Il paraît qu'avant la musique, le foot était ta première passion ?

JP NATAF : Oui, très vite, enfant, je me suis dit que j'allais être footballeur, un très bon footballeur. Entre 7 et 10 ans, c'était très important pour moi. Je jouais en club. Pas très bien mais j'adorais ça. Je lisais L'Equipe, je collectionnais les autocollants Panini, je regardais les matches à la télé. Je supportais le Red Star qui était LE club de Paris, à Saint-Ouen. J'étais parvenu à convaincre ma mère de m'emmener au stade. Après, je suis arrivé au lycée et je me suis rendu compte que quand on aimait le foot, on avait moins de succès avec les filles, on avait moins les potes les plus cools. Tout à coup, ça me semblait bébé de rester dans le foot. Je me suis dit que le monde de la musique avait quand même l'air plus excitant surtout qu'à l'époque, les footeux n'étaient pas glamour comme maintenant. Ça n'avait pas bonne presse : il n'y avait pas d'intellectuels qui s'exprimaient sur le foot, les people n'allaient pas aux matches. Mais j'ai adoré l'ambiance de Bauer à tel point qu'aujourd'hui je me sens toujours beaucoup plus supporter du Red Star que du PSG, au grand dam de mes enfants.
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JP NATAF : Oui, très vite, enfant, je me suis dit que j'allais être footballeur, un très bon footballeur. Entre 7 et 10 ans, c'était très important pour moi. Je jouais en club. Pas très bien mais j'adorais ça. Je lisais L'Equipe, je collectionnais les autocollants Panini, je regardais les matches à la télé. Je supportais le Red Star qui était LE club de Paris, à Saint-Ouen. J'étais parvenu à convaincre ma mère de m'emmener au stade. Après, je suis arrivé au lycée et je me suis rendu compte que quand on aimait le foot, on avait moins de succès avec les filles, on avait moins les potes les plus cools. Tout à coup, ça me semblait bébé de rester dans le foot. Je me suis dit que le monde de la musique avait quand même l'air plus excitant surtout qu'à l'époque, les footeux n'étaient pas glamour comme maintenant. Ça n'avait pas bonne presse : il n'y avait pas d'intellectuels qui s'exprimaient sur le foot, les people n'allaient pas aux matches. Mais j'ai adoré l'ambiance de Bauer à tel point qu'aujourd'hui je me sens toujours beaucoup plus supporter du Red Star que du PSG, au grand dam de mes enfants. JP NATAF : Pendant un an ou deux on a eu une relation avec Raï et Ricardo qui étaient fans des Innocents. On avait lu une interview de Ricardo et il nous avait cité parmi les artistes français qu'il avait découvert donc on l'avait invité, avec Raï, à l'Olympia. Après on s'est vu, pas forcément pour parler foot parce qu'ils adoraient discuter musique et j'ai eu l'occasion d'être invité aux matches, d'aller dîner avec eux, d'être un peu dans les coulisses, en zone mixte et tout. Ce sont de vrais gentlemans, des gars vraiment intéressants. J'ai même joué un match avec Raï pour Gol de Letra, une fondation pour l'alphabétisation des enfants des favelas qu'il a avec Leonardo. JP NATAF : Je n'ai jamais accroché à l'ambiance. C'était dans le 16e, c'est pas du tout dans mes quartiers, y'a une greffe qui n'a pas pris. Aujourd'hui, je suis un peu l'actualité du club parce que mes enfants sont fans mais j'ai beaucoup de mal à adhérer complètement. C'est hors de prix, ce n'est plus un loisir à la portée des gens. Je vais quand même au stade 2-3 fois par an mais je reste généralement sur ma faim même si le PSG a une très belle équipe. Une soirée au Parc c'est comme aller voir un blockbuster dans une très grande salle de cinéma avec du pop-corn : on a ce qu'on attend mais il manque un truc. Et puis pour moi le foot c'est l'odeur des frites, ça doit être populaire. JP NATAF : Je suis allé voir la saison dernière le match d'accession en Ligue 2 et j'ai retrouvé quelque chose de mon enfance. Je me suis dit que c'était peut-être ça qui m'avait manqué. J'aurais pu vraiment continuer à aimer le foot autant, comme Oasis à Manchester, si le Red Star avait mieux marché. Je me suis dit que c'était dommage qu'il n'y avait pas eu ce deuxième grand club à Paris. Là, ils sont bien classés en Ligue 2 mais il y a ce problème de stade : ils doivent jouer à Beauvais donc c'est un peu compliqué. Cela dit, il y a à nouveau un super esprit, proche des valeurs qu'on retrouve dans la musique avec une grande mixité culturelle. Je pourrais facilement prendre un abonnement si ce problème de stade était résolu. D'ailleurs, avec Seb Martel, un guitariste qui a joué longtemps pour Camille ou M, qui est aussi très fan du Red Star, on en parle souvent. S'ils devaient remonter, on aimerait bien participer, faire un hymne ou quelque chose. Le Red Star ça me réveille, c'est ma vision du foot. Je ne les ai jamais vraiment perdus de vue : même quand ils étaient en CFA 2 j'achetais Le Parisien juste pour voir leurs résultats. JP NATAF : Pas dans Les Innocents parce que Jean-Chri s'en fout un peu mais mon clavier sur ma dernière tournée solo était très fan du RC Lens. Sinon, pour le dernier Mondial, on était à Montréal et on est allé voir des matches avec Bertrand Belin dans des bars. Après, dans un festival on trouve toujours des footeux surtout que les festivals d'été tombent en même temps que la Coupe du Monde ou l'EURO. On se demande toujours comment on va voir le match. Je n'ai jamais aménagé mes horaires pour ça mais il m'est arrivé de voir des matches sous une tente, la guitare à la main, parce que je devais monter sur scène d'une minute à l'autre. JP NATAF : J'aime bien la politique de Deschamps, il a bâti une équipe qui a de l'envie. Je trouve que c'est pas mal d'être à 3 mois de l'EURO en se disant qu'on va peut-être devoir se passer d'un Benzema ou d'un Valbuena sans que ce soit une déchirure nationale. Cela dit, j'ai l'impression que ce n'est pas une génération qui est déjà prête pour gagner. Par contre qu'il y a de la réserve derrière, surtout offensivement. Mais bon, on a déjà eu une époque où on avait Trezeguet, Henry et Cissé qui étaient meilleurs buteurs de championnats européens, en 2002, et on se fait sortir au premier tour sans marquer un seul but donc une demi-finale, ce serait déjà bien. JP NATAF : Est-ce que c'est facile de ne pas péter un câble quand on gagne autant d'argent à cet âge ? Dans la musique j'ai pu voir un peu ce que c'était le succès et l'argent mais ça m'est arrivé à 30 ans. Et puis contrairement aux musiciens, une carrière de footballeur n'est pas très longue. Ça doit être tellement violent, tellement dur de gérer toute cette pression. Ce sont des sacrifices énormes dans une vie d'adolescent. Je ne peux pas leur jeter la pierre si y'en a un qui déconne de temps en temps. C'est une façon de vivre sa jeunesse un peu extraterrestre donc j'aurais tendance à être magnanime même si je ne légitime pas ça. Ce ne sont que de jeunes humains après tout. PAR JULES MONNIER - PHOTOS BELGAIMAGE" Le PSG c'est comme aller voir un blockbuster avec du pop-corn : on a ce qu'on attend mais il manque un truc. " - JP NATAF