Mardi passé était un grand jour pour Mbo Mpenza. Pour la première fois depuis son retour à Mouscron, il a pu s'entraîner sur le terrain annexe du Canonnier. Pas encore avec le groupe, mais cet entraînement individuel avec ballon constituait un premier pas dans la bonne direction.
...

Mardi passé était un grand jour pour Mbo Mpenza. Pour la première fois depuis son retour à Mouscron, il a pu s'entraîner sur le terrain annexe du Canonnier. Pas encore avec le groupe, mais cet entraînement individuel avec ballon constituait un premier pas dans la bonne direction."Je souffre de la cheville depuis quatre mois", explique-t-il. "Au Portugal, on pensait que c'était une entorse chronique et on ne s'était pas trop inquiété. En Turquie, on n'a pas davantage décelé la nature exacte du mal. Comme la douleur ne disparaissait pas, il y a un mois et demi, j'ai consulté le kiné Willy Hostens à Dottignies. Il a diagnostiqué une tendinite des péronés latéraux. J'ai enfin pu être soigné de façon adéquate. Depuis lors, je me rends tous les matins à Anvers où j'effectue des exercices sous la direction de Lieven Maesschalk: une heure de vélo, un peu de stretching, trois quarts d'heure de step, une demi-heure de course sur trampoline avec des accélérations d'une minute, puis des courses -vers l'avant ou vers l'arrière- sur un tapis de chute,... et enfin des exercices pour renforcer la cheville. Parfois, je me rends aussi à Berchem, pour courir dans le sable. J'espère pouvoir recommencer les entraînements collectifs en janvier. Je m'accorderai cinq jours de congé au Portugal, du 25 au 30 décembre, et le stage à Marbella déterminera si je serai apte à reprendre la compétition dès la reprise". Le retour de l'aîné des frangins fait visiblement plaisir à beaucoup de monde dans la Cité des Hurlus. L'accueil chaleureux qu'il reçoit de toutes les personnes qu'il croise en témoigne.Pensiez-vous revenir au Canonnier lorsque vous l'avez quitté pour le Standard en 1997?Mbo Mpenza: Pas aussi vite, en tout cas... Certains en déduiront que je dresse aujourd'hui un constat d'échec après les quatre années passées au Standard, au Sporting du Portugal et à Galatasaray. Pourtant, si c'était à refaire, je referais tout, exactement de la même façon. Sportivement, il y a eu des hauts et des bas. J'ai touché le fond en Turquie, où je suis resté deux mois sans jouer et sans être payé. On a coutume d'affirmer qu'à quelque chose, malheur est bon. C'est le cas, puisque si j'avais été payé, je serais resté à Istanbul et je n'aurais pas pu me faire soigner convenablement. J'espère désormais pouvoir repartir de l'avant en étant en pleine possession de mes moyens. En 96-97, Emile et vous faisiez feu de tout bois à la pointe de l'attaque des Hurlus de Georges Leekens. Vous étiez indissociables, mais d'aucuns prétendaient déjà que votre frère cadet avait davantage de qualités. Cela s'est confirmé depuis lors: Emile a décollé alors que vous êtes revenu à la case départ.C'est une façon de voir les choses. Pourtant, je considère que ce retour à Mouscron est davantage un pas en avant qu'un pas en arrière. J'aurais pu demeurer dans un club étranger, en étant grassement payé mais en me morfondant sur le banc et en n'étant pas bien dans ma tête. Trois clubs anglais de Premier League étaient intéressés par mes services. Mais, d'une part: qui aurait pu me garantir que je jouerais régulièrement? Et, d'autre part: connaissant la propension qu'ont les Anglais à tackler, ce n'était sans doute pas l'idéal pour ma cheville. Je sais également que, pour s'imposer en Premier League, il faut être plus fort qu'un Anglais. Je n'en avais pas la certitude et je n'ai pas voulu prendre le risque. Je suis revenu à Mouscron parce que c'est ce club qui m'a révélé. Disons que j'ai reculé pour mieux sauter. A 25 ans, je ne suis pas en fin de carrière. Dans trois ans, il sera toujours temps, éventuellement, de reconsidérer ma position."Je gagne plus à Mouscron qu'au Standard"Luciano D'Onofrio est votre manager. N'aurait-il pas préféré vous voir au Standard?Il s'occupe de moi, mais il n'y a aucun contrat entre nous, sinon un contrat de confiance. D'Onofrio est le genre de personnage que l'on adore ou que l'on déteste. Moi, je l'apprécie énormément. Il m'a conseillé de choisir le club où je me sentirais le mieux. C'était Mouscron. Le Standard est l'autre club de mon coeur, mais a-t-il réellement besoin de moi actuellement? A quoi cela aurait-il servi de retourner à Sclessin pour être le cinquième ou le sixième attaquant? Si je suis revenu en Belgique, c'est pour relancer ma carrière. Mouscron veut grandir, moi aussi. Cela tombe bien. Sportivement, je veux retrouver mon niveau d'antan. En outre, je ne le cache pas: financièrement, l'offre de l'Excelsior était supérieure à celle du Standard.Parce qu'il y avait ce fameux procès auquel vous allez désormais échapper?Pas uniquement. Mouscron a fourni un très gros effort financier... et pourtant, je gagnerai quatre fois moins que ce que j'avais à l'étranger. Des compromis ont été trouvés. Parmi ceux-ci, il y a le retrait de la plainte. Mais ce ne fut pas le facteur décisif à mes yeux."Sans procès, psychologiquement, c'est mieux..."Avez-vous été perturbé par ce procès?Ce n'est jamais agréable, c'est sûr. Lorsque nous sommes partis au Standard, Emile et moi, le club et Me Misson nous avaient affirmés qu'il n'y aurait aucun problème, parce que vis-à-vis de la fédération, nous étions droits dans nos bottes. Cela s'est avéré exact. Le problème, c'est qu'un contrat de travail avait été signé et cela s'est retourné contre nous. C'est désormais de l'histoire ancienne. Psychologiquement, c'est bien d'avoir ce procès hors des pattes.Que retiendrez-vous des deux ans et demi passés au Standard?J'en ai conservé de bons souvenirs. Mon seul regret, c'est que le club ne soit pas parvenu à arracher un billet pour une coupe européenne. C'était la période turbulente du Standard. En deux ans et demi, j'ai travaillé sous la direction de cinq entraîneurs: Aad de Mos, Daniel Boccar, Luka Peruzovic, Tomislav Ivic et Zeljko Mijac. Il y a eu beaucoup de blessures également et je n'ai pas été épargné. Les supporters du Standard sont fantastiques: ils ont toujours été derrière leur équipe. A l'époque, ils exerçaient une certaine pression. Ils n'hésitaient pas à manifester leur désapprobation. Mais je n'ai jamais été victime de leur courroux.Il y a tout juste deux ans, à la Noël 1999, vous avez quitté le Standard pour le Sporting du Portugal, pratiquement en même temps qu'Emile qui prenait la direction de Schalke 04.Financièrement et sportivement, c'était un pas en avant. Mes six premiers mois à Lisbonne furent très bons. Les six suivants ne furent pas mauvais non plus. Mais, à partir du moment où le Sporting a pu acquérir gratuitement les services de Sa Pinto, un international portugais, je savais que je n'aurais plus guère voix au chapitre. A partir de ce moment-là, j'ai seulement pu jouer lorsqu'il était blessé."Pas évident de jouer non payé"L'arrivée de Jardel au Sporting du Portugal a ouvert une porte pour Galatasaray.Trois joueurs sont intervenus dans la transaction: Robert Spehar, le Tchèque Horvath et moi-même. On ne m'a pas obligé à partir, on m'a demandé mon avis. A mes yeux, c'était un nouveau pas en avant. Je ne jouais plus au Sporting et j'avais l'opportunité d'évoluer dans un club qui participait à la Ligue des Champions. Lorsque j'étais parti à Lisbonne, les dirigeants portugais avaient affirmé qu'ils me voulaient pour remporter le titre et ils m'avaient offert un bon contrat. Toutes les promesses ont été respectées. A Istanbul, on m'a tenu le même discours. Rien n'a été respecté. Les dirigeants ont prétendu qu'ils allaient recevoir de l'argent de la FIFA et allaient pouvoir apurer toutes leurs dettes. Je les ai cru. Ce fut mon tort. J'ai eu la chance d'avoir intégré une clause dans mon contrat, stipulant que je pourrais partir gratuitement si je n'étais pas payé pendant deux mois. Nous n'étions que deux dans ce cas. Horvath pourra partir à la fin du mois s'il n'a toujours pas été payé. Spehar, lui, est actuellement en procès.Que retiendrez-vous du football turc?Peu de choses, puisque je n'ai joué aucun match de championnat. Au départ, l'entraîneur voulait me voir évoluer en match amical. Spehar et Horvath ont été repris, moi pas. Mircea Lucescu a été honnête avec moi: il m'a avoué qu'il n'y avait pas de place pour moi à la pointe de l'attaque et m'a demandé s'il ne pouvait pas m'utiliser à une autre place. Je lui ai répondu qu'en équipe nationale, j'avais déjà évolué comme flanc droit. Cela lui convenait très bien, car Galatasaray venait de vendre Umit à l'AC Milan. Malheureusement, j'ai été blessé et la clause libératoire qui figurait dans mon contrat n'a rien arrangé. C'était presque comme si l'on me reprochait de vouloir manquer de fidélité au club. Dans les journaux, on me traitait comme un joueur du noyau C.Y a-t-il encore en vous une corde qui vibre lorsque vous voyez Galatasaray mener 0-2 au Nou Camp en Ligue des Champions?Je me dis que, ce jour-là, j'aurais pu me trouver sur le terrain. D'autant que, footballistiquement, le Sporting du Portugal est supérieur à Galatasaray. Est-ce réellement Mircea Lucescu qui ne croyait pas en moi? Je me pose la question. Je discutais souvent avec lui et j'avais l'impression qu'il avait une certaine estime pour moi. Au sein du groupe, je n'avais aucun problème non plus. L'ambiance était fantastique. Pourtant, ce n'est pas évident de continuer à jouer sans être payé."Quel nouveau stade magnifique!"Comment êtes-vous entré en contact avec Mouscron?Un peu par hasard. Je discutais de tout et de rien avec un ami, et je lui ai parlé de mes malheurs, en précisant que, selon moi, je serais libre un mois plus tard. Il en a sans doute glissé un mot au président. Pendant un mois, je n'ai plus eu de nouvelles. Puis, Jean-Pierre Detremmerie m'a expliqué qu'il voulait bien me reprendre à condition que je sois libre.En revenant, vous avez dû être surpris par les changements intervenus à Mouscron?Pas vraiment, car je les avais déjà observés. Jean-Pierre Detremmerie m'avait fait visiter le stade précédemment. Il est magnifique. Je ne vois pas d'autre club de D1 en Belgique qui dispose de telles infrastructures.Si les infrastructures se sont améliorées, l'équipe, en revanche, a décliné.C'est vrai. Mais la construction d'une équipe performante constitue sans doute l'étape suivante. Le club a déjà fourni un gros effort en conservant Jonathan Blondel. La ferveur populaire reviendra également. Lorsque l'équipe rejouera les premiers rôles, le Canonnier s'enflammera de nouveau.Vous n'avez pas été déçu en voyant évoluer vos futurs partenaires depuis la tribune?Si, comme tout le monde. J'ai décelé les symptômes caractéristiques d'une équipe de bas de classement. La confiance a disparu. Certains joueurs n'osent plus prendre leurs responsabilités comme autrefois. Pourtant, il y a de la qualité dans le groupe. Des joueurs comme Gordan Vidovic, Steve Dugardein et Olivier Besengez, pour ne citer que ceux avec lesquels j'ai encore évolué, ne peuvent pas avoir perdu toutes leurs capacités. Mais je viens de débarquer, je suis mal placé pour établir un diagnostic plus précis de l'état de santé de l'Excelsior."Je suis plus fort qu'avant"Le système de jeu a changé également. Le 4-4-2 d'Hugo Broos est totalement différent du style de Georges Leekens. Et, surtout, les accélérations qui faisaient la force de l'Excelsior autrefois semblent avoir disparu.Jonathan Blondel est capable de produire ces accélérations. Soyons patients avec lui, il n'a jamais que 17 ans.Comment Hugo Broos compte-t-il vous utiliser?La saison prochaine, je jouerai comme deuxième attaquant. Pour cette saison, j'ignore encore quel sera mon rôle. L'équipe s'est déjà formée et il faudra voir en fonction des besoins. C'est à moi à me fondre dans l'équipe et pas l'inverse. Certaines personnes pensent que, puisque je suis revenu, toute l'équipe sera réorganisée autour de moi. C'est faux.Les gens attendent beaucoup de vous.C'est clair. De mon côté, j'attends beaucoup d'eux également. Mais une hirondelle ne fait pas le printemps. Ma seule présence ne va pas tout révolutionner.Vous sentez-vous capable d'apporter un plus directement?Je n'ai plus joué depuis quatre mois. Il faudra forcément que je retrouve le rythme. Cela ne durera pas des mois. J'espère pouvoir jouer le plus souvent possible, et au besoin, m'aligner avec l'équipe réserve pour avoir des matches dans les jambes. Sans pour autant forcer: il faut éviter que je me reblesse. Je ferai le maximum. Je travaille déjà d'arrache-pied. Je suis déjà à pied d'oeuvre à 8 heures du matin. Le temps d'une pause à midi, et je suis reparti jusqu'à 4 ou 5 heures de l'après-midi. Certains rigoleront en affirmant que, eux aussi, ils travaillent tous les jours de 8 à 17 heures. Mais pour un footballeur, ce n'est pas habituel.Etes-vous toujours le même joueur qu'il y a quatre ans?J'ai progressé techniquement au contact du football portugais. Je suis toujours aussi rapide. Musculairement, je suis plus costaud. J'ai gagné en expérience et en maturité. Je joue plus intelligemment. Bref, je suis devenu plus fort. Daniel Devos