Il n'a que 28 ans. Un gamin quand on assume un rôle de conseiller sportif dans un club de l'élite. Sa jeunesse est souvent explosive. Comme ce fut le cas quand les Zèbres contestèrent l'arbitrage de Paul Allaerts contre le Lierse.
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Il n'a que 28 ans. Un gamin quand on assume un rôle de conseiller sportif dans un club de l'élite. Sa jeunesse est souvent explosive. Comme ce fut le cas quand les Zèbres contestèrent l'arbitrage de Paul Allaerts contre le Lierse. Mogi Bayat a parfois poussé une gueulante sous les catacombes du vaisseau noir et blanc carolo, notamment quand des supporters s'en prirent à son oncle via le site Internet des Carolos. Il avait même contré des attaques en donnant son avis aux habitués du forum. "Je vis le football avec mes tripes", dit-il. "C'est une passion. Je ne supporte pas qu'on critique deux personnes qui me sont chères: mon père et son frère, Abbas Bayat. Je ne connais pas d'homme plus généreux qu'Abbas Bayat. Je veux bien en prendre plein la gueule mais j'exige qu'on le respecte. Le forum de notre site était devenu un véritable bordel, c'était inadmissible". Mogi Bayat fait référence aux propos racistes qui inondèrent les échanges entre internautes et aux attaques à l'égard du président. Fougueux, Mogi Bayat régla ses comptes sur le site. Ce fut l'incendie et Abbas Bayat lui reprocha même d'être intervenu dans ce débat avant de supprimer d'un trait ce forum carolo explosif."Abbas Bayat est un homme honnête et d'une droiture exemplaire", avance Mogi Bayat "Il a toujours atteint ses objectifs. C'est un battant et un gagnant. Je me suis énervé quand on n'a pas apprécié ses efforts mais, bon, en général, je me maîtrise mieux qu'avant. Quand je me fâche, il est préférable que je fasse un petit tour, le temps de réfléchir avant de donner mon avis".Proche des joueursMogi Bayat sourit du haut de sa jeunesse. Etre le neveu du président, est-ce un avantage ou un inconvénient? C'est en tout cas un problème quand on désire être proche des joueurs. Ces derniers pourraient se méfier de l'influence qu'il possède forcément après de l'homme qui tranche en dernier lieu au Sporting du Pays de Charleroi. Ce n'est pas le cas. Il a la cote, son enthousiasme et son côté pile électrique plaisent à pas mal de footballeurs zébrés. C'est un homme pressé. Avant, il ne venait au club que le lundi. Maintenant, Mogi Bayat débarque plusieurs fois par semaine chez les Zèbres. Il connaît les moindres détails de la vie de tous les jours, s'y entretient avec tout le monde, des ouvriers à la nounou du groupe, Dina Dalmut, en passant par les joueurs, Pierre-Yves Hendrikx, Dante Brogno, Jean-Jacques Cloquet, Raymond Mommens, etc. "Quand je ne suis pas là, il y a le téléphone, le courrier électronique, le gsm", rappelle-t-il. Ses deux portables ne cessent de sonner. Coups de fil de Cannes, SMS qui lui annonce une nouvelle en provenance du club de football de Lille. "L'actionnaire principal du LOSC, Luc Dayan, qui a relancé ce club, est un ami", avance-t-il. "Chaudfontaine est un des sponsors du club de la métropole nordiste. Je connais bien le football français". Mogi est arrivé à Charleroi dans le sillage de son oncle. Il se heurta vite à Enzo Scifo et à LucienGallinella. Et on peut, même avec le recul, comprendre l'agacement de la précédente direction sportive. Mogi n'est pas du style à se taire. Quand il a un avis, cela s'entend. Mais, en matière de football, quelles étaient ses lettres de noblesse par rapport à celles d'Enzo Scifo? Aucune, il faut être clair. "Oui, je sais, mais j'apprends vite", dit-il. "Je me réjouissais de côtoyer celui qui, selon moi, est le plus grand et le plus célèbre joueur belge. A l'étranger, c'est d'abord son nom qu'on cite en parlant du football d'ici. Son entourage ne m'a finalement pas permis de travailler en étroite collaboration avec lui et Charleroi a perdu beaucoup du temps dans cette affaire. Je n'avais pas de problèmes avec Enzo mais bien avec Lucien Galinella. Les Zèbres ont raté de gros coups sur le marché français parce que je n'avais pas les coudées franches. J'avais déjà constitué des réseaux et je voulais donner mes tuyaux à la direction sportive de Charleroi. Le refus fut net de la part d'Enzo Scifo et de ses collaborateurs. Chacun a évidemment le droit d'avoir ses méthodes de travail. Je ne le conteste pas. Ils pensaient que je ne pouvais rien leur apporter. A l'époque, j'étais sur la piste de Kaba Diawara. Il pouvait venir pour rien à Charleroi. On ne m'a pas écouté mais, un an plus tard, il casse la baraque à Nice. Je pouvais aiguiller FrédéricPiquionne, de Rennes, vers les Zèbres. Il se cherchait à Nîmes. Il a éclaté en Bretagne, pas à Charleroi. Je peux aussi citer le cas de Sébastien Michalowski qui de Lille serait venu à Charleroi. On n'en voulait pas et il a trouvé sa voie à Montpellier". Pas un agent de joueurs Mogi deviendra-t-il le Luciano D'Onofrio carolo? Absent de l'organigramme mais utilisant ses relations au service du club? Cette ambition se lit dans ses yeux. Il tient à préciser au plus vite: "Je ne suis pas un agent de joueurs. Mais je connais le milieu et le club de mon oncle doit profiter de mes connections. Quand je choisis un joueur, ce n'est jamais le fruit du hasard. Au moment où Charleroi engagea Branko Milovanovic, je savais déjà que ce serait un terrible échec. Certains avaient l'impression que c'était un bon joueur. Il suffisait de consulter ses statistiques et les sites Internet de ses clubs. Milo n'avait presque pas joué en Yougoslavie, en Espagne ou en Grèce. Il y avait donc un problème. A l'époque, j'avais déjà proposé Laurent Macquet mais je n'ai pas été entendu. Or, Milo a coûté cher et Laurent est venu pour rien. Quand on voit ce que Lolo apporte actuellement à notre équipe, c'est significatif". Mogi Bayat est arrivé en France en 1979 après avoir quitté l'Iran avec son père, son oncle et une tante. Il fréquenta les équipes de jeunes de l'AS Cannes, en tant que demi droit offensif, jusqu'à l'âge de 14 ans. Puis, ses études commerciales et industrielles prirent le dessus sur le sport. Son père lui avait donné l'habitude d'aller au stade, de suivre le championnat de D1, la Coupe de France et d'assister à des rencontres de Coupe du Monde. "J'étais très souvent à l'AS Cannes et à l'OGC Nice", raconte-t-il. "Je suivais mes copains et, petit à petit, j'ai croisé de plus en plus de dirigeants, de managers ou de sponsors. Guy Lacombe et Safet Susic me connaissaient bien. Je discutais souvent avec eux. J'apprends vite. Je m'intéressais à leurs idées tactiques et techniques mais aussi aux mécanismes de fonctionnement des clubs. Je l'ai fait tout en devenant directeur du marketing de Chaudfontaine France et des exportations du groupe. Puis, la société de mon oncle est devenue un partenaire économique de Lille, Nice et Cannes". Sur sa lancée, Chaudfontaine mise de plus en plus sur le football et s'engage à Charleroi. Sans le savoir, Mogi est animé par la rage de se réaliser dans un milieu où il n'a pas pu s'imposer balle au pied. En étant terriblement présent à Charleroi, le neveu du président affirme son importance. Aucune décision sportive ne se prend sans lui, même s'il dit: "C'est un travail d'équipe. Raymond Mommens, le responsable du scouting, et Dante Brogno, suivent souvent des joueurs que je leur recommande. Ainsi, nous allons mettre sous contrat un des grands espoirs du football français". Son optimisme peut être aussi rayonnant qu'il le désire, Charleroi n'a pas eu autant de sueurs froides sous la direction d'Enzo Scifo. La saison passée, les Zèbres ne durent pas tirer le diable par la queue en fin de championnat. Et sans l'effondrement financier de Malines et de Lommel, ce serait la panique garantie sur facture pour Spirou et ses amis.C'était un chantier"Je ne crois pas que Charleroi ait besoin des problèmes d'autrui pour retrouver un coin de ciel bleu", certifie Mogi Bayat. "Les Zèbres s'en seraient sortis de toute façon car il y a de plus en plus de qualité de jeu depuis janvier. Plus personne ne nous écrase. Mais nous avons payé, avec retard, les pots cassés de la précédente gestion sportive. Le classement n'est pas nécessairement la photographie des potentialités d'un effectif. A l'entame de la saison, Charleroi s'est retrouvé avec un chantier sur les bras. Tout était à refaire. Etienne Delangre a relevé le défi. Il aurait pu réussir. Je maintiens qu'il n'a jamais eu de chance et le groupe a finalement cédé sous la pression". Cela veut aussi dire par l'absurde qu'Etienne Delangre a hérité d'un noyau trop faible. La famille Bayat ne s'était-elle pas trompée dans l'analyse des potentialités du groupeavant de le confier au coach liégeois? Etienne Delangre n'a-t-il pas payé l'addition pour ces erreurs de stratégie et de jugement sportif? Dante Brogno a été plus ferme qu'Etienne Delangre dans son désir d'obtenir des renforts. Quatre nouveaux sont venus de novembre à janvier: cela fait le tiers d'un onze de base car Bertrand Laquait, Mustapha Sama, Laurent Macquet et Lisasi Boeka-Lisasi ne sont pas des touristes. "Je les ai choisis avec le plus grand soin", certifie Mogi Bayat. "Mais il n'en demeure pas moins que le groupe du début de saison avait assez de qualités pour éviter de porter la lanterne rouge. Les Zèbres ont été plongés dans une spirale négative et Etienne Delangre n'a pas pu les sortir de ce mauvais pas. Dès lors, il était logique de procéder à un changement de chef sportif". En grande difficulté, Abbas Bayat retourna la situation à son profit en confiant les clés du vestiaire à Dante Brogno qui lui apporta le soutien des supporters, de la Ville, des forces vives de la région. Abbas Bayat fit d'une pierre deux coups car Dante Brogno était encore sous contrat et s'ennuyait dans la cellule commerciale. Un beau coup tactique. Mogi Bayat en profita aussi afin d'avancer ses pions sur l'échiquier carolo.Après la défenestration d'Etienne Delangre, son influence devint de plus en plus nette. En début de saison, il avait transféré IbrahimKargbo et AlexandreKolotilko mais son oncle dirigeait tout. Mogi a-t-il patiemment attendu la chute d'Etienne Delangre avant d'avoir une véritable influence dans le club, que ce soit auprès de son oncle ou dans le staff technique? Probablement. Cela prouve en tout cas que l'homme sait où il va. Mogi Bayat ne veut pas de titre mais est le véritable manager sportif du club. Il s'est d'autant plus adroitement positionné après le départ d'Etienne Delangre que "ses" premiers joueurs offraient des perspectives. Puis, il visa aussi dans le mille avec Boeka Lisasi, Bertrand Laquait, Laurent Macquet et Mustapha Sama. Ces réussites lui permettent d'être exigeant et d'agir vite. Avant, des renforts passaient parfois des semaines à l'hôtel. Mogi Bayat insiste pour que le club leur déniche désormais une maison ou un appartement en quelques jours. Il a avancé mais ne parle pas de soi: "Tout cela, c'est le résultat d'un travail d'équipe. La saison prochaine, Charleroi sera performant. J'en suis sûr. Mais il a fallu du temps pour qu'une autre philosophie soit de mise dans ce club. L'époque a changé. L'âge d'or n'est plus de mise. Ce club a largement vécu au-dessus de ses moyens. Il n'est plus question d'être aussi généreux si on veut assurer la pérennité de ce club". Abbas Bayat devrait avancer plus d'un million d'euros afin de résoudre les derniers problèmes afin d'obtenir la licence. Il reste le chef et la percée de son neveu l'arrange, lui permettra d'avoir son périscope sur place, afin d'éventuellement suivre les affaires à distance. Charleroi recrutera à coup sûr en France où les joueurs en fin de contrat sont légion.Ce sera l'oeuvre de Mogi Bayat mais, malin comme un renard du désert, il ajoute tout de suite: "Notre club détient aussi de futurs cracks issus de ses équipes de jeunes. Je ne connais pas de flanc droit aussidoué que Grégory Dufer. Il a repris un envol qui le mènera loin. Thibaut Detal a tout pour devenir un des meilleurs médians défensifs de D1. Stéphane Ghislain deviendra un grand arrière central. Je n'oublie pas Lokembo qui détient assez de talent pour s'imposer sur le côté gauche de la défense". Le petit homme stressé tire les fils. Ses deux portables n'arrêtent pas de sauter sur la table. Nice, Lille, un appel en iranien. Quand il répond, le ton est toujours ferme et les réponses très brèves. Time is money. Pierre BilicAprès les départs de Scifo et Delangre, l'influence de Mogi Bayat devint de plus en plus nette