Kenny Saief : " Je signe mon meilleur début de saison depuis que je joue en Belgique mais je peux encore mieux. J'y travaille. Je n'avais que vingt ans à mon arrivée. J'ai gagné en assurance, en sens des responsabilités, je suis plus fort mentalement et physiquement, plus malin dans mon jeu.
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Kenny Saief : " Je signe mon meilleur début de saison depuis que je joue en Belgique mais je peux encore mieux. J'y travaille. Je n'avais que vingt ans à mon arrivée. J'ai gagné en assurance, en sens des responsabilités, je suis plus fort mentalement et physiquement, plus malin dans mon jeu. Avant, je me produisais pour des petits clubs. J'étais un héros quand je dribblais puis marquais. Ici, le football est plus tactique. Je dois fonctionner dans un système, me battre pour ma place. Au début, ça me perturbait. J'avais peur d'échouer et quand j'étais titulaire, je craignais d'être éjecté. Impossible de bien jouer dans de telles conditions. Je ne comprenais pas bien ce que l'entraîneur attendait de moi sur le plan tactique, j'avais l'habitude de me déplacer où je voulais. J'ai appris que le football était un sport d'équipe, que je ne jouais pas seulement pour moi. J'ai toujours rêvé de devenir footballeur professionnel. A la maison, on parlait de foot tous les jours et je jouais partout où c'était possible. Mon père était un fervent supporter du Maccabi Haïfa, qui n'était qu'à douze minutes de la maison. Quand il y avait du foot à la télé, tout le monde devait se taire. Nous avons assisté à un match d'Haïfa contre le Maccabi Tel Aviv. J'ai été très impressionné par l'ambiance. J'en avais la chair de poule et j'ai eu envie de vivre ça sur le terrain. J'ai cherché des vidéos sur YouTube, pour continuer à savourer cette ambiance. J'ai ressenti une euphorie incroyable à Gand, quand j'ai marqué devant 20.000 personnes. C'est pour ça que je joue ! Je suis né à Panama City, en Floride. Mes parents y avaient fait leur voyage de noces mais y étaient restés pour travailler. J'avais trois ans quand nous sommes retournés en Israël. Mon père était un excellent métallurgiste. Un jour, hélas, il est tombé dans un bain de produits chimiques. Sa respiration a été touchée mais il a continué à bosser. Sa force aura toujours été un exemple pour moi. Même si je n'aimais pas l'école, j'étais bon élève mais j'ai gagné de l'argent tôt, à Netanya. C'était à deux heures de route de la maison mais le football était important car nous étions serrés financièrement. Un an plus tard, j'ai rejoint Munich 1860. Ce fut une très bonne expérience. J'ai compris que je devais travailler dur pour réussir. J'ai eu l'opportunité de signer un contrat à Munich et au Werder Brême mais j'avais 18 ans et Israël m'a rappelé pour le service militaire, qui dure trois ans. On peut s'entraîner et jouer mais on doit ensuite rentrer à la caserne. Je le comprends car des bombes sont tombées près de chez moi et j'ai perdu des amis. Pourquoi devrais-je avoir peur de me battre quand ceux qui le font n'hésitent pas ? Je dois aider mon pays. Nous sommes Druzes. L'arabe est notre langue maternelle mais je ne pratique pas le druzisme. J'essaie simplement d'être bon pour les autres et de veiller sur mes proches. Depuis le décès de mon père, ma famille ne prend plus de décisions sans mon avis. Quand je ne sais pas, je demande conseil à des personnes plus expérimentées. Mon frère cadet a 16 ans et joue en jeunes à Haïfa, l'autre a 21 ans et joue en D3. Je me suis fait tatouer les dates de naissance et de décès de mon père. Sur le bras gauche, j'ai un texte qu'il m'avait envoyé une semaine avant sa mort : Humility, perseverance, hard work, self-confidence and faith are the secrets to success. Always remember where you came from, where you belong, and be carefull who you surround yourself with. Take care of your brothers and your mother after I pass away.Je n'ai pas pu prendre congé de lui car je ne voulais pas accepter qu'il puisse mourir. J'ai longtemps cru qu'une opération le guérirait mais les derniers mois, il n'était plus en état de supporter une intervention chirurgicale. Deux ans ont passé. Juste après son décès, je faisais tout de travers. Une catastrophe. Je cherchais l'oubli et je fuyais mon appartement et ma solitude, qui me confrontait à cette perte. Mais sortir n'est pas bon pour un footballeur professionnel, évidemment. Les jours suivants, on se sent fatigué et on gâche toute sa semaine. Depuis, je me soigne mieux. J'ai de bonnes fréquentations, y compris en dehors du football. Après un bon match, j'essaie de me reposer afin d'être encore meilleur au match suivant. J'habite maintenant une maison à Drongen, loin de l'agitation du centre et des allées et venues, dans un immeuble à appartements. Je pense à mon père durant chaque match. Avant de monter sur le terrain, j'embrasse les tatouages de mon bras. Ça m'insuffle de l'énergie. Ensuite, je regarde en l'air et je le vois, me disant : - C'mon ! Je me sens plus fort quand je pense à mon père. Je connais sa mentalité et... eh bien, tel père, tel fils, non ? J'aime avoir bonne apparence, je soigne mon habillement, fidèle à mon style, et je ne baisse jamais les bras. Je travaille ma concentration, avec l'entraîneur et la psychologue, car je sais qu'on ne peut pas atteindre le sommet sans difficultés. Les détails peuvent aussi faire une énorme différence. Avant mon arrivée à Gand, je jouais toujours au dix ou au sept. Maintenant, j'occupe souvent le flanc gauche et j'y occupe un rôle différent mais peu importe ma position : j'essaie d'y prendre plaisir. Messi reste mon idole. Il y a quelques jours, j'ai encore failli acheter son maillot. J'ai toujours des posters de lui. Mais il évolue sur une autre planète. Comme je ne pourrai jamais jouer avec lui, j'espère pouvoir l'affronter un jour. Mais commençons par jouer le titre ! " PAR CHRISTIAN VANDENABEELE - PHOTO BELGAIMAGE" Sur le bras gauche, j'ai fait tatouer un texte que mon père m'avait envoyé une semaine avant sa mort. " KENNY SAIEF