On connaît des fils d'anciens grands joueurs, comme Pieter Loridon et Steve Ibens; des fils d'entraîneur, comme Sam Rotsaert; des fils de manager, comme Jean-Bernard Darding; et même des fils de président, comme Hennie Sierens. Des fils d'arbitre, en revanche, c'est beaucoup plus rare.
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On connaît des fils d'anciens grands joueurs, comme Pieter Loridon et Steve Ibens; des fils d'entraîneur, comme Sam Rotsaert; des fils de manager, comme Jean-Bernard Darding; et même des fils de président, comme Hennie Sierens. Des fils d'arbitre, en revanche, c'est beaucoup plus rare. "C'est même tout à fait exceptionnel", concède Luciano Battochio. "Et, être arbitre dans la même division que son fils, c'est unique. C'est arrivé durant un an. J'étais arbitre de D1 lorsqu' Olivier a été intégré à l'équipe Première de l'Avenir Namur, qui militait encore parmi l'élite à l'époque. Il n'avait encore que 16 ans et a pu jouer les deux matches de coupe contre Ostende suite à la blessure de Christian Lemaire. Pour les responsables fédéraux, la situation est devenue embarrassante". C'est là, en fait, que les problèmes ont commencé. "Un jour, Paul De Coster -le responsable des arbitres en Belgique- m'a conseillé de résoudre la situation. Il s'est exprimé diplomatiquement, mais en clair, cela revenait à dire que je devais choisir entre ma carrière d'arbitre et celle de mon fils. Il y a eu beaucoup de dilemmes à la maison, car cette année-là, ma fille évoluait également en D1 avec Saint-Servais. Nous étions trois dans la plus haute catégorie et personne ne savait ce qu'il devait faire". Après avoir arbitré durant sept saisons en D1, Luciano Battochio dirige désormais des rencontres de D2. La conséquence de la percée d'Olivier à Louvain? "Je ne veux pas polémiquer", répond-il. "Si j'ai été déclassé, c'est tout simplement parce que j'ai été moins bien coté que mes collègues. Mais il y a des visionneurs de la fédération qui attribuent ces cotes". Un drame, cette descente en D2? "N'exagérons rien. Je peux toujours exercer ma passion. Mais c'est moins excitant. Lorsqu'on pénètre dans une salle de D1 et qu'on voit 2.000 spectateurs qui se pressent dans la tribune, on est directement pris par l'ambiance. Récemment, lors d'un match à Gilly, je suis allé m'échauffer une demi-heure avant le coup d'envoi. Il y avait trois spectateurs. Et puis, lorsqu'on descend de catégorie, on n'a plus de publicité dans le dos. C'est bête, car en dehors de cela on porte exactement la même blouse que les autres arbitres, mais psychologiquement, on a l'impression que l'on a perdu un galon. Si la carrière d'Olivier est à ce prix, je me sacrifierai. Je me souviens qu'il y a quelques années, nous avions réalisé une photo de mon fils et moi. Nous étions dos à dos. Olivier apparaissait de face. La photo était légendée de la sorte : -L'un qui part, l'autre qui arrive. Je comprends aujourd'hui toute la symbolique de cette photo". Olivier prétend qu'il n'a pas trop souffert de la situation. "J'entends parfois des remarques du style: -Tu es bien le fils de ton père! Mais, jusqu'à présent, cela n'a jamais été trop méchant". Au début, la situation présentait plutôt des avantages. "Dès son plus jeune âge, Olivier m'a accompagné partout. Il a vu en action des joueurs comme Jacky Dinkins et Jon Heath. Quels plus beaux exemples pouvait-il avoir?" Formé dans la région namuroise (Belgrade et Avenir Namur notamment), Olivier Battochio a joué en équipe nationale dans la catégorie des Cadets, Juniors et Espoirs."Ce sont probablement ces deux matches contre Jean-Marc Jaumin et Ostende, sous les yeux de Frans De Boeck, qui ont permis à mon fils de mettre un pied dans l'équipe nationale des Cadets", pense Luciano. "Dans les sélections de jeunes, il a fait une honnête carrière, sans plus. Son problème fut d'être né en 1977. Les années de naissance des diverses catégories venaient d'être modifiées et toute une génération de joueurs de cette année-là est pratiquement passée à travers les mailles des filets, parce qu'ils étaient soit un an trop jeune, soit un an trop âgé pour intégrer la sélection. La génération 1976 était très forte avec Matthias Desaever et Marc Marnette. Les trois seuls joueurs de 1977 repris avec la sélection 1976 étaient David Purnelle, Pieter Matten et mon fils". A 23 ans, Olivier est-il aujourd'hui arrivé, comme le suggérait la légende de la photo? "Oui et non. Mon objectif était d'arriver en D1. J'y suis parvenu. J'ai progressé également, car je me souviens que dans les catégories de jeunes, un joueur comme Benoît Rasquin m'avait carrément ridiculisé. Ce n'est plus le cas aujourd'hui lorsque je l'affronte en D1. Mais je n'ai pas encore réussi à m'imposer réellement comme je l'avais espéré. J'aimerais avoir un impact plus important sur le jeu. La saison dernière, je devais faire face à la concurrence de Jason Daisy. C'était déséquilibré, car un Américain revendique toujours un gros temps de jeu. Le mien s'est un peu amélioré depuis que je partage la distribution avec Steve Ibens. Steve est un monument dans notre championnat et il a des rapports très étroits avec Julien Marnegrave, mais il est belge et cela facilite les relations. Etre titulaire n'est pas une obsession pour moi. Cela ne me dérange pas de commencer le match sur le banc si j'ai un réel apport lorsque je monte au jeu. C'est trop rarement le cas. Je m'améliore. Au début, mon rôle consistait essentiellement à faire souffler Steve Ibens. Depuis quelques semaines, on commence à considérer que je peux apporter quelque chose. Mais je reste encore sur ma faim. A 23 ans, je ne veux plus être considéré comme un espoir. J'ai l'âge où il faut s'imposer". L'erreur de jugement avouée du père : "Je dois être honnête : jadis, j'avais toujours dit à Olivier qu'il ne réussirait jamais. Je me suis trompé et j'en suis très heureux. Sur tous les joueurs que j'ai sifflés depuis que je suis arbitre, 3% ont atteint la D1 à l'âge Senior. Sur ces 3%, un tiers sont des joueurs de plus de 2 mètres qui sont incontournables. Un autre tiers est constitué de joueurs hyper-doués au tir, comme l'était Pierre Cornia. Le dernier tiers est celui dans lequel figure Olivier: la catégorie de joueurs intelligents dans le jeu et travailleurs à l'entraînement, mais qui ne sont ni hyper-doués physiquement, ni hyper-doués techniquement. Jouer en D1 dans ces conditions est déjà un succès". Avec la multiplication des distributeurs américains dans notre championnat, il n'est pas facile de percer pour un joueur belge. "Effectivement", acquiesce Olivier. "Récemment, j'ai encore visionné la cassette de mes débuts en équipe Première, contre Ostende, lorsque j'avais 16 ans. Je n'avais pas éprouvé trop de difficultés à monter le ballon. Aujourd'hui, j'ai sept ans d'expérience en plus et je peine davantage face à certains défenseurs".Quant à Luciano: a-t-il failli siffler en Euroligue ULEB cette saison? Son nom, en tout cas, avait été cité. "Un premier tri avait été effectué parmi les arbitres susceptibles de diriger des rencontres d'Euroligue", explique-t-il. "Les responsables de l'ULEB savaient que les arbitres FIBA n'accepteraient pas de les rejoindre, car cela signifiait une interdiction de siffler dans le championnat national. Je suppose que ma candidature a été proposée par Armand De Keyser. Il n'ignorait pas que, dans mon cas, existait la problématique des liens familiaux qui m'empêchaient d'arbitrer en D1. D'aucuns ont souri en prétendant que je n'avais pas le niveau. Mon style d'arbitrage ne plaît pas à tout le monde. On me reproche d'être un arbitre de caractère et de distribuer trop facilement des fautes techniques. Je manque de psychologie, soit disant. Mais dois-je accepter sans broncher qu'un joueur me traite d'enculé? Un jour, Julien Marnegrave m'a dit: -Je t'apprécie beaucoup, mais uniquement lorsque tu nous siffles en déplacement! J'ai pris cette remarque comme un compliment. Et je ne dis pas cela parce qu'il est aujourd'hui le coach de mon fils mais parce que cela signifie que je ne suis pas un home referee". Olivier envisage-t-il de suivre, plus tard, les traces de son père? "Moi, arbitre? Jamais!", répond-il catégoriquement. "Et pas uniquement parce qu'on se fait insulter. Sans prétention aucune, j'ai aujourd'hui été habitué à la D1 et je me vois mal redescendre au plus bas de l'échelle, comme les arbitres débutants doivent le faire".Daniel Devos