Michel Preud'homme est aussi populaire au nord qu'au sud du pays. Tous ces clubs ont gardé une place dans son c£ur. A voir la manière dont il rigole avec le DT malinois Fi Vanhoof, qui l'a accueilli dans son bureau, on sent qu'il prend toujours autant de plaisir à retourner au stade Veolia, autrefois baptisé " Derrière les casernes ".
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Michel Preud'homme est aussi populaire au nord qu'au sud du pays. Tous ces clubs ont gardé une place dans son c£ur. A voir la manière dont il rigole avec le DT malinois Fi Vanhoof, qui l'a accueilli dans son bureau, on sent qu'il prend toujours autant de plaisir à retourner au stade Veolia, autrefois baptisé " Derrière les casernes ". Preud'homme : Beaucoup de choses, et le match du week-end prochain sera spécial, même si celui du deuxième tour derrière les casernes le sera encore plus. Vanhoof : La meilleure preuve de son attachement, c'est que lorsqu'on a été déclaré en faillite et relégué en D3, il nous a prêté quelques jeunes. Preud'homme : C'est le Standard qui l'a fait. Vanhoof : Certes, mais sans Michel, cela n'aurait sans doute pas été le cas. On n'avait plus rien, on a été chercher des joueurs à Lokeren, à Mouscron et ailleurs. Je suis encore étonné qu'on ne soit pas descendu, car c'était des Juniors pour la plupart, et dans une compétition d'adultes comme la D3, ce n'était pas évident. Preud'homme : J'ajoute que le Standard n'a jamais pris de jeunes de Malines gratuitement. D'autres clubs ne s'en sont pas privés. Preud'homme : Oh que non. Lorsque je parcours la route qui mène au stade, bien des souvenirs me reviennent en mémoire. Le football vit dans cette ville. Des drapeaux jaunes et rouges pendent aux fenêtres des cafés et des maisons particulières. Vanhoof : Le club a une longue tradition, mais nous avons aujourd'hui plus de supporters qu'à la période de gloire. Un renouvellement s'est opéré. Jadis, le public était assez âgé. Aujourd'hui, il est très jeune. Et très enthousiaste : les élèves se rendent à l'école avec leur écharpe. En fait, ce renouvellement s'est opéré après la mise en liquidation qui a conduit le club en D3, il y a quatre ans. C'est encore plus curieux. Preud'homme : Mais on devient supporter lorsqu'on est jeune, qu'on a huit, neuf ou dix ans. Les supporters qui étaient encore des enfants à l'époque de gloire sont aujourd'hui des adultes et ils sont restés supporters. En outre, leurs propres enfants les ont suivis. Preud'homme : Pour moi, ce ne sont que des souvenirs agréables. Vanhoof : Cette période glorieuse fut très courte : trois ou quatre ans. Malines était parti de rien et a tout gagné : la Coupe, le titre, la Coupe des Vainqueurs de Coupes. Preud'homme : On faisait tout ensemble, sur le terrain comme en dehors : joueurs, entraîneurs, staff technique. Le programme du week-end, c'était : le samedi, jouer et gagner. Après, on sortait jusqu'aux petites heures. Le dimanche matin, il y avait décrassage, mais tout le monde était là. On dormait l'après-midi, jusqu'à 16 h 45, moment où l'on écoutait... les résultats de nos adversaires. Mais le lundi, on était de nouveau d'attaque pour la reprise des entraînements. Même si cette solidarité a conduit au succès, je ne conseille pas aux joueurs actuels du Standard d'adopter le même régime ! ( Ilrit) Vanhoof : Il était déjà un très bon gardien, mais il allait ensuite devenir l'un des meilleurs du monde. Il s'est parfaitement intégré dans un groupe qui comportait déjà énormément de personnalités. Il est même devenu, à un moment donné, LA figure de Malines. Ce n'est pas un hasard si, à l'entrée du stade, trois personnages sont représentés : Torke Lemberechts (une ancienne gloire 42 fois international entre 45 et 55), Mark Uytterhoeven (un homme de TV qui a joué un rôle très actif dans le sauvetage du club après la faillite) et... Michel. Preud'homme : Au moment où j'ai signé à Malines, il y avait des problèmes au Standard et j'avais besoin de jouer. C'est votre journaliste Pierre Bilic qui, le premier, avait évoqué la perspective d'un passage à Malines pour la saison 86-87. Il m'avait demandé : - Ceclub adegrandsprojets, s'ilsouhaite t'engager, accepterais- tuallerjouerlà- bas ? J'avais répondu : - S'il y a réellementdegrandsprojets, pourquoipas ? Que représentait Malines à mes yeux ? Une équipe solide et agressive, un petit stade plein d'ambiance... A la télévision, j'avais aperçu un grand monsieur affublé d'une grosse moustache : l'entraîneur Aad de Mos. Après avoir signé, je me suis rendu au stade avant les vacances, pour essayer un costume... bleu et vert, avec une cravate jaune ! Puis, je suis revenu pour la reprise des entraînements, et là je me suis rendu compte qu'au-delà de cette image, Malines était très professionnel. L'équipe recelait beaucoup de qualités et un bloc était en train de se former. On a commencé le championnat par un partage 1-1 au Beerschot, puis on a gagné un match à domicile et on a enchaîné par un succès 0-4 au Racing Jet Bruxelles. C'est alors que le Standard s'est présenté derrière les casernes. On a perdu 0-1 mais c'est après cette défaite que la spirale des succès a été enclenchée. On a terminé à deux points d'Anderlecht : 55 pour 57 au Sporting. Vanhoof : Le club s'est professionnalisé avec l'arrivée d'Aad de Mos. Il a introduit ses idées de l'Ajax et John Cordier a donné à l'équipe les moyens de ses ambitions. Le scouting était très bon et les joueurs qu'on a recrutés furent quasiment tous des réussites. Des jeunes sont arrivés et se sont greffés sur un groupe qui était déjà très professionnel et qui en voulait énormément. Ceux qui arrivaient étaient obligés de suivre le mouvement. Preud'homme : Ils n'avaient pas le choix. Graeme Rutjes, Erwin Koeman, Lei Clijsters et moi-même formions un quatuor de tueurs. Lorsque des nouveaux débarquaient, on les prenait en charge. Le plus bel exemple fut Pascal Dewilde. Lorsqu'il est arrivé, il a voulu faire le fanfaron. Lorsqu'on organisait des petits matches, de Mos - qui était de connivence - plaçait les quatre fous dans une équipe et Dewilde dans l'autre. Chaque fois qu'il avait le ballon, on le tacklait. De Mos ne sifflait jamais. Après 15 jours, Dewilde était devenu comme nous. On était des fanatiques et de Mos en était un aussi. On s'entraînait toujours le couteau entre les dents. Vanhoof : On dit toujours qu'on joue comme on s'entraîne, mais c'est la vérité. Preud'homme : Lorsque Aad est parti à Anderlecht, il avait l'intention d'emmener un maximum de joueurs de Malines. Il m'a tâté, mais j'étais encore sous contrat et un transfert n'était pas à négocier. Je respecte énormément Anderlecht, mais cela a toujours été le rival du Standard, et à l'époque c'était aussi le rival de Malines. On me dit que j'ai été trop sentimental dans mes choix. C'est possible, mais je suis ainsi. Preud'homme : Peut-être un match à l'AC Milan, où l'on a gardé le 0-0 jusqu'aux prolongations en Coupe des Champions. C'est le genre de matches où il faut être concentré à 100 % pendant 90 minutes. Je voyais les supporters milanais gesticuler dans les tribunes, mais je ne les entendais pas. Je me souviens aussi d'un match au Cercle Bruges où on avait été archi-dominés et où j'avais tout sorti. Mais ce n'était que le Cercle ! par daniel devos - photos: reporters / gouverneur