La clef de la finale perdue du Standard face à Bruges (1-0) se situait là : l'absence de Karel Geraerts sur la feuille de match. Pourtant, face à un entrejeu brugeois renforcé, Marouane Fellaini a semblé bien seul. Peu aidé par Axel Witsel et Steven Defour. Dans un match aussi physique, Geraerts aurait apporté toute sa pugnacité. C'était une rencontre taillée pour lui mais la baronnie liégeoise a voulu faire payer à son joueur ce qu'elle considère comme trahison : son refus de signer un nouveau contrat en bord de Meuse.
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La clef de la finale perdue du Standard face à Bruges (1-0) se situait là : l'absence de Karel Geraerts sur la feuille de match. Pourtant, face à un entrejeu brugeois renforcé, Marouane Fellaini a semblé bien seul. Peu aidé par Axel Witsel et Steven Defour. Dans un match aussi physique, Geraerts aurait apporté toute sa pugnacité. C'était une rencontre taillée pour lui mais la baronnie liégeoise a voulu faire payer à son joueur ce qu'elle considère comme trahison : son refus de signer un nouveau contrat en bord de Meuse. Tant que la direction considérait que le Limbourgeois pouvait changer d'avis, Michel Preud'homme a eu le droit de l'aligner mais à partir du mois de mars, quand il est apparu que rien ne pouvait détourner l'international d'un nouveau défi, il a disparu de la sélection. Pas retenu dans le groupe élargi pour le match de Coupe contre Anderlecht (motif invoqué : une blessure pourtant guérie). Plus de rencontres de championnat. Et pas de finale. Ultime humiliation : Geraerts était 16e homme. Il a dû s'entraîner pour pallier une blessure éventuelle avant d'être renvoyé dans la tribune. Pourtant, en trois saisons au Standard (93 matches-16 buts), le Blondinet est entré dans le cercle des Limbourgeois qui auront marqué le club liégeois. Aux côtés des Gérard Plessers, Jos Daerden, Eric Gerets, Guy Vandersmissen et autre Théo Poel. Pour Sport Foot Magazine, il a feuilleté l'album de ses années rouge et blanc. " On s'est qualifié à la dernière minute. Cela ne faisait que deux semaines que j'étais titulaire. On venait de reprendre confiance après un début de championnat médiocre. On restait sur deux victoires : 1-0 à Lokeren et 0-1 à La Louvière. Les résultats n'avaient pas été bons mais c'est finalement grâce à cette mauvaise passe que j'étais rentré dans l'équipe. Par après, je n'ai plus quitté le onze de base. Mais revenons à Bochum ! C'était 0-0 mais après 15 minutes, j'avais sorti une balle sur la ligne. On devait gagner ce match. On s'était procuré davantage d'occasions que l'adversaire mais on voyait le temps défiler et l'élimination se profilait. Pourtant, on y a cru jusqu'au bout. Je revois le corner. Un défenseur de Bochum avait voulu dégager le ballon avec un peu de show mais il avait finalement quelque peu raté sa frappe. Le ballon était arrivé dans les pieds de Pato Curbelo qui, d'une frappe puissante, avait trompé le gardien. J'ai encore en mémoire la joie des supporters et je me souviens du banc qui explose. C'était incroyable ! On a un peu fêté cela dans le vestiaire mais le retour en car s'était déroulé dans le calme. On était éreinté ! On avait tout donné ". " C'est lors de cette rencontre-là que j'ai vécu la meilleure ambiance de stade. Sclessin était en pleine ébullition. Le scénario de la rencontre avait chauffé les supporters. Les Italiens avaient ouvert le score mais j'avais égalisé : une longue balle d' Ivica Dragutinovic que j'avais prolongée de la tête sur un défenseur. Le ballon m'était revenu dans les pieds et j'avais tiré de toutes mes forces. Dans le plafond du but. Il s'agissait de ma première réalisation en Coupe d'Europe. Dans les minutes additionnelles, Michel Garbini avait marqué le but décisif sur coup franc. C'est marrant car j'ai revu ce but sur Youtube, il y a peu de temps. Garbini a compté ses pas. Il est revenu en arrière, s'est élancé et ça rentre dedans. A ce moment, le stade a explosé. On était revenu avec du caractère, tout ce que le public liégeois adore. On est resté au stade où on a bu des verres jusqu'au petit matin. Après chaque match gagné à domicile, je restais quelques heures au stade. Je commençais à boire un verre à la salle de réception avec ma famille et mes amis, puis je descendais avec ma femme à la salle des joueurs. On retrouvait toujours les mêmes : Frédéric Dupré, Defour, EricDeflandre, Olivier Renard et les entraîneurs. Et on finissait vers 2-3 heures du matin ". " Non seulement, il s'agissait d'une récompense pour le Standard qui n'avait plus connu de Soulier d'Or depuis un certain temps mais je pouvais aussi me montrer satisfait de ma cinquième place. Il y avait également six Liégeois dans le onze d'or. Pour revenir à mon classement, c'est un motif de fierté. J'ai terminé deux années d'affilée à la cinquième place. Cela prouve ma régularité. En 2006, on avait fêté le Soulier d'Or de Sergio au casino de Knokke avec tous les Standardmen présents. C'était sympa et on était rentré aux petites heures du matin. L'entraîneur avait tout prévu : il n'y avait pas d'entraînements le lendemain ". " Oui, je sais, il s'agit d'une défaite. Normalement, je sais quand j'ai bien joué ou pas. Il ne faut pas que l'on me le dise ou que je marque nécessairement un but. Mais ce soir-là, j'en avais inscrit deux. Contre Anderlecht. Cela m'est arrivé à d'autres moments. Notamment, cette saison contre Mons mais cela ne me frappe pas. Par contre, mettre deux buts contre Anderlecht, c'est spécial. On sait que cela n'arrivera pas deux fois ". " C'est toujours difficile de mettre en exergue une rencontre. Ce soir-là, j'avais bien joué mais je n'avais pourtant pas marqué. Je suis satisfait de ma prestation quand je trouve que j'ai été complet et n'ai pas perdu de duels, que je sens que je domine mon opposant direct et que le jeu de l'équipe est bon. Cela arrive qu'au cours d'un même match, on passe par plusieurs états différents. Qu'on se sente d'abord bien, puis fatigué ou dépassé. A l'inverse, cela m'est aussi arrivé de mal débuter mais de me reprendre par la suite. Généralement, quand je ne suis pas dans le coup, je préfère miser sur le travail et la sobriété. Parfois, on joue mal parce qu'on est mal entouré ou que les autres joueurs ne sont pas dans un bon soir. Quand l'équipe ne tourne pas, cela se sent tout de suite. On est toujours deuxième sur le ballon et les passes n'arrivent pas. Normalement, tout est fluide. On ne doit pas chercher de solutions. Elle s'offre à nous naturellement. Quand cela fonctionne de la sorte, la victoire est au bout ". " Je suis arrivé au Standard en même temps que lui. On a traversé les épreuves et on a sympathisé. Il habite à Lanaken, à quelques km de chez moi et nos femmes s'entendent bien ". " Il est sympa et toujours de bonne humeur, que ce soit au stade ou en dehors ". " C'est quelqu'un de normal. Il est calme et j'aime aller boire un verre avec lui. Cela m'a aidé de pouvoir compter sur eux dans les moments plus pénibles cette saison. Avec eux, je peux parler dans ma langue maternelle, ce qui me permet d'être spontané et de lâcher ce que j'ai sur le c£ur. J'apprécie aussi que les gens ne changent pas et restent eux-mêmes. La célébrité peut parfois faire tourner la tête de certains mais la plupart du temps, ils ne s'en rendent même pas compte. Je m'adapte à toutes les situations et à tous les caractères mais j'ai davantage d'affinités avec ceux qui restent eux-mêmes. Pour me voir fâché, il faut déjà se lever tôt. Chacun a son caractère et sa culture. Il faut qu'il puisse l'exprimer ". " Des liens se sont créés car j'étais à côté de lui dans le vestiaire. J'ai le numéro 22 et lui le 23. On ne communiquait pas beaucoup vu qu'on ne parle pas la même langue mais il a un côté foufou. Lui non plus ne change pas. Il est naturel et on peut vraiment bien rigoler avec lui ". " C'est aussi quelqu'un de sympa quoi qu'on en pense. Sa devise : - Laisse-moitranquille et je te laisserai tranquille. Il n'est pas timide mais il n'a pas envie de parler. S'il y a un problème dans le vestiaire, il n'intervient jamais. Il reste dans son coin ". " Je n'ai pas besoin de dire les noms. Tout le monde les connaît : Sergio Conceiçao, Vedran Runje et Philippe Léonard. Ce dernier est timide mais sur le terrain, il ne se laisse pas faire. Il ne veut pas perdre. Il ne le supporte pas. Lors des briefings, il n'hésitait pas à donner son avis et quand il n'était pas d'accord avec toi, il te le disait ". " Je n'ai jamais rencontré quelqu'un qui détestait à ce point perdre aux entraînements. Il n'acceptait pas d'encaisser un but. Les scores de 10-15 étaient fréquents mais lui, cela le rendait fou de ne pas gagner. Mais je pense qu'un gardien doit avoir cet esprit-là. Pour Olivier Renard, passer après lui ne devait pas être facile mais il a imposé sa griffe ". " Il est parfois dans les vestiaires comme on peut le voir sur le terrain ". " Les trois coaches que j'ai eus au Standard m'ont marqué. Dominique D'Onofrio m'a lancé. C'est lui qui m'a donné confiance. Pour moi, il fut sous-estimé comme entraîneur. Si on regarde les résultats, il faut admettre qu'on a terminé 3e et 2e. Il mérite davantage que des mottes de terre. Sa principale qualité ? Son travail avec les stars et les personnalités fortes. Il savait y faire. Il disait ce qu'il pensait. Il n'avait pas peur et savait comment traiter les grands joueurs. C'est une obligation pour réussir dans un club du top ". " Je sortais de quelques mois difficiles puisqu'on n'avait pas cessé de parler de mon transfert. Pourtant, il s'agit de la période où je me suis le plus amusé. Je me rendais aux entraînements avec plaisir. Ils étaient bien dosés et ce furent les plus durs que j'ai eus à subir. Boskamp n'a pas réussi à Sclessin. Pourtant, il avait des idées mais quelques joueurs ont fait défaut à un moment crucial. De plus, il devait composer avec une nouvelle équipe et voulait un jeu axé sur plus de technique. Nous n'étions pas encore prêts pour cela ". " C'est lui qui m'a acheté à Bruges. Il me voulait vraiment. Il est très communicatif et particulièrement minutieux. Chaque détail est important, que ce soit point de vue tactique ou préparation. Il ne laisse rien au hasard. Même s'il m'a écarté en fin de saison, je n'ai pas de problème avec lui ". " Si on gagnait, on passait le cap des poules. Le stade était plein et nous étions confiants. Mais ce fut la catastrophe. Un tel score, ça ne s'oublie pas si facilement et c'est très dur à accepter. Pendant des semaines, cela te poursuit. Pourtant, il faut l'effacer pour rebondir. Ce soir-là, les chiffres ont traduit notre pauvre jeu. Parfois, cela arrive qu'un ou deux joueurs ne soient pas en forme mais contre Bilbao, c'est toute l'équipe qui était en difficulté ". " On avait gagné 3-1 à l'aller. On massacrait Genk et on aurait dû boucler ce match sur un score plus lourd comme 5-1. Cependant, on pensait que cela suffirait. Au retour, après cinq minutes, c'était 2-0. Finalement, Genk a gagné 3-0 et on voyait la Coupe d'Europe s'envoler. Je n'ai pas disputé le match retour car j'étais suspendu. C'est encore plus dur de vivre cela du banc. On se sent un peu coupable ". " On a vraiment bâclé nos derniers matches. On venait certes de perdre contre Anderlecht mais une nouvelle chance nous était donnée afin de décrocher le titre. On était carbonisé et on n'a pas pu enclencher la vitesse supérieure. Le mental en avait pris un coup et le physique ne suivait plus ". " Je ne m'attendais pas à être rejeté sur le banc à la fin de mon contrat. Enfin, je m'y attendais mais pas si tard dans la saison. Je pensais que la direction allait agir de la sorte en janvier. Je suis triste d'avoir été écarté du plus beau match de la saison : la demi-finale de Coupe contre Anderlecht. Je dois me dire que j'ai connu trois ans exceptionnels... moins trois mois ". " Je retiens surtout le positif. J'ai pu évoluer aux côtés de grands joueurs européens comme Léonard, Sa Pinto, Runje, Jorge Costa ou Conceiçao. Je pense que ce club me convenait bien. Je réfléchis comme les plus grands supporters du Standard : je suis travailleur et normal ; je ne me prends pas la tête et je suis un gagneur. Le minimum que le supporter te demande, c'est que tu te battes pour ses couleurs. Si tu le fais, il est content. J'apprécie la façon dont on vit ici : comme dans le Sud. On profite de chaque jour sans penser au lendemain. A Maasmechelen où je réside, c'est un peu la même chose. Cette période restera à jamais marquée dans ma mémoire : j'ai percé en équipe Première, j'ai rejoint les Diables Rouges, j'ai disputé la Coupe d'Europe et j'ai terminé deux fois à la cinquième place au Soulier d'Or. Sur le plan privé, ma femme a quitté sa région de Menin pour venir habiter avec moi dans le Limbourg. Bref, que du positif ". par stéphane vande velde - photos: reporters/mossiat