Vendredi, Charleroi n'a pas su remercier ses supporters comme il l'aurait voulu. Bien dans la rencontre, les Zèbres allaient céder à la 38e minute sur un contre rapidement mené par Milan Jovanovic. Carte rouge pour Badou Kere, égalisation dans la minute suivante et une 2e mi-temps de trop pour les hommes de Jacky Mathijssen, qui, à dix contre 11, ont plié devant la puissance physique des Liégeois.
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Vendredi, Charleroi n'a pas su remercier ses supporters comme il l'aurait voulu. Bien dans la rencontre, les Zèbres allaient céder à la 38e minute sur un contre rapidement mené par Milan Jovanovic. Carte rouge pour Badou Kere, égalisation dans la minute suivante et une 2e mi-temps de trop pour les hommes de Jacky Mathijssen, qui, à dix contre 11, ont plié devant la puissance physique des Liégeois. Doit-on imputer cette défaite à une baisse de régime (0 sur 9) ou seulement à l'exclusion de Kere ? Difficile à dire car les Zèbres avaient montré deux visages jusqu'à cette 38e minute. Un inquiétant d'abord. Pendant 20 minutes, ils se sont fait balader par les Standardmen. L'égalisation de Jérémy Perbet, un peu inespérée, remettait la machine en marche et les Carolos bouclaient la première mi-temps en trombe, en pleine euphorie. La deuxième période allait s'assimiler à une lente descente aux enfers pour la défense carolo. Laurent Ciman, qui avait débuté à gauche, se trouvait désorienté face à un nouveau changement de poste ; Oumar Bakari déjà peu en vue en début de match, ne savait plus à quel saint se vouer ; Hemza Mihoubi, qui avait fait son apparition à la mi-temps pour renforcer un secteur défensif délaissé par Kere, se fit ridiculiser par Sergio Conceiçao à tel point que Mathijssen le retira du jeu une demi-heure plus tard. Quant au capitaine courageux, Frank Defays, il eut bien du mal à maintenir le bateau à flot. Coupable sur le premier but et malheureux sur le troisième, il ne gardera pas un bon souvenir de ce derby. Cette prestation pourrait-elle clore le débat ouvert depuis quelques mois sur son insertion méritée en équipe nationale ? Si le sélectionneur fédéral René Vandereycken, présent dans les travées du stade du Pays de Charleroi, ne tient compte que de cette rencontre, il répondra à la question sans doute de manière positive. Mais, il ne faut pas oublier les qualités du défenseur namurois. OUI Si Defays a sombré face au Standard, il ne faut pas tirer de conclusions hâtives sur sa capacité à tenir le rythme dans les grandes occasions. Mis à part son erreur de marquage sur le premier but adverse, Defays avait tout réussi en première mi-temps. Cinq interceptions, quatre relances parfaites et deux montées offensives réussies. Les circonstances du match ont décidé de la qualité de sa prestation. Pourtant, Defays répond généralement présent lors des sommets. Comme capitaine, il sait transcender ses troupes. Il y a deux ans, il avait réalisé le match parfait contre Genk. Il a remis cela il y a quelques mois face à Anderlecht et de nouveau face à Genk, étant avec Fabien Camus, l'artisan numéro un de la plantureuse victoire carolo face au leader. L'argument qui consisterait à dire que Defays est un joueur capable de briller dans des rencontres à sa portée est faux. Il sait hausser le niveau de son jeu devant les grandes cylindrées. Nul doute qu'il saurait le faire dans des rencontres internationales. L'importance de l'enjeu ne lui fait pas peur. Du moins dans une formation où il a ses repères. Reste à voir comment il se comporterait dans un environnement inconnu... OUI Eric Van Meir est entraîneur adjoint au Lierse et ancien joueur de Charleroi où il obtint sa première convocation chez les Diables Rouges. Il poursuivit son parcours pour l'équipe nationale en n'évoluant qu'au Lierse. " Je pense que jouer dans un petit club ne change rien à la donne. Moi, j'ai porté le maillot de Charleroi et j'ai bien été sélectionné ! Il n'y a rien qui interdit au coach fédéral de retenir un élément d'un plus petit club. A l'époque, il y avait d'ailleurs beaucoup de joueurs du Germinal Ekeren et quand j'ai été champion avec le Lierse en 1997, six Lierrois faisaient partie du noyau des Diables Rouges. Néanmoins, c'est assez logique que les grands clubs envoient davantage d'internationaux car ils disposent de meilleurs joueurs et que leurs éléments ont également plus d'expérience internationale. Il ne faut cependant pas oublier que c'est la qualité qui doit primer. La sélection ne doit pas être faite sur la carte de visite, le nom du joueur ou celui de son employeur. Je me souviens très bien de ma première convocation. C'était en 1993. Le sélectionneur fédéral, Wilfried Van Moer, s'était rendu à Ostende pour me visionner. On citait mon nom depuis plusieurs semaines mais j'ai quand même été surpris quand la liste a été dévoilée. Le contexte était similaire à celui de maintenant. A l'époque, Charleroi faisait partie du Top-5 et en fin de saison, nous avons même atteint la finale de la Coupe de Belgique. Les circonstances sont identiques pour Defays. Par la suite, j'ai été transféré au Lierse et personne ne m'a dit que pour ma carrière, il aurait mieux valu que je rejoigne un grand club. Si on ne retenait que des joueurs d'Anderlecht, Bruges et le Standard, le noyau ne serait pas complet. Je suis resté chez les Diables durant dix ans. Je compte 58 sélections et 34 capes et je peux affirmer que je n'aurais pas réalisé une meilleure carrière internationale si j'avais rejoint Anderlecht ou Bruges plus tôt. En effet, Glen De Boeck a débuté lors de la même rencontre que moi contre le Gabon. Il a bouclé son parcours en 2003 comme moi. Il a le même nombre de capes que moi mais il compte moins de sélections. Or, il avait rejoint Anderlecht très tôt ". NON Franky Van der Elst, désormais l'ex-entraîneur adjoint du Club Bruges, a porté la vareuse des Diables Rouges à 86 reprises, disputant les Coupes du Monde 1986, 1990, 1994 et 1998. Il boucla son parcours en France à 37 ans. " Cela dépend de la santé du joueur et de son physique. A 32 ans, je pense que l'on peut continuer à faire partie du noyau belge. D'ailleurs, à cet âge-là, je courais encore comme un gamin ( il rit). A 32 ans, je disputais la Coupe du Monde en 1994 et je crois que je peux affirmer avoir réalisé un bon tournoi. Cependant, on ne peut pas débuter en sélection à cet âge. Je ne crois pas que cela soit possible. C'est très rare que l'on soit à son meilleur niveau à moins que l'on joue au poste de gardien. Si on t'a oublié ou pas convoqué pendant toutes ces années, c'est qu'il y a une raison. Soit le joueur n'était pas assez bon, soit le sélectionneur a failli à sa tâche. Si c'est le cas, on ne peut pas revenir en arrière. Certes, à 32 ans, on a acquis de l'expérience mais le physique parle malgré tout. Une rencontre internationale, c'est le plus haut niveau et on ne joue pas contre les Pays-Bas ou le Portugal sans une préparation adéquate, sinon on risque d'être surpris par la vitesse et l'intensité des débats. Il faut donc être à 100 % de ses moyens physiques. Or, à 32 ans, on est sur la pente descendante, plus proche de la fin de carrière que du début. Il ne faut bien sûr jamais dire jamais. S'il n'y a pas de blessés ou de suspendus, il ne faut pas que le sélectionneur quitte la ligne qu'il s'est fixée ". OUI Régis Genaux, désormais entraîneur de Seraing (D3), compte 21 sélections. Sa place de prédilection fut durant toute sa carrière le poste de back droit. Qui est pour lui le meilleur choix actuel ? " Il faut avant tout quelqu'un qui pense en termes défensifs. Il faut de l'agressivité dans le bon sens du terme. Et puis, il faut aussi apporter le surnombre en attaque : déborder, centrer et donc avoir une bonne condition physique. D'ailleurs, on me dit souvent que l'on regrette mon style de jeu car on voit de moins en moins de backs apporter quelque chose sur le plan offensif. Et si on prend ceux qui font la différence à ce niveau, il s'agit souvent de ceux qui montent au créneau. On dit aussi qu'un défenseur doit être polyvalent. C'est faux ! Car, ce n'est pas la même débauche d'énergie sur les côtés que dans l'axe. Pour moi, au poste d'arrière droit, Eric Deflandre demeure la référence grâce à son placement et son expérience. Il sent la rencontre et sait quand il peut monter. Malgré son âge, je ne comprends pas pourquoi on ne le sélectionne plus. Au Standard, on l'a sacrifié sans explications et je vois que depuis qu'il a récupéré sa place, il fait l'unanimité. En équipe nationale, on a besoin de maturité. Sur le même pied que Deflandre, je placerais Defays. C'est un pur back droit. On le voit en analysant son jeu en contre-attaque et en possession de balle. Il me fait d'ailleurs penser à Deflandre. Par rencontre, il délivre quatre ou cinq bons centres. De plus, il marque de temps en temps sur phases arrêtées. Pour dépanner, on peut compter sur lui. C'est un atout offensif, intransigeant derrière. Que demander de plus ? Ensuite, je vois Hans Cornelis, jeune et plein d'envie mais je me demande s'il ne sera pas dépassé un cran plus haut. C'est avant tout une solution d'avenir. Quant à Anthony Vanden Borre, il doit prouver que c'est le plus gros talent belge. Pour moi, il mériterait son étiquette de futur grand s'il disputait tous les matches en étant régulier. Cela peut arriver qu'un jeune passe à travers de l'une ou l'autre rencontre mais il faut veiller à se montrer constant. Le fait d'avoir été balancé star du jour au lendemain peut le perturber et avoir des répercussions sur ses prestations mais il doit se ressaisir s'il veut s'inscrire dans la durée. L'équipe nationale doit normalement servir de référence pour le poste de back droit mais on ne sait même pas qui évolue à cette place. J'exagère un peu mais Carl Hoefkens est d'abord quelqu'un d'axe central. Quant à Vanden Borre, il est trop porté à l'offensive. Il oublie de bloquer sa zone et le chemin du but ". OUI Philippe Albert, consultant sur BeTV et détenteur de 41 capes, a bien connu Defays à ses débuts. Il peut donc juger de sa progression. " Je l'ai connu en 1999 à Charleroi. Il s'est directement imposé alors qu'il arrivait de D3. Il avait la tête bien sur les épaules et écoutait les anciens. Il n'y a pas de miracle : quand on écoute les conseils des anciens, on réussit. Le fait qu'il soit devenu capitaine ne m'étonne pas. Pas plus d'ailleurs que sa réussite. Certains soulignent sa progression comme s'il s'agissait d'un miracle mais moi, cela ne me surprend nullement. Il a appris pendant deux, trois ans. Ensuite, il a pu commencer à progresser et inculquer ses valeurs aux autres. C'est souvent lui qui prend les jeunes sous sa coupe. Quand on voit les derniers backs droits de Belgique, je ne vois pas ce qui manque à Defays. Je le trouve bien meilleur qu'Hoefkens. Il est intransigeant défensivement et présent offensivement, ce qu'Hoefkens est incapable de faire. L'équipe nationale connaît des problèmes à ce poste et l'expérience de Defays serait bénéfique. Depuis que Jacky Mathijssen est arrivé à Charleroi, il a gagné en confiance. Il est libéré et le fait qu'il porte le brassard n'est également pas étranger à sa progression. De plus, il est régulier. On peut compter sur les doigts d'une main ses mauvais matches. Il a eu la malchance d'arriver très tard en D1 sinon il aurait rallié un grand club. Maintenant, à près de 33 ans, on sait qu'il terminera sa carrière à Charleroi. Il recherche un peu plus de sécurité. Il fait certainement partie des meilleurs du pays à son poste. A part Cornelis, je ne sais pas qui peut rivaliser avec lui ". STÉPHANE VANDE VELDE