaient. Enfin, ce fut le feu d'artifice. On a terminé la soirée à La Terrazza. "
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Le rendez-vous est fixé devant le DSB Stadion. De là, SébastienPocognoli nous emmène faire un petit tour dans la région, en s'arrêtant devant les champs de tulipes que l'on est en train de couper. Puis, direction Bergen aan Zee (" Mons sur Mer ", diraient les Hennuyers). C'est là que résident beaucoup de joueurs de l'AZ, et où se trouve leur quartier général : le restaurant-pizzeria La Terrazza. " C'est ici que l'on a fêté le titre le dimanche soir ", relate Poco. " Comme vous le savez, on avait été battu le samedi par Vitesse. On était donc tributaire du résultat de l'Ajax le lendemain. On a suivi le match dans la salle des joueurs. Au fur et à mesure que la défaite des Amstellodamois se profilait, on a ouvert des bouteilles de champagne. 2.000 supporters attendaient déjà à l'extérieur du stade. Après, la fête fut exceptionnelle. Un podium avait été dressé au milieu d'un lac. On est arrivé en bateau, par les canaux. Sur les berges, des milliers de gens nous acclamaient. Enfin, ce fut le feu d'artifice. On a terminé la soirée à La Terrazza. " Le serveur, Cristiano, est devenu un ami. Lorsque nous lui demandons si Sébastien est un bon joueur, il nous répond : - Ja zeker, maar vooral : hij is gezellig ! Oui certainement, mais surtout : il est sympa. Le joueur, qui donne parfois l'impression d'être un peu crispé en temps normal, est détendu et souriant en relatant ces événements. On le sent heureux et épanoui. Un titre, cela change un homme. Il se plaît tellement dans la région d'Alkmaar qu'il y a acheté une maison et qu'il est en négociation pour prolonger son contrat, qui court actuellement jusqu'en 2012, pour deux années supplémentaires. " Il y a beaucoup d'éléments qui entrent en ligne de compte : je sens que je progresse sous LouisvanGaal, la perspective de disputer la Ligue des Champions se profile à l'horizon, et j'ai aussi opté pour une certaine qualité de vie. C'est très calme ici et la région est magnifique. Tous les amis qui sont venus me rendre visite sont repartis enchantés. Dès qu'il y a un rayon de soleil, on a l'impression d'être en vacances. Les balades sont agréables, la mer n'est pas loin, on trouve des villages pittoresques, il y a des fleurs partout. La côte hollandaise est plus naturelle que la belge, où trop de bâtiments impersonnels gâchent le paysage. Haarlem, à 20 kilomètres, est aussi une très jolie ville. Et lorsqu'on veut se divertir, il y a Amsterdam à 30 kilomètres. Concerts, théâtres et même cinémas français : rien ne manque. Ma copine Sandrine y suit des cours de langue à l'école Berlitz. " Poco est devenu une célébrité à Alkmaar. Il a même son nom gravé dans la brique devant le DSB Stadion. Au même titre que tous ses coéquipiers champions, d'ailleurs. " C'est une autre culture qu'en Belgique, la reconnaissance me paraît plus grande. Tous les anciens joueurs qui ont marqué le club ont leur photo dans les couloirs du stade. " Lorsqu'il a quitté Genk en 2007, Sébastien a repoussé des propositions de clubs prestigieux pour rejoindre le subtop néerlandais. Parce qu'il sentait que c'était une étape intermédiaire indispensable avant de viser de plus hautes destinées, et aussi pour travailler avec van Gaal. Il n'a jamais regretté son choix, au contraire. " Il faut aussi un peu de chance ", relativise-t-il. " Si l'on m'avait dit qu'après deux ans, je remporterais le titre alors que le club n'avait plus été sacré depuis 1981 ( NDLR, entraîné à l'époque par George Kessler), je ne l'aurais pas cru. La saison avait débuté difficilement. L'AZ est le club européen qui a fourni le plus d'internationaux aux différentes équipes olympiques. On est revenu des Jeux fatigués, surtout mentalement. On avait besoin de décompresser, on devait retrouver des automatismes également. Progressivement, tout s'est mis en place. " Van Gaal ferait-il un bon sélectionneur pour les Diables Rouges ? " J'ai la chance de bien le connaître, et je crois qu'il connaît mieux le foot belge qu'on ne l'imagine. Et ceux qui pensent que MoussaDembélé, MaartenMartens, GillSwerts et moi-même auraient leur place assurée chez les Diables Rouges se trompent lourdement. On devrait faire nos preuves au même titre que les autres. " A l'AZ, van Gaal travaille en équipe. Sous ses ordres, on ne trouve pas moins de cinq entraîneurs : le préparateur des gardiens JanNederburgh ; deux spécifiquement chargés des attaquants : ShotaArveladze et PatrickKluivert, rien que cela ; et deux en charge des défenseurs, moins connus chez nous, mais qui ne sont pas les premiers venus non plus : MichelVonk, qui a joué à Manchester City, et MartinHaar, qui fut le premier Soulier d'Or néerlandais, avant JohanCruijff. " Ces entraîneurs spécifiques nous prennent à part lors de certaines séances. Ils nous expliquent comment nous positionner en fonction de notre opposant direct, selon que celui-ci préfère déborder ou rentrer dans le jeu par exemple. On apprend aussi comment dégager de la tête, les moments où l'on peut combiner ou, au contraire, où l'on doit expédier le ballon loin devant. Et de quelle manière. "Bref, au cas où van Gaal devrait coacher les Diables Rouges, la machine pourrait tourner tout seul à Alkmaar ? " Pas du tout ", corrige Poco. " C'est lui qui a bâti toute la structure et s'il partait, l'édifice risquerait de s'effondrer. " Lorsqu'on voit jouer l'AZ, on comprend pourquoi RenéVandereycken n'apprécie pas trop Poco : lorsque le champion des Pays-Bas entre en possession du ballon, notre arrière gauche se balade dans les environs du poteau de corner opposé. Or, pour MaîtreRené, un défenseur est d'abord... un défenseur ! " Je monte pourtant beaucoup moins qu'autrefois, j'ai appris à brider mon tempérament. Tous les grands arrières latéraux du monde sont offensifs, regardez DaniAlvés. Mais, effectivement, lorsque je me rendais aux convocations des Diables Rouges, je sentais que Vandereycken doutait de mes capacités défensives. C'est le pire qui puisse arriver pour un défenseur. Personnellement, je sais que j'ai progressé, mais lui-même n'en était pas persuadé. Or, pas plus tard que ce matin, van Gaal m'a dit que j'étais devenu un bon défenseur. Que j'étais un bon arrière offensif, je le savais déjà. Mais c'était la première fois que j'entendais de tels propos dans sa bouche. C'est le plus beau compliment qu'il pouvait me faire. " A Genk, Poco était pourtant considéré comme le spécialiste des tacles. " Défendre, cela ne se limite pas à tacler. J'ai amélioré mon positionnement, mon entente avec mes partenaires de l'axe défensif, et je... reste plus sur mes jambes. Je ne me lance plus pour tacler le premier joueur qui se présente dans mes parages. Van Gaal me dit souvent : - Poco, nejouepasaucasino ! Traduisez : - Situtelances, tudoisêtresûrd'avoirleballon ! " Pour Sébastien, la saison 2008-2009 sera à marquer d'une pierre blanche : " Cela démarre avec les JO et cela se termine avec le titre de l'AZ. Que rêver de plus ? Le succès aux JO, on le doit à Jean- FrançoisdeSart, à Jean- FrançoisRemy, à MarioInnaurato et à tout le staff. On a été très bien préparé : les tests à l'université de Louvain, le stage à Malte, les consignes d'hydratation qui nous ont été données. De Sart est le seul entraîneur qui se soit déplacé jusqu'à Alkmaar pour discuter du programme de préparation olympique avec van Gaal. Ce dernier a beaucoup apprécié l'initiative. Il y a aussi eu des tensions dans le groupe, en Chine. Quand on vit six semaines ensemble, c'est inévitable. Mais, comme on est des amis, on a résolu les petits conflits en interne. La base du succès, c'est l'ambiance dans un groupe, l'envie de se battre pour les autres, la fierté de défendre les couleurs d'un pays. En Chine, tous les joueurs ont chanté la Brabançonne. Pas tous dans la même langue, mais qu'importe ? Combien de Diables Rouges l'ont-ils chantée avant le match contre la Bosnie ?" Les JO, ce sont des souvenirs indélébiles : " Au niveau du football, il y aura toujours ce petit regret de ne pas avoir ramené une médaille. Au moment d'affronter le Nigéria, on était à bout. Les départs de MarouaneFellaini et VincentKompany, les suspensions, la réduction de l'effectif, les efforts déjà fournis jusque-là : c'était trop. Mais on aura eu cette immense satisfaction de pouvoir rallier Pékin, de voir le Nid d'Oiseau, d'assister à d'autres compétitions. Peu d'autres footballeurs ont eu ce privilège. D'ailleurs, en rentrant aux Pays-Bas, mes coéquipiers de l'AZ étaient un peu jaloux. On a fait des photos avec RafaelNadal et RogerFederer dans le village olympique. On a vécu la finale du 100 mètres messieurs à la télévision en compagnie de KimGevaert. Lorsque UsainBolt s'est relevé à 30 mètres de la ligne d'arrivée, on s'est exclamé : - Maisenfin, qu'est- cequ'ilfait ? Battre le record du monde en 9.68, tout simplement ! On était dans le stade lorsque TiaHellebaut a remporté la médaille d'or du saut en hauteur. Et en plus, dans le virage où se déroulait le concours, face au sautoir ! Exceptionnel... " Sébastien estime que ce titre de l'AZ, au budget de 27 millions, n'est pas un fait isolé, mais le début d'une belle aventure. Le club recrute principalement ses supporters au nord d'Alkmaar, car au sud, l'Ajax exerce un trop grand pouvoir d'attraction. Qu'importe : le DSB Stadion fait régulièrement le plein de ses 20.000 places et un anneau supplémentaire va être construit. Rien n'a été laissé au hasard. Le restaurant du stade propose des tables avec vue panoramique sur le terrain d'entraînement. A la carte du restaurant, on trouve même un " Menu StijnSchaars " à 28,50 euros comprenant, entre autres, des soles meunières. Schaars, pour ceux qui l'ignoreraient, est un milieu de terrain de l'AZ et les clients du restaurant qui commandent le menu se voient offrir des bons qu'ils peuvent échanger... dans un autre restaurant contre un maillot dédicacé du joueur. Eh oui, les petites astuces commerciales... " Le menu change tous les trois mois et le nom des joueurs aussi, forcément ", ", explique Poco. " Lui-même n'a pas encore été mis à l'honneur sur la carte. Mais, s'il pouvait confectionner un menu trois services à base de spécialités locales, que proposerait-il ? " Des spécialités... à moitié locales ", rigole-t-il. " Je commencerais par une soupe à l'oignon gratinée. Comme plat principal, je proposerais un moules-frites. Cela sonne un peu belge, mais il y a beaucoup de moules en Hollande aussi. Et comme dessert, un sorbet aux fruits, car je ne suis pas très porté sur les pâtisseries. " Sébastien poursuit : " J'ai eu un coup de fil de ThomasChatelle, hier soir. C'est l'un de mes rares amis dans le monde du football... " L'amitié remonte à leur période commune à Genk. Elle n'a rien d'étonnant car l'univers des deux hommes ne se limite pas aux lignes d'un terrain de football. " Savez-vous que c'est à l'occasion des demi-finales de Ligue des Champions que j'ai, pour la première fois, allumé mon poste de télévision ? Lorsque je rentre chez moi, j'ai surtout besoin de me changer les idées. J'apprécie des petits plaisirs tout simples. Mon jardin n'est pas très grand, mais j'aime y planter des fleurs. Je me suis rendu au Keukenhof, ce parc fleuri situé entre Amsterdam et La Haye. Une belle excursion. " Le père de Sébastien travaille toujours dans le bassin sidérurgique liégeois. " Il a dû trimer dur, il a fait des pauses par moments. Aujourd'hui, il est devenu délégué syndical. Il m'a appris la valeur d'un euro. Je lui ai déjà proposé d'arrêter de travailler et de subvenir à ses besoins, mais il ne veut pas vivre à mes dépens. "Les grands-parents sont originaires de la région d'Ancône. " J'ai acheté une maison là-bas. Lorsque je ne l'occupe pas, elle sert à la famille. J'y retournerai une petite semaine cet été. Cette année pour les vacances, ce sera l'île Maurice avec ma copine. "par daniel devos - photos: reporters/ gouverneur