Jan Verheyen, le père de Gert, l'a fait avec le Beerschot (1971) et Anderlecht (1972). Johan Coninx l'a refait avec Beveren (1978) et le Beerschot (1979). Ce sont les deux seuls joueurs de l'histoire de notre football à avoir gagné deux Coupes de Belgique consécutives avec deux clubs différents. Un troisième homme pourrait les rejoindre ce week-end et ainsi pénétrer dans la légende : Frédéric Dupré. Il était dans l'équipe de Zulte Waregem qui a battu Mouscron, au stade Roi Baudouin, en 2006. Et il se prépare à affronter le Club Bruges avec le Standard.
...

Jan Verheyen, le père de Gert, l'a fait avec le Beerschot (1971) et Anderlecht (1972). Johan Coninx l'a refait avec Beveren (1978) et le Beerschot (1979). Ce sont les deux seuls joueurs de l'histoire de notre football à avoir gagné deux Coupes de Belgique consécutives avec deux clubs différents. Un troisième homme pourrait les rejoindre ce week-end et ainsi pénétrer dans la légende : Frédéric Dupré. Il était dans l'équipe de Zulte Waregem qui a battu Mouscron, au stade Roi Baudouin, en 2006. Et il se prépare à affronter le Club Bruges avec le Standard. Dupré (28 ans), c'est une gueule ! Un look ! Des tatouages à gauche, à droite et au milieu. Un brillant à chaque oreille. Un piercing sur la langue. Et un passé plus que tumultueux dont il ne veut plus trop parler mais qu'il ne renie pas : discothèques, cafés, bagarres, drogue,... Frédéric Dupré : J'aime bien, c'est tout. Je trouve ça beau. Cela m'a pris vers 17 ou 18 ans. Je me suis entre-temps assagi ; je ne suis pas sûr que je repasserai encore chez le tatoueur, mais je ne regrette rien. Sur le ventre, j'ai le prénom de mon fils : Gano. Sur un bras, mon signe dans l'astrologie chinoise : la chèvre. Sur l'autre bras, trois signes chinois : le respect, la fraternité et l'espoir. Sur le haut du torse, un truc privé que je ne veux pas détailler. Dans le dos, un soleil qui illustre mon caractère toujours optimiste. Et sur une jambe, un £il qui voit tout. Jamais. Un vestiaire de foot, c'est évolué, ça vit avec la mentalité d'aujourd'hui. Il y a 20 ans, les tatoués passaient pour des bêtes rares. Aujourd'hui, c'est accepté, intégré. Vous n'imaginez pas le nombre de tatoués qu'il y a dans le noyau du Standard : Eric Deflandre, Sergio Conceiçao, Olivier Renard, Aragon Espinoza, Felipe Soares, Dante Bonfim, Karel Geraerts. Je ne suis donc pas le seul vilain coco au niveau du look. Pour moi, c'est Olivier Renard : il s'est fait tatouer sa date de naissance en chiffres romains sur le haut du bras. Très joli ! Ça n'a rien à voir. J'ai toujours été très bien dans ma peau, j'ai toujours su qui j'étais, ne vous en faites surtout pas pour moi. (Il rigole). Pas de problème. J'assume mon passé, il est de toute façon trop tard pour changer les choses. Je regrette certains trucs que j'ai faits, mais d'un autre côté, je me suis bien amusé aussi. Pendant plusieurs années, j'ai plus pensé à la fête et aux amis qu'à mon métier. Si je n'avais pas fait toutes ces bêtises, je serais sûrement allé plus loin dans le foot. Je n'aurais pas dû attendre 27 ans pour me retrouver dans un club du niveau du Standard. A 18 ans, j'étais dans le noyau pro de La Gantoise. J'avais toutes les cartes en mains pour réussir. Mais j'ai commencé à faire toutes mes conneries. J'aurais percé si j'avais été sérieux, mais j'ai été con entre 18 et 23 ans, et donc je n'ai pas percé. Je n'en veux à personne. Si ma carrière n'a pas démarré à ce moment-là, j'étais le seul coupable. C'est long mais c'est comme ça. Tout ce qu'un sportif pro ne peut pas faire. Les sorties et tout ça... C'est du passé, je ne veux plus revenir là-dessus. J'ai donné tout le détail dans une interview, il y a plusieurs années. Cela avait choqué beaucoup de monde. J'ai entre-temps décidé de ne plus me confier sur cette période trouble de ma vie. Etre confronté une fois à son passé, ce n'est pas un drame. Mais quand ça revient continuellement sur le tapis, c'est lourd. Certainement. La Gantoise, c'est une bonne partie de ma vie. J'y ai passé près de 10 ans. Ce club m'a formé. Il m'a lancé en première division. Mes amis et mes supporters sont là-bas. Pour moi, cela aurait été un match très, très spécial. Mais bon, ce sera Bruges et il faut bien avouer que ce sera une très belle affiche. Non. Aujourd'hui, le club de mon c£ur, c'est le Standard. Ici, c'est l'ambiance, le feu. C'est un vrai bonheur de jouer dans une atmosphère pareille. Quand on rate complètement son départ puis qu'on laisse encore filer de bêtes points, on ne peut plus rêver du titre. A partir du moment où nous avions loupé nos premiers matches, nous avions l'obligation de ne plus nous planter. Nous devions pour ainsi dire tout gagner. Mais c'était impossible, évidemment. En mars, nous avons cru que tout redevenait possible, le week-end où Anderlecht a fait un nul contre Zulte Waregem pendant que Genk se faisait exploser à Mons. Nous sommes subitement revenus à 5 points de Genk et à 4 d'Anderlecht. Mais c'était en quelque sorte notre chant du cygne. Nous avons laissé une énergie terrible dans cette course poursuite. Physiquement, nous étions au top. Mais psychologiquement, toute l'équipe a accusé le coup. Nous avons senti une grosse pression envahir le vestiaire. C'est comme cela que j'explique nos couacs à domicile contre Beveren et le Germinal Beerschot. Notre chance était passée. Normalement, on ne revient jamais dans le parcours quand on se prend une dizaine de points dans la vue lors des cinq premiers matches. Nous y sommes parvenus mais il était sans doute utopique de penser que nous irions au bout de notre effort. Par contre, je suis sûr que nous nous serions battus jusqu'au bout pour le titre si nous n'avions pas raté notre départ. Demandez à Conceiçao ou à Rapaic si le championnat de Belgique est facile à vivre. Leur réponse va vous surprendre. Ils ont joué au Portugal, en Italie, en Turquie, mais ils disent que c'est dur au Standard. Les supporters et la direction nous mettent sans arrêt la pression. On nous demande de tout gagner : à domicile, en déplacement, quel que soit l'adversaire. Il faut être très fort pour répondre à l'attente. Je n'en sais rien, le Standard est la première grande équipe de ma carrière. Je ne peux donc juger que ce que je connais et je répète que ce n'est pas simple quand on monte sur un terrain avec le maillot du Standard. Avant d'être surpris, je suis extrêmement heureux. Il faut se souvenir d'où je viens. Un an avant de signer ici, j'étais encore en D2 avec Zulte Waregem. Je ne jouais pas en début de saison, c'était normal car la charge d'entraînement n'avait rien à voir avec ce que je connaissais l'année dernière. A Zulte Waregem, je m'entraînais le soir. Ici, c'était deux fois par jour et à un rythme complètement différent. J'ai fini par entrer dans l'équipe, au back gauche parce que la place à droite était prise, et je me suis imposé. Il y a eu quelques matches où je n'ai pas été bon mais je ne m'en faisais pas, je considérais que c'était tout à fait logique pour mes débuts dans une équipe du top. Je vois que j'ai progressé énormément depuis l'été dernier. Et la saison prochaine, je serai encore un autre joueur. Michel Preud'homme m'a appris des trucs défensifs dont je n'avais même jamais entendu parler. Et quand on travaille chaque jour avec Conceiçao et Rapaic, on se fait un sacré bagage. J'étais réaliste, tout mon corps était dans le rouge. Mais j'ai dit à l'époque que le jour où j'entrerais dans l'équipe, je n'en sortirais plus. Je suis entré contre Zulte Waregem et j'ai tenu parole : personne n'a su me voler ma place. Ce n'est pas parce qu'il m'avait fait venir que j'avais la garantie de jouer dès qu'il a remplacé Johan Boskamp, hein ! S'il m'a fait confiance comme titulaire, c'est parce que j'ai su lui prouver à l'entraînement et en match que j'avais le niveau. Je préférerais jouer à droite, c'est sûr. Avant de venir ici, j'avais toujours évolué à droite ou dans l'axe, jamais à gauche. Mais il y avait une place à prendre et je ne me suis pas fait prier. J'ai parfois du mal sur les actions offensives car le fait d'être sur mon mauvais pied est fort pénalisant, mais au niveau du placement, ça ne change rien par rapport au métier de back droit. Oh... Je ne sais pas. Preud'homme m'a essayé une fois à gauche, ça a marché, alors il n'y avait plus de raison de changer. Quand votre expérience marche, vous ne vous posez pas de questions, vous la renouvelez. Ça aurait peut-être fonctionné aussi bien si Deflandre avait été testé à gauche, et moi à droite. Je ne suis pas le seul arrière bon dans son club mais qui ne joue jamais avec les Diables. Il y a aussi Hans Cornelis et Olivier Deschacht, par exemple. Je me console en me disant que j'ai déjà été plus d'une fois dans la présélection. C'est vrai. Il y a peu de clubs dont le public aime ce genre de geste. Ici, on sait apprécier une action défensive, on ne s'enthousiasme pas que sur les petits ponts et les buts. Il suffit parfois d'un beau tacle pour les rendre complètement fous ! Je ne sais pas. Peut-être bien. J'essaye d'être un emmerdeur et de jouer le plus possible avec ma tête, de réfléchir aux réactions des arbitres. Penser en continu aux conséquences possibles de ses gestes, c'est ça aussi, être un bon footballeur. (Il rigole). Quand je suis arrivé au tout premier entraînement du Standard, nous nous sommes retrouvés face à face dans le vestiaire. Il m'a pointé du doigt, m'a montré sa cheville et m'a dit : -It's you... J'ai déjà gagné ma finale, avec Zulte Waregem contre Mouscron. Mais c'est vrai que ce match face à Bruges aura encore une autre saveur. Sans vouloir dire du mal de mon ancienne équipe ou de l'Excel, il faut bien avouer que c'est autre chose, que l'affiche sera autrement plus prestigieuse. Alors, oui, je considère que ce sera le plus grand moment de ma carrière. Je vois un Standard motivé comme jamais... Oh... Il y a peut-être des joueurs de Bruges qui ont quelque chose à lui prouver, d'autres qui voudront se montrer aux scouts, mais bon... Nous ne devons pas nous abaisser à des raisonnements pareils. Je ne sais pas si nous allons le gagner, c'est vous qui le dites. (Il rigole). Si on regarde le classement, oui. Mais c'est samedi soir qu'on saura qui est le meilleur, après au moins une heure et demie de lutte. Que voulez-vous avoir comme autres certitudes avant une finale de Coupe ? C'est toujours un match tellement particulier. Je vous répète que dans ce club, la pression est perceptible entre août et mai... Il n'y a jamais de temps mort. La différence, c'est que nous nous sommes retrouvés avec 10 points dans la vue en championnat alors qu'au coup d'envoi de la finale, les compteurs seront remis à zéro. Je me doutais qu'il ne devait pas y en avoir beaucoup. Et j'y pense, oui. Ce serait fantastique. J'ai déjà une petite coupe sur une armoire à la maison, elle ne demande qu'à avoir une petite s£ur... Je ne sais pas. L'année dernière, nous étions hyper favoris après avoir fait un championnat inespéré et éliminé le Standard et Bruges. Nous n'avons pas craqué en finale. Je ne pense pas que ce sera plus compliqué avec le Standard face au Club. Ce sera plus médiatisé, le stade sera beaucoup mieux garni, mais pour le reste, on peut comparer les deux contextes. Une finale avant la lettre, c'est sûr. Mais on ne peut pas sous-estimer le Club, qui a éliminé une bonne équipe de Gand. Les Brugeois méritent aussi ce qui leur arrive. Non. Le Standard a aussi disputé l'UEFA. Malheureusement, nous sommes tombés contre le Celta Vigo aux tours préliminaires. Zulte Waregem a hérité aussi d'un adversaire de ce pays dans les poules : l'Espanyol Barcelone. Mes anciens coéquipiers ont vu ce soir-là que c'était d'un autre niveau. C'était tout à fait prévisible. L'année passée, partout où nous allions, on voyait des adversaires qui n'avaient qu'une idée en tête : nous apprendre à jouer, nous faire la leçon. Tout le monde nous snobait, on ne nous prenait pas au sérieux. Mais quand vous terminez sixième pour votre découverte de la D1 et que vous gagnez en plus la Coupe, les regards changent. Si Roulers avait été aussi brillant que Zulte Waregem pour ses débuts en D1, il n'aurait pas réussi ce qu'il vient de réussir cette saison. Je me sens à l'étranger, tellement les différences sont frappantes entre les Flamands et les Wallons. Quand je m'installe sur une terrasse à Liège par beau temps, j'ai l'impression d'être en Italie ou dans le sud de la France. Les gens sont bien plus calmes, plus sociables. C'était vrai. Il ne fallait pas le prendre mal. Je sortais à peine de la D2 et je me retrouvais dans un vestiaire avec Deflandre, Conceiçao et Rapaic. Mettez-vous à ma place, ça faisait un sacré changement, hein ! par pierre danvoye - photos : reporters/mossiat