Il s'appelle Jann-Fiete Arp. À l'âge de 5 ans, il est déjà dans les tribunes du HSV. Il a déjà ce club dans les gènes. La genèse prend encore plus de consistance quand, à 10 ans, il y signe sa première carte d'affiliation. Le phénomène est dans la place. Et, très vite, il en prend beaucoup. Lors d'une rencontre de U12, il plante 16 buts en un match. Hors-normes. Mais bon, on en a connu des petits prodiges qui marquent des tonnes de buts avant de se voir écrasés par le poids de leur passé. Pour finir par rentrer dans la norme. Faute de repère, d'une base familiale assez solide pour éloigner les prédateurs qui pourrissent par les mots et les promesses intéressées les plus belles destinées. Pas lui. La tribu veille.
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Il s'appelle Jann-Fiete Arp. À l'âge de 5 ans, il est déjà dans les tribunes du HSV. Il a déjà ce club dans les gènes. La genèse prend encore plus de consistance quand, à 10 ans, il y signe sa première carte d'affiliation. Le phénomène est dans la place. Et, très vite, il en prend beaucoup. Lors d'une rencontre de U12, il plante 16 buts en un match. Hors-normes. Mais bon, on en a connu des petits prodiges qui marquent des tonnes de buts avant de se voir écrasés par le poids de leur passé. Pour finir par rentrer dans la norme. Faute de repère, d'une base familiale assez solide pour éloigner les prédateurs qui pourrissent par les mots et les promesses intéressées les plus belles destinées. Pas lui. La tribu veille. La brindille prend de l'écorce tout en prenant de la hauteur. À 17 ans, il mesure déjà 1,87 m. La saison dernière avec les U17, il plante 26 buts en 21 matches. Là, ça devient plus concret. Tellement qu'il garde le niveau avec l'équipe nationale allemande des U17. 18 buts en 19 sélections. Énorme. En mai dernier, lors du championnat d'Europe U17, il en remet des couches. 7 buts en quatre matches, dont deux triplés. Le premier, contre la Bosnie, il le plante en...13 minutes. Le téléphone chauffe. Le Bayern, le Real Madrid, tout le top 6 anglais le veut. Chelsea fait la plus belle offre. Que fait-il ? Il rempile à Hambourg. " Ce serait ridicule que j'aille gâcher trop tôt mon plaisir de jouer pour le HSV. C'est mon club. Je suis tellement fier d'y jouer depuis mes 10 ans ". Waouw. Belle maturité ! Et la fidélité récompensée. Il part en tournée à Dubaï avec le noyau A. L'inexorable arrive le 30 septembre dernier. Il monte au jeu contre le Werder Brême. Pour une minute seulement. 60 secondes pour un moment d'éternité. Il est le premier joueur né dans ce siècle à participer à une rencontre de Bundesliga. Ça s'est joué à 6 jours près. Il est né le 6 janvier 2000. Le match suivant, il entre encore au jeu et rentre un peu plus dans l'histoire de son club. À 17 ans 9 mois et 22 jours, il devient le plus jeune buteur de l'histoire du HSV. Six jours plus tard, il fête sa première titularisation. Comment ? En marquant encore. Le HSV gagne enfin après plus de deux mois de disette. Il a ce petit truc inexplicable qui fait qu'il sent l'espace. Qui fait qu'il donne à sa grande carcasse une souplesse et une vitesse rare. Une pointe de vitesse accompagnée d'une technique en mouvement impressionnante. Et là, on parle d'exception. La technique à l'arrêt, c'est à la portée de beaucoup. Exécuter les mêmes gestes en mouvement, c'est la marque des grands. Contre Schalke 04, la beauté du foot l'a placé dans la zone d'un certain Naldo. 35 ans. Plus du double de son âge. Naldo a fait parler le vécu sur la durée du match mais sur quelques fulgurances du gamin, papy n'a rien pu faire. Trop rapide et déjà trop malin. Pas de but pour Baby Arp mais une confirmation. " Il a ce petit truc en plus ", comme l'avouera le Brésilien après le match. Ce petit plus qu'il tire peut-être de son idole. Pas Ronaldo, ni Messi mais bien Harry Kane. Il a dévoré des yeux et des neurones les matches de l'attaquant des Spurs. Le plus épatant, c'est que ça se voit dans son jeu. Cette même aisance de faire évidence l'art du démarquage. Dans une zone où les espaces n'existent pratiquement pas. Celle où les attaquants doivent s'exprimer. Il a ce don de se donner les moyens d'exister. D'exprimer son talent. Rare. À même pas 18 ans. Cela dit, avec des exceptions de son genre, l'âge n'existe pas. Après son match contre Brême, ses seuls mots furent : " Je dois encore beaucoup m'améliorer. Mon pied gauche, mon jeu de tête. J'ai encore tellement de choses à apprendre ". Apprends mon petit Jann. Pendant ce temps-là, nous, on prend déjà les paris que dans 17 ans 9 mois et 22 jours, on sera fier de pouvoir dire : " Ce gars-là, on l'a vu débuter et on a su immédiatement qu'on n'avait pas fini d'en parler ". Par Frédéric Waseige