"On ne veut pas se rater une deuxième fois ! " Ludovic Butelle a les crocs. Il est probablement le meilleur transfert entrant de janvier. Français, gardien de but à Bruges, une grosse présence et une sacrée histoire en montagnes russes. " Ne pas se rater une deuxième fois ", ça veut dire " Ne pas cochonner les play-offs comme la finale de la Coupe a été bâclée ". Entretien.
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"On ne veut pas se rater une deuxième fois ! " Ludovic Butelle a les crocs. Il est probablement le meilleur transfert entrant de janvier. Français, gardien de but à Bruges, une grosse présence et une sacrée histoire en montagnes russes. " Ne pas se rater une deuxième fois ", ça veut dire " Ne pas cochonner les play-offs comme la finale de la Coupe a été bâclée ". Entretien. LUDOVIC BUTELLE : Ben oui... J'ai eu du beau monde dans mes entraîneurs. Albert Cartier qui m'a lancé en Ligue 1 avec Metz alors que je n'avais même pas de contrat pro, Gilbert Gress, Jean Fernandez, Quique Flores qui est maintenant à Watford, Rudi Garcia, Franck Dumas. Et donc Claudio Ranieri à Valence. C'est à lui que Michel Preud'homme me fait le plus penser. Ils ont la même proximité avec leur staff et leurs joueurs, ils savent absolument tout sur la façon de jouer des adversaires, ils sont pointilleux à l'extrême. Et ce sont deux personnes attachantes, très vraies. BUTELLE : Je comprends qu'il ait pu être déçu. Ce qu'il vit... j'ai vécu exactement la même chose à Lille. Je venais d'y passer une saison en prêt, on m'a dit que je pouvais devenir le titulaire attitré, alors j'ai signé. Mais directement, ils ont fait venir Mickaël Landreau. On ne prend pas un gardien pareil pour le mettre sur le banc. Donc, c'est moi qui y suis allé... Je n'ai sans doute pas eu la bonne réaction, je me suis renfermé, j'ai peut-être baissé trop vite les bras, ça m'a valu des petits problèmes. Mais ça fait avancer, ça fait grandir. Après, j'ai fait le bon choix. Je voulais du temps de jeu et j'ai accepté de descendre en Ligue 2. Là, pendant des années, j'ai joué plus d'une trentaine de matches par saison. Il y a des gardiens qui sont prêts à accepter pour longtemps un rôle de doublure. Je ne critique pas, chacun fait son plan de carrière. Pour moi, ce n'était pas envisageable. Au final, je me retrouve numéro 1 dans une équipe du niveau de Bruges, ça veut dire que j'ai bien mené ma barque. BUTELLE : Mais pas du tout ! BUTELLE : Tant pis pour nous, tant mieux pour eux. Je n'ai pas cauchemardé. Je ne vais pas m'enfermer chez moi et fermer mes volets parce que j'ai pris un but de Santini ! La vie continue. Le centre de Matthieu Dossevi était très bien dosé, Santini est arrivé au meilleur moment, en vitesse. C'est comme ça, c'est derrière moi, je ne vais pas commencer à y penser tout le temps et à me faire des films. Des erreurs, j'en ferai encore. BUTELLE : On n'a jamais caché notre objectif, on visait le doublé. On est passés à côté de notre finale, maintenant place aux play-offs. Ça va être compliqué parce qu'il y a d'autres équipes qui veulent la même chose que nous... Ça va donner plein de matches intenses, ça on le sait déjà. Ici, on n'a pas envie de se rater une deuxième fois. On sait qu'on a les qualités pour terminer en tête, on l'a assez montré pendant la phase régulière. Et on sait très bien ce qu'on a foiré dans la finale. On a directement compris, on n'a même pas eu besoin de revoir le match. Maintenant, on sait parfaitement ce qu'il ne faut pas faire si on veut finir champions. Mais je ne vais pas te le dire, ça reste dans notre vestiaire... BUTELLE : Pas du tout. Justement, vu qu'ils avaient raté la qualification pour les play-offs, on se doutait qu'ils allaient rentrer dans ce match à du mille à l'heure. Qu'ils allaient nous mettre plein de pression. Ça ne nous a donc pas étonnés. Et à Bruges, on respecte tout le monde. On a le même respect pour Saint-Trond ou Westerlo que pour Gand ou Anderlecht. On n'a pas la prétention de manquer d'humilité... BUTELLE : C'est comme ça. Tout le monde joue l'attaque, il y a beaucoup de buts, c'est moins fermé qu'en France et l'ambiance dans les stades est sympa. Il y a des stades qui ne sont pas très grands mais c'est toujours plein. C'est aussi pour ça que tu fais le métier. BUTELLE : Jouer à Paris, à Marseille, à Saint-Etienne, c'est très chouette, on ne va pas se mentir. Mais quand tu joues un Angers - Bastia ou un Angers - Guingamp, il n'y a pas nécessairement une ambiance de feu, hein ! BUTELLE : Ce n'est pas le bon mot. On peut dire que je suis un ambianceur, oui, pas une tête brûlée. Dans un vestiaire, je déconne facilement. J'ai toujours été comme ça. Moi, au moins, je suis conscient de faire quelque chose d'exceptionnel. C'est juste magique de se lever le matin en se disant qu'on va s'entraîner, et que le week-end, on va jouer devant 20.000 ou 25.000 personnes. Et qu'on a l'objectif d'être champion, de gagner la Coupe, de se qualifier pour l'Europa League ou même la Ligue des Champions. Moi, ça m'arrive de me mettre dans la peau des gars qui sautent du lit pour aller bosser au supermarché, dans un bureau ou dans un garage. On n'a quand même pas les mêmes contraintes. Alors, je trouve que ce serait malheureux de faire la gueule, de ne pas sourire. BUTELLE : Tout le monde revient là-dessus, c'est normal, ça fait partie de mon personnage, de ma carrière, de mon ADN. Aujourd'hui, j'en rigole. BUTELLE : Il me percute à toute vitesse, je prends ses genoux dans l'abdomen. La suite a été très compliquée. Je me suis quasiment vidé de tout mon sang, une hémorragie canon. On m'a remis un paquet de poches. J'étais alimenté par une sonde, j'ai fait une infection, puis une autre quand on m'a enlevé les agrafes. Au final, j'ai perdu 13 kilos et je vis sans rate. Quand j'ai repris l'exercice, ça a été horrible. On me lançait doucement un ballon, un enfant de trois ans aurait pu l'attraper, moi pas. Je n'avais plus de forces, ça tirait au niveau de la cicatrice et je n'osais pas me contorsionner parce que j'avais l'impression que la cicatrice allait se rouvrir. J'avais un gros blocage psychologique en plus du problème purement physique. Aujourd'hui, je considère que ça a été une expérience de vie, rien de plus. Je vis bien, j'ai retrouvé le haut niveau. Simplement, j'ai encore des petits soucis sur des mouvements anodins. Le plus compliqué, ce sont les rotations du cou. Si je tourne la tête à gauche, puis à droite, puis encore à gauche, encore à droite, j'ai des vertiges. Il paraît que c'est normal : vu qu'il me manque un organe, il y a un vide dans mon abdomen, alors tout se met à bouger... BUTELLE : Drôle d'expérience... On est à l'aéroport de Charleroi, et là, on apprend les attentats de Bruxelles. L'ambiance est terriblement tendue, on ne quitte pas les écrans télé des yeux. On se demande combien de morts il y a, on ne sait pas s'il n'y a pas des bombes qui vont exploser encore ailleurs. Nos proches savent qu'on doit prendre l'avion mais ils ne sont pas nécessairement au courant qu'on décolle de Charleroi, certains croient qu'on est à Zaventem. On reçoit tous des messages. Des femmes de joueurs disent que ce serait mieux de reporter ou même d'annuler le stage, elles voudraient qu'on rentre à Bruges. Dès qu'on atterrit, on rassure tous la famille. J'avais déjà connu le même genre de situation le soir des attentats de Paris, en novembre. Des gens qui ne connaissent pas trop bien la géographie de la France m'avaient contacté pour savoir si ça s'était passé tout près de chez moi, pour savoir si j'allais bien. Une radio espagnole m'avait contacté pour que je témoigne en direct. BUTELLE : Déjà, l'objectif n'était pas de terminer dans les trois premiers. C'était inimaginable pour un club qui montait de Ligue 2. Si Angers va moins bien maintenant, c'est d'abord parce que quelques grosses écuries se sont enfin mises à niveau. Maintenant, c'est clair que je regrette l'ambiance de mon départ. Il n'y a eu aucun souci avec les dirigeants et le coach, ils ont parfaitement compris mon choix. Mais des supporters et d'autres gens en dehors n'ont pas compris. Pour eux, quitter la Ligue 1 pour venir en Belgique, c'était inconcevable. Avec le recul, ils comprennent. Je joue pour le titre, pour aller en Coupe d'Europe. BUTELLE : Pas fait pour moi, je n'irais pas jusque-là. Il y a plusieurs choses qui ont fait que l'Espagne a été un échec. Il y a eu ma grave blessure. Aussi mon prêt à Valladolid. Je ne voulais pas y aller, Valence m'a forcé, ça a été un vrai fiasco. Mes performances et mon comportement n'étaient pas bons, je le reconnais. Mais je n'ai pas toujours été mis dans les bonnes conditions. J'étais jeune, un peu têtu, j'ai peut-être baissé les bras trop vite. Mais ça m'a permis d'ouvrir les yeux sur plein de choses, de relativiser plein de choses. BUTELLE : Oui mais pas pour longtemps. Valence m'a prêté à Alicante pour les play-offs et on est montés en D2. C'était après mon retour de blessure et les dirigeants de Valence voulaient voir si j'étais redevenu compétitif. Ils estimaient que c'était un bon test. Leur but était que je reste à Valence pour succéder, à terme, à Santiago Cañizares. J'aurais très bien pu rester, faire doublure toute ma carrière. Mais ce n'est pas ma mentalité. Je veux prendre du plaisir, et c'est sur le terrain que je peux l'avoir. PAR PIERRE DANVOYE - PHOTOS BELGAIMAGE / CHRISTOPHE KETELS " Moi, ça m'arrive de me mettre dans la peau des gars qui sautent du lit pour aller bosser au supermarché, dans un bureau ou dans un garage. " - LUDOVIC BUTELLE " Je me suis quasiment vidé de tout mon sang, une hémorragie canon. " - LUDOVIC BUTELLE " Je ne vais pas cauchemarder, m'enfermer chez moi et fermer mes volets parce que j'ai pris un but de Santini en finale de la Coupe ! " - LUDOVIC BUTELLE