On se calme ! Un match entre le Standard et Charleroi, souvent, ça sent la poudre. En vue du rendez-vous de ce week-end à Liège, la direction du Sporting a agi préventivement. Elle a exigé des supporters souhaitant faire le déplacement qu'ils présentent leur carte d'identité lors de l'achat de leur place et qu'ils signent une déclaration sur l'honneur. Extrait du communiqué officiel : " Nous ne voulons pas revivre ça ! Nous voulons de vrais supporters, fiers de leurs couleurs en toutes circonstances, dans la victoire comme dans la défaite. Nous voulons des supporters responsables, des fans remarquables. "
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On se calme ! Un match entre le Standard et Charleroi, souvent, ça sent la poudre. En vue du rendez-vous de ce week-end à Liège, la direction du Sporting a agi préventivement. Elle a exigé des supporters souhaitant faire le déplacement qu'ils présentent leur carte d'identité lors de l'achat de leur place et qu'ils signent une déclaration sur l'honneur. Extrait du communiqué officiel : " Nous ne voulons pas revivre ça ! Nous voulons de vrais supporters, fiers de leurs couleurs en toutes circonstances, dans la victoire comme dans la défaite. Nous voulons des supporters responsables, des fans remarquables. " " Ça ", c'est le gros dérapage de décembre 2012. L'équipe carolo s'était crashée : un 6-1 bien tassé. Mais c'est surtout son public qui avait pété les plombs : jets de fumigènes, 193 sièges arrachés et certains lancés sur la pelouse, toilettes saccagées - 20.000 euros de frais au total. Et pour finir le boulot, une baston avec des supporters du Standard sur un parking d'autoroute en fin de soirée. Le fan acharné de Charleroi, généralement, déteste le Standard et son public. Alors, une correction à Sclessin passe très mal. Il y en a eu plusieurs dans l'histoire récente dont un 4-0, un 6-0, un 5-1, ce fameux 6-1 de la saison dernière (voir encadrés). A côté de cela, les Zèbres ont aussi écrit des pages de leur histoire dans le stade de l'ennemi. Retour sur les victoires hennuyères depuis l'année 2000. Témoignages. Avec Jacky Mathijssen, Charleroi a entamé le championnat sur un affront : 2-5 au Mambourg face à La Louvière. La deuxième journée réserve un déplacement à Sclessin. " En partant à Liège, on se dit déjà que la saison risque d'être compliquée si on commence par deux défaites ", se souvient Bertrand Laquait. " Ce n'était pas l'enchaînement le plus simple après une désillusion pareille. En milieu de première mi-temps, le Standard fait 1-0, on est dans les cordes. Pour nous, c'est déjà presque un tournant du championnat. SébastienChabaud nous remet dans le coup en égalisant. On est dans une vraie ambiance de derby, c'est aussi fort qu'un OM-PSG ou un Lyon-PSG, ce sont des matches où le classement ne compte pas. A Charleroi, il y a chaque saison deux matches qu'on ne peut absolument pas perdre : ceux contre le Standard. D'un coup, je sens dans notre équipe une grosse envie de révolte. On est transcendés. Juste avant la mi-temps, Toni Brogno marque. Il faut encore tenir trois quarts d'heure. " Dès ce moment, le gardien français se fait bombarder. Lu dans Sport / Foot Magazine quatre jours plus tard : Le Standard s'est créé cinq fois plus d'occasions.DominiqueD'Onofrio met le paquet en alignant simultanément trois béliers : AlexandrosKaklamanos, Jari Niemi et Sambegou Bangoura. " On s'y attendait à partir du moment où le Standard devait revenir au score ", dit Laquait. " Mais on a tenu. Pour gagner là-bas, il faut un gardien qui fait des exploits, de la sérénité dans l'entrejeu et l'un ou l'autre coup de génie devant. Ce soir-là, on a combiné tous ces ingrédients. On a subi, comme à chaque fois ou presque qu'on est allé au Standard, mais ils ne sont jamais revenus. " Les 90 premières minutes de ce huitième de finale sont tristes à mourir. Ça se finit sur un pauvre 0-0. Dans les prolongations, Karel Geraerts donne l'avance au Standard à la 114e minute. " Normalement, on ne doit jamais revenir ", dit Frank Defays. " On est chez eux, ils sont plus forts, le match est presque terminé. " Dans les dernières secondes, Toni Brogno égalise. Ça se joue aux tirs au but. Une séance qui a marqué le défenseur namurois pour la vie. " Au moment de désigner les tireurs, je me suis tenu à l'écart, je n'avais pas envie d'y aller, ce n'était pas trop mon truc. Mathijssen a annoncé ses choix : dans l'ordre, Toni Brogno, Sébastien Chabaud, Nasredine Kraouche, Izzet Akgül et moi. Et il nous sort alors un truc incroyable : -Kraouche va rater le sien mais ce n'est pas grave, après ça, Sergio Conceiçao loupera aussi. Et c'est ce qui s'est passé ! " Après le raté du Portugais, Defays s'avance. S'il marque, Charleroi passe en quarts. " Vedran Runje venait de plonger quatre fois du même côté, je me suis dit qu'il n'allait rien changer pour notre cinquième tir ! J'avais vu juste. " En 2006-2007, Mathijssen rejouera au voyant. " Un autre match fou, au Beerschot. Après une heure, on est menés 1-0 et on a eu trois exclus. Quand le ballon sort, on court comme des fous pour aller le chercher. Mathijssen nous crie : -Calme les gars. Vous allez égaliser, mais à la fin. Dans les dernières minutes, je marque et on repart avec un point. " Ce n'est que la deuxième journée mais le siège de Johan Boskamp chauffe déjà. En préparation, il n'a pas réussi à lier la sauce, et pourtant il a du très lourd dans son noyau, notamment Eric Deflandre, Milan Rapaic, Steven Defour, Milan Jovanovic, RicardoSaPinto et aussi un gamin qui va disputer ses premières minutes pros contre les Zèbres, MarouaneFellaini. " Moi, je viens de débarquer à Charleroi et on ne me connaît pas encore en Wallonie ", se souvient TimSmolders. " Après une minute, je marque mon premier but. En faisant ça sur le terrain du Standard, j'étais définitivement adopté par les supporters. Alors que ce n'est jamais simple pour un joueur flamand qui arrive. " Le Sporting se crée trois occasions franches lors des dix premières minutes. " On était les maîtres du jeu, le Standard n'était nulle part, on savait que la situation de Boskamp était déjà compliquée. Il n'y avait aucune peur chez nous, tout le monde a entamé ce match en pensant qu'on pouvait faire quelque chose de très bien. Une semaine plus tôt, on n'avait fait qu'un 0-0 contre le Lierse, chez nous, mais on aurait déjà mérité les trois points. " Karel Geraerts égalise rapidement pour le Standard, mais après une bonne heure, Frank Defays dépose le ballon sur la tête de Cyril Théréau : 1-2, le score n'évoluera plus. " Ça reste un des meilleurs souvenirs de ma carrière ", poursuit Smolders. " Cette victoire nous a vraiment lancés, Jacky Mathijssen a trouvé le bon mix. Après cinq journées, on était sur le podium. Et en fin de championnat, Charleroi était cinquième. " Tim Smolders est d'accord quand on lui fait remarquer que les Zèbres avaient à cette époque une des équipes les plus talentueuses de leur histoire. " Bertrand Laquait, Dante Bonfim, Laurent Ciman, Frank Defays, Majid Oulmers, Fabien Camus, Habib Habibou, Cyril Théréau, JosephAkpala... oui, c'était quelque chose ! " Un coach en sursis, l'histoire est banale à Charleroi. Quand il se déplace au Standard, fin octobre, Thierry Siquet est déjà un peu dehors... Il est suspendu de zone neutre et doit suivre le match en tribune. Abbas Bayat l'a démoli dans la presse quelques jours plus tôt. La mission semble impossible. Le Standard est champion en titre, il a perdu MichelPreud'homme mais gagné LaszloBölöni et conservé ses stars : Axel Witsel, Steven Defour, Dieumerci Mbokani et les autres. Encore ceci : les Rouches sont invaincus à Sclessin depuis 19 mois et 26 matches. Ça frotte dès le début et Frank De Bleeckere sortira en tout dix cartons jaunes. " Un vrai derby ", se remémore Siquet. " Jamais, dans ma carrière d'entraîneur, je n'ai demandé à mes gars de jouer pour un point. J'ai toujours visé la victoire. Au Standard comme ailleurs. Un derby est toujours spécial. Parfois, ça donne un match fermé parce qu'aucune équipe n'ose quitter ses positions. Là, c'était tout le contraire. Le Standard et Charleroi ont joué la gagne dès le départ. C'est un combat que les spectateurs ont apprécié. " Mouhsine Yajour fait 0-1, Benjamin Nicaise égalise juste avant la mi-temps et Habib Habibou plante le but victorieux dans les dernières minutes. La presse évoque " le hold-up parfait ", Bölöni l'a mauvaise : " Incroyable, Charleroi a frappé deux fois et marqué deux fois. " Siquet ne conteste pas trop l'analyse du Roumain : " Je dirais qu'on a eu trois ou quatre occasions, et eux, une bonne dizaine. Un 3-1 aurait été un score logique. Maintenant, le fait d'avoir eu un attaquant bien placé à deux minutes de la fin prouve que nous n'avons pas attendu sagement dans notre camp que l'arbitre siffle, en nous contentant d'un point. Ça montre qu'on voulait encore essayer des choses. " Thierry Siquet quitte la tribune au coup de sifflet final pour aller au vestiaire, il croise Abbas Bayat dans le tunnel. " Il y a eu une poignée de mains mais elle était furtive et glaciale. Pas un mot, à peine un regard. C'est l'image la plus forte que je retiens de cette soirée. Et lors des jours suivants, il ne m'a même pas parlé de notre victoire. Il campait sur ses idées, moi sur les miennes. " Après ce succès de prestige, Mogi Bayat lance que Siquet a aussi intérêt à battre Bruges, le week-end suivant, s'il veut conserver sa place. Il sera remercié en fin de premier tour.PAR PIERRE DANVOYE - PHOTOS: IMAGEGLOBE" Pour gagner au Standard, il faut un gardien qui fait des exploits, de la sérénité dans l'entrejeu et l'un ou l'autre coup de génie devant. " Bertrand Laquait " Je croise Abbas Bayat à la fin du match. La poignée de mains est furtive et glaciale. Pas un mot. A peine un regard. " Thierry Siquet " Avant les tirs au but, Mathijssen nous dit : -Kraouche va rater. Pas grave, Conceiçao loupera aussi. " Frank Defays