C'est un ascenseur émotionnel. Une escalade de sentiments dont seule la Belgique du ballon a le secret. Le 8 avril dernier, la Commission des Licences refuse le sésame professionnel au RFC Seraing, alors pensionnaire du troisième échelon national. Dans le rapport, les motifs sont divers et variés, entre des pièces fournies hors délais, un manque de preuves de paiement du salaire minimum pour cinq joueurs, d'éléments concernant les deux lettres de confort des sociétés Frisaye et Cockerill (CMI), toutes deux actionnaires, ou de garanties de la part du FC Metz, le club-parent des Sérésiens. En filigrane, la pérennité financière de l'entité liégeoise interroge. Sur le moment, les Métallos se veulent pourtant confiants, malgré la sanction infligée : une relégation administrative, pour repartir un étage plus bas, avec trois points de pénalité. " Il n'y avait vraiment rien du tout. C'était aberrant de se faire recaler pour si peu ", pose Mario Franchi, patron des Rouge et Noir, qui balaie l'idée d'une double-peine et préfère parler de " bêtises ", à cause notamment d'une " différence de 1.500 euros sur les salaires ", rapidement réglée, dit-il. Le 4 mai, moins d'un mois plus tard, la CBAS ne traîne pas non plus. Il aura suffi d'une visioconférence éclair - " on est restés cinq minutes ", ajoute Franchi - pour finalement se voir accorder la précieuse licence, avec les bilans convaincants du FC Metz à l'appui. Le troisième de D1 Amateurs peut même espérer monter. Roulers recalé dans son recours le 11 mai, l'assemblée générale de la Pro League avalise un nouveau format de ses compétitions le 15 du même mois, et le tour est joué. La magie du football à la belge opère. En un gros mois, le RFC Seraing est passé de relégué à promu, retrouvant l'antichambre de l'élite, quatre ans après l'avoir quittée.
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C'est un ascenseur émotionnel. Une escalade de sentiments dont seule la Belgique du ballon a le secret. Le 8 avril dernier, la Commission des Licences refuse le sésame professionnel au RFC Seraing, alors pensionnaire du troisième échelon national. Dans le rapport, les motifs sont divers et variés, entre des pièces fournies hors délais, un manque de preuves de paiement du salaire minimum pour cinq joueurs, d'éléments concernant les deux lettres de confort des sociétés Frisaye et Cockerill (CMI), toutes deux actionnaires, ou de garanties de la part du FC Metz, le club-parent des Sérésiens. En filigrane, la pérennité financière de l'entité liégeoise interroge. Sur le moment, les Métallos se veulent pourtant confiants, malgré la sanction infligée : une relégation administrative, pour repartir un étage plus bas, avec trois points de pénalité. " Il n'y avait vraiment rien du tout. C'était aberrant de se faire recaler pour si peu ", pose Mario Franchi, patron des Rouge et Noir, qui balaie l'idée d'une double-peine et préfère parler de " bêtises ", à cause notamment d'une " différence de 1.500 euros sur les salaires ", rapidement réglée, dit-il. Le 4 mai, moins d'un mois plus tard, la CBAS ne traîne pas non plus. Il aura suffi d'une visioconférence éclair - " on est restés cinq minutes ", ajoute Franchi - pour finalement se voir accorder la précieuse licence, avec les bilans convaincants du FC Metz à l'appui. Le troisième de D1 Amateurs peut même espérer monter. Roulers recalé dans son recours le 11 mai, l'assemblée générale de la Pro League avalise un nouveau format de ses compétitions le 15 du même mois, et le tour est joué. La magie du football à la belge opère. En un gros mois, le RFC Seraing est passé de relégué à promu, retrouvant l'antichambre de l'élite, quatre ans après l'avoir quittée. Une montée sur tapis vert, mais une montée quand même, qui ravit le président sérésien. Quelques jours avant la première défaite de son équipe en trois journées, contre Westerlo le 13 septembre, Mario Franchi décroche son GSM, mais ne compte pas bavarder longtemps. Dix minutes, tout au plus. Il y a mieux à faire. Il s'agit surtout de poursuivre la progression d'une institution qui a connu presque autant de fusions que de saisons en D1, et qui vit sous la tutelle des Français du FC Metz depuis 2013. " Roulers était en difficulté, donc on avait gardé cet espoir de monter. Le club a toujours été géré dans ce sens-là, en étant le plus professionnel possible, même si nous jouions dans ce qui était encore appelé la D1 Amateurs ", explique Mario Franchi. " La saveur de la promotion n'est évidemment pas la même que si nous avions été la chercher sur le terrain, mais il faut savoir savourer parce que cela peut aller dans un sens comme dans l'autre. La preuve : le Lierse, qui jouait presque la descente, est également monté. Malheureusement, dans le football belge, les règles sont celles-là et il faut les accepter. " Lucien D'Onofrio les connaît par coeur. Jamais loin de son ami Mario, le Don est aussi un intime du nouveau directeur général du RFC Seraing, Philippe Gillis. L'homme n'est autre que son comptable personnel et l'avait suivi dès son intronisation à Sclessin, en 1998. Vingt ans plus tard, en novembre 2018, Philippe Gillis se fait licencier pour " faute grave " par le Standard de Bruno Venanzi, qui semble découvrir via les révélations des Football Leaks la solide relation entre les deux partenaires. Le siège de la holding de " Luciano ", ainsi que d'autres sociétés qui lui sont liées, se trouvent alors au domicile de Gillis, situé dans la rue d'enfance des D'Onofrio, à Ans. C'est via cette holding, podium.be, que deux millions d'euros avaient transités dans le cadre du transfert d' Eliaquim Mangala, de Porto à Manchester City. Le transfuge avait fait l'objet d'un montage financier dit de Third-Party Ownership, soit les mêmes pratiques de TPO, interdites par la FIFA en 2015, et qui avaient valu une interdiction de transfert au RFC Seraing. Désormais libre de s'activer sur le marché, le matricule 167 a enregistré en juillet la signature d'un revenant, Francesco D'Onofrio, neveu de Lucien et fils de Dominique, passé successivement directeur sportif à Metz et Seraing. Une affaire de famille, ou presque. L'union fait la force et la maxime pourrait s'écrire en grand, graffée en noir sur les briques rouges du Pairay. Derrière les murs du stade, Bernard Serin et Mario Franchi travaillent main dans la main. Ils représentent tous deux les sociétés actionnaires, basées dans la commune minière des bords de Meuse : l'entreprise de transports Frisaye pour Franchi, le groupe industriel Cockerill pour Serin, président lorrain du FC Metz, mais installé à Liège depuis plus d'un quart de siècle. Leur association a repris tout son sens avec la montée en D1B. Le 15 juin, le RFC Seraing accueille en prêt six jeunes Messins. En août, un septième, l'international gambien Abile Jalow, rejoint les rangs des Métallos. Jamais ils n'avaient été autant depuis le début de la collaboration, en 2013. " En D1B, c'était certain que nous allions récupérer de meilleurs joueurs. Il n'y avait pas de doute là-dessus ", se contente de commenter Mario Franchi, masquant l'enthousiasme de la bonne entame de saison des siens. " Seraing a retrouvé un niveau où il est plus facile de faire comprendre aux jeunes de Metz de venir s'y aguerrir. Ils avaient probablement tendance à être réticents d'évoluer dans une division qui avait "amateur" dans le nom ", souligne Marc Grosjean. Démis de ses fonctions par le FC Liège en décembre 2019, le coach s'était installé sur le banc sérésien le mois suivant, pour épauler Emilio Ferrera en tant qu'adjoint. Il détaille le projet : " Le FC Metz est la maison-mère, le RFC Seraing arrive en numéro 2 et le troisième partenaire, c'est une académie au Sénégal ( Génération Foot, ndlr). Ce qui est intéressant aujourd'hui, c'est que Seraing peut constituer l'étape parfaite entre la réserve du FC Metz, qui vient de monter en quatrième division française, et la Ligue 1. On remplit complètement notre rôle de partenaire et la ligne de conduite a le mérite d'être claire : on est là pour polir leurs diamants. Soit les jeunes prêtés retournent à Metz, soit ils restent encore un peu, soit ils sont vendus ailleurs. " Une " courroie de transmission ", donc, avec la réussite de Thomas Didillon pour moteur. Passé dans les cages du Pairay, puis dans celles de son club formateur, le portier a rallié Genk alors qu'il était sur une voie de garage à Anderlecht, et défend aujourd'hui les couleurs du Cercle. Dans le sens inverse, Sami Lahssaini avait quitté Liège début 2019 pour parapher son premier contrat pro en Lorraine. De retour cet été, il tient une place de titulaire dans l'entrejeu. Outre les jeunes de passage, le duo Ferrera-Grosjean peut également compter sur une poignée de fidèles. Moussa Gueye, Théo Pierrot, Alessio Cascio et Maxime Mignon affichent plus de cinq ans de bons et loyaux services mosans sur leur curriculum. En ce qui concerne le dernier cité, il a prolongé son contrat de deux années. Le projet l'a convaincu, au même titre que le renouvellement des infrastructures, avec un terrain d'entraînement bientôt exclusif aux pros. Que du bonheur. " Seraing grandit bien et c'est le Seraing qu'on aurait dû connaître avant de redescendre, il y a quatre ans. Ces changements, c'est important pour perpétuer l'histoire du club ", juge le principal intéressé, Maxime Mignon, qui vient pourtant de perdre son statut de numéro un entre les perches, relégué sur le banc par Guillaume Dietsch, autre gamin lâché par Metz. Marc Grosjean converge, lui qui a effectué l'essentiel de sa carrière de joueur au RFC Sérésien, où il a connu les joies d'une épopée de la D3 à la D1, dans les années 80 : " C'est mon club et c'est un grand plaisir d'être là. Peut-être que, modestement, je peux ramener un peu de tradition. En tout cas, je veux essayer de lui faire passer le cap. " Pour l'instant, les Métallos surprennent et régalent, avec un jeu tourné vers l'offensive. À chaque fois menés au score lors des deux premières journées, ils sont parvenus à s'imposer, faisant pleuvoir les buts, grâce notamment aux perles enfilées par une autre location messine, Georges Mikautadze ( voir cadre). " Le groupe est plus que réceptif ", abonde Max Mignon. " Avec le Covid, on a eu plus de temps pour comprendre ce que les coaches voulaient mettre en place. Ça a été un mal pour un bien. " À l'autre bout du fil, Marc Grosjean aligne les maîtres mots : audace, contrôle, gestion collective et prise de risques. " D'autant que plusieurs facteurs nous facilitent les choses : nous disposons d'une équipe avec de grosses capacités athlétiques, ce qui nous permet de réaliser beaucoup de déplacements, et les jeunes que nous récupérons viennent de la même maison, donc se connaissent déjà. L'osmose peut se faire très vite. " L'ambition sur le terrain se traduit jusque dans la bouche du président Mario Franchi, qui souhaite " aller le plus haut ", soit en D1A, " dès que possible ". " Il faut d'abord assurer la continuité parmi les 24 clubs professionnels ", tempère Grosjean, qui évoque un objectif de maintien, en espérant avancer, " d'année en année ". " Si on peut se maintenir sans trop de pression, avec des jeunes qui progressent, ça serait le scénario parfait. " Toujours se méfier de l'ascenseur émotionnel.