Depuis que Verhaeghe est président (le 1er février 2011), le Club a fait sa mue : nouveau manager général, noyau et staff technique remodelés de fond en comble et création d'un suivi personnalisé pour tous les joueurs. Les résultats ne se sont pas fait attendre : à l'heure d'aborder les play-offs, les Flandriens semblent les seuls à pouvoir priver Anderlecht du titre. Mais leur président, heureux de la tournure des événements, n'en garde pas moins les pieds bien sur terre.

Bart Verhaeghe : Je suis satisfait. Compte tenu des changements opérés, le Club Bruges a sans doute réussi déjà au-delà des espérances. D'une saison à l'autre, la métamorphose a été profonde avec pas moins de quatorze départs pour autant d'arrivées. Quand on sait qu'il a fallu composer également avec un changement de coach, dès l'automne, les conditions n'étaient manifestement pas remplies pour jouer d'emblée un rôle en vue. Au moment de reprendre le témoin, je m'étais fixé trois ans pour refaire une équipe compétitive. Vu les événements, nous sommes en bonne voie. Nous parvenons dès à présent à titiller Anderlecht mais l'idée, au cours des 24 mois à venir, est de passer du statut de challenger à celui de candidat au titre.

Christoph Daum a-t-il raison en pointant le seul Anderlecht comme favori ?

Nous avions trois objectifs au moment d'aborder l'exercice 2011-2012 : terminer dans les trois premiers en championnat, réaliser une bonne campagne en Coupe et atteindre les poules de l'Europa League. A l'analyse, seule notre éviction par Gand, sur la route du Heysel, aura fait tache. Pour le reste, il n'y a pas de quoi faire la fine bouche. Je comptais sur un total de 53 points au bout de la phase classique et nous en avons pris 61. Au-delà des chiffres, ce qui me réjouit par-dessus tout, c'est le collectif mis en place. Le Club Bruges est à nouveau une formation solide. Il nous reste toutefois encore des étapes à franchir avant de pouvoir traiter d'égal à égal avec Anderlecht. Le Sporting est plus mature et cette expérience-là constitue un facteur non négligeable dans le cadre des play-offs. L'entraîneur l'a rappelé, à raison.

Une bande de m'as-tu-vu

Trois points d'écart, ce n'est pas la mer à boire ?

Il y en avait 6 au départ, qui ont été ramenés à trois, nuance. C'est le règlement qui l'a voulu et non nos qualités propres. Bien sûr, nous avons le vent en poupe. Les statistiques le prouvent puisque sous la direction de l'Allemand, nous venons de prendre plus de 75 % des points mis en jeu. Aucun autre coach n'a fait mieux. Mais ces données ne doivent pas nous faire planer. Je ne vais pas changer de discours parce que nous comptons 8 unités de plus que prévu. Et je comprends l'entraîneur lorsqu'il émet certaines réserves : il n'a pas l'embarras du choix pour l'une ou l'autre place et a sans doute perdu son meilleur élément en la personne de Nabil Dirar. Je peux d'ailleurs concevoir qu'il soit très critique par moments. Je préfère d'ailleurs un gars de cette trempe-là qu'un béni-oui-oui qui n'apporte rien.

Entre Adrie Koster et Daum, il y a effectivement un monde de différence.

Le plus simple eût été de respecter le train-train. Histoire de continuer à ronronner. Mais si l'on veut aller de l'avant, il faut pouvoir innover. La direction l'a fait à pas mal de niveaux et cela lui a valu une flopée de critiques. Ses initiatives étaient perçues comme du show, orchestré par une bande de m'as-tu-vu. Aujourd'hui, le son de cloche est différent. Certains se disent, manifestement, que nos initiatives ont eu du bon. Et que nous avons eu le nez creux en choisissant de travailler avec des coaches spécifiques par secteur de jeu. Le cas de Joseph Akpala est éloquent. En tout début de saison, il était sur le départ suite au recrutement de Björn Vleminckx et Thomas Meunier. Mais il s'est appliqué, a été réceptif aux conseils de Kenneth Brylle et est notre meilleur attaquant actuellement.

Le Club ne se mordra-t-il pas les doigts d'avoir laissé filer Dirar ?

Au même titre que le Nigérian, Dirar pouvait partir l'été passé. Mais malgré le prix modeste fixé pour un joueur de sa trempe ( NDLA : 1,5 million d'euros), il n'a pas réussi, à l'époque, à trouver acquéreur. Au lieu de baisser les bras, l'attaquant marocain a eu la bonne idée de se remettre en question et d'atteindre un très haut niveau. Quand Monaco s'est manifesté, il n'y a plus eu moyen de le retenir. D'un côté, le joueur lui-même souhaitait partir, vu qu'il avait la perspective de gagner un pont d'or sur le Rocher. D'autre part, nous pouvions réaliser nous aussi une affaire financière juteuse. C'était une situation win-win pour les deux parties. A priori, du moins parce que l'herbe n'est pas toujours plus verte ailleurs. Par le passé, la direction n'avait pas su garder Ivan Perisic, par exemple, qui voulait à tout prix rejoindre le Borussia Dortmund. Avec le recul, il s'est planté. Sous cet angle-là, l'apport de Daum peut être précieux aussi. C'est quelqu'un qui a bourlingué et connaît sur le bout des doigts le football international. S'il avait été parmi nous à l'époque, il aurait sans nul doute dissuadé Perisic de tenter l'aventure, conscient de ce qui allait l'attendre en Bundesliga. C'est un homme écouté à tous points de vue.

Des résultats avant tout

Koster a toujours eu de nombreux partisans grâce à son football offensif. Daum, malgré ses résultats, n'a pas encore la même cote.

Le spectacle est une chose, les résultats en sont une autre. Et ce sont eux qui conditionnent tout. Je ne me suis pas rendu populaire en évinçant le Hollandais. Mais quand je vois les progrès entre-temps, ma décision était la bonne, même si elle a heurté des gens. Quand je parcours les journaux, je tombe inévitablement sur les commentaires de glorieux anciens, comme Henk Houwaart par exemple, qui regrettent l'absence de football-spectacle. L'ancien entraîneur a contribué à cette légende grâce à des matches somptueux face à Dortmund ou au Zenit Saint-Pétersbourg mais il n'aurait jamais eu la même aura si son équipe n'avait pas réussi, dans ces confrontations-là, à passer le tour. S'il avait été éliminé, il n'aurait jamais marqué les esprits. Quand je transpose cette réalité dans le présent, je me dis que les supporters peuvent peut-être accepter une fois un 4-5, comme ce fut le cas face à Genk. Mais si ce type de résultat se répète, ils ne pavoiseront pas longtemps. Ce que les gens veulent, en tout premier lieu, c'est gagner. Le reste est secondaire.

Pour atteindre cet objectif, le nouveau coach a préféré travailler seul...

Il est parti du collectif avant de s'atteler aux individualités et c'était la bonne méthode. La priorité, c'était une assise solide. Il y est arrivé le plus souvent au prix de victoires étriquées, c'est vrai. Mais ces succès-là nous ont permis d'opérer une remontée au classement et de nous situer dans la foulée du leader. Le propos, au cours des deux années à venir, sera de conserver cette base en y apportant des retouches. Le futur nous appartient, dans la mesure où nous possédons un groupe très jeune qu'il faudra encadrer par des routiniers si nous voulons franchir un palier. Le transfert de Jordi cadre dans cette volonté mais on ne s'arrêtera pas en si bon chemin. Récemment, nous avons d'ailleurs débattu avec l'entraîneur des profils à attirer. Et nous étions sur la même longueur d'onde. Vous aurez compris que notre intention est de confirmer le coach actuel dans ses fonctions.

Une campagne de 3,8 millions d'euros

Par rapport à la saison passée, il y a progrès. A l'époque, la priorité avait pour nom Francky Dury avant que la direction ne fasse volte-face et poursuive avec Koster.

Nous avons mis la pression sur l'entraîneur pour que les résultats suivent. A un moment donné, nous étions très mal embarqués mais, grâce à un dernier coup de rein, l'équipe est parvenue à se ressaisir en terminant bien la saison et en arrachant au passage son passe-droit pour l'Europa League. Il n'y avait dès lors pas de raison d'évincer Koster. A l'entre-saison nous lui avons fait remarquer qu'il fallait poursuivre sur cette voie. Puis, il y a eu trop d'errances. Nous n'avons pas eu l'impression que le coach avait retenu la leçon de certains échecs et c'est la raison pour laquelle nous nous sommes séparés de lui. S'il y avait du talent chez nous, il convenait à tout prix d'y adjoindre une solide dose de rigueur. Et c'est ce qui nous a menés chez Daum.

En plus d'un foot spectaculaire, Bruges a aussi perdu son caractère familial...

Le contexte familial était peut-être valable aux temps héroïques. Il n'est plus d'actualité parce que le monde du football a changé du tout au tout. Autrefois, certains restaient longtemps Bleu et Noir. Des exemples comme Jan Ceulemans, Franky Van der Elst ou Gert Verheyen sont assez éloquents à ce sujet. Aujourd'hui, ce même attachement n'est plus du tout pensable. Les mentalités ont changé. Ce ne sont plus les clubs mais plutôt les joueurs et leurs agents qui sont devenus les maîtres du jeu. Il faut pouvoir composer avec cette réalité. Personnellement, j'aurais aimé garder un garçon comme Dirar mais dès l'instant où il a su combien Monaco était disposé à lui offrir ( NDLA : un million d'euros net par an), le débat était clos. Si je m'étais montré intraitable, ses pensées auraient de toute façon été ailleurs. Sans compter que j'aurais été aussi un très mauvais gestionnaire car un transfert sortant pareil ne peut évidemment laisser indifférent.

14 arrivées au total : où Bruges va-t-il chercher tout cet argent ?

Il y a eu autant de départs et non des moindres, comme celui de Perisic. Au total, nous n'avons grevé notre trésorerie que de 3,8 millions d'euros. Tout porte à croire que notre budget de fonctionnement passera de 26 à 29 millions d'euros cette année. Nous avons effectivement un boni de 2,5 millions grâce à l'Europa League. La différence est minime. Dans les années à venir, il faudra encore essayer d'accroître nos moyens et de nous rapprocher des 35 à 40 millions d'Anderlecht. L'argent est le reflet de la valeur d'un club. En théorie, celui qui a le plus de possibilités financières est aussi celui qui a le plus de chances de terminer premier en fin de saison. Pour cette raison-là également, il serait logique qu'Anderlecht nous devance au bout des play-offs.

Comme un échiquier

Hormis le budget, voyez-vous d'autres secteurs où le Sporting vous devance ?

Anderlecht dispose d'un complexe d'entraînement flambant neuf à Neerpede et le Standard a son Académie Robert Louis-Dreyfus. Nous ne jouons pas dans la même pièce. Ce n'est pas un facteur négligeable car les jeunes constituent évidemment l'avenir d'un club.

Où en êtes-vous avec la construction d'un nouveau stade ?

La ville de Bruges et ses deux clubs ont établi un accord de principe. Le Cercle continuera à occuper le stade Jan Breydel tandis que le Club déménagera. Tant que nous ne posséderons pas notre stade et un centre de formation ad hoc, nous ne serons pas en mesure de grandir comme nous le souhaitons. Ces dossiers-là sont au moins aussi urgents que la politique de transferts que nous comptons mener ces prochains mois. Malheureusement, on est au point mort. Pourtant, nous ne sommes pas gourmands : nous ne demandons pas que les contribuables y aillent de leurs deniers. Nous sommes prêts à tout financer par nos propres moyens. Tout ce que nous demandons, c'est un consensus pour le site. Mais on tourne en rond. Pourtant, de nouvelles infrastructures sont vitales si on veut décoller. Nous sommes quasiment arrivés à un plafond avec les droits télé. Le merchandising a ses limites aussi et nous sommes au maximum sur le plan de l'assistance. Seul un stade new-look permettrait de franchir un nouveau pas. Les Pays-Bas en ont fait l'expérience dans le cadre de l'EURO 2000. Il est simplement dommage que nous n'ayons pas suivi le même mouvement.

Seuls des transferts du type Dirar sont susceptibles de faire gonfler les caisses, au risque d'affaiblir l'équipe !

Nous ne sommes pas les seuls. Anderlecht ne s'est pas opposé au départ de Mbark Boussoufa la saison passée et tout porte à croire qu'il ne va pas garder Matias Suarez pour peu qu'une offre intéressante lui parvienne. C'est le lot de tous nos grands clubs. Le Standard et Genk peuvent en parler en connaissance de cause aussi. L'idéal est de pouvoir conserver les trois quarts de ses forces vives d'une saison à l'autre. Evidemment, par les temps qui courent, c'est souvent utopique. Chez nous, comme ailleurs. Le Club est comparable à un échiquier. A tout moment, des pièces peuvent bouger. De ce point de vue-là, le RSCA est en avance aussi : il est parvenu à conserver ses meilleurs éléments sur une longue période avec Silvio Proto, Roland Juhasz, Lucas Biglia et Suarez par exemple. Ce n'est pas négligeable.

Vous avez innové avec des entraîneurs pour chaque secteur de l'équipe, un PPC (Personal Performance Center), des cours de diététique sportive pour les épouses des joueurs. A quoi comptez-vous encore vous atteler à court et moyen termes ?

Nous essayons d'être les plus performants possibles au niveau de la Première, qui est la véritable vitrine du Club. Nous avons changé de pelouse en cours de saison, pour disposer d'un meilleur outil de travail. Le projet, en prévision de la saison prochaine, est de disposer d'une pelouse d'entraînement chauffée. Nous avions montré l'exemple avec l'utilisation d'un synthétique dès l'époque de Trond Sollied déjà mais nous n'avions plus innové depuis. Du coup, d'autres nous ont dépassés. Là aussi, nous devons remettre les pendules à l'heure.

PAR BRUNO GOVERS

" Je préfère un gars critique et contrariant comme Daum qu'un béni-oui-oui. " " Seul un nouveau stade nous permettrait de franchir un pas supplémentaire. "

Depuis que Verhaeghe est président (le 1er février 2011), le Club a fait sa mue : nouveau manager général, noyau et staff technique remodelés de fond en comble et création d'un suivi personnalisé pour tous les joueurs. Les résultats ne se sont pas fait attendre : à l'heure d'aborder les play-offs, les Flandriens semblent les seuls à pouvoir priver Anderlecht du titre. Mais leur président, heureux de la tournure des événements, n'en garde pas moins les pieds bien sur terre. Bart Verhaeghe : Je suis satisfait. Compte tenu des changements opérés, le Club Bruges a sans doute réussi déjà au-delà des espérances. D'une saison à l'autre, la métamorphose a été profonde avec pas moins de quatorze départs pour autant d'arrivées. Quand on sait qu'il a fallu composer également avec un changement de coach, dès l'automne, les conditions n'étaient manifestement pas remplies pour jouer d'emblée un rôle en vue. Au moment de reprendre le témoin, je m'étais fixé trois ans pour refaire une équipe compétitive. Vu les événements, nous sommes en bonne voie. Nous parvenons dès à présent à titiller Anderlecht mais l'idée, au cours des 24 mois à venir, est de passer du statut de challenger à celui de candidat au titre. Nous avions trois objectifs au moment d'aborder l'exercice 2011-2012 : terminer dans les trois premiers en championnat, réaliser une bonne campagne en Coupe et atteindre les poules de l'Europa League. A l'analyse, seule notre éviction par Gand, sur la route du Heysel, aura fait tache. Pour le reste, il n'y a pas de quoi faire la fine bouche. Je comptais sur un total de 53 points au bout de la phase classique et nous en avons pris 61. Au-delà des chiffres, ce qui me réjouit par-dessus tout, c'est le collectif mis en place. Le Club Bruges est à nouveau une formation solide. Il nous reste toutefois encore des étapes à franchir avant de pouvoir traiter d'égal à égal avec Anderlecht. Le Sporting est plus mature et cette expérience-là constitue un facteur non négligeable dans le cadre des play-offs. L'entraîneur l'a rappelé, à raison. Il y en avait 6 au départ, qui ont été ramenés à trois, nuance. C'est le règlement qui l'a voulu et non nos qualités propres. Bien sûr, nous avons le vent en poupe. Les statistiques le prouvent puisque sous la direction de l'Allemand, nous venons de prendre plus de 75 % des points mis en jeu. Aucun autre coach n'a fait mieux. Mais ces données ne doivent pas nous faire planer. Je ne vais pas changer de discours parce que nous comptons 8 unités de plus que prévu. Et je comprends l'entraîneur lorsqu'il émet certaines réserves : il n'a pas l'embarras du choix pour l'une ou l'autre place et a sans doute perdu son meilleur élément en la personne de Nabil Dirar. Je peux d'ailleurs concevoir qu'il soit très critique par moments. Je préfère d'ailleurs un gars de cette trempe-là qu'un béni-oui-oui qui n'apporte rien. Le plus simple eût été de respecter le train-train. Histoire de continuer à ronronner. Mais si l'on veut aller de l'avant, il faut pouvoir innover. La direction l'a fait à pas mal de niveaux et cela lui a valu une flopée de critiques. Ses initiatives étaient perçues comme du show, orchestré par une bande de m'as-tu-vu. Aujourd'hui, le son de cloche est différent. Certains se disent, manifestement, que nos initiatives ont eu du bon. Et que nous avons eu le nez creux en choisissant de travailler avec des coaches spécifiques par secteur de jeu. Le cas de Joseph Akpala est éloquent. En tout début de saison, il était sur le départ suite au recrutement de Björn Vleminckx et Thomas Meunier. Mais il s'est appliqué, a été réceptif aux conseils de Kenneth Brylle et est notre meilleur attaquant actuellement. Au même titre que le Nigérian, Dirar pouvait partir l'été passé. Mais malgré le prix modeste fixé pour un joueur de sa trempe ( NDLA : 1,5 million d'euros), il n'a pas réussi, à l'époque, à trouver acquéreur. Au lieu de baisser les bras, l'attaquant marocain a eu la bonne idée de se remettre en question et d'atteindre un très haut niveau. Quand Monaco s'est manifesté, il n'y a plus eu moyen de le retenir. D'un côté, le joueur lui-même souhaitait partir, vu qu'il avait la perspective de gagner un pont d'or sur le Rocher. D'autre part, nous pouvions réaliser nous aussi une affaire financière juteuse. C'était une situation win-win pour les deux parties. A priori, du moins parce que l'herbe n'est pas toujours plus verte ailleurs. Par le passé, la direction n'avait pas su garder Ivan Perisic, par exemple, qui voulait à tout prix rejoindre le Borussia Dortmund. Avec le recul, il s'est planté. Sous cet angle-là, l'apport de Daum peut être précieux aussi. C'est quelqu'un qui a bourlingué et connaît sur le bout des doigts le football international. S'il avait été parmi nous à l'époque, il aurait sans nul doute dissuadé Perisic de tenter l'aventure, conscient de ce qui allait l'attendre en Bundesliga. C'est un homme écouté à tous points de vue. Le spectacle est une chose, les résultats en sont une autre. Et ce sont eux qui conditionnent tout. Je ne me suis pas rendu populaire en évinçant le Hollandais. Mais quand je vois les progrès entre-temps, ma décision était la bonne, même si elle a heurté des gens. Quand je parcours les journaux, je tombe inévitablement sur les commentaires de glorieux anciens, comme Henk Houwaart par exemple, qui regrettent l'absence de football-spectacle. L'ancien entraîneur a contribué à cette légende grâce à des matches somptueux face à Dortmund ou au Zenit Saint-Pétersbourg mais il n'aurait jamais eu la même aura si son équipe n'avait pas réussi, dans ces confrontations-là, à passer le tour. S'il avait été éliminé, il n'aurait jamais marqué les esprits. Quand je transpose cette réalité dans le présent, je me dis que les supporters peuvent peut-être accepter une fois un 4-5, comme ce fut le cas face à Genk. Mais si ce type de résultat se répète, ils ne pavoiseront pas longtemps. Ce que les gens veulent, en tout premier lieu, c'est gagner. Le reste est secondaire. Il est parti du collectif avant de s'atteler aux individualités et c'était la bonne méthode. La priorité, c'était une assise solide. Il y est arrivé le plus souvent au prix de victoires étriquées, c'est vrai. Mais ces succès-là nous ont permis d'opérer une remontée au classement et de nous situer dans la foulée du leader. Le propos, au cours des deux années à venir, sera de conserver cette base en y apportant des retouches. Le futur nous appartient, dans la mesure où nous possédons un groupe très jeune qu'il faudra encadrer par des routiniers si nous voulons franchir un palier. Le transfert de Jordi cadre dans cette volonté mais on ne s'arrêtera pas en si bon chemin. Récemment, nous avons d'ailleurs débattu avec l'entraîneur des profils à attirer. Et nous étions sur la même longueur d'onde. Vous aurez compris que notre intention est de confirmer le coach actuel dans ses fonctions. Nous avons mis la pression sur l'entraîneur pour que les résultats suivent. A un moment donné, nous étions très mal embarqués mais, grâce à un dernier coup de rein, l'équipe est parvenue à se ressaisir en terminant bien la saison et en arrachant au passage son passe-droit pour l'Europa League. Il n'y avait dès lors pas de raison d'évincer Koster. A l'entre-saison nous lui avons fait remarquer qu'il fallait poursuivre sur cette voie. Puis, il y a eu trop d'errances. Nous n'avons pas eu l'impression que le coach avait retenu la leçon de certains échecs et c'est la raison pour laquelle nous nous sommes séparés de lui. S'il y avait du talent chez nous, il convenait à tout prix d'y adjoindre une solide dose de rigueur. Et c'est ce qui nous a menés chez Daum. Le contexte familial était peut-être valable aux temps héroïques. Il n'est plus d'actualité parce que le monde du football a changé du tout au tout. Autrefois, certains restaient longtemps Bleu et Noir. Des exemples comme Jan Ceulemans, Franky Van der Elst ou Gert Verheyen sont assez éloquents à ce sujet. Aujourd'hui, ce même attachement n'est plus du tout pensable. Les mentalités ont changé. Ce ne sont plus les clubs mais plutôt les joueurs et leurs agents qui sont devenus les maîtres du jeu. Il faut pouvoir composer avec cette réalité. Personnellement, j'aurais aimé garder un garçon comme Dirar mais dès l'instant où il a su combien Monaco était disposé à lui offrir ( NDLA : un million d'euros net par an), le débat était clos. Si je m'étais montré intraitable, ses pensées auraient de toute façon été ailleurs. Sans compter que j'aurais été aussi un très mauvais gestionnaire car un transfert sortant pareil ne peut évidemment laisser indifférent. Il y a eu autant de départs et non des moindres, comme celui de Perisic. Au total, nous n'avons grevé notre trésorerie que de 3,8 millions d'euros. Tout porte à croire que notre budget de fonctionnement passera de 26 à 29 millions d'euros cette année. Nous avons effectivement un boni de 2,5 millions grâce à l'Europa League. La différence est minime. Dans les années à venir, il faudra encore essayer d'accroître nos moyens et de nous rapprocher des 35 à 40 millions d'Anderlecht. L'argent est le reflet de la valeur d'un club. En théorie, celui qui a le plus de possibilités financières est aussi celui qui a le plus de chances de terminer premier en fin de saison. Pour cette raison-là également, il serait logique qu'Anderlecht nous devance au bout des play-offs. Anderlecht dispose d'un complexe d'entraînement flambant neuf à Neerpede et le Standard a son Académie Robert Louis-Dreyfus. Nous ne jouons pas dans la même pièce. Ce n'est pas un facteur négligeable car les jeunes constituent évidemment l'avenir d'un club. La ville de Bruges et ses deux clubs ont établi un accord de principe. Le Cercle continuera à occuper le stade Jan Breydel tandis que le Club déménagera. Tant que nous ne posséderons pas notre stade et un centre de formation ad hoc, nous ne serons pas en mesure de grandir comme nous le souhaitons. Ces dossiers-là sont au moins aussi urgents que la politique de transferts que nous comptons mener ces prochains mois. Malheureusement, on est au point mort. Pourtant, nous ne sommes pas gourmands : nous ne demandons pas que les contribuables y aillent de leurs deniers. Nous sommes prêts à tout financer par nos propres moyens. Tout ce que nous demandons, c'est un consensus pour le site. Mais on tourne en rond. Pourtant, de nouvelles infrastructures sont vitales si on veut décoller. Nous sommes quasiment arrivés à un plafond avec les droits télé. Le merchandising a ses limites aussi et nous sommes au maximum sur le plan de l'assistance. Seul un stade new-look permettrait de franchir un nouveau pas. Les Pays-Bas en ont fait l'expérience dans le cadre de l'EURO 2000. Il est simplement dommage que nous n'ayons pas suivi le même mouvement. Nous ne sommes pas les seuls. Anderlecht ne s'est pas opposé au départ de Mbark Boussoufa la saison passée et tout porte à croire qu'il ne va pas garder Matias Suarez pour peu qu'une offre intéressante lui parvienne. C'est le lot de tous nos grands clubs. Le Standard et Genk peuvent en parler en connaissance de cause aussi. L'idéal est de pouvoir conserver les trois quarts de ses forces vives d'une saison à l'autre. Evidemment, par les temps qui courent, c'est souvent utopique. Chez nous, comme ailleurs. Le Club est comparable à un échiquier. A tout moment, des pièces peuvent bouger. De ce point de vue-là, le RSCA est en avance aussi : il est parvenu à conserver ses meilleurs éléments sur une longue période avec Silvio Proto, Roland Juhasz, Lucas Biglia et Suarez par exemple. Ce n'est pas négligeable. Nous essayons d'être les plus performants possibles au niveau de la Première, qui est la véritable vitrine du Club. Nous avons changé de pelouse en cours de saison, pour disposer d'un meilleur outil de travail. Le projet, en prévision de la saison prochaine, est de disposer d'une pelouse d'entraînement chauffée. Nous avions montré l'exemple avec l'utilisation d'un synthétique dès l'époque de Trond Sollied déjà mais nous n'avions plus innové depuis. Du coup, d'autres nous ont dépassés. Là aussi, nous devons remettre les pendules à l'heure. PAR BRUNO GOVERS" Je préfère un gars critique et contrariant comme Daum qu'un béni-oui-oui. " " Seul un nouveau stade nous permettrait de franchir un pas supplémentaire. "