R afik Djebbour (20 ans) a les mêmes origines que le raï, le rock du Maghreb. Cette musique est née au début du 20e siècle dans la région d'Oran, une des grandes villes de l'Algérie de ses parents venus bosser en France. De la poésie bédouine à Cheb Khaled ou Cheikha Djenia, le raï traditionnel est devenu du pop raï en intégrant du funk, du rap, du reggae, du rock. L'attaquant de La Louvière ne chante pas les charmes d' Aicha, c'est l'amour du football qui l'a déjà aidé à franchir des étapes pour afficher une maturité et une sagesse peu communes. Le destin a semé divers refrains et influences au c£ur de sa vie.
...

R afik Djebbour (20 ans) a les mêmes origines que le raï, le rock du Maghreb. Cette musique est née au début du 20e siècle dans la région d'Oran, une des grandes villes de l'Algérie de ses parents venus bosser en France. De la poésie bédouine à Cheb Khaled ou Cheikha Djenia, le raï traditionnel est devenu du pop raï en intégrant du funk, du rap, du reggae, du rock. L'attaquant de La Louvière ne chante pas les charmes d' Aicha, c'est l'amour du football qui l'a déjà aidé à franchir des étapes pour afficher une maturité et une sagesse peu communes. Le destin a semé divers refrains et influences au c£ur de sa vie. " A huit ans, l'instituteur de ma classe nous avait demandé d'écrire une lettre à propos du métier de nos rêves ", se souvient-il. " Ma mère me l'a rappelé récemment : je voulais déjà devenir footballeur professionnel. Je l'avais écrit ". A Grenoble, il apprend à manier le ballon avec ses copains. C'est le foot des cités où l'on jongle et dribble à longueur de journées devant un pâté de maison, dans la rue, dans des Wembley ou des stade Vélodrome improvisés. " Via le football des copains, on rode sans cesse sa technique. Là, on ne peut pas se permettre d'attendre la balle. Il faut aller chercher, la cajoler, la protéger, la dompter ". Via une collection de petits clubs régionaux, Rafik Djebbour, gamin d'une famille de cinq frères et trois s£urs, chemine vers Norcap qui, en 1997, allait devenir Grenoble Foot 38 en se mariant avec l'Olympique Grenoble Isère. Le gamin de banlieue se glisse dans les sélections régionales de l'Isère et de Rhône-Alpes. Il reste attaché à ses racines et à sa double nationalité. " Je suis au croisement de deux cultures ", dit-il. " Je ne renierai jamais mes racines algériennes. J'en suis fier et, quand c'est possible, je visite ma famille dans la région d'Alger, de Blida ou, un peu plus loin, en Kabylie. Cette diversité, c'est ma double richesse, ma force, ma personnalité ". Des tas de clubs lui firent la cour avant qu'il n'opte pour le centre de formation d'Auxerre. " C'était mon club préféré ", avance-t-il. " J'ai repoussé les offres de Cannes, Louhans-Cuiseaux et Lyon. Dans mon coin, les jeunes préféraient l'OM et, plus rarement, le PSG. J'étais une exception avec mon c£ur qui battait pour l'AJA. Ma mère hésita à me lâcher. Je n'avais que 15 ans et elle voulait me garder près d'elle, à la maison. Mon frère aîné la raisonna. Dix ans plus tôt, suite aux hésitations de ma mère, il avait dû refuser une offre de St-Etienne et de Monaco. Il a su trouver les mots pour lui expliquer que c'était la chance de ma vie. Et, de fait, au centre de formation d'Auxerre, j'ai appris mon métier. Ce ne fut pas facile. On n'y badine pas avec la discipline. Les jeunes n'ont droit qu'à deux sorties d'une heure et demie par semaine ". L'ado y devient un jeune homme. Ce virage est important. Il s'éloigne ainsi de la vie des cités. " Je n'oublie pas les quartiers de mon enfance ", insiste-t-il. " Ce n'est pas une charge. Ils m'ont façonné mais, à un moment, le jeune doit s'en éloigner. Je reste imprégné de la chaleur propre à ces endroits. Mais ils dégagent aussi des ondes négatives qui peuvent vous entraîner vers des chemins plus escarpés. La jalousie y est également nocive ". Il y a deux ans, le jeune attaquant est intégré dans le noyau A d'Auxerre. Il flirte avec la L1 en fréquentant au quotidien les Philippe Mexès, Djibril Cissé, Bonaventure Kalou, Jean-Alain Boumsong, Olivier Kapo, etc. " Auxerre n'a jamais compté une telle génération de vedettes ", prétend-il. " Tous étaient extrêmement gentils avec moi. Je suis resté deux ans avec eux. La malchance me frappa chaque fois que ma route se dégageait. Il y eut d'abord une pubalgie puis, un an plus tard, une fracture du péroné qui exigea deux opérations ". Or, à un moment, en décembre 2003, Valence, l'actuel club champion d'Espagne, était sur sa piste. Au lieu de cela, Rafik Djebbour passa sur le billard en février dernier. Après cela, il eut l'occasion de confirmer sa réputation de buteur en championnat de CFA 2. Il était temps de changer d'air. Des contacts furent noués en Italie et en Angleterre mais La Louvière, par l'intermédiaire de Stéphane Pauwels et d' Albert Cartier, fut plus concrète. Encore fallait-il convaincre Guy Roux de la lâcher pour rien. Pas évident. Le gourou bourguignon tenta de le garder, lui demanda d'être patient avant de céder. " Je le respecte beaucoup mais je devais penser à ma carrière ", argumente Rafik Djebbour. " Quand l'AJA engagea Luigi Pieroni pour remplacer Djibril Cissé, j'ai compris que mon avenir était ailleurs. Je n'entrais pas dans les plans immédiats de Guy Roux. L'offre des Loups tombait à pic. Je ne suis pas au Tivoli pour me relancer. Non, je ne suis pas en situation d'échec. J'avance, je progresse et je me lance à La Louvière, c'est totalement différent ". Il y a deux mois, un drame familial le frappa de plein fouet. Une moto, une vitesse trop élevée, l'imprudence de la jeunesse dans un quartier à éviter, pas de casque, l'accident : Walid, 22 ans, le frère de Rafik est relevé avec de graves blessures. " Walid est dans le coma mais a abordé la phase de réveil ", raconte Rafik Djebbour. " Cela peut durer très longtemps. Les médecins ont fait le maximum et il est maintenant dans les mains de Dieu. Albert Cartier et Stéphane Pauwels ont bien compris ma peine et mon désarroi. J'ai pu me rendre à son chevet. Nous sommes très proches et avons tout vécu ensemble durant notre jeunesse. Walid c'est moi et moi je suis Walid. Il était venu à La Louvière lors des négociations qui ont précédé la signature de mon contrat. Je pense à lui 24 heures sur 24. Il n'est pas facile dans ces conditions de se concentrer sur le football mais je dois le faire pour lui. Le sport me permet de tenir dans ces moments difficiles ". Dans une magnifique équipe de La Louvière, agréable surprise de ce début de saison, Djebbour trouve ses marques. Il prend désormais de plus en plus de place dans la division offensive verte. Son étude du football belge se poursuit : " A Auxerre, je vivais en pointe et rien qu'en pointe. Je pouvais attendre le bon moment avant de frapper dans le rectangle. Ce n'est pas possible en Belgique où les attaquants sont les premiers arrières. Tout se fait et se vit en bloc. Dans ce contexte, j'ai appris à assumer ma part de travail dans la récupération de la balle ". Pierre Bilic" Quand Roux engagea Pieroni pour remplacer Cissé, j'ai compris que JE DEVAIS PARTIR "