Julie Van Weehaeghe(28 ans) :" Je connaissais Frank depuis longtemps, je l'avais rencontré lors de soirées à Gand et je trouvais que c'était un chouette gars, mais je n'avais jamais pensé entamer une relation avec lui. Je n'avais pas une image très positive des footballeurs, à l'époque. Je trouvais qu'ils étaient trop superficiels, qu'on ne pouvait pas discuter sérieusement avec eux. Ils ne se soucient que de leur look et ils ont suffisamment de temps libre pour entretenir des relations avec d'autres femmes. Et ce n'est pas un article sur 'les 9 vies de Frank Boeckx' qui était susceptible de me faire changer d'avis. (elle rit)
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Julie Van Weehaeghe(28 ans) :" Je connaissais Frank depuis longtemps, je l'avais rencontré lors de soirées à Gand et je trouvais que c'était un chouette gars, mais je n'avais jamais pensé entamer une relation avec lui. Je n'avais pas une image très positive des footballeurs, à l'époque. Je trouvais qu'ils étaient trop superficiels, qu'on ne pouvait pas discuter sérieusement avec eux. Ils ne se soucient que de leur look et ils ont suffisamment de temps libre pour entretenir des relations avec d'autres femmes. Et ce n'est pas un article sur 'les 9 vies de Frank Boeckx' qui était susceptible de me faire changer d'avis. (elle rit) Mais lorsque je suis devenue célibataire, il a cherché à entrer en contact avec moi via les réseaux sociaux. Je tiens un blog consacré à l'alimentation, intitulé www.hapjesprinces.be, et de temps en temps, je poste des petits plats sur snapchat. Parfois, il réagissait. Un jour, alors que j'avais préparé un pain à la banane, il m'a envoyé un message : " moi aussi, j'ai préparé un pain à la banane ". Et il a ajouté une photo d'un pain couvert d'une banane (elle rit). Cela a duré pendant des mois, jusqu'à ce que je me décide enfin à accepter une invitation de sa part, la énième. Durant un week-end libre, nous sommes allés manger à La Botte à Genk, et il n'a pas fallu longtemps pour que je me rende compte que le courant passait entre nous. J'ai directement senti qu'il était sincère, qu'il avait de bonnes intentions et qu'il avait réellement envie de mieux me connaître. Mais il m'a tout de même fallu un certain temps avant que je ne chasse les préjugés de ma tête. Je continuais à me demander : suis-je faite pour un footballeur ? Mais comme il insistait, j'ai fini par céder. Aujourd'hui, je suis très heureuse de lui avoir donné une chance. Car, six mois plus tard, je ne peux plus me passer de lui. Frank est très chaleureux, adorable et intentionné. Il est tout, sauf superficiel. Je pense que je suis tombée amoureuse de lui parce qu'il me faisait rire. Avec lui, on s'amuse tous les jours. Je trouve que c'est très important dans une relation. Et puis, je ne dois jamais tourner autour du pot. Je peux tout lui dire, et je crois que lui me dit tout également. " " Lorsque nous avons formé un couple, Frank était sur le banc à Anderlecht et rien ne laissait présager que sa situation évoluerait. Je me souviens lui avoir dit : " Dommage que je ne pourrai jamais te voir jouer. " Mais j'ai pensé : même s'il ne joue pas, je dois m'intéresser à son métier et aller le voir. La première fois que je me suis rendue au stade, c'était à Waregem, d'où je suis originaire. Anderlecht a été battu et lors du match suivant, Frank était entre les perches ! Il n'a plus jamais quitté sa place. Il m'arrive de le lui rappeler : 'Chéri, je suis ton porte-bonheur.' Sur le plan professionnel, c'est pour lui un rêve qui s'est réalisé alors qu'il ne s'y attendait pas. Et sur le plan privé, le fait que je sois devenue sa petite amie était tout aussi inattendu. Il m'a avoué que c'était sa dernière tentative pour essayer de me convaincre. Heureusement, j'ai dit 'oui'. Je pense que j'ai amené la sérénité dans sa vie. Frank est très social, il a besoin du contact humain. Lorsqu'il est seul, il a du mal à rester à la maison. Même si je pense qu'aujourd'hui, il apprécie également de passer une soirée dans le fauteuil, de temps en temps. Il a besoin d'être serein dans sa tête. De n'avoir à se préoccuper de rien. Lorsqu'un membre de son entourage a un problème, il a tendance à s'en préoccuper et cela lui trotte en tête. Frank a le coeur sur la main. Il ferait tout pour sa famille et ses amis. Physiquement, il a besoin d'être rassuré également. La veille d'un match, il ne sort que pour faire les courses avec moi et m'aider à préparer le dîner. Et après un match, nous allons souvent boire un verre ou manger un bout avec des amis. Frank a été rassuré par la prolongation de contrat jusqu'en 2020 et la sécurité d'emploi que celle-ci lui offre. L'incertitude commençait à lui peser. Un gardien a besoin de chasser ces préoccupations de son esprit. Et à plus forte raison dans son cas, après tout ce qu'il a déjà vécu. Il s'est même retrouvé sans club, à un moment donné. " " Grâce à son ami Olivier Speltdooren il a pu entretenir sa condition à Hamme. Et aujourd'hui, il est le gardien titulaire d'Anderlecht ! C'est fou, comme tout peut aller vite en football. Je pense que Frank lui-même n'en revient pas. Il m'a déjà dit plusieurs fois : " Si nous sommes champions, je serai encore deux fois plus heureux que les autres ! ' Certains l'avaient traîné dans la boue. En tout cas, il est très reconnaissant envers toutes les personnes qui ont continué à croire en lui et qui l'ont soutenu dans les moments difficiles. Cette confiance a été déterminante, dans son chef. Mais, en même temps, Frank est réaliste. Il sait que, la saison prochaine, un concurrent pourrait débarquer et prendre place dans le but. Que c'est le dernier match qui détermine la valeur d'un footballeur. Et que la roche tarpéienne n'est jamais très loin du Capitole. Une petite erreur peut parfois suffire pour que tout s'écroule. Mais, même s'il devait retomber, il resterait le meilleur gardien à mes yeux et je continuerai à le soutenir. Pour Frank, seule l'équipe compte. Il croit aussi au karma, il est convaincu que dans la vie, on reçoit ce que l'on donne. A Anderlecht, il y a trois gardiens. Ce sont à la fois des collègues et des concurrents, mais il n'espérera jamais une erreur d'un autre. Il les défendra en toutes circonstances. Bien sûr, il préfère jouer lui-même, et il fera tout pour être le meilleur, mais lorsqu'il ne joue pas, il l'accepte. Il se dit qu'il doit remettre l'ouvrage sur le métier, car c'est ainsi que cela marche. Il ne me raconte pas tout ce qui se passe au club, mais je peux m'imaginer qu'avec son caractère social et son humour, il soit important pour l'esprit d'équipe. Dans notre relation, il veille également à l'esprit d'équipe. C'est peut-être ce qui me manquait dans ma relation antérieure. Car je veux réellement former une équipe avec mon compagnon. Après trois relations de longue durée, je me suis demandée : est-ce ma faute ? Aujourd'hui, avec Frank, je le sais : ce n'est pas ma faute. Frank trouve que nous ne formons qu'un, que nous sommes unis. Il parle de 'nous' et pas de 'moi'. Je sens que nous formons une bonne équipe et j'apprécie cela à sa juste valeur. " " Aujourd'hui, Frank reçoit beaucoup de commentaires positifs, son image s'est améliorée, mais au fond de lui-même, il n'a pas changé. Il aime la vie en société et il surveille son alimentation, mais nous aimons tous les deux la bonne chère. Un bon repas nous rend heureux. Lorsque notre assiette est vide et qu'il reste un peu de nourriture dans la casserole, il vaut mieux que nous la mettions hors de notre vue, sinon nous aurions trop tendance à en reprendre. Frank a une formation de sous-chef et il aime cuisiner, comme moi. J'essaie toujours de cuisiner sainement, Frank a tendance à exagérer la quantité. A force de le fréquenter, j'ai appris à me montrer moins sévère. Je profite mieux de la vie. Nous nous encourageons mutuellement. Il arrive qu'il se rende au magasin après m'avoir demandé ce que je voulais manger, puis qu'il me ramène tout autre chose car il préfère cuisiner à sa manière (elle rit). Je n'essaie pas de le changer, car il est bien comme il est. Frank doit surtout rester lui-même, 'FranktheTank'. Si l'on mélange sa manière de cuisiner et la mienne, on ne s'en sort pas trop mal, je pense. Lorsqu'on suit toujours la ligne droite, on finit par s'ennuyer (elle rit). Je veille surtout à ce qu'il puisse bien se reposer. Pour Frank, c'est plus important que manger sainement. Il est heureux lorsqu'il mange et quoi de plus important que d'être heureux ? Au terme de sa carrière, je le verrais bien ouvrir un restaurant, ou un bar à tapas. Mais il ne doit pas se faire trop de soucis à propos de sa reconversion : il a suffisamment d'atouts, et il n'a pas peur d'entreprendre. En revanche, Frank ne s'intéresse pas à la mode. Il préfère dépenser son argent en invitant sa famille et ses amis au restaurant. A Gijzenzele, sa porte est toujours ouverte, pour tout le monde. Il aime la mentalité accueillante des villageois. On peut toujours compter sur Frank. Si l'un de ses amis a trop bu, il le reconduira à la maison, pour lui éviter des problèmes sur la route. Il s'occupe aussi beaucoup de son chien, Juul. Il m'arrive de me demander : qu'adviendra-t-il lorsque Frank et moi déciderons de cohabiter ? Un chien dans un appartement, cela ne va pas. Il pourrait le laisser chez son frère, pour me faire plaisir, mais j'en garderais un drôle de sentiment. Car je sais à quel point il tient à son chien. Un jour, je déménagerai probablement à Gijzenzele. Frank me dit : 'Ne te fais pas de soucis. Où que nous habiterons, tu te sentiras bien.' " " Frank est toujours joyeux, de bonne humeur. Moi, en revanche, je me plains parfois de petites choses qui ne se sont pas passées comme je l'avais espéré, durant la journée. Lui ne se plaint jamais, même après un match difficile ou lorsqu'il a mal au dos. Il se dit alors qu'il y a des choses plus importantes dans la vie. Après un moins bon match, il est un peu plus silencieux, plus renfermé, mais je ne peux pas dire qu'il soit de mauvaise humeur. S'il a commis une erreur pendant un match, il le reconnaîtra. Il est capable de faire son autocritique et de corriger ce qui n'a pas été lors du prochain match. Il ne devient irritable que lorsqu'il ne se sent pas respecté et qu'il a été traité injustement. Frank a horreur de l'injustice. Il ne se passe pas un jour sans que nous ne rigolions un bon coup. Le 1er avril, il m'a téléphoné le plus sérieusement du monde pour me dire qu'il ne pourrait pas venir parce qu'il s'était pris le doigt dans la fenêtre coulissante (elle rit). Il réagit toujours positivement lorsque j'achète une nouvelle paire de chaussures, même si mon armoire est déjà pleine. Il me dit alors : 'Chérie, si tu te fais plaisir en achetant une paire de chaussures, achètes-en autant que tu le veux. Lorsque tu es heureuse, je le suis aussi.' C'est typiquement Frank, cela ! Attention : j'achète ces chaussures avec mon propre argent ! Mais je connais des hommes qui réagiraient tout à fait différemment. Frank n'est jamais fâché. Un jour, je me suis trompée de date en réservant une chambre à Hasselt. Depuis lors, il me répète tout le temps qu'il se chargera lui-même de réserver nos prochaines vacances (elle rit). Ma passion pour les chaussures est comparable à sa passion pour la musique. Frank ne peut pas passer devant l'étalage d'un disquaire sans entrer dans le magasin et en ressortir avec un album. Il adore la musique des années 60, 70 et 80. Il est constamment branché sur l'émission Classics 1000 sur Radio 1. Il considère 'Wish you where here' de Pink Floyd comme la meilleure chanson de tous les temps. Parfois, il me questionne : 'Si tu peux me dire de qui est cette chanson, je t'épouse.' Depuis lors, j'essaie de retenir les titres et les artistes (elle rit). PAR CHRISTIAN VANDENABEELE - PHOTOS BELGAIMAGE - CHRISTOPHE KETELS