Combien de matches pour Badou ? C'est l'une des questions que se posent, avec anxiété sans doute, les dirigeants et le staff du Sporting de Charleroi. Quelle va être la sanction de l'Union Belge à l'encontre de Mahamoudou Kéré (24 ans), qui a pris une deuxième carte jaune à Beveren alors que l'arbitre Philippe Flament avait déjà sifflé la fin du match ?
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Combien de matches pour Badou ? C'est l'une des questions que se posent, avec anxiété sans doute, les dirigeants et le staff du Sporting de Charleroi. Quelle va être la sanction de l'Union Belge à l'encontre de Mahamoudou Kéré (24 ans), qui a pris une deuxième carte jaune à Beveren alors que l'arbitre Philippe Flament avait déjà sifflé la fin du match ? Il faut y aller fort pour se faire exclure alors que le ballon n'est plus en jeu. Et on peut craindre que l'UB ait la main lourde au moment de juger un joueur qui en est à sa dixième expulsion depuis 1998. Kéré a aussi reçu 45 cartons jaunes lors des 205 matches qu'il a déjà disputés en équipe Première de Charleroi. Le rapport de l'arbitre de Beveren-Charleroi n'est pas encore officiel. Il ne sera dévoilé que le jour de la comparution du joueur à la Fédération. Mais on sait déjà qu'il sera très corsé. Kéré (qui boycotte notre magazine comme tout Charleroi) a expliqué à la presse qu'il avait voulu serrer la main de l'arbitre et que celui-ci l'avait remballé en ces termes : -Dégage !Philippe Flament : " J'ai donné une première carte jaune à Mahamoudou Kéré pour une faute de jeu. Il avait laissé traîner le pied et m'a dit que c'était un peu sévère. Puis, il ne s'est plus rien passé de spécial jusqu'au coup de sifflet final. Il est venu vers moi et m'a dit qu'il ne me serrerait pas la main parce que j'avais été mauvais. Il a ajouté : -C'est toujours la même chose. Je n'ai pas bronché. Je savais que si je lui donnais une deuxième jaune, il raterait le match contre Anderlecht. Cela m'a fait réfléchir. En plus, vous ne pouvez pas punir tous les joueurs qui vous disent que vous n'avez pas été bon, tellement c'est courant... Puis, Kéré est devenu très nerveux et grossier. Il s'en est aussi pris à un de mes assistants. A ce moment-là, je n'avais plus le choix : la deuxième jaune s'imposait. Et donc la rouge. Kéré a alors complètement explosé. Il m'a lancé des insultes que je préfère ne pas répéter avant la comparution devant le Comité sportif de l'Union Belge. Mais tout est détaillé dans mon rapport. Ses insultes visaient notamment ma famille, je ne dois pas vous faire un dessin... Il ne s'est pas contenté de m'attaquer une fois, il a persisté, il était de plus en plus virulent. Je ne sais pas ce qui se serait passé s'il n'avait pas été ceinturé par deux ou trois joueurs de Charleroi au moment où il voulait foncer vers moi. Après cela, il m'a encore attendu à l'entrée du couloir menant aux vestiaires. Là, ses insultes ont repris de plus belle et il a carrément commencé à me menacer verbalement. Il m'a dit, par exemple : -Je vais te casser la gueule. Puis, chacun est rentré dans son vestiaire et je n'ai plus revu Kéré. Il n'est pas venu s'excuser. Je ne veux pas l'enfoncer mais je dois rester objectif : tout ce qu'il a dit et fait se trouve dans mon rapport ". En examinant les statistiques de Badou Kéré, on relève deux saisons noires : 2002-2003 (9 jaunes dont une double, 2 rouges directes) et 2005-2006 (5 jaunes, 2 rouges directes). Au début de la saison 2002-2003, c'était Etienne Delangre qui entraînait Charleroi : " Je ne suis pas resté longtemps mais j'ai quand même eu l'occasion d'assister à une exclusion de Kéré. C'était à Gand. Nous menions 0-1 quand il a été expulsé et cela nous a coûté cher. Nous avons perdu ce match. Au bout du compte, c'est peut-être à moi que cette défaite a coûté le plus cher. Qui peut dire ce qui se serait passé pour moi si Charleroi n'avait pas perdu ce match ?" Pourtant, quand il parle de Kéré, Delangre en retient surtout des souvenirs positifs : " Il lui arrivait de péter les plombs, même en semaine. Un jour, il était anormalement excité et agressif à l'entraînement. Je lui ai demandé de se calmer. Il est alors venu vers moi avec un air menaçant, nous nous sommes presque retrouvés tête contre tête. Il était comme dans un état second. Mais ça n'a pas duré. Il est ensuite venu s'excuser et, à partir de ce jour-là, nous avons entretenu des rapports vraiment extraordinaires. Quand j'ai été limogé, il a été le premier à m'appeler pour me dire qu'il m'adorait. Je l'ai encore eu en ligne récemment, nous sommes restés en contact. Je constate qu'il s'est encore bonifié sportivement depuis mon départ. En le positionnant en défense plutôt que dans l'entrejeu, Jacky Mathijssen lui a donné une dimension supplémentaire ". Les avis sont unanimes sur les qualités footballistiques et humaines de Kéré. Qualités humaines en dehors des terrains, en tout cas. " Le gros problème de Kéré, c'est qu'il peut subitement perdre le contrôle ", poursuit Delangre. " Il s'est toujours engagé à 200 %, c'est normal pour beaucoup d'Africains, ils auront toujours le sang plus chaud que les Suédois, par exemple. Mais Kéré dépasse parfois la limite, et là, ça fait mal, ça explique ses exclusions. Il ne se gère plus du tout. Parfois, le moindre petit problème privé est suffisant pour qu'il déborde. Certains footballeurs deviennent amorphes quand ils ont un souci en dehors du football. D'autres, comme Kéré, font sortir subitement toute leur agressivité. Le club a aussi son rôle à jouer. Comment voulez-vous qu'un joueur fragile au départ se gère efficacement si on lui trouve constamment des excuses du style -Sa femme est souffrante, et s'il entend constamment ses patrons dire que les arbitres sont mauvais ? Le joueur en question finit par s'en persuader et il perd tout respect pour le corps arbitral ". Autre saison délicate pour Kéré : 2005-2006. Loris Reina, qui était alors son coéquipier à Charleroi avant de partir à Zulte Waregem, résume le caractère de Kéré par un mot : " Gagnant ". C'est, pour lui, l'explication des excès du Burkinabé : " Il ne sait pas perdre et pète vite un câble dès que les choses ne tournent pas bien pour son équipe. Il disjoncte, il ne se sent plus et il fait des choses stupides. Ensuite, il retombe très vite sur terre, il comprend directement qu'il est allé trop loin. Dès la fin du match, il prend la parole dans le vestiaire pour s'excuser ". Ses chances de s'en tirer cette fois avec une suspension de courte durée semblent minces, vu le rapport et les antécédents. Chaque fois que Kéré va à Bruxelles, Jean-Pierre Deprez, l'avocat des Zèbres, tente de persuader les juges qu'il a droit à des circonstances atténuantes et met systématiquement l'accent sur la personnalité extraordinaire du joueur. " Je le confirmerai une nouvelle fois ", dit-il. " Badou Kéré est vraiment un chic type, un gars gentil, honnête. Mais ne faites surtout pas dire ce que je n'ai pas dit : je n'admettrai jamais ses excès sur les terrains. Pour moi, insulter un arbitre ou lui imposer une pression morale ou physique, c'est inadmissible, point à la ligne. Il n'y a pas à transiger là-dessus. Il faut que cela cesse ". Deprez reconnaît qu'à chaque comparution d'un Carolo à l'Union Belge, l'image du club en prend un coup. " Quand ce n'est pas Mogi Bayat, c'est Badou Kéré... Et chaque fois, le club perd un peu plus de crédit. La semaine dernière, Dante Bonfim a comparu à la Fédération pour son exclusion contre le Cercle Bruges : il a pris trois semaines, et je suis convaincu qu'on aurait été moins sévère avec lui s'il n'y avait pas eu l'incident Kéré à Beveren quelques jours plus tôt. Il y a quelques années, j'avais provoqué une réunion avec les joueurs du Sporting pour leur signaler qu'ils avaient certaines obligations, dont celle de rester dignes en toutes circonstances. Je voudrais le refaire. Ils doivent être mis devant leurs responsabilités. Quand Abbas Bayat me dit que Kéré joue sur son agressivité et qu'on n'a pas le droit de l'en empêcher, il se trompe. Une agressivité saine, oui. Une agressivité vis-à-vis des arbitres, non ! Je ne sais pas encore quelle ligne de défense j'adopterai. Il faudra d'abord que j'aie accès au rapport de l'arbitre mais ce ne sera pas simple ". D'autant moins qu'il y a quelques mois, après une nouvelle comparution de Kéré, Abbas Bayat avait traité les juges de racistes. Il avait lancé que le joueur aurait été moins lourdement sanctionné s'il n'avait pas été noir. " Je ne l'ai toujours pas digéré ", reconnaît l'avocat. " En plus, l'Union Belge avait suivi ma plaidoirie plutôt que celle du procureur, donc nous pouvions nous estimer très satisfaits du verdict. Je n'ai toujours pas compris comment Abbas Bayat pouvait ramener les choses sur le terrain du racisme ". Deprez voit même plus loin que le comportement de la direction : " Il y a un climat général à changer. J'adore Jacky Mathijssen mais il en fait un peu trop vis-à-vis des arbitres. Ses gesticulations ne rapportent rien. Je le lui ai souvent dit. Il me répond que c'est son obligation professionnelle d'établir un contact visuel avec l'arbitre dès les premières minutes d'un match. Il se sent rassuré s'il y a ce contact. Mais ce n'est pas une bonne chose pour l'équipe ". PIERRE DANVOYE