Tu es le dernier de la génération dorée de l'Euro 2004 à jouer encore : Del Piero, Pirlo, Totti, plus personne n'est là...

BUFFON : (Il coupe.)Encore heureux ! S'ils étaient encore là, ça voudrait dire qu'on serait une sélection finie (rires). Moi, j'y suis encore parce que j'étais l'un des plus jeunes à l'époque, et parce que je joue à un autre poste. Mais si on avait toujours la même équipe, franchement, ce serait un problème.
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BUFFON : (Il coupe.)Encore heureux ! S'ils étaient encore là, ça voudrait dire qu'on serait une sélection finie (rires). Moi, j'y suis encore parce que j'étais l'un des plus jeunes à l'époque, et parce que je joue à un autre poste. Mais si on avait toujours la même équipe, franchement, ce serait un problème. BUFFON : Je ne sais pas. Dire qu'ils sont ou non à la hauteur, je ne sais pas, je ne sais même pas si c'est correct de le formuler comme ça. Je crois que, grosso modo, la société italienne a changé. Et comme la société italienne change, les façons d'éduquer les jeunes changent, les façons de jouer des jeunes changent. Ma génération, enfants, nous avons tous commencé à jouer à l'oratorio (traditionnellement, l'oratorio est, en Italie, une structure adossée à l'église d'un village ou d'un quartier, où des activités sont proposées aux jeunes, au premier rang desquelles le football. De nombreux joueurs italiens ont été découverts là, ndlr). On s'y retrouvait tous pour jouer au foot, au basket, à tous les sports d'équipe. On était ensemble, il y avait les notions de groupe et de convivialité. Et surtout, à mon avis, c'est là que se développait le talent. Dans ces matchs à cinq contre cinq, sur l'asphalte, à faire un dribble, malgré un caillou, un adversaire, un trou. Ces conditions, ça aide vraiment à faire sortir la partie la plus bestiale de l'homme qu'il y a en nous. Maintenant, c'est plus compliqué. Avec la technologie, les jeunes sont davantage portés à rester à la maison. Derrière leur ordi, leur iPad, leur iPod, leur i-ce-que-tu-veux. Et j'ai l'impression que la conséquence, c'est que footballistiquement, la fantaisie, l'inspiration et le talent sont un peu anesthésiés. On est tous davantage robotisés aujourd'hui. BUFFON : Les dynamiques sont différentes aujourd'hui. Les dynamiques politico-économiques. Enfin, surtout économiques. En raison des déséquilibres d'investissement et de pouvoir financier, la valeur que pouvait avoir autrefois la tradition d'une équipe a de moins en moins d'importance. Aujourd'hui, potentiellement, n'importe quelle équipe, avec n'importe quelle histoire, y compris la pire, qui a la chance d'être rachetée par le premier cheikh venu, peut se permettre le luxe d'avoir sa chance contre la Juve, le Real Madrid ou le Barça en ligue des champions, qui sont, elles, de leur côté, des équipes avec cent cinquante ans d'histoire. D'un côté, c'est quelque chose de très beau, parce que cela veut dire que tout le monde va désormais pouvoir avoir sa chance. C'est comme un jeu à gratter. Tu grattes, à qui le tour ? Mettons Norwich. Et alors Norwich, dans deux ans, va jouer la ligue des champions. Les supporters de Norwich vont être très heureux. Mais d'un autre côté, ça enlève l'aspect romantique du football. Parce que la tradition, selon moi, est une valeur importante. C'est le fruit de la sueur de ceux qui t'ont précédé. C'est le fruit des souffrances et des succès. Et à mon avis, ce n'est pas correct qu'on oublie cela par la force de l'argent. Pour moi, la valeur que peut avoir le fait de jouer à la Juventus est plus forte que le fait de jouer dans une autre équipe qui n'aurait pas l'histoire de la Juventus mais qui me proposerait le double d'argent... Moi, je reste à vie à la Juventus. Parce que ça a une valeur. Faire partie de l'histoire d'un club comme ça est quelque chose qui rend fier.