Chelsea est à la peine en ce moment. Après avoir été sacrés champions la saison dernière, Eden Hazard et ses coéquipiers ne sont plus que l'ombre d'eux-mêmes. Une situation que peu de supporters des Blues auraient imaginé en début de saison. Pourtant, il va falloir qu'ils s'y fassent puisque le club cher à Roman Abramovitch ne remportera plus qu'une seule fois la Premier League lors des... 1000 prochaines saisons. Du moins, si l'on en croit la simulation réalisée sur Football Manager par un Britannique, dingue du jeu édité par SportsInteractive.
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Chelsea est à la peine en ce moment. Après avoir été sacrés champions la saison dernière, Eden Hazard et ses coéquipiers ne sont plus que l'ombre d'eux-mêmes. Une situation que peu de supporters des Blues auraient imaginé en début de saison. Pourtant, il va falloir qu'ils s'y fassent puisque le club cher à Roman Abramovitch ne remportera plus qu'une seule fois la Premier League lors des... 1000 prochaines saisons. Du moins, si l'on en croit la simulation réalisée sur Football Manager par un Britannique, dingue du jeu édité par SportsInteractive. Lorf--Yizmo, son pseudo sur le site communautaire Reddit, a fait tourner sa bécane 24h/24 pendant 58 jours pour simuler 1000 ans de foot anglais et mondial. Si Chelsea est à la ramasse, les Spurs de Tottenham ne font guère mieux avec à peine 5 titres soit moins que, au hasard, Chesterfield (7), Bromley (32) ou encore l'étonnant trio de tête Barnsley (93), Burnley (138) et Sheffield United (167). Le bonhomme a également compilé les victoires en Champions League, où le Real Madrid conserve son record (108 titres tout de même), mais aussi en Coupe du Monde. On apprend ainsi que la Belgique remportera 5 Mondiaux, que seul le Maroc (1 victoire) brisera l'hégémonie des pays européens et américains et que les Pays-Bas devront encore patienter jusqu'en 2586 pour enfin gagner une finale. Si de telles prédictions sont évidemment fantaisistes vu le nombre d'années simulées, FootManager n'en demeure pas moins le jeu de management sportif le plus réaliste au monde et les simples amateurs comme les acteurs du foot s'en sont bien rendu compte. " On dirait que ce n'est pas réel. C'est vraiment beaucoup d'émotions. Tu regardes le stade, les tribunes... Et tu te dis que c'est un vrai club. " Posté dans un rond central d'une pelouse et dans une brume toutes deux britanniques, Tony Jameson est pensif. Le stade ? Celui des Blyth Spartans, modeste entité de septième division anglaise. " Je suppose que je ne voulais pas être ailleurs. J'ai gagné la Premier League, la Coupe d'Europe... A l'heure actuelle, j'ai 85 ans. " Si le comédien est proche de la retraite virtuelle, c'est qu'il ne compte plus ses heures de FM, au point d'en faire un one man show, ironiquement intitulé " FootballManagerRuinedMyLife ", où il rit de sa propre addiction au jeu. Une simulation qui rend clairement dingue un grand nombre de ses adeptes. " Vous pouvez lire un livre et être dans son univers, mais ça n'a aucune conséquence ", nuance Miles Jacobson, qui est à l'origine du jeu. " Dans FootballManager, chaque chose que vous faites a une conséquence sur l'univers. " Si le discours du créateur peut laisser songeur, il s'avère que depuis plusieurs années, le jeu influence directement le réel et des pointures figurent parmi ses plus fidèles accros. " Vous repérez un joueur et vous voyez qu'il peut devenir une star ", raconte Ole Gunnar Solsjkaer, grand adversaire de Jordi Cruyff en ligne. " Vous l'achetez à 16-17 ans et dans la vraie vie, vous le voyez évoluer... C'est incroyable. " En bref, la base de données du jeu s'est tellement élargie depuis sa création et devient si complète qu'elle permet souvent de se positionner sur un potentiel futur crack. Alex McLeish en a fait l'expérience à ses dépens. Lorsque son fils Jon, recruteur et joueur de FM, découvre une pépite dans la troisième équipe du Barça, il en parle logiquement à son père pour qu'il le fasse venir aux Rangers. En vain. " Il m'a dit que ce gars allait être le meilleur joueur du monde ", rembobine l'ancien T1 de Genk. " J'ai dit : 'OK, fiston' en lui tapant sur la tête. " Le gars en question ? Simplement Lionel Messi. McLeish raconte également qu'Andres Iniesta aurait réellement pu rejoindre - en prêt - les rangs des Gers grâce aux appréciations virtuelles de son rejeton... Au début des années 2000, c'est au tour de l'ancien pro Demetrio Albertini de faire connaissance avec le jeu. Il fait aujourd'hui partie de l'équipe de recherche de SportsInteractive en Italie. " On a senti que toutes les caractéristiques seraient plus justes si elles étaient faites par un vrai joueur de foot ", lance la légende du Milan. Au sein de la Nazionale de son époque, Massimo Oddo et Andrea Pirlo sont également contaminés par le virus FM et n'hésitent pas à s'informer dans la database du jeu pour renseigner Giovanni Trapattoni sur leurs adversaires. " C'est un outil incroyablement utile, surtout pour un journaliste comme moi, qui doit se tenir au courant de l'actualité et notamment des statistiques, des caractéristiques des footballeurs ", souligne Iain Macintosh d'ESPN, auteur de " FootballManagerStoleMyLife ". " Avec la base de données, vous pouvez connaître tout sur n'importe qui, n'importe où. Je lui fais plus confiance que n'importe quel site Internet. " Et Macintosh n'est pas seul : Everton et Huddersfield ont signé des accords officiels avec SportsInteractive, quand Nice se sert plus discrètement de la base de données. C'est à la fin des nineties que la saga commence à s'immiscer dans la réalité. Ray Houghton, coach à l'époque de Crystal Palace, passe un coup de fil à Miles Jacobson (à l'origine du jeu) : " Il m'a dit : 'Écoute, je galère pour trouver un arrière latéral gauche de bon niveau, mais pas trop cher' ", se souvient le créateur pour Sofoot.com. " C'était en 1998 ou 1999, je lui ai fait une liste de bons latéraux gauches d'Europe de l'Est, deux mois plus tard, Crystal Palace avait fait signer l'un de ces joueurs. " L'OGC Nice est le premier club francophone à emboîter le pas. Les Niçois auraient en effet transféré Nemanja Pecjinovic en 2010, sur les conseils de son émissaire Jonathan Beilin, adepte confirmé. Et alors que dans la cellule de recrutement d'Huddersfield, aujourd'hui en Championship, on trouve des représentants de SportsInteractive et de Prozone, Everton, de son côté, aurait prospecté via FM pour s'offrir le Français Magaye Gueye et un certain... Marouane Fellaini. Autant d'infos qui alimentent l'authenticité du jeu vidéo, mais aussi sa légende. Quand Vugar Huseynzade devient directeur sportif de Bakou à 21 ans en 2012, on attribue sa réussite précoce à celle qu'il a pu glaner virtuellement. Il affirmera pourtant n'y avoir pioché que des " connaissances basiques ". Mais si la saga s'impose de plus en plus dans la mallette du recruteur 2.0, elle peut également rendre complètement fous et accros ceux qui lui vouent un culte. " Quelle que soit la version du jeu, la meilleure expérience est probablement de porter un costume ou même de mettre l'hymne national avant les matches ", poursuit Macintosh. L'idée déconstruit totalement celle que l'on pourrait se faire du geek classique, jouant pendant des heures en caleçon. Pourtant, le résultat est presque le même : on reste seul, lâché par une copine qui ne peut pas comprendre. Dans le documentaire " AnAlternativeReality ", Adam Clery raconte ses soirées endiablées, tiré à quatre épingles et esseulé devant son pc. Après avoir remporté une finale de Coupe de l'UEFA disputée en temps réel, il exulte si fort que l'on vient sonner à sa porte. Il est tout près de se faire embarquer par la police... " J'ai dû expliquer aux flics qu'il n'y avait aucun danger, j'étais juste beaucoup trop excité à l'idée de jouer une finale de coupe. C'était probablement le moment qui m'a donné le plus à réfléchir dans ma vie. " Quant à son pote Johnny Sharples, il déclare sa flamme pour Wesley Ngo Baheng, sombre attaquant franco-camerounais qui fait le bonheur de sa partie avec Gateshead, modeste entité de Non-League. La dévotion part tellement loin qu'il crée une chanson en son honneur et appelle le secrétariat du club pour se faire floquer un maillot au nom du buteur. Quelques mois plus tard, Gateshead le met à l'essai... Que ce soit tactiquement dans la mise en place d'une équipe ou humainement dans la gestion d'un groupe, FootballManager tend à friser la perfection et permet une large compréhension du jeu, du vrai. La moindre erreur se paie cash et un joueur virtuel peut désormais partir en clash avec son entraîneur. Ce qui pousse parfois le fanatisme à son paroxysme. Cet été, un Italien de 19 ans, Alessandro Colombini, a parcouru plus de 5000 km de Livourne à Derry pour rencontrer son goleador virtuel, Patrick McEleney. Un autre joueur avait également l'habitude de serrer sa poignée de porte comme s'il serrait des mains en guise de présentation de son équipe à la Princesse de Kent, tandis qu'un autre a suspendu une poubelle enflammée à sa fenêtre avant un déplacement virtuel à Galatasaray, pour se rapprocher de l'atmosphère d'Istanbul, connue pour ses lampions et dite " ville des milles lumières ". De ces folies, Jacobson en sait quelque chose. Fan invétéré de Watford depuis sa tendre enfance, il en est désormais le sponsor maillot et a accès aux séances d'entraînement pour observer et perfectionner celles mises à disposition dans le jeu. En 2002, il avait également participé au sauvetage de Wimbledon. Pour le premier match post-reprise, les Wombles sont tellement aux abois qu'ils doivent emprunter les vareuses corpo de SI... " Je crois que la relation que les gens ont avec leur équipe dans FootballManager peut être meilleure que dans la vraie vie ", distille le créateur. On l'a bien compris, le côté réaliste fait tout le sel du jeu. Mais comment s'y prendre pour être fiable quand la base de données recense environ 500.000 footballeurs de la D1 sud-africaine à la CFA2 française ? La réponse tient en un mot : passion. En effet, plus de 1500 bénévoles à travers le monde compilent des données pour le jeu durant leur temps libre. De simples fans qui livrent un véritable travail de titan. Chaque joueur est noté selon 40 attributs qui vont des caractéristiques techniques aux qualités physiques et mentales. A cela s'ajoutent les données concernant les historiques des joueurs et des clubs mais aussi les renseignements à propos des stades, des dirigeants ou des membres des staffs. Concrètement, chaque scout se voit assigner à un club ou à une région et est chargé d'écumer les matches, les tournois de jeunes et entraînements, d'entrer en contact avec les clubs ou les joueurs pour vérifier les informations, de lire la presse à la recherche d'évaluations et d'ensuite transférer le tout à son Head Researcher national, qui lui est salarié par FootManager. Ce dernier entre alors en contact avec ses homologues à l'étranger et se charge de l'harmonisation globale des données, histoire que certains joueurs ne voient pas leurs stats surgonflées par un bénévole un peu trop enthousiaste. Une formule qui a fait ses preuves comme le prouve la confiance accordée par les clubs à la base de données mais qui n'est évidemment pas exempte de quelques couacs (voir cadre Top 10 des plantages de FootManager). Si les recruteurs se servent du jeu comme d'un outil et que des milliers de gamers à travers le monde remplissent des tonnes de forums avec leurs découvertes ou conseils tactiques, certains joueurs de foot, des vrais en crampons, sont aussi gagnés par le virus. Antoine Griezmann a déjà avoué enchaîner les parties tandis que Nacer Chadli partage sa passion pour le jeu, où il contrôle Tottenham, avec ses followers sur Twitter. Encore plus fou, Bafétimbi Gomis expliquait en 2014 qu'après avoir signé un contrat en faveur de Swansea, il avait entamé une partie avec sa nouvelle équipe, histoire de se familiariser avec ses nouveaux coéquipiers. Quant à Paul Pogba, les tabloïds britanniques l'ont envoyé à Chelsea début de saison passée sur base d'une photo prise dans un avion durant la Coupe du Monde brésilienne. On y voyait le joueur de la Juventus en pleine partie de FM avec Chelsea où il s'était auto-transféré. Autre cas schizophrénique, l'international anglais Andros Townsend s'est lui-même transféré au PSG où il n'est jamais parvenu à trouver une place pour son double numérique et a été contraint de le revendre à perte. Mais le joueur des Spurs n'en est pas à une anecdote FM près : début de saison, sa copine Hazel O'Sullivan l'interpellait suite à une supposée absence de son boyfriend à l'entraînement. La WAG avait simplement pris pour véridique un screenshot du jeu posté sur le réseau social où Townsend était mis à l'amende pour absentéisme. En Jupiler Pro League également, certains sont de véritables mordus de la simulation comme le Carolo Clinton Mata : " Avec mes potes Jonathan Buatu, Dolly Menga ou Christian Kabasele, on est vraiment accros. Quand je joue, je suis concentré à mort. Il ne faut pas me parler. Je suis capable de refuser de sortir pour jouer un gros match. " Et le côté chronophage du jeu a également des avantages : " Quand je vais jouer en équipe nationale pour l'Angola, les longs trajets en avion passent beaucoup plus vite. En fait, le kiff c'est que c'est toi le boss. Tu diriges ton équipe, tu cherches des solutions quand ça va pas, c'est vraiment comme si t'étais un vrai coach. " Clinton, bientôt successeur de Felice Mazzu ?PAR JULES MONNIER ET NICOLAS TAIANA - PHOTOS BELGAIMAGE" Il m'a dit que ce gars allait être le meilleur joueur du monde. J'ai dit : 'OK, fiston' en lui tapant gentiment sur la tête. " ALEX MCLEISH, QUAND SON FILS DÉCOUVRE MESSI DANS LE JEU Un Italien de 19 ans a parcouru plus de 5000 km, de Livourne à Derry, pour rencontrer son buteur virtuel, Patrick McEleney.