Certaines légendes s'alimentent elles-mêmes. Celle du Rapid de Vienne et de son fameux Rapidviertelstunde se nourrit depuis un siècle des exploits de siens. Car derrière ce " quart d'heure du Rapid ", le dernier du match, se cachent des années de retournements de situations. Le Rapid est connu pour renverser la vapeur dans des matches qui semblent perdus. Les épopées glorieuses ont marqué les premières décennies du club. Celle de 1921 (mené 3-5 contre WAC, le Rapid renverse la vapeur dans le dernier quart d'heure et gagne...7-5) r...

Certaines légendes s'alimentent elles-mêmes. Celle du Rapid de Vienne et de son fameux Rapidviertelstunde se nourrit depuis un siècle des exploits de siens. Car derrière ce " quart d'heure du Rapid ", le dernier du match, se cachent des années de retournements de situations. Le Rapid est connu pour renverser la vapeur dans des matches qui semblent perdus. Les épopées glorieuses ont marqué les premières décennies du club. Celle de 1921 (mené 3-5 contre WAC, le Rapid renverse la vapeur dans le dernier quart d'heure et gagne...7-5) ressemble à un épiphénomène face aux mémorables succès de 1941 et de 1985. En 1941, fruit de l'Anschluss, cette annexion de l'Autriche par l'Allemagne, le Rapid se retrouve en finale du championnat d'Allemagne face à Schalke. Mené 0-3, le Rapid se réveille et l'emporte, devenant le seul club autrichien inscrit au palmarès du championnat d'Allemagne. Quarante-quatre ans plus tard, c'est la Coupe d'Europe qui forgea encore un peu plus la légende des vert et blanc, avec une finale perdue contre Everton en Coupe des Coupes. En demi-finale, le Rapid remonta un 3-0 infligé à l'aller par le Dynamo Dresde en remportant le retour 5-0. Si le Rapid doit sa renommée à ses remontées spectaculaires, il le doit aussi à son caractère populaire, fondement de sa rivalité avec le voisin de l'Austria. Voisin car les deux clubs sont issus du même quartier. Mais n'ont pas les mêmes origines. Alors que le Rapid est un club d'ouvriers (il se nomme d'abord Erster Wiener Arbeiter-Fußball-Club), l'Austria est soutenu par la bourgeoisie. Un paragraphe des statuts des Violets exige même un certain degré d'intelligence pour faire partie de l'Austria. Contrairement à d'autres clubs européens, cet antagonisme demeure puisque le Rapid a toujours refusé de céder aux sirènes d'un repreneur étranger alors que l'Austria fut entre 1999 et 2005 la propriété d'un richissime milliardaire canadien, Frank Stronach, PDG de Magna International. Mais comme les choses ne sont jamais clairement définies, l'Austria est aujourd'hui présidé par... le président d'un des plus grands syndicats autrichiens. La rivalité entre les deux équipes est donc avant tout une lutte de classes. Et cela peut faire des étincelles. Mêmes les joueurs les plus fair-play se sont laissés griser par l'ambiance électrique du Wiener Derby. Les légendes des deux clubs (Matthias Sindelar pour l'Austria et Franz Binder pour le Rapid) ont pris la seule carte rouge de leur carrière dans un derby. Mais il n'y a pas que sur le terrain que ça chauffe. En tribunes aussi : en mai 2011, le derby avait dû être arrêté après l'envahissement du terrain par les fans du Rapid. PAR STÉPHANE VANDE VELDE