Suspendu à la barre transversale, Gigi Buffon est fou de joie, l'Italie vient de créer la première sensation de l'Euro 2016 en battant les Diables Rouges 2-0 après un match maîtrisé de bout en bout. Avec un âge moyen de 31 ans et 169 jours, le onze italien aligné au coup d'envoi ce soir-là devient le plus vieux de l'histoire de la compétition.
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Suspendu à la barre transversale, Gigi Buffon est fou de joie, l'Italie vient de créer la première sensation de l'Euro 2016 en battant les Diables Rouges 2-0 après un match maîtrisé de bout en bout. Avec un âge moyen de 31 ans et 169 jours, le onze italien aligné au coup d'envoi ce soir-là devient le plus vieux de l'histoire de la compétition. L'aventure de la Squadra Azzurra s'arrêtera finalement en quarts de finale, au bout d'une interminable séance de tirs aux buts contre l'Allemagne. Moins de quatre mois plus tard, les deux sélections se retrouvent en amical à Milan. Entre-temps, Gian Piero Ventura a pris la succession d'Antonio Conte sur le banc transalpin. Sa formation de départ affiche 28 ans et 40 jours de moyenne d'âge. Une opération rajeunissement qui urgeait, comme le déclarait le nouvel homme fort des Azzurri au micro de Sky Sport : " Il y a les piliers comme Buffon, Barzagli, Bonucci, Chiellini et DeRossi, mais il fallait renouveler pour être compétitif et surtout il fallait décider quand l'effectuer. Nous avions cinq jours à disposition pour travailler avant les deux matches de cette trêve internationale, et je me suis dit 'c'est maintenant ou jamais'. L'Euro avait laissé pour héritage un grand enthousiasme mais aussi un âge avancé, nous devions exploiter cet enthousiasme pour construire un nouveau parcours. " Hasard ou coïncidence, il a pu compter sur une génération de jeunes très doués afin de lui faciliter la tâche. Et il était temps puisque cela faisait des années que le calcio était en difficulté de ce point de vue. Directeur sportif de la Fiorentina, PantaleoCorvino a analysé cet état de fait dans les colonnes de l'hebdomadaire GuerinSportivo : " Il y a deux questions à se poser. La première : pourquoi quasiment tous les clubs italiens ont-ils longtemps fait leurs emplettes à l'étranger ? La seconde : pourquoi s'intéressent-ils maintenant beaucoup plus à leurs propres footballeurs ? Voici une réponse synthétique : la crise économique nous a aidés à retrouver le chemin de la maison. Il y a quelques années encore, le championnat italien était la cible des meilleurs joueurs du monde, mais notre football a compris tardivement les effets de la crise et il a continué à emprunter le chemin de l'étranger, même s'il était devenu inaccessible. Au final, nous n'avions plus le choix et nous sommes revenus piocher dans notre jardin qui est d'ailleurs bien vert. " Les bienfaits collatéraux de la baisse du pouvoir d'achat couplés à une refonte de la formation italienne. En effet, la plupart des grands clubs ont mis à jour leur méthodologie. Fini les joueurs disciplinés tactiquement mais à l'inventivité technique limitée. Une réforme qui porte ses premiers fruits avec des jeunes désormais directement promus des U19 à l'équipe A sans passer par l'aléatoire case prêt dans une division inférieure. C'est par exemple le cas des Milanais Donnarumma, Locatelli et Calabria, du Laziale Murgia ou du Florentin Chiesa. Le courage de leurs coaches respectifs n'étant pas non plus étranger à leur réussite. Attention toutefois, les autochtones sont toujours largement minoritaires en Serie A, qui plus est chez les jeunes, mais ceux qui sont en train de percer ont déjà acquis un statut très important dans leurs équipes avec un temps de jeu considérable. Pour les voir à l'oeuvre, Ventura a repris l'idée auparavant proposée par ses prédécesseurs Prandelli et Conte, soit des stages de formation : " Eux les réclamaient aussi pour des gars affirmés. Moi, j'ai fait le tour des 20 clubs de notre championnat en commençant par la Juventus dont le président Agnelli a dit 'ne me parle pas de stage'. Je lui ai expliqué que je ne voulais pas d'un Bonucci ou Barzagli qui n'ont plus rien à apprendre mais plutôt d'un Rugani qui a besoin de connaître mes méthodes. " Bingo ! L'ex-entraîneur de Torino a trouvé le parfait compromis en limitant ces séjours aux moins de 26 ans et en épargnant ceux engagés sur le front européen. Au programme de ces " séminaires " de 48 heures (un en novembre et un en février) : quatre séances d'entraînement consacrées aux mises en place tactiques. Ventura a finalement opté pour un 4-2-4 qu'il maîtrise parfaitement depuis ses expériences à Pise et Bari. L'idée est d'en enseigner les mécanismes à ces joueurs afin de gagner du temps le jour où ils seront convoqués avec le reste du groupe : " C'étaient deux jours très intenses, mais j'ai décidé de les faire suivre après le stage pour voir s'ils se reposeraient sur leurs lauriers, sauf que j'ai eu des réponses extraordinaires puisqu'ils ont souvent été les plus performants de leurs clubs. Comme quoi, ces derniers sont également gagnants dans l'affaire ", poursuivait le sexagénaire sur Sky. Ces aspirants internationaux auront le droit à trois autres stages et même un match amical contre Saint-Marin d'ici la fin de saison. Et qui a été le principal fournisseur mais aussi bénéficiaire de cette nouveauté ? De loin l'Atalanta. La belle surprise de la saison a vu huit pensionnaires de son effectif participer à ces stages dont cinq proviennent directement de son centre de formation, le meilleur de la Botte. Au total, Ventura a déjà sollicité 32 joueurs différents, y compris certains de Serie B, mais ceux qui sont régulièrement convoqués en sélection, parfois même depuis l'ère Conte, manquent à l'appel. Plusieurs d'entre eux sont empruntés aux U21 qui figurent parmi les grands favoris de l'Euro de la catégorie en juin prochain. Une double casquette finalement bienvenue puisqu'il n'y a pas si longtemps encore, le sélectionneur des espoirs italiens devait allègrement se servir en deuxième voire en troisième division pour constituer ses listes de convoqués. Aujourd'hui, il peut compter sur pas moins de 15 titulaires en Serie A, et souvent au sein de formations de haut de tableau. Ainsi, en juin, il devra éventuellement se passer du gardien de but Donnarumma (18 ans), véritable phénomène et en avance sur Buffon au même âge ; des défenseurs centraux Romagnoli (21) et Rugani (23), l'un titulaire indiscutable au Milan, l'autre prêt à prendre la relève de la mythique BBC (Barzagli, Bonucci, Chiellini) de la Juve ; de Bernardeschi (23), numéro 10 de la Fiorentina, et de l'étonnant Gagliardini (22), en difficulté en Serie B l'an passé et maintenant pierre angulaire de l'Inter après avoir enfin explosé à l'Atalanta. A quelques jours près, précisément onze, Belotti pouvait également aspirer à disputer cette compétition. Déjà bien en vue l'an dernier, l'attaquant du Torino caracole en tête du classement des buteurs de la Serie A et vaut 100 millions d'? puisque c'est le montant de la clause libératoire insérée dans son dernier contrat. Fin finisseur et bosseur infatigable, il est peut-être le goleador que la Nazionale cherche depuis bien longtemps. Et ce n'est pas terminé : parmi les éléments n'étant pas encore entrés dans les meilleures années de leur carrière (traditionnellement à partir de 27 ans), l'Italie propose aussi Perin dans les buts (Genoa), Florenzi (Roma) et DeSciglio (Milan) sur les côtés, le petit Insigne (Naples) devant et surtout l'excellent Verratti (PSG) qu'on ne présente plus. Le tout en excluant Immobile (buteur de la Lazio) qui a soufflé ses 27 bougies le 20 février dernier. Si l'on devait comparer les équipes U26 (soit celles pouvant s'inscrire dans la durée pendant 5 ou 6 ans) des plus importantes sélections du monde, l'Italie est loin de faire pâle figure. Voilà pourquoi après des années de morosité, elle se prend à rêver pour les échéances à venir. Le Mondial 2018 semblait arriver trop tôt, mais la rapide maturation des éléments précités autorise un certain optimisme en Russie dans 15 mois. A à ce rythme, la Squadra Azzurra risque même de se présenter en grande favorite de l'Euro 2020 et du Mondial 2022. MarcelloLippi, sélectionneur champion du monde en 2006, valide en quelque sorte ces prévisions dans le Corriere dello Sport : " L'impression est que quelque chose d'important est en train d'être construit et les stages spécifiques sont une initiative positive. Gian Piero a un avantage par rapport au passé : cela faisait un moment qu'il n'y avait pas eu une génération de joueurs aussi intéressante. " Justement depuis celle sacrée en Allemagne, il y a 11 ans, avec les Cannavaro, Inzaghi, Totti, DelPiero, Buffon, Nesta, Zambrotta et Pirlo nés entre 1973 et 1979. En suivant le principe du saut de génération de certaines caractéristiques génétiques, on en déduit que celle des 80's possède un ADN moins talentueux, ce qui est certainement le cas. Place donc, maintenant, aux représentants des 90's, et notamment ceux de la seconde moitié. On a déjà cité le prodigieux Donnarumma, mais son coéquipier Locatelli n'a qu'un an de plus et tient les rênes du milieu du Milan, tandis que Chiesa (génération 97) s'est installé sur le flanc droit de la Fiorentina. Le fils d'Enrico, ancien attaquant international, fait d'ailleurs partie de ces nombreux ailiers ayant incité Ventura à opter pour l'ambitieux 4-2-4 : " Le 3-5-2 reste une option et le trio de défenseurs de la Juve ne se discute pas, mais que fait-on si l'un d'entre eux chope un rhume ? Nous passerons en 4-2-4 car en Italie, nous avons beaucoup d'ailiers et peu de milieux de terrain ", confiait-il à La Stampa. Une affirmation à nuancer puisqu'à un Berardi de Sassuolo sur le côté, l'entrejeu répond par un Pellegrini du même club ou un Benassi du Torino. Quant à la fameuse défense à 3, elle pourrait être à l'avenir composée de Romagnoli, Rugani et Caldara, révélation de l'Atalanta et déjà recruté par la Juventus. Bref, une abondance inattendue mettant le sélectionneur dans les conditions idéales à l'entame d'un mandat qu'il compte bien émailler d'un titre majeur. PAR VALENTIN PAULUZZI - PHOTO BELGAIMAGELa sélection des espoirs italiens compte 15 titulaires en Serie A.