Il n'est même pas huit heures moins le quart quand une Mercedes immatriculée en Belgique pénètre au Parkstadion Limburg, qui abrite Roda JC depuis un an. Tant qu'il n'a pas trouvé de demeure appropriée, Georges Leekens effectuera tous les jours la navette entre Bruges et Kerkrade, deux fois 250 kilomètres.
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Il n'est même pas huit heures moins le quart quand une Mercedes immatriculée en Belgique pénètre au Parkstadion Limburg, qui abrite Roda JC depuis un an. Tant qu'il n'a pas trouvé de demeure appropriée, Georges Leekens effectuera tous les jours la navette entre Bruges et Kerkrade, deux fois 250 kilomètres. Il se dirige vers le Kaalheide, l'ancien stade, où s'entraîne le groupe. Ses adjoints l'informent immédiatement de la force de l'adversaire à venir. Les défenseurs centraux sont-ils costauds, qui monte sur les phases arrêtées? Il doit s'habituer à tous ces nouveaux noms. Mais il insiste: "Je me sens un peu dans la peau d'un aventurier". Leekens a beaucoup discuté avec son adjoint, Louis Coolen, enrôlé par l'entraîneur précédent, Jan van Dijk. Il apprécie le respect que lui témoigne Leekens, qui lui a d'ailleurs demandé d'exposer la tactique aux joueurs, pour le premier match. Leekens désire aussi que RenéTrost, entraîneur des Espoirs, le rejoigne, car il connaît la maison : "Il est aussi coordinateur des jeunes mais le club doit lui trouver un remplaçant". Peu après l'entraînement matinal, on le questionne sur sa tactique. Il ne tombe pas dans le panneau fatal à son prédécesseur: les joueurs sont convoqués le lendemain et il ne sélectionnera les dix-huit qu'à ce moment. "Je ne suis pas de ceux qui écartent comme ça quatre ou cinq joueurs". Il sait que Roda revient de loin. Il ne faut donc pas être trop sévère pour le moment. Il s'en aperçoit à l'entraînement. Après l'échauffement de Coolen, il fait jouer un petit match. Trois équipes de six s'affrontent à tour de rôle, avec deux gardiens dans le but. Dès que le jeu semble bloqué, on renvoie le ballon au gardien. Leekens ne veut pas: "Depuis que Van Gaal a introduit cette notion avec Van der Sar, tout le monde fait pareil. Ça doit cesser car on perd chaque fois septante mètres! Relancez vers l'avant, même si votre coéquipier est tenu. S'il est victime d'une faute, nous obtenons un coup franc. Et qui sait?" Le nouvel entraîneur donne ensuite une causerie sur le football européen, pour les sponsors et les supporters, dans la brasserie du stade. Il ne participe pas à la dégustation de vins."Je n'ai pas baissé mes prix"Leekens insiste sur son message : c'est la force mentale qui détermine les capacités d'une équipe. Roda doit devenir la bête noire de ses visiteurs. Il insiste sur le positivisme. La presse hollandaise, le Telegraaf en tête, ne parvient pas à le cerner. On y lit : "Jan Van Dijk a débarqué comme un éléphant dans un magasin de porcelaine, alors que Vergoossen offrait une image paternelle. Leekens est incroyablement intelligent, on le remarque à sa façon de s'exprimer. C'est un tacticien, à tous points de vues. Il ne pense pas encore en termes néerlandais. Il tire ses exemples de ses expériences belges et ne répond jamais blanc ou noir. Il n'a pas encore montré son vrai visage". On ne reprendra plus Roda à enrôler un entraîneur aussi peu expérimenté que Van Dijk. Leekens était déjà dans la mire de Roda JC mais il était trop coûteux. "Trop coûteux? Je n'ai pas baissé mes prix en trois mois", coupe directement Georges Leekens. Van Dijk a accumulé les erreurs. Il voulait que son équipe exerce un football de pression, homme contre homme sur tout le terrain, mais il n'a pas trouvé de solution quand son équipe était menée. Dans son équipe-type, il n'y avait pas de place pour les internationaux africains, trop souvent partis. C'est beaucoup trop peu pour un club qui était censé s'arrimer dans le subtop. La saison passée, Roda JC a raté de jutesse un billet pour la Ligue des Champions. Le club a conservé son noyau et visait une place parmi les cinq ou six premiers. Il appartient à Leekens de reformer un groupe uni. Ce n'est pas une sinécure car ce groupe n'est vraiment pas facile. Il compte quinze nationalités différentes. Le noyau était et reste divisé mais les succès de l'année dernière ont éclipsé ce phénomène. Et on ne s'attarde sur les différends que lorsque les résultats ne suivent pas. Or, les résultats n'étaient pas bons, pas plus que le jeu. Leekens doit rendre leur sérénité aux joueurs, mais il n'y parviendra pas en quelques jours. Il le savait avant de signer, et la défaite contre Heerenveen, son deuxième match, ne l'a pas effrayé pas plus que celle d'il y a dix jours contre Breda : "Je ne suis pas un magicien". Roda est dernier du classement. Pourtant, Il n'exclut pas qu'il devienne son club pour de nombreuses années. On a froncé les sourcils quand il a paraphé un contrat de trois ans et que Nol Hendriks, l'homme fort du club, a clamé que Leekens serait son successeur au poste de directeur technique. En fait, Leekens ne s'est jamais attardé longtemps dans ses clubs : "La patience n'était pas ma vertu principale mais j'ai changé". Pas de clause de départIl explique qu'on a déjà évoqué le poste de directeur technique, quand il négociait avec Hendriks. Mais il veut d'abord s'assurer que le club le suive dans l'élargissement et la professionnalisation de l'encadrement de l'équipe. "Mon problème, c'est que je ne songe pas à demain mais à après-demain". Et si le club le suit? "J'aimerais travailler à long terme. A condition que je me sente chez moi". Son contrat ne prévoit même pas de clause de départ. "Car quand vous en avez une, inconsciemment, vous vous laissez influencer". Il s'attache à ce en quoi il excelle. Son enthousiasme ne l'a pas quitté. "J'aime faire tourner une équipe qui ne marche pas. C'est un plaisir. Il faut d'abord trouver l'origine du court-circuit, séparer les vrais problèmes des faux et renverser la situation. Ma volonté de gagner est plus grande que ma peur de perdre" .Geert Foutré