" En 1967, le Club Bruges fait une fameuse trouvaille à Göteborg : Kurt Axelsson. J'ai croisé pas mal de stoppeurs au cours de ma carrière de joueur et celui-là détenait de gros atouts. Devant le gardien de but Fernand Boone, le Suédois formait un duo défensif central de haut vol avec Erwin Vandendaele. Le Viking mettait plus la gomme que l'élégant Erwin, qui s'exprimait toujours finement sur le terrain. A cette époque, le Club Bruges était composé d'une ban...

" En 1967, le Club Bruges fait une fameuse trouvaille à Göteborg : Kurt Axelsson. J'ai croisé pas mal de stoppeurs au cours de ma carrière de joueur et celui-là détenait de gros atouts. Devant le gardien de but Fernand Boone, le Suédois formait un duo défensif central de haut vol avec Erwin Vandendaele. Le Viking mettait plus la gomme que l'élégant Erwin, qui s'exprimait toujours finement sur le terrain. A cette époque, le Club Bruges était composé d'une bande de castards qui savaient faire la fête. Et j'en connais qui éclusaient ferme. Mais Bruges était comme cela aussi sur le terrain ; et quand cette équipe décidait de faire sauter les bouchons, ce n'était pas rien. On dit qu'Axelsson s'adapta tout de suite à cette atmosphère de la Venise du Nord. Il avait passé une jeunesse difficile et solitaire dans le milieu des bûcherons du Grand Nord et le football fut sa bouffée d'oxygène. Populaire et élégant, il n'était jamais en panne de succès féminins mais son métier passait avant tout. Doté d'une bonne vista et d'un tacle en parfait acier suédois, Axelsson était exigeant et organisait parfaitement sa défense. A cette époque-là, les Suédois étaient encore des amateurs. Un transfert en Belgique constituait une magnifique récompense et une promotion sociale pour eux. J'ai connu Tom Nordahl et Inge Ejderstedt à Anderlecht et plus tard, j'ai coaché le merveilleux Pär Zetterberg à Charleroi : les Suédois sont des sportifs exemplaires. Je ne suis pas du tout étonné quand on me dit qu'Axelsson fut le premier véritable pro du Club Bruges. En 1968, il remporta la Coupe contre le Beerschot. Après le temps réglementaire, les finalistes eurent droit à deux séances de tirs au but. Axelsson rata son premier essai et ce gagneur s'effondra en larmes dans le rond central. Après ce 4-4, il y eut une deuxième salve et, requinqué, Axelsson propulsa son ballon dans les filets du gardien anversois : 4-2, la Coupe était brugeoise. En 1973, il ajouta un titre de Champion de Belgique à son palmarès. Puis, il fut victime d'une facture de la jambe et quitta Bruges pour Ostende en 1973. A la côte, il retrouva un entraîneur qui l'appréciait au Klokke, l'ancien stade brugeois : Norberto Höffling. La fin de sa carrière pointait à l'horizon et ce ne fut pas une période facile pour lui avec un long cortège de soucis de boisson et de dépression. Henk Houwaart l'engagea comme T2 à Courtrai et, après, il travailla pour le compte d'un beau-frère ébéniste. Axelsson sortait du trou quand il laissa la vie dans une collision frontale le 15 décembre 1984, à 43 ans. " PIERRE BILIC