Jeans élégamment troué et chemise bariolée : sur le plan vestimentaire, John van den Brom, le nouveau T1 du RSCA, se distingue déjà du costume-cravate de son prédécesseur, Ariel Jacobs. Et, sur le terrain, il n'en va pas autrement. Fini le système à deux pare-chocs devant la défense cher au Diegemois et place à un seul récupérateur. " Le football attrayant est, à la longue, toujours payant ".
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Jeans élégamment troué et chemise bariolée : sur le plan vestimentaire, John van den Brom, le nouveau T1 du RSCA, se distingue déjà du costume-cravate de son prédécesseur, Ariel Jacobs. Et, sur le terrain, il n'en va pas autrement. Fini le système à deux pare-chocs devant la défense cher au Diegemois et place à un seul récupérateur. " Le football attrayant est, à la longue, toujours payant ". John van den Brom : L'équipe est parée devant mais à l'étroit derrière. L'idéal, c'est une double occupation pour chaque poste. Mais on n'y arrive pas ( voir l'analyse page 43) C'est pourquoi l'arrivée d'un nouveau stoppeur ne serait pas du luxe. Il ne constitue pas une alternative. Le Congolais est un véritable n°6 mais non un 4 ou un 5. Il entre en concurrence avec les deux Lucas, Biglia et Marecek, à cette place où il a toujours évolué, mais manque de points de repère à l'arrière. Quant aux jeunes, Bruno Godeau, Bryan Verboom et Jonathan Vervoort, il est beaucoup trop tôt pour les lancer. Leur progression doit se faire de manière harmonieuse, comme avec Jordan Lukaku la saison passée. Mais ils ont des qualités, c'est sûr. Sans quoi ils n'auraient pas intégré le noyau A. Tous ceux qui entraient en ligne de compte pour une place dans l'effectif ont eu l'opportunité de montrer leur savoir-faire. Je n'ai jamais d'idées préconçues. A l'exception des joueurs vus à l'£uvre sur des DVD des play-offs, il m'est resté tout à découvrir des autres. Les uns ont saisi leur chance, d'autres se sont faits recaler. Peut-être certains noms étonnent-ils. Ils sont tantôt affaire de qualité, tantôt de disponibilité. Car il ne sert à rien d'avoir quatre mêmes profils pour une seule et même fonction. Une première et une deuxième garnitures, voire une troisième, passe encore. Mais plus, c'est superflu. Ces garçons auraient dû compter sur un fameux concours de circonstances pour se distinguer. Autant trancher dans le vif le plus tôt possible, afin qu'ils puissent savoir aussi à quoi s'en tenir. Ce qui m'a immédiatement interpellé, c'est la richesse offensive. Car peu de formations ont le bonheur de s'appuyer sur 4 ou 5 attaquants qui tous, sans exception, ont le sens du but. Et Dieumerci Mbokani, Matias Suarez, Milan Jovanovic et Guillaume Gillet présentent ce profil. Sans compter un Ronald Vargas, absent à l'époque, mais qui m'a impressionné avant sa blessure au coude. Sur les DVD, j'ai remarqué que leurs partenaires éprouvent souvent des difficultés à les alerter. Les goals sont quasi toujours la résultante d'actions individuelles plutôt que de mouvements soigneusement élaborés. Et quand l'acheminement des ballons pose problème, quelques-uns ont trop tendance, aussi, à s'en remettre à Silvio Proto pour balancer un long service à suivre. Celui-ci a une bonne passe dans les pieds, certes. Mais il ne doit pas être le principal relanceur de l'équipe. Je veux une construction plus méthodique, avec des hommes qui font circuler le cuir plutôt que de le porter. Quel a été le problème de la Hollande à l'EURO ? Elle n'a jamais été capable de mettre sur orbite le trio Wesley Sneijder, Robin van Persie et Arjen Robben, ou même Klaas-Jan Huntelaar, parce qu'elle a joué avec deux contrôleurs, Nigel de Jong et Mark van Bommel au lieu d'un seul. Dès lors, un élément créatif lui a fait défaut pour approvisionner les trois hommes devant. A Anderlecht, j'ai des attaquants de valeur aussi. C'est pourquoi, afin d'exploiter pleinement leurs qualités, je préfère m'en tenir à un seul élément à vocation défensive dans l'entrejeu, épaulé par deux milieux offensifs. Par la force des choses, et en fonction des joueurs valides, ces trois hommes sont, pour l'heure, Lucas Biglia, Dennis Praet et Kanu. Je ne dis pas que je n'opérerai jamais avec un triangle médian reposant sur sa base au lieu de sa pointe. Mais, pour y parvenir, je préfère faire coulisser l'un des deux autres au côté de l'Argentin plutôt que de faire appel à un Bedi, ou un Sacha Kljestan comme renfort. Et je pense que Kanu et Praet ont cette capacité. Le Brésilien est réellement le prototype du joueur all-round, capable de remplir n'importe quelle mission dans l'entrejeu, offensive ou défensive. Et le jeune Belge est modulable lui aussi, même s'il est naturellement porté vers l'avant. Pour l'instant, non. Il est le régisseur de l'équipe et le restera jusqu'à ce qu'un autre prouve qu'il est meilleur que lui. Comment pourrait-il en être autrement ? Il a tout et est promis à un bel avenir. Pour ce faire, il doit jouer. Il en a la possibilité actuellement, vu l'indisponibilité de certains. A lui de la saisir à pleines mains. Biglia est évidemment un joueur extrêmement précieux. Il a la faculté de faire toujours un bon usage du ballon, même quand il est pressé par l'opposant. Ceux qui entrent en concurrence avec lui n'ont pas la même facilité. Mais il y a d'autres points d'appui, qui peuvent parfaitement faire l'affaire aussi. Je songe à un gars comme Guillaume Gillet, par exemple, indépendamment de Kanu, déjà cité. Comme courroie de transmission, il est très utile aussi. Je pars du principe, en tout cas, qu'il y a tellement de bons techniciens au Sporting qu'un ballon ne doit jamais être dégagé à l'aveuglette. A l'entraînement, on travaille d'ailleurs en ce sens. J'ai conservé ce côté joueur mais en restant au-dessus de la mêlée, malgré tout. Avec mes principes. Je n'ai encore jamais mis un joueur à l'amende, par exemple. A quoi sert-il de pénaliser de 50 euros un joueur qui gagne royalement sa vie ? Je préfère le dialogue. C'est ma propre inclination qui veut ça, sans doute. Joueur, j'avais une sainte horreur de courir pour le plaisir de courir. Mais dès qu'il y avait un ballon en jeu je me dépensais sans compter. Et je n'étais pas le seul à me comporter ainsi. J'ai retenu cette leçon. Aujourd'hui, au lieu de faire sprinter 15 fois mes ouailles entre 2 cônes situés à 10 ou 15 mètres de distance, je fais en sorte qu'arrivés en bout de course, ils fassent une passe ou tirent au but. C'est plus gratifiant. Et plus on touche le ballon, plus on l'apprivoise. C'est valable pour les défenseurs comme pour les attaquants. On peut apprendre à sortir un ballon. C'est une question de maîtrise individuelle et de vitesse d'exécution. D'après ce que j'ai vu sur DVD, Anderlecht met trop de temps à construire. Le rôle de Biglia n'a pas toujours été très clair : est-il un point d'appui, un box-to-box, un n°10 ? Je l'ai découvert sous tous ces aspects. S'il s'en tient à une pure mission de relayeur, j'ai un point d'ancrage formidable devant la défense. Mais si le même joueur veut jouer 20 mètres plus haut et tirer tous les coups francs et les corners, j'ai un problème. Biglia ne doit pas être le bon à tout faire. Il doit être bon dans son meilleur rôle. Au même titre que tous les autres. C'est pourquoi, avec les mêmes joueurs, je pense qu'il y a moyen de faire mieux par rapport à l'année passée. J'ai eu le bonheur de débuter ma carrière de coach chez les U21 de l'Ajax avant de diriger des valeurs confirmées à l'ADO La Haye ainsi qu'à Vitesse Arnhem. Je sais m'y prendre avec ces deux pôles. On a toujours soutenu aux Pays-Bas que j'étais un people manager. J'aime me mêler au groupe. J'aspire aussi à en tirer la quintessence, aussi bien dans son approche collective qu'individuelle. A l'ADO La Haye, le 4-3-3 a porté ses fruits. A Vitesse, c'est le 4-4-2 qui nous a permis d'être européens. J'ai pas mal expérimenté en peu de temps, non sans succès. Aux dires des dirigeants anderlechtois, c'est ce qui a fait pencher la balance en ma faveur. Avec, en prime, un certain feeling pour l'éclosion des jeunes. L'Ajax y parvient. Et n'affirme-t-on pas qu'Anderlecht est l'Ajax belge ? Sortir l'un ou l'autre jeune par an, c'est faisable. Jordan Lukaku et Dennis Praet ont déjà tâté du haut niveau. Dans leur foulée, certains les imiteront. Hormis ceux que j'ai mentionnés pour la défense, il y a Massimo Bruno, par exemple. C'est un nom à retenir. Il y aura du temps de jeu pour les jeunots. La formule de la compétition, avec les play-offs, ramène une défaite à la perte d'1,5 point au lieu de 3. Dans la phase classique, cela autorise plus facilement un roulement lorsque le score est quasi acquis. Sans compter que les premiers tours en Coupe peuvent permettre aussi à des éléments moins sollicités de se distinguer. Mais il ne faut pas brûler les étapes non plus. L'essentiel, c'est de convaincre les meilleurs jeunes qu'ils ont un avenir au Parc Astrid, au lieu de les voir partir tôt sous d'autres cieux. Un Clarence Seedorf a fait une carrière extraordinaire. Mais le premier club pro qu'il a servi est celui qui l'a formé, l'Ajax. Il faut que les jeunes du RSCA s'inspirent de cet exemple. S'ils sont bons, ils partiront de toute façon un jour. A choisir, il est préférable qu'ils s'épanouissent d'abord au Sporting. A qualités égales, je choisirai toujours un jeune. La preuve par la titularisation de Praet alors qu'en l'absence de Suarez et de Vargas, d'autres options, voire des permutations, sont possibles. Je pars du principe que si un espoir progresse à bon escient, la qualité d'ensemble s'améliorera d'office. Avec une valeur confirmée, ce bonus est moins évident, même s'il y a moyen de s'étoffer à tout âge. Un Jova est toujours susceptible de se bonifier, par exemple. S'il maintient un niveau constant d'un bout à l'autre de la saison, il aura fait un pas en avant par rapport à 2011-2012. C'est le défi à relever avec lui dans les mois à venir. Il jouit peut-être avec moi d'une liberté qu'il n'a pas eue. Dans ma conception, il peut man£uvrer à sa guise. A condition d'assurer ses arrières en cas de perte de ballon. Je ne vais pas faire croître son rendement en le brimant, ou en l'obligeant à rester sagement le long de sa ligne. Mais s'il peut bouger ou permuter, il me le rendra au centuple. Je parle d'expérience car j'ai connu autrefois un coach qui n'a cessé d'insister sur mes points faibles. Je montais sur le terrain avec des doutes plein la tête dans ces conditions. Ce n'est pas le propos. Pour bien jouer, il faut être serein. C'est quoi une vedette ? Pour moi, c'est quelqu'un qui confère une dimension supplémentaire à un team. Mais ceux-là ne courent pas les rues. Il y a Lionel Messi, Cristiano Ronaldo. Vous voyez un élément de ce calibre à Anderlecht ? C'est un nom, tout comme Suarez ou Jovanovic sont des noms. Ce sont des bons joueurs mais pas des vedettes. Chez nous, la vedette ne peut être que l'équipe. Un peu à la lumière de l'Espagne, mais à un autre niveau, bien sûr. La Roja, pour moi, c'est une source d'inspiration. La référence. Contrairement à Barcelone ou au Real, il n'y a personne dans cette équipe pour la sublimer. Mais on trouve chez elle 11 noms qui forment un bloc sans faille. Ce que j'aime, dans son expression, c'est ce tourbillon incessant des joueurs. Un chassé-croisé qui n'empêche toutefois jamais, à chaque instant, que toutes les zones du terrain soient constamment occupées. C'est en bloc que tout se fait chez elle et c'est cette même notion que je veux transposer ici. D'accord, les Blues ont privé le Barça d'une finale en Ligue des Champions. Mais c'est l'exception qui confirme la règle. Rejouez ces matches et les Catalans en sortiront vainqueurs 9 fois sur 10. Je ne dis pas que le beau football est gagnant à chaque coup. Mais il est payant à long terme. Chelsea a fait un one-shot avec le football frileux que l'on sait. S'il persévère dans cette voie, il n'arrivera à rien d'autre qu'à faire fuir son public. Je ne relève pas la moindre trace de doute chez les joueurs qui ont été exposés à ces déconvenues. Au contraire, les Wasyl, Biglia, Deschacht et consorts sont animés d'une énorme envie. Ils sont tous déterminés à participer à l'épreuve. La première échéance importante, c'est le mois d'août, au cours duquel nous jouerons notre survie en Ligue des Champions. Elle conditionnera dans une très large mesure la saison. L'objectif suivant, ce sera la reconduction du titre. Avec, à la clé, une participation directe aux poules de la Ligue des Champions, quel que soit le verdict de cette épreuve. Chemin faisant, je serais ravi aussi d'avoir favorisé l'éclosion de l'un ou l'autre élément. Mais la victoire en championnat et l'Europe restent prioritaires. Ces résultats-là priment tout. Si je me borne à former 5 jeunes joueurs cette saison, j'aurai échoué. Même si c'est du jamais vu dans l'histoire du club. Il m'est arrivé, comme coach, de râler après une victoire médiocre et de jubiler après une défaite où mon équipe avait bien joué. Ici, j'espère savourer le plus souvent possible en alliant le résultat et la manière. Si on y met la façon, on tiendra le bon bout en fin de saison. PAR BRUNO GOVERS " Biglia ne doit pas être le bon à tout faire mais s'en tenir à son rôle de 6 "" Je veux convaincre les meilleurs jeunes qu'ils ont un avenir au Sporting "