Le sourire est resté: le même que celui du temps, pas si éloigné, où il portait le brassard de capitaine de Sclessin. L'âge d'or du football hennuyer lui permet, comme à d'autres, de relancer sa carrière. Didier Ernst a trouvé chaussure à son pied au Tivoli où l'accueil fut chaleureux.
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Le sourire est resté: le même que celui du temps, pas si éloigné, où il portait le brassard de capitaine de Sclessin. L'âge d'or du football hennuyer lui permet, comme à d'autres, de relancer sa carrière. Didier Ernst a trouvé chaussure à son pied au Tivoli où l'accueil fut chaleureux. L'enceinte louviéroise n'est évidemment pas la même que celle des quais de la Meuse mais le joueur n'en a cure: "Ce n'est pas ce qui compte. Il y a l'emballage et puis ce qu'il y a dedans. Je fais déjà partie de la famille. J'ai besoin de cette chaleur autour de moi. Je ne fonctionne pas bien dans une ambiance froide ou plus réservée pour ne pas dire snob et précieuse. Je suis un fils d'ouvrier, quelqu'un de simple et de naturel. Deux heures après mon arrivée, des joueurs venant de Liège et du Limbourg me proposaient déjà de parcourir les trajets quotidiens avec eux. Dans les grands clubs, qu'on dit hyper pros, il faut parfois des semaines avant de rompre la glace et résoudre des problèmes. Je ne fais pas du tout un pas en arrière en jouant à La Louvière. J'ai signé un contrat d'un an avec une option pour trois saisons de plus. Autrement dit, je veux vivre quatre belles saisons dans le Centre. Trois minutes ont suffi à me faire comprendre que La Louvière avait envie de moi. Après avoir été rejeté au Standard, cela fait plaisir. De plus, il y a de la qualité dans ce groupe. J'ai découvert de très bons joueurs, un tout cohérent, une bande qui a envie de faire son petit bonhomme de chemin. Bruges, un des favoris dans la course pour le titre, s'en est rendu compte. Ariel Jacobs dialogue beaucoup. Son groupe est sérieux, stable, décidé et vivra une saison tranquille, peut-être même étonnante. Je veux les aider. Le coach sait que je ne serai pas tout de suite au top. J'ai un petit retard physique mais cela s'arrangera vite". Bizarre, l'Angleterre... Didier Ernst a retrouvé la foi et la confiance mais il est quand même passé par le chas de l'aiguille. Il a travaillé seul pendant quelques semaines après avoir vécu des tests en Angleterre. Après avoir été cité en Allemagne, le gars de Dison s'est retrouvé, son sac en mains, avec des jeunes inconnus tentant leur chance de l'autre côté du Channel. Un peu pénible quand on a disputé des centaines de matches en D1 et porté le maillot du Standard. Le renom du vieux club rouche demeure vif dans le monde entier mais cela ne suffisait pas: de voyage en voyage, Didier Ernst a découvert d'autres réalités de son métier. Ce fut difficile mais cette errance a eu pour mérite de le maintenir dans l'actualité et de finalement attirer le regard de La Louvière. "Je n'ai pas eu peur. Je savais que cela finirait par s'arranger mais la nervosité montait...", reconnaît-il. "J'avais envie de jouer et j'étais à l'arrêt alors que tous les clubs avaient repris le travail. A la longue, on finit par se demander quand la roue tournera. Ce fut une épreuve car je suis père de famille et je n'avais plus de revenus..." Tout est bien qui finit bien, il se sent plus fort mais se souviendra très longtemps de ses leçons d'anglais. "Quand les solutions allemandes se sont éloignées, mon manager s'est tourné vers l'Angleterre", raconte Didier Ernst. "Un de ses collaborateurs m'a accompagné à Londres où un taxi nous attendait et nous emmena à Portsmouth. J'y suis resté une petite semaine mais ce n'était pas ma tasse de thé. L'ambiance était froide, impersonnelle. Il y avait 40 joueurs dans le vestiaire. L'horaire était simple: entraînement à 10 h 30, repas à midi, nouvelle séance de travail à 14 h 30. Les joueurs ne prennent pas de douche avant de passer à table. C'est un buffet: chacun mange quand il en a envie. Certains en sont au dessert quand d'autres ne sont même pas encore là. Jamais vu cela et cela ne dérange personne. Harry Redknapp, le manager du club, a l'embarras du choix et j'ai joué contre le Celtic Glasgow qui était prêt, une vraie machine de guerre. Avant le match, je me suis d'ailleurs entretenu avec Joos Valgaeren. Portsmouth a évidemment été balayé dans une ambiance extraordinaire. Il y avait 18.000 spectateurs pour ce match amical. J'étais un peu perdu. C'est difficile quand on ne parle pas anglais. Je me suis senti de mieux en mieux mais tout est une question de chance quand on passe des tests. Il suffit que votre opposant direct soit dans un mauvais jour et l'affaire est dans le sac avec un bon contrat à la clef. Hélas, aucun joueur du Celtic n'était en méforme ce jour-là. Finalement, c'est pile ou face. Portsmouth, le club qui appartient à Milan Mandaric, cherchait un autre type de médian que moi. Malgré tout, Harry Redknapp voulait que je reste trois ou quatre jours de plus mais j'ai préféré mettre fin à ce stage. Ce sont des aventures bizarres et un peu frustrantes mais je suis revenu avec le sentiment que ce football-là ne me faisait pas peur: c'était déjà cela d'acquis. J'aurais été de gaieté de coeur en Angleterre et ce sentiment fut renforcé après mon contact avec Nottingham Forest". Un moment de sa carrière qu'il n'oubliera pas non plus: Nottingham était en stage de préparation près de Bordeaux. Programme du jour chargé: avion le matin pour se rendre en France, sieste à l'hôtel, match amical. Pas le temps de prendre ses marques. Le stage de Portsmouth lui a pourtant fait du bien et le test est positif. "L'ambiance était totalement différente par rapport à Portsmouth", se souvient Ernst. "Cette fois, j'étais le bienvenu et les joueurs furent très sympas. Quand j'étais au Standard, je me faisais toujours un devoir de mettre les nouveaux à l'aise. C'est le moindre des choses car rien n'est évident quand on joue la suite de sa carrière. Un simple sourire fait alors tellement plaisir... Nottingham Forest est un club historique en Angleterre, et un ancien grand du football européen, mais sa situation financière était compliquée. Ce club de D2, comme Portsmouth (où Robert Prosinecki joua la saison passée avant de signer à l'Olimpija Ljubljana), était prêt à m'engager mais devait d'abord vendre un de ses joueurs. Je ne pouvais pas attendre. J'ai 30 ans, c'était un handicap par rapport aux gamins de 18 ans qui ont encore tout le temps devant eux". Le Disonais était devenu l'homme à la valise. Sans cesse en partance. ChristianLabarbe lui passa un petit coup de fil amical. Des anciens équipiers du Standard aussi. Petit à petit, cela s'espaça quand même sans le perturber. "Tout le monde a ses soucis", affirme le nouveau médian des Loups. Une offre lui parvint alors d'Ecosse. Là, ce fut le comble dans ses récentes aventures. Il débarqua à l'aéroport d' Edimbourg à 14 h 10. Hibernian disputait un match amical à 15 heures. La course. A 14 h 30, Didier était dans le vestiaire. Les joueurs s'échauffaient déjà sur le terrain. "Là, on se demande ce qu'on fout dans cette galère", avance Didier Ernst. "J'étais seul mais, heureusement, un joueur français revint au vestiaire pour changer de chaussures. Je l'ai accompagné et il m'a présenté au coach et autres joueurs sur le terrain, avant le coup d'envoi. On m' a demandé quelle était ma place préférée? Médian défensif, évidemment... J'ai occupé cette place. Extra, j'étais dans le coup, j'aurais joué les doigts dans le nez en Ecosse mais la direction du club me précisa qu'elle cherchait, en fait, un milieu de terrain soutenant bien ses attaquants. Elle aurait pu me le dire avant. Un joueur a compris que c'était dur à entendre. Il me rassura en me disant que il prenait l'avion tous les jours afin de passer des tests aux quatre coins de l'Angleterre". Il n'a jamais demandé la luneDidier Ernst fait alors une croix sur l'Angleterre et l'Ecosse. "Cela avait assez duré et je voulais désormais avoir des contacts avec des clubs cherchant exactement le type de joueur que je suis", affirme Didier Ernst. "J'en ai parlé à mon manager qui m'a été d'un précieux secours dans ces moments qui ne furent pas faciles même s'il faut tout prendre avec un peu de recul. Je savais que cela s'arrangeraitet j'ai aussi la chance de m'appuyer sur une famille formidable. En février, nous aurons un troisième enfant... J'étais confiant car j'ai déjà vécu des moments plus délicats. Notamment à Boom quand ma carrière n'avait pas encore tout à fait commencé. Maintenant, j'ai un bagage et je sais,comme MM. Gaone, Louf et Jacobs me l'ont dit, que mon sérieux est apprécié. Je n'ai jamais demandé la lune car je sais quel genre de joueur je suis. Pas une étoile et je mesure que je dois tout au travail et au collectif". Troyes et Nice se renseignèrent à son propos avant que les Loups ne se lancent sur sa piste. "Tout est bien qui finit bien: je serai heureux au Tivoli, tout y est simple.", assure-t-il. "Quand Gaone dit que c'est du gaspillage de laisser un clubman comme moi sur le carreau, cela fait chaud au coeur. Je n'oublierai jamais cette preuve de confiance: c'est ce que j'attendais. Les Loups ne le regretteront pas".Pierre Bilic"Quand Gaone dit que c'est du gaspillage de laisser un clubman comme moi sur le carreau, cela fait chaud au coeur" "Le groupe est sérieux, décidé et vivra une saison tranquille, peut-être même étonnante"