A 19 ans à peine, Ibrahim Kargbo fait partie des meilleurs stoppeurs évoluant sur notre sol. Ses aptitudes dans ce rôle, au RWDM, n'avaient pas échappé, la saison passée, à la sagacité du voisin anderlechtois qui avait fait de son passage au Parc Astrid l'une de ses priorités cet été. Mais l'affaire capota après qu'un contrôle n'eut pas donné tous les apaisements concernant la santé du joueur.
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A 19 ans à peine, Ibrahim Kargbo fait partie des meilleurs stoppeurs évoluant sur notre sol. Ses aptitudes dans ce rôle, au RWDM, n'avaient pas échappé, la saison passée, à la sagacité du voisin anderlechtois qui avait fait de son passage au Parc Astrid l'une de ses priorités cet été. Mais l'affaire capota après qu'un contrôle n'eut pas donné tous les apaisements concernant la santé du joueur. Le principal intéressé, toutefois, s'en défend: "L'hépatite à laquelle vous faites allusion, ne m'a jamais empêché de tenir mon rang sur un terrain. Le Sporting n'était pas prêt à m'offrir un beau contrat, sous prétexte que, dans un premier temps, je ne ferais pas figure de valeur sûre. Comme j'étais appelé à jouer les utilités chez eux, mon enthousiasme s'est singulièrement refroidi d'un instant à l'autre. Dans ces conditions, je préférais rester à Molenbeek, où le staff était convaincu de mes qualités. Mon cas n'a rien à voir avec un mauvais bulletin médical. En réalité, il se rapproche plutôt de celui d' Ahmed Hossam qui avait, lui aussi, ses raisons de ne pas répondre à l'appel des Mauves. Certains n'ont de cesse de me répéter qu'il faut vraiment être fou pour refuser une opportunité pareille. Mais je ne suis pas de cet avis. Si j'ai tapé dans l'oeil, ces derniers mois, je ne vois pas pourquoi je ne focaliserais plus l'attention dans un proche avenir. Et pourquoi ne ferais-je pas, un jour, le bonheur d'un club plus huppé encore? Car j'en ai le potentiel, c'est sûr". Une amélioration progressiveDans l'immédiat, Kargbo est toutefois invité à s'exprimer au mieux chez les Coalisés. Une tâche qu'il a menée à bonne fin jusqu'à présent puisqu'il aura été, chaque fois, l'un des hommes les plus en vue de son équipe lors des trois premières parties de la saison face à Lommel, Charleroi et le Standard. En dépit d'une entrée en matière moins laborieuse, avec zéro sur neuf, le solide défenseur se veut toutefois rassurant: "Bizarrement, autant j'étais très sceptique après les matches amicaux d'avant-saison, autant je suis plus rassuré, maintenant. Pendant la préparation, nous avions souvent dû jouer avec une formation expérimentale contre des adversaires qui voulaient absolument notre peau, comme Walhain ou l'Union. Compte tenu de ce que nous avions montré, à ce moment-là, je ne donnais pas cher de notre survie en D1. Mais les premiers rendez-vous du championnat m'ont amené à réviser ce jugement: la qualité de notre football est allée crescendo. A Lommel, nous aurions enlevé une première unité, si pas la totalité de l'enjeu, si nous n'avions pas été réduits à dix en raison de l'exclusion de Wilfried Godart. Face à Charleroi, nous avons poursuivi sur notre lancée et nous méritions un nul. Enfin, au Standard, notre réplique fut héroïque également. Nous sommes sur la bonne voie. Le déclic, sous la forme d'une première victoire, ne saurait tarder. La victime sera le GBA, le week-end prochain". Retrouvailles avec Paul KpakaPour Ibrahim Kargbo, ce match aura une saveur toute particulière dans la mesure où il retrouvera, comme adversaire direct un certain Paul Kpaka: "Avant que nos routes ne nous séparent cet été, notre parcours fut similaire. Nous nous étions pour la première fois rencontrés en début d'année 1996, dans le cadre d'un regroupement des meilleurs joueurs de moins de seize ans de la Sierra Leone, notre pays. Paul était actif aux Kamboi Eagles tandis que je défendais les couleurs du FC Edwards, le club d'une école à Freetown, la capitale. Après avoir livré plusieurs rencontres amicales avec la sélection nationale, face à des jeunes de notre âge, nous avions été abordés par un Suédois qui nous proposa de tenter notre chance dans son pays. Jan Tonquist fut notre tout premier manager et il nous plaça dans un club des plus modestes: Degerfors. Nous avions 15 et 14 ans mais n'en dominions pas moins les meilleurs juniors locaux de la tête et des épaules. Aussi, après quelques mois à peine, l'homme nous muta à Osters Växjö, dans un entourage plus conforme mais nous visions toutefois nettement plus haut. Malheureusement, des faits tragiques allaient ruiner nos espoirs". Une famille durement touchéeEn 1996, la guerre civile fit rage comme jamais en Sierra Leone. Alors que le conflit était limité aux campagnes, jusqu'alors, la bataille s'étendit soudain à la nation entière. Les rebelles du Front révolutionnaire uni (RUF) saccagèrent tout sur leur passage et n'hésitèrent pas à tuer ou mutiler ceux qui leur faisaient front. Pour la famille Kargbo, l'affaire tourna au drame: "Ma mère avait un emploi à la prison de Freetown. Des soldats ont fait irruption et, sous la menace de leurs armes, l'ont obligée à ouvrir des cellules où se trouvaient des rebelles. Accusée d'avoir favorisé leur fuite, elle a échappé à la vengeance en se réfugiant en Guinée-Conakry où elle habite encore, aujourd'hui. Tout le monde, chez nous, n'a hélas pas eu cette chance. Mon frère cadet, Kevin, est tombé entre les mains du RUF et a été froidement abattu. Ma soeur, Haja, a été violée par les mêmes hommes. Aujourd'hui, elle s'occupe seule de mon plus jeune frangin, Sydney, qui a échappé aux massacres. Tous les mois, je leur fais parvenir une somme d'argent qui leur est remise en mains propres par un homme d'affaires sierra-leonais qui effectue à intervalles réguliers des retours au pays. C'est pour eux et pour ma mère que je veux réussir en football. Je n'ai qu'une seule obsession: les réunir autour de moi. Mais ce n'est pas demain la veille. En attendant, la meilleure chose que j'aie à faire, c'est de jouer le mieux possible afin de subvenir à leurs besoins. Mais il ne m'est pas toujours facile de faire la part des choses. Lors de ma première saison au RWDM, par exemple, j'ai complètement gâché ma fin de campagne à cause de l'incertitude qui planait alors sur les miens. Trois mois sans la moindre nouvelle de mes proches, c'était affreux". Une présence massive qui ne passe pas inaperçu.Bruno Govers