Andreas Beck, le nouveau transfuge des Pandas, ne connaît pas encore très bien la route qui doit le conduire à Eupen, mais il a bien l'intention de s'établir dans la région avec sa famille. Chez les germanophones, on apprécie l'initiative. Ce joueur, les gens avaient l'habitude de le voir au Sportschau, à la télévision allemande. Désormais, ils pourront l'applaudir en direct au Kehrweg.
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Andreas Beck, le nouveau transfuge des Pandas, ne connaît pas encore très bien la route qui doit le conduire à Eupen, mais il a bien l'intention de s'établir dans la région avec sa famille. Chez les germanophones, on apprécie l'initiative. Ce joueur, les gens avaient l'habitude de le voir au Sportschau, à la télévision allemande. Désormais, ils pourront l'applaudir en direct au Kehrweg. À 32 ans, Beck a quasiment déjà tout vécu durant sa carrière : il a fêté des titres en Allemagne et en Turquie, a joué avec son équipe nationale. Il a même vécu une relégation, lorsqu'il est revenu de Turquie pour retourner dans le club où il a débuté comme jeune professionnel. Avec Mario Gomez et le médian Christian Gentner, il avait même retrouvé quelques anciens équipiers de la période de ses débuts. Gomez, avec qui Beck a aussi joué à Besiktas, reste pour l'instant à Stuttgart. " Je lui ai dit que, s'il avait envie de m'accompagner en Belgique, il n'avait qu'à me téléphoner ( il rit). " Avec Beck, Eupen a engagé un professionnel consciencieux, qui n'est pas venu en Belgique pour se la couler douce, et qui a répondu à toutes nos questions, même les plus embarrassantes. Vous êtes né à Kemerovo, en Sibérie. Comment votre famille s'est-elle retrouvée là ? ANDREAS BECK : Cela remonte à l'époque de l'impératrice Catherine II de Russie, surnommée La Grande Catherine. Elle était d'origine allemande et des paysans allemands se sont établis en Russie. Il y a plusieurs siècles, donc. Kemerovo, dans la région de Novosibirsk, était à l'origine un village allemand, à côté duquel un gigantesque camp de travail a été érigé après la Deuxième Guerre mondiale, et qui est devenu une grande ville industrielle. Après la chute du Mur en 1989, mes parents ont voulu profiter de l'occasion de revenir en Allemagne. Ils étaient encore jeunes, aux alentours de la vingtaine d'années, lorsqu'ils sont partis accompagnés de leurs deux enfants - mon frère de six ans, et moi - avec deux valises à la main. C'est ainsi que nous sommes arrivés en Allemagne. Je peux donc parfaitement me projeter dans la situation de nouveaux arrivants qui débarquent dans un pays dont ils ne connaissent pas grand-chose. Au début, nous parlions encore le russe à la maison. Ma mère était Russe, née en Sibérie, et mon père était encore très peu allemand, lui aussi. Mais, dès le premier jour, mes parents ont toujours essayé de parler l'allemand avec nous, même si ce n'était pas facile pour eux. Ils avaient compris que c'était indispensable pour prendre un nouveau départ. Du coup, je comprends encore très bien le russe, même si je le parle peu. Mes parents n'ont pas eu la vie facile : en journée ils avaient leur premier boulot, et le soir ils allaient suivre des cours du soir en allemand. Simultanément, ils veillaient à notre éducation. Cela m'a appris à apprendre le plus rapidement possible la langue, lorsque je m'installe dans un autre pays. Cela facilite l'intégration. J'ai essayé d'inculquer ce principe aux jeunes footballeurs étrangers qui débarquaient en Allemagne : apprenez le plus rapidement possible l'allemand, car j'ai pu me rendre compte, au gré de mes diverses expériences, à quel point c'est important. Faites un effort, cela vous facilitera la vie et l'intégration, et vous gagnerez aussi le respect. Vous ne devez pas renier vos origines, mais vous devez vous adapter.La Russie n'a-t-elle jamais essayé de vous incorporer dans son équipe nationale ? BECK : Si, bien sûr. Il y a eu des contacts, mais j'étais déjà repris dans les sélections allemandes de jeunes depuis les U15 et j'étais en équipe nationale depuis les U18. J'ai débuté avec la Mannschaft à 22 ans. Tout s'est fait très naturellement, et je me sentais bien dans les équipes de jeunes et en Allemagne. Que seriez-vous devenu si vos parents n'avaient pas émigré en Allemagne ? BECK : Je me le suis déjà demandé, moi aussi. J'aurais sans doute commencé à jouer au football, là-bas, comme je l'ai fait en Allemagne. J'ai toujours suivi l'exemple de mon frère aîné, qui a trois ans de plus que moi. Ce qu'il faisait, je le faisais aussi. Il a joué au football, donc j'ai aussi joué au football. J'ai ainsi suivi ma voie, depuis les U15, jusqu'au titre de champion d'Europe des U21, sous la houlette de Horst Hrubesch. Qui a aussi joué en Belgique, au Standard pour être précis. BECK : ( Surpris) Je l'ignorais. Chez les U15 et les U16, j'ai eu du mal avec sa façon de faire, mais avec les U21 cela allait beaucoup mieux, parce que nous étions déjà plus adultes et que nous étions plus habitués à ses méthodes. Hrubesch savait parfaitement ce qu'il attendait de chaque joueur, et il nous le faisait comprendre très clairement. Il a réussi à former, à partir d'une somme de talents individuels, un véritable groupe, qui avait les idées fixées sur l'objectif commun : le titre de champion d'Europe. Et cet objectif, nous l'avons atteint. La leçon que j'en ai tirée, c'est qu'on peut avoir autant de talent qu'on veut, c'est toujours collectivement qu'on remporte des trophées. Après les succès, on peut parler de beau jeu et de reconnaissance individuelle. Pas l'inverse. Si l'on place le talent individuel et le beau jeu avant le succès, on a un problème. Même si nous pouvions compter, aussi, sur une génération très talentueuse, avec Sami Khedira, Mesut Özil, Jerome Boateng, Manuel Neuer, Mats Hummels, Marko Marin. Vous avez effectué vos débuts en Bundesliga avec le VfB Stuttgart, club avec lequel vous fêterez un titre de champion d'Allemagne un an plus tard. Dans l'effectif de cette saison-là, on dénombrait un certain nombre de jeunes talents qui allaient faire parler d'eux, plus tard. Khedira, entre autres. BECK : Il était déjà grand et fort en classes d'âge et s'est adapté très facilement. Moi, j'ai quand même eu besoin de quatre ans. Je ne suis devenu véritablement titulaire en Bundesliga que lors de mon passage à Hoffenheim, à 21 ans. À ce moment-là, j'avais déjà tout vécu avec Stuttgart : un titre de champion, la Ligue des Champions, l'Europa League. Des expériences fantastiques, sauf que je n'étais que 14e homme. Avec le recul, je peux cependant considérer que ces expériences m'ont été utiles pour devenir un footballeur adulte, même si, en tant que jeune joueur fréquemment remplacé, on a du mal à l'admettre. Ce n'est qu'à Hoffenheim que j'ai dépassé les 30 matches de Bundesliga par saison. Pourtant, cela peut paraître étrange, de quitter une équipe avec laquelle vous avez remporté le titre et joué en Coupe d'Europe, pour un néo-promu qui débarque dans l'inconnu et qui, à l'époque, attirait très peu de monde. BECK : Pour moi, c'était un pas en avant, étant donné que je pouvais devenir titulaire. Ce qui m'intéressait, c'était le projet sportif qui m'a été présenté, une tout autre manière de jouer au football. Ralf Ragnick nous a apporté une manière de jouer qui allait faire fureur plus tard, avec Jürgen Klopp, en Allemagne et en Europe : un pressing haut, se battre pour le deuxième ballon, les reconversions rapides, la verticalité. Vous avez été sélectionné à neuf reprises. Qu'avez-vous appris de cette expérience, et aurait-elle pu être plus fructueuse encore ? BECK : J'ai débarqué dans une équipe où jouaient encore Michael Ballack, Bastian Schweinsteiger, Thorsten Fink. Mon concurrent à droite était à l'époque Philipp Lahm. Qui sait quelle carrière j'aurais eu si j'avais réussi à l'évincer de l'équipe ( il rit). Je dis cela pour plaisanter, évidemment. Vous avez failli participer au Mondial 2010 ? BECK : En effet, j'ai été le dernier à sauter de la sélection. J'étais un arrière droit typique et je n'étais donc pas aussi polyvalent que d'autres garçons. J'aurais peut-être reçu une seconde chance si l'Allemagne n'avait pas connu autant de succès. Mais, subitement, le succès a été au rendez-vous, on a donc joué la carte de la continuité. Et, chaque année, quelques nouveaux jeunes talents ont rejoint le groupe. Après avoir loupé la Coupe du monde, je n'ai plus été appelé qu'une seule fois, un an après. Mais j'ai dû déclarer forfait. Nous devions jouer un double barrage pour le maintien, contre Kaiserslautern. Si nous nous étions sauvés au terme de la phase classique de la saison, je compterais au moins une sélection de plus. Mais, juste après la Coupe du Monde, je suis devenu le nouveau capitaine de Hoffenheim. Être capitaine en Bundesliga à 23 ans, ce n'est pas évident. C'est une lourde responsabilité, mais j'ai considéré cela comme un nouveau défi à relever. Comment avez-vous débarqué à Besiktas en 2015 ? BECK : Le club essayait de redevenir champion pour la première fois depuis dix ans et jouait en Coupe d'Europe. J'ai vécu deux belles années là-bas, avec deux titres à la clef. J'ai joué l'Europa League une saison, la Ligue des Champions l'autre saison, et j'ai revu le sélectionneur national dans la tribune en train de me visionner. Mais sur le plan humain également, ce fut une expérience formidable. J'ai suivi des cours de turc pendant deux ans, pour gagner le respect. Lorsqu'on vit dans un pays dont on ne comprend ni ne parle la langue, on est quand même handicapé socialement. Dans un club de format européen comme celui-là, on peut se débrouiller en anglais, mais les collaborateurs du club avec lesquels on est quotidiennement en contact, les supporters et les gens dans la rue, sont d'origine plus modeste. On gagne leur respect en discutant avec eux dans leur langue. Étiez-vous à l'aise dans un tel chaudron ? BECK : Istanbul est une ville de 18 millions d'habitants, c'est un quart de l'Allemagne. Le football est une religion dans ce pays, encore bien plus qu'en Allemagne. Et lorsqu'on a la chance d'être champion à deux reprises, comme ce fut mon cas, la vie est tout de même beaucoup plus agréable que lorsque les résultats ne suivent pas. Et pourtant, vous avez quitté Besiktas en pleine gloire, pour retourner dans votre ancien club, Stuttgart, qui venait de remonter de deuxième division. Pour quelle raison ? BECK : J'étais charmé par l'idée de retourner dans mon ancien club, qui venait de remonter, à 30 ans. Même si je savais que j'avais plus à perdre qu'à gagner, et que je courrais souvent derrière le ballon. La proposition m'est parvenue le dernier jour du mercato, j'avais joué tous les matches de préparation avec Besiktas. Mais la vie m'a appris que, lorsqu'une occasion se présente, il faut la saisir. Même si, à ce moment-là, on ne sait pas si cela va bien ou mal tourner. Dan ce cas-là, on fonce. On sort de sa zone de confort, on se lance un nouveau défi. Comme Vincent Kompany à Anderlecht. C'est une belle histoire, quand même ? Sur le plan sportif, ce ne fut pas à proprement parler un succès. La deuxième saison, vous avez même été relégué. BECK : Ce n'était plus le même VfB Stuttgart que durant ma jeunesse. Il n'y avait aucune stabilité au sein de la direction, ni dans la prestation. Pourtant, au début, cela s'est plutôt bien passé, avec une septième place. Si Francfort n'avait pas remporté la Coupe d'Allemagne au détriment du Bayern, nous aurions même été européens. Personne ne s'attendait à une mauvaise saison l'an passé, on nous voyait même décrocher un ticket européen. Mais, c'est ça aussi, la Bundesliga : tout le monde peut battre tout le monde. De là à descendre, il y a une marge... BECK : Lorsqu'on ne compte que deux points après cinq journées, on sait qu'on va devoir lutter contre la relégation, mais personne n'a voulu se rendre à l'évidence : on avait encore les places européennes en tête. Lorsqu'on doit lutter contre la relégation en Allemagne, c'est très dur, je m'en étais déjà rendu compte avec Hoffenheim. Nous avons eu trois entraîneurs et deux directeurs sportifs en une saison, cela dit tout. Cela a débouché sur un double barrage pour le maintien contre l'Union Berlin, un club de deuxième division qui s'est finalement imposé. Mais vous n'y avez pas participé. BECK : Après le dernier changement d'entraîneur, je suis redevenu capitaine et je suis monté dans l'entrejeu. À trois journées de la fin, je me suis blessé au ménisque et après une opération, j'ai assisté aux derniers matches depuis la tribune. Je ne peux rejouer que depuis peu de temps. Désormais, vous ne jouerez plus devant 50.000 spectateurs, comme à Stuttgart, mais devant 3.000 spectateurs, l'assistance habituelle de l'AS Eupen. Sacré dépaysement. BECK : Mon frère, qui est aussi mon agent, sait qu'il peut me contacter lorsqu'une proposition concrète lui parvient. J'avais le choix entre une nouvelle aventure en D1 turque, un passage dans un club traditionnel en Allemagne... ou une expérience en Belgique. Mon instinct m'a rapidement dit de choisir Eupen : un nouveau pays, une nouvelle culture footballistique, un championnat et une approche que je ne connaissais pas encore. En plus, je débarque dans un club où l'on ne me propose pas seulement un rôle comme joueur, mais aussi un rôle d'accompagnateur des jeunes, que j'avais déjà rempli à Hoffenheim et ces dernières années à Stuttgart. Eupen n'a pas seulement acheté le footballeur, mais aussi l'homme Andreas Beck. Encore une citation d'un ancien international allemand : Pour un joueur, un stade c'est comme un miroir : lorsqu'on joue dans un stade plein, cela donne des ailes ; lorsqu'on joue dans un stade vide, on est en proie au doute : sommes-nous assez bons ? BECK : Cette citation est de moi, probablement ( il rit) ? Durant ma carrière, j'ai appris à ne pas toujours viser plus haut, plus vite et mieux, mais à découvrir aussi le revers de la médaille. Je n'ai pas besoin de vivre chaque année la même ambiance qu'à Besiktas, où nous étions accueillis par plusieurs milliers de fans avec des feux de Bengale à l'aéroport et où l'on ne pouvait jamais se balader tranquillement en rue, ou qu'à Stuttgart, où l'on jouait toujours devant 50.000 ou 60.000 spectateurs. Pendant sept ans, j'ai aussi vécu une très belle période à Hoffenheim. Nous avons construit quelque chose sur le plan sportif, avec de jeunes joueurs inconnus, qui vivaient tranquillement à Heidelberg. Après Stuttgart et Besiktas, je n'aurais pas pu m'imaginer jouer à Eupen. Mais avec cette expérience à Hoffenheim, oui.