Keeper et entraîneur ad hoc : toute la carrière footballistique d'Eric Deleu (57 ans) a tourné autour de ces deux pôles. A une exception près : la saison passée, il a officié tour à tour comme directeur sportif et administratif du Cercle Bruges avant de se le tenir pour dit en fin de campagne.

Eric Deleu : J'étais en vacances, en France, quand le président Frans Schotte m'a proposé la fonction. De fait, j'ai toujours combiné mes activités sur le terrain avec un boulot externe, lisez la gérance de magasins de chaussures. L'administration et les chiffres n'avaient donc pas vraiment de secrets pour moi. J'ai accepté l'offre sans me rendre compte réellement de l'ampleur de la tâche qui m'attendait. Car le Cercle, c'était ni plus ni moins un vaste chantier, où il fallait tout refaire. Avant moi, en l'espace de quelques mois, deux CEO s'y étaient déjà cassé les dents : Peter-Jan Matthijs et Katrien Houpe. Je n'ai pas ménagé ma peine, allant jusqu'à travailler 15 heures par jour. A mon arrivée au stade, de bonne heure, 30 mails m'attendaient, en moyenne. A ceux-là s'en ajoutaient des dizaines d'autres, au fil des heures. Je n'avais jamais vécu ça et, à dire vrai, c'était pas vraiment mon truc. Aussi étais-je soulagé le jour où l'AS Monaco, qui a pris une participation majoritaire au sein de l'entité, a voulu y placer ses propres hommes. J'avais dans l'idée de prendre une année sabbatique à ce moment, histoire de reprendre à la fois mon souffle et mes esprits. Mais un coup de fil de Mircea Rednic, avec qui j'avais bossé au Standard, autrefois, en a décidé autrement. Avec lui, à Mouscron, j'allais avoir la possibilité de retrouver le job qui m'a toujours procuré le plus de satisfaction : le suivi des portiers au quotidien. Je peux dire qu'aujourd'hui je vis à nouveau pleinement ma passion. Car le keeping et tout ce qui y a trait, j'ai toujours eu ça dans le sang.
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Eric Deleu : J'étais en vacances, en France, quand le président Frans Schotte m'a proposé la fonction. De fait, j'ai toujours combiné mes activités sur le terrain avec un boulot externe, lisez la gérance de magasins de chaussures. L'administration et les chiffres n'avaient donc pas vraiment de secrets pour moi. J'ai accepté l'offre sans me rendre compte réellement de l'ampleur de la tâche qui m'attendait. Car le Cercle, c'était ni plus ni moins un vaste chantier, où il fallait tout refaire. Avant moi, en l'espace de quelques mois, deux CEO s'y étaient déjà cassé les dents : Peter-Jan Matthijs et Katrien Houpe. Je n'ai pas ménagé ma peine, allant jusqu'à travailler 15 heures par jour. A mon arrivée au stade, de bonne heure, 30 mails m'attendaient, en moyenne. A ceux-là s'en ajoutaient des dizaines d'autres, au fil des heures. Je n'avais jamais vécu ça et, à dire vrai, c'était pas vraiment mon truc. Aussi étais-je soulagé le jour où l'AS Monaco, qui a pris une participation majoritaire au sein de l'entité, a voulu y placer ses propres hommes. J'avais dans l'idée de prendre une année sabbatique à ce moment, histoire de reprendre à la fois mon souffle et mes esprits. Mais un coup de fil de Mircea Rednic, avec qui j'avais bossé au Standard, autrefois, en a décidé autrement. Avec lui, à Mouscron, j'allais avoir la possibilité de retrouver le job qui m'a toujours procuré le plus de satisfaction : le suivi des portiers au quotidien. Je peux dire qu'aujourd'hui je vis à nouveau pleinement ma passion. Car le keeping et tout ce qui y a trait, j'ai toujours eu ça dans le sang. Deleu : Dès mon plus jeune âge, j'ai eu un modèle : René Carmans, un parent éloigné qui a été durant des années le dernier rempart emblématique du FC Diest, club avec lequel il s'est d'ailleurs produit en D1 au début des seventies. Moi-même, j'ai suivi son exemple en accédant au noyau A du RWDM à la fin de la même décennie. D'abord en tant que doublure de Jan Ruiter, puis comme titulaire. Je suis monté en Première conjointement avec d'autres jeunes comme Patrick Thairet, Marc Trigaux, Franky Van der Elst, Rudi Cossey et Patrick Gollièrre. A l'époque, les trois grands traditionnels Anderlecht, le Club Bruges et le Standard tenaient le haut du pavé non seulement en Belgique mais aussi en Europe. Dans leur foulée, d'autres formations encore regorgeaient de talent, comme Lokeren, Beveren ou l'Antwerp. Par rapport à tous ces teams-là, nous manquions singulièrement de planche et c'est pourquoi nous avons fait la culbute en 1984. J'ai vécu la montée, après un an de purgatoire à peine, et suis encore resté au stade Edmond Machtens jusqu'en 1987. Mais le club commençait à présenter des signes d'essoufflement. Comme ma reconversion était assurée via l'exploitation d'un Shoe Post au Westland Shopping Center, j'ai préféré poursuivre ma trajectoire en D3, à Denderhoutem d'abord, puis à Strombeek. Au bout de deux années là-bas, j'ai finalement renoncé à ma carrière active au profit de l'encadrement des gardiens. Deleu : A fortiori pour un portier, qui entre à ce moment-là dans la fleur de l'âge. En soi, je n'étais pas un mauvais gardien. Mais, par rapport aux Filip De Wilde, Michel Preud'homme ou Dany Verlinden, qui évoluaient dans les meilleures conditions chez les ténors du championnat, moi je n'ai jamais bénéficié de l'écolage et du soutien requis. A Molenbeek, j'avais comme préparateur des gardiens Jos Smolders, un ancien keeper du Beerschot. Désolé mais ses entraînements se bornaient à de la pure thérapie occupationnelle : des centres et des tirs au but, c'est tout. Quant au suivi psychologique, c'était à mourir de rire. Avec lui comme avec d'autres. Un exemple assez significatif : un jour de derby contre Anderlecht, l'entraîneur, Alexander Horvath me dit lors de la théorie d'avant-match : " Eric, je sais que tu n'aimes pas sortir de ton goal, mais fais un petit effort quand même. " Sympa, non, avant d'entrer dans le vif du sujet ? Je crois que si lui, ou d'autres personnes, plus compétentes, avaient su s'y prendre avec moi, j'aurais sans doute fait une plus belle carrière. Et c'est précisément parce que beaucoup restait à faire en matière de suivi des keepers que j'ai créé, dès le début des années '90, une école baptisée " Number One Keeperschool ". J'ai commencé par organiser des stages, à Strombeek, lors des périodes de vacances scolaires puis j'ai embrayé avec une formation, à raison de deux séances par semaine, à Neder-over-Heembeek ainsi qu'au Stade Fallon, à Woluwé-Saint-Lambert. Pas mal de ces gardiens en herbe ont d'ailleurs fait leur trou, plus tard, à l'échelon des séries promotionnaires ou provinciales. Et deux ont carrément goûté à l'élite : Thomas Kaminski et Michaël Clepkens. Deleu : René Vandereycken a été le premier à me tendre la perche lors de son passage comme T1 au RWDM. Par la suite, j'ai été amené à collaborer avec d'autres grands noms : Philippe Saint-Jean, Enzo Scifo, Albert Cartier et Felice Mazzu à Tubize, José Riga et Mircea Rednic au Standard. Avec tous ceux-là, j'ai vraiment pu faire mon truc, sans qu'ils interfèrent dans mon approche. Bien sûr, dans le travail, on reste tributaire des qualités intrinsèques de ceux qu'on dirige. A cet égard, je ne surprendrai probablement personne en disant que mon élève le plus doué aura été Sinan Bolat. A tous points de vue, c'était le top. Dommage, simplement, qu'il ne parvenait pas toujours à faire la part des choses. Quand un adversaire le charriait ou le chambrait, il réagissait parfois au quart de tour au lieu de laisser tomber et de se concentrer sur son sujet. Il n'empêche que j'ai eu beaucoup de plaisir à bosser avec lui. Eiji Kawashima, c'était une autre paire de manches. Il partait du principe que je devais encore le rendre meilleur sur sa ligne, alors que c'est surtout dans le trafic aérien qu'il était perfectible. Mille fois plutôt qu'une j'ai essayé de le raisonner mais il ne voulait écouter que lui-même. Résultat des courses : il s'est par la suite retrouvé à Dundee United, en Ecosse, dans une compétition où on ne balançait que des ballons devant le goal, sans y avoir été réellement préparé. Deleu : Au risque d'en surprendre plus d'un : Olivier Werner. Personne ne voulait de lui au Cercle, sous prétexte qu'il n'avait pas toujours fait l'unanimité à Mons, où il disputait la place de titulaire à Cédric Berthelin. Mais je croyais en lui et comme la décision finale était de mon ressort, j'ai obtenu gain de cause. Et je ne l'ai jamais regretté car Oli a livré une saison 2014-15 remarquable chez nous, qui lui a d'ailleurs valu, après coup, un beau transfert à Sochaux. Retaper un gardien, c'est l'un des aspects les plus grisants du métier. Et c'est la raison pour laquelle j'ai appuyé à fond la venue de Logan Bailly à Mouscron. Chacun connaît ses qualités. A 31 ans, il ne peut les avoir perdues. Pour toutes sortes de raisons, il est rentré quelque peu dans le rang ces derniers mois. Le challenge, pour lui et pour moi, c'est qu'il retrouve la superbe qui a fait de lui, voici quelques années à peine, l'un des meilleurs du pays à son poste. A mes yeux, sur le plan du talent pur, il est le numéro 3 belge derrière Thibaut Courtois et Simon Mignolet. Lors de notre premier contact, je lui ai dit qu'il devait s'inspirer de l'exemple d'Anthony Vanden Borre. Quand il est revenu à Anderlecht en 2013, d'aucuns ont ri en entendant que son ambition était de participer au Mondial quelques mois plus tard. Et force est de constater qu'il y est bel et bien parvenu. Comme quoi, rien n'est impossible. Vouloir, c'est pouvoir. Le Mondial doit être l'objectif de Logan. Deleu : J'en suis intimement convaincu. Jusqu'à présent, c'est Jean-François Gillet qui occupait la 3e position dans la hiérarchie mais il a dû s'effacer à un moment donné au profit de Guillaume Hubert. Matz Sels, qui a déjà été appelé en sélection lui aussi, présente un peu le même cas de figure que Bailly : lui aussi n'a guère joué, la saison passée, à Newcastle et compte sur son prêt à Anderlecht pour retrouver ses sensations. A mon sens, ils sont sur la même ligne. Honnêtement, en matière de gardiens belges, personne ne se détache vraiment derrière les deux incontournables qui évoluent en Angleterre. Il y a donc une place à prendre dans l'optique de la Coupe du Monde. Deleu : Dans les deux cas, la pression est la même. L'un va devoir faire en sorte de s'illustrer sur le peu de travail qu'il aura à effectuer, et l'autre devra se multiplier pour préserver ses filets intacts. Logan est surmotivé à l'idée d'y parvenir. Dans son contrat, une prime spéciale est d'ailleurs prévue par clean sheet. C'est assez significatif. Dans un club qui a bataillé ferme pour sa survie parmi l'élite, trois saisons de rang, il est important de pouvoir disposer d'un gardien expérimenté. Avec Logan, sur ce point, nous sommes parés. Même si je suis très agréablement surpris par le niveau de Jean Butez. Il n'a que 22 ans mais montre déjà de belles dispositions à cet âge. Le jeune Clément Libertiaux, lui, est une traite sur l'avenir. Deleu : Dans l'état actuel des choses, il nous manque l'un ou l'autre routiniers dans le jeu, capables d'entourer de manière efficace nos jeunots. La direction le sait et je me fais fort qu'elle agira en conséquence. Avec cet apport-là, je suis persuadé qu'on pourra se montrer confiants. Les dix premières places sont hors d'atteinte mais à partir de la onzième, tout est jouable. Ce serait bien, en tout cas, de ne plus jouer de la corde raide jusqu'au bout. PAR BRUNO GOVERS - PHOTOS BRUNO FAHY" Sur le plan du talent pur, Bailly est le numéro 3 belge derrière Courtois et Mignolet. " Eric Deleu