Vendredi 14 avril, 94e minute de jeu. Un bon ballon adressé par Yannick Aguemon est dévié de la tête par le héros local, Pietro Perdichizzi. Le Standard plie à nouveau (2-2), cette fois face à l'Union Saint-Gilloise. La copie est bâclée, la mentalité une énième fois indigne. Les caméras de télévision fixent les mines d'une direction liégeoise aux visages dépités.

Quelques heures plus tôt, dans les bureaux spacieux de Sclessin, nous rencontrons Bruno Venanzi accompagné de son fidèle bras droit, Alexandre Grosjean. Comme souvent, le président liégeois est accueillant, souriant même, malgré une situation sportive dramatique qui n'a, à cet instant, pourtant pas encore condamné Aleksandar Jankovic.

Sans apparat ou faux-fuyants, Bruno Venanzi va s'expliquer longuement sur ses deux saisons tourmentées à la tête du Standard.

Il y a un an, vous nous receviez pour un long entretien avec la Coupe de Belgique à vos côtés. Ce trophée n'a-t-il pas masqué de nombreux problèmes déjà existants ?

BRUNO VENANZI : On l'a dit en interne, la Coupe est l'arbre qui a masqué la forêt. Ça a un peu éteint le fait qu'on s'était déjà retrouvé en PO2. Si on vit une saison pourrie, c'est à cause de plusieurs facteurs, à cause d'un peu tout le monde, à commencer par moi. On n'est jugé que sur les résultats et terminer à la 9e place de la saison régulière, c'est inadmissible alors que tous les spécialistes, les consultants, et les pseudos-spécialistes nous voyaient bien plus haut. On avait le noyau pour terminer 3e ou 4e. Mais depuis le match à Charleroi, on est dans une mauvaise dynamique dont on n'a pas réussi à s'extirper. Et on a couru par la suite après les points. Je n'étais pas présent au match à Charleroi car j'étais malade mais je regardais la rencontre à la télé. Et à 1-3, je voyais les dirigeants carolos s'enfoncer dans leur siège. Et puis il y a eu cet incident IVM (ndlr, interruption volontaire de match) dont nous sommes les premiers responsables. Même si le deuxième arrêt a été volontairement provoqué... je ne vais pas me faire passer pour plus bête que je ne le suis.

Que voulez-vous dire par " provoqué " ?

VENANZI : La manière dont le speaker s'est exprimé à plusieurs reprises, notamment. Je ne dis évidemment pas que c'est un coup monté puisque nous sommes responsables du premier arrêt. Et d'ailleurs, c'est ce que j'ai reproché aux supporters quand j'ai discuté avec eux : ce n'est jamais la faute de personne. Mais au final, il y en a un qui jette mais mille qui applaudissent. Ce qui m'ennuie aussi, c'est qu'à Charleroi, on n'arrive pas à avoir d'images, ce qui est tout bonnement scandaleux. Ici, on a des caméras partout dans le stade. Depuis que je suis là, on est d'ailleurs arrivé à éviter des incidents dans nos installations. Mais ce n'est évidemment pas cet unique match qui explique notre 9e place.

" JE SUIS GÊNÉ AUTANT PAR LES RÉSULTATS QUE PAR LA MANIÈRE "

Comment un club comme le Standard peut-il garder un coach aussi longtemps en place après de tels résultats ? Où alors considère-t-on que le Standard est rentré dans le rang ?

VENANZI : Je souhaite installer une dynamique de stabilité, que ce soit au niveau des coaches ou du staff. Depuis que je suis arrivé, il y a eu quelques changements mais je pense que c'est inhérent à toute personne qui reprend une entreprise afin de voir comment elle travaille, avec qui on travaille. Et c'est vrai que la première année, vu que j'étais occupé avec la vente de Lampiris, j'ai laissé un peu faire les choses. En n'étant pas très présent, ce qui est l'inverse d'aujourd'hui. Sur certains points, on vient de loin, de très loin. Il faut donc un petit temps pour que les choses se mettent en place. Et une certaine stabilité. Et dans mon plan de développement il y a aussi une stabilité au niveau du coach.

Mais cette stabilité est quasi impossible dans le foot quand les résultats sont aussi mauvais.

VENANZI : Cette stabilité existe, même si c'est vrai qu'elle est rare. Moi, j'observe deux choses : les résultats et la manière. Et ce qui me gêne le plus aujourd'hui, et Sacha (Jankovic) est au courant, c'est autant les résultats que la manière. Aller faire 0-0 à Anderlecht à 10 contre 11, c'est cette mentalité-là que je veux voir. On doit montrer qu'on a du caractère. Et je l'ai dit au coach avant le début des play-offs 2 : cette poule, je veux qu'on la gagne en se battant. Et les choses sont claires pour lui.

C'était donc la condition sine qua non pour que Jankovic prolonge l'aventure ?

VENANZI : Je lui ai clairement expliqué ce que je voulais. Le contrat est clair : il sait à quoi s'attendre si ce n'est pas le cas.

Les joueurs ont-ils selon vous conscience de ce que le Standard représente ?

VENANZI : On essaie de le leur inculquer mais c'est vrai que ça n'est plus le cas ces dernières années. Quand il y avait un Conceiçao, ou un Dragutinovic dans le vestiaire, c'était très différent. Et même s'ils n'ont jamais été champion, leur aura s'est prolongée dans le vestiaire les années qui ont suivi. C'est ce genre de joueurs qui ont ramené la grinta au Standard. Et c'est aussi ce genre de joueurs que l'on doit retrouver.

On sait difficilement les trouver en allant chercher des Mladenovic ou Luchkevych en milieu de saison, non ?

VENANZI : Le prochain mercato sera plus calme que les autres mercatos mais les joueurs que l'on cible et qu'Olivier a été voir à plusieurs reprises, sont des éléments avec plus d'expérience mais aussi capables d'être des " gamins de merde positifs " dans un vestiaire.

Est-ce que les finances vont vous permettre d'avoir un mercato ambitieux ?

VENANZI : Il y a deux ans, le club perdait 7 millions. Aujourd'hui, on arrive à avoir une balance positive avec un bénéfice de un à deux millions. L'augmentation de capital de dix millions que j'ai réalisée il y a peu a pour but de stabiliser le club mais aussi de pouvoir développer les projets. J'aimerais que l'on soit moins tenu par une plus-value sur transferts. Car aujourd'hui, si on veut être à l'équilibre, il faut réaliser une plus-value de cinq à dix millions sur ces transferts. Aujourd'hui, on voit vers où l'on va, et on dépense pas mal d'argent dans les jeunes de l'Académie. Il y a environ 90 % des top talents qui vont rester au club et il y a une grosse restructuration au niveau de l'Académie qui est en train de s'opérer. Mais tout ça a un coût. Si on veut retrouver une équipe qui vise le top 3, ça passe par un investissement dans les jeunes.

" TREBEL VOULAIT PARTIR DEPUIS TOUJOURS "

Vous tablez aussi sur des jeunes promesses étrangères comme Razvan Marin mais dont on peut prévoir que l'apport ne sera pas immédiat.

VENANZI : Dans le cas de Marin, l'idée c'était de le prendre cette saison et de le préparer pour la saison prochaine. Olivier le scoute depuis plus d'un an. C'est un joueur qui nous plaît, qui a la bonne mentalité. Mais comme beaucoup de joueurs venus de l'étranger, il a besoin, il est vrai, d'un temps d'adaptation.

Avez-vous donc commis une erreur en laissant partir Trebel en janvier ?

VENANZI : Premièrement, on l'a vendu pour un montant correct (ndlr, 3,5 millions). Le cas Trebel est particulier car il voulait partir depuis... toujours. Dès qu'il est arrivé au club, il voulait déjà partir. Je pense qu'Adrien est une bonne personne mais ce n'était pas un joueur avec la mentalité Standard.

Et pourtant, il portait le brassard.

VENANZI : C'est peut-être une erreur de casting, mais on n'est pas tout le temps dans le vestiaire même si je reçois des échos.

Scholz prouve que c'est compliqué d'être capitaine du Standard.

VENANZI : Oui, mais Alex va revenir dans le coup. Il connaît un passage à vide conséquent mais il travaille pour revenir et je suis sûr qu'il reviendra plus fort car c'est un bon joueur, qui a une bonne mentalité. N'oublions pas qu'il est encore jeune et qu'il a eu des soucis physiques au niveau des pieds. C'est la première fois de sa carrière qu'il doit se remettre en question, et des questions, il s'en pose beaucoup.

Pour en revenir à Trebel, vous avez cédé à ses exigences en le laissant partir. Ça n'était pas un mauvais signal adressé aux autres joueurs ?

VENANZI : Je ne le vois pas comme ça. Car on voulait qu'il parte, ce que les joueurs peut-être ne savent pas. Depuis son transfert avorté au mois d'août avec Al-Jazira, on a vu qu'il n'avait pas la mentalité adéquate, même si ça reste un bon joueur. Et j'imagine qu'il fera encore de bons matches à Anderlecht... quand il sera sur le terrain.

Le Standard n'est-il pas obligé de garder à ce moment-clé de la saison un joueur qui connaît le championnat et qui a de l'expérience ?

VENANZI : Vous pouvez analyser sa dernière saison à Nantes et vous aurez la réponse à la question. C'est aussi la raison pour laquelle il est venu gratuit. Mogi Bayat m'a dit peu de temps après que je reprenne le Standard : " Un conseil : pas trop de Français dans ton vestiaire. Deux-trois joueurs maximum ". Et il en connaît un rayon sur la question pour se rendre compte de ce que ça peut engendrer comme problèmes. C'est une autre mentalité, une autre formation, ce qui n'enlève rien à leurs qualités. Car le Dossevi de l'année passée faisait partie des trois meilleurs joueurs du championnat. Mais c'est vrai aussi que ses prestations et sa mentalité ne sont pas à la hauteur cette saison.

" FERRERA AURAIT PU RÉALISER DE BONNES CHOSES "

Pourquoi aviez-vous choisi Jankovic pour succéder à Ferrera ?

VENANZI : Pour être honnête, j'ai changé de coach sur les conseils de Daniel (Van Buyten) et d'Olivier (Renard). Chose que je ne ferais plus aujourd'hui. Yannick était, tout comme moi, un peu jeune quand il est arrivé au Standard, mais il pouvait encore réaliser de bonnes choses.

L'ambition est-elle aujourd'hui d'aller chercher un coach qui redonne un peu d'espoir aux supporters dont le moral est au plus bas ?

VENANZI : Le choix d'un bon entraîneur est évidemment crucial. Et il existe des coaches dont les noms ne sont pas ronflants mais qui font du très bon travail. Je ne vais pas jeter de la poudre aux yeux des supporters.

Le Standard peut-il envisager d'aller chercher un coach du calibre de Conceiçao ?

VENANZI : Les finances sont aujourd'hui saines. La priorité est donc de prendre un entraîneur de qualité. Et on a estimé en septembre que Jankovic pouvait être cet entraîneur de qualité. Mais les résultats indiquent qu'on n'est pas sur la bonne voie. S'il faut prendre un coach pour la saison prochaine, on ne va pas faire d'économies pour un poste de cette importance. Mais je ne ferai pas un choix de coach pour faire plaisir aux supporters. Je ferai ce choix en fonction de sa qualité de tacticien et sa capacité à insuffler la bonne mentalité au groupe. Est-ce que le suivant sera Mazzù, Preud'homme ou Vanhaezebrouck (il rit)...

La rumeur Mazzù grandit ces derniers temps...

VENANZI : N'a-t-il pas déclaré récemment dans une interview qu'il ne viendrait pas au Standard ? C'est un bon coach mais j'aime aussi Vanhaezebrouck. Ça ne veut pas dire pour autant qu'il viendra au Standard.

Gerets vous aurait soufflé le nom de Vercauteren ?

VENANZI : Ah non, s'il y a bien une personne qui ne me dit pas ce que je dois faire, c'est Eric. Alors que s'il y a bien une personne qui pourrait le faire, c'est lui. Mais il m'arrive de le consulter, évidemment.

Vos choix futurs ne seront donc pas dictés par la vox populi ?

VENANZI : Je ne suis pas là pour faire plaisir aux supporters mais pour faire des choix qui vont amener des résultats. Ma première démarche a été de prendre des décisions par rapport aux finances du club. Ce n'est pas sexy à dire mais quand tu diriges une société, il faut d'abord qu'elle soit rentable afin de réaliser des investissements. Et les plus gros investissements ont été réalisés au niveau de l'Académie, notamment à travers de nouveaux bâtiments dont le coût s'élève à plus de deux millions d'euros. Il y a un an, ce n'était pas possible. Et c'est vrai que ces investissements s'inscrivent dans du moyen ou long terme. Et que les supporters, dont je fais partie, veulent voir des résultats à court terme. Étrangement, et malgré toutes les erreurs qu'on a pu faire, on avait réussi à bâtir une équipe compétitive pour les PO1, voire les trois premières places. Par rapport à Charleroi par exemple, on ne parle pas de la même chose au niveau de la qualité de l'effectif.

Le Standard peut-il désormais avoir les moyens de ses ambitions ? L'été dernier, vous aviez tenté de rapatrier Dieumerci Mbokani avant de vous rendre compte rapidement que c'était impossible financièrement.

VENANZI : C'est vrai, on a essayé. Mais on ne va pas payer un joueur trois millions net. Il faut rester dans les clous. Et c'est pourquoi je préfère des joueurs bénéficiant d'un contrat intéressant pour la Belgique, sans être parmi les plus importants, mais avec de grosses primes de matches au bout. Afin d'insuffler à nouveau cette mentalité de gagnant. Aller chercher un grand nom avec un gros salaire pour appâter le public, ça ne m'intéresse pas. Mais si Mehdi (Carcela) me dit " J'ai envie de revenir au Standard et je suis prêt à faire tel ou tel effort financier ", c'est différent.

Le Standard est-il capable de sortir 5 millions pour l'achat d'un joueur ?

VENANZI : Capable, oui, mais ce n'est pas mon modèle. Je pense qu'on peut trouver de très bons joueurs à 2-3 millions. Mais s'il faut débourser plus pour un joueur dont on est persuadé de son apport : pourquoi pas. En janvier par exemple, on a fait un effort pour garder Belfodil.

" LE FOOT EST UN MILIEU DUR OÙ LE MENSONGE EST INSTITUTIONNALISÉ "

Ça a été un tournant dans la saison, l'imbroglio autour du transfert de Belfofil ?

VENANZI : Je ne pense pas...

Ce contexte a toutefois amené le départ de Daniel Van Buyten.

VENANZI : C'est sur conseil de Daniel que j'ai fait venir Olivier. Et je ne le regrette pas car Olivier fait du super travail. Mais après la venue d'Olivier, il s'est installé une rivalité entre les deux après quelques mois. Au départ, je trouvais cette rivalité saine car ça me permettait d'avoir un regard critique sur certains joueurs. Et j'ai entretenu cette rivalité. Mais j'ai constaté que cette rivalité ne tirait pas le club vers le haut et qu'il y avait de plus en plus de différences entre l'approche de Daniel et d'Olivier.

La venue de Van Buyten était-elle surtout un joli coup médiatique ?

VENANZI : J'ai amené un grand connaisseur de foot et doté d'une expérience professionnelle fantastique.

Mais qu'a-t-il fait de concret au Standard hormis avoir installé des places de parking nominatives à l'Académie ?

VENANZI : Il m'a appris certaines choses sur le football, il m'a appris comment fonctionnaient les joueurs.

Mais ça ne vaut pas 500.000 euros l'année.

VENANZI : Effectivement. A partir du moment où il me coûte plus cher que ce qu'il me rapporte...

On dit de vous que vous êtes trop gentil pour le milieu du foot ?

VENANZI : Tous les milieux d'affaire sont difficiles. Le foot est un milieu dur où le mensonge est institutionnalisé. Ça ne me plaît pas et ce n'est pas ma manière de travailler. C'est peut-être pour ça que l'on dit que je suis gentil mais je ne suis pas naïf pour autant.

Depuis que vous avez repris le Standard, est-ce que vous vous dites souvent : mais qu'est-ce que je fous là ?

VENANZI : Après chaque défaite, je me le dis. Mais le lendemain matin, je suis à nouveau ultra-motivé.

Vous avez déjà pensé à tout laisser tomber ?

VENANZI : Jamais. J'ai connu des moments très difficiles comme lors de la défaite face à Courtrai (0-3), l'épisode Daniel Van Buyten au sens large ou Charleroi-Standard. Mais je sais que ça va marcher.

Pourquoi en êtes-vous convaincu ?

VENANZI : Car on se structure. A l'Académie, ce n'était pas le cas, chacun décidait dans son coin. Et ça donnait lieu à des situations complètement loufoques. Un club de foot est un milieu particulier où, par exemple, tes ouvriers, c'est-à-dire tes joueurs, gagnent mieux que tout le monde. Et où ta stratégie à moyen ou long terme dépend du résultat du week-end qui peut être influencé par une exclusion justifiée ou non, une frappe sur le montant, etc. Maintenant, j'aurais voulu que ça marche tout de suite. Mais je savais très bien dès le départ que la mission allait être difficile.

PAR THOMAS BRICMONT - PHOTOS BELGAIMAGE

Après chaque défaite, je me dis : Qu'est-ce que je fous là ? Mais le lendemain matin, je suis à nouveau ultra-motivé. BRUNO VENANZI

" Les joueurs que l'on cible désormais doivent être capables d'être des gamins de merde positifs dans un vestiaire. " BRUNO VENANZI

" A Charleroi, le deuxième arrêt a été volontairement provoqué... je ne vais pas me faire passer pour plus bête que je ne le suis. " BRUNO VENANZI

Vendredi 14 avril, 94e minute de jeu. Un bon ballon adressé par Yannick Aguemon est dévié de la tête par le héros local, Pietro Perdichizzi. Le Standard plie à nouveau (2-2), cette fois face à l'Union Saint-Gilloise. La copie est bâclée, la mentalité une énième fois indigne. Les caméras de télévision fixent les mines d'une direction liégeoise aux visages dépités. Quelques heures plus tôt, dans les bureaux spacieux de Sclessin, nous rencontrons Bruno Venanzi accompagné de son fidèle bras droit, Alexandre Grosjean. Comme souvent, le président liégeois est accueillant, souriant même, malgré une situation sportive dramatique qui n'a, à cet instant, pourtant pas encore condamné Aleksandar Jankovic. Sans apparat ou faux-fuyants, Bruno Venanzi va s'expliquer longuement sur ses deux saisons tourmentées à la tête du Standard. BRUNO VENANZI : On l'a dit en interne, la Coupe est l'arbre qui a masqué la forêt. Ça a un peu éteint le fait qu'on s'était déjà retrouvé en PO2. Si on vit une saison pourrie, c'est à cause de plusieurs facteurs, à cause d'un peu tout le monde, à commencer par moi. On n'est jugé que sur les résultats et terminer à la 9e place de la saison régulière, c'est inadmissible alors que tous les spécialistes, les consultants, et les pseudos-spécialistes nous voyaient bien plus haut. On avait le noyau pour terminer 3e ou 4e. Mais depuis le match à Charleroi, on est dans une mauvaise dynamique dont on n'a pas réussi à s'extirper. Et on a couru par la suite après les points. Je n'étais pas présent au match à Charleroi car j'étais malade mais je regardais la rencontre à la télé. Et à 1-3, je voyais les dirigeants carolos s'enfoncer dans leur siège. Et puis il y a eu cet incident IVM (ndlr, interruption volontaire de match) dont nous sommes les premiers responsables. Même si le deuxième arrêt a été volontairement provoqué... je ne vais pas me faire passer pour plus bête que je ne le suis. VENANZI : La manière dont le speaker s'est exprimé à plusieurs reprises, notamment. Je ne dis évidemment pas que c'est un coup monté puisque nous sommes responsables du premier arrêt. Et d'ailleurs, c'est ce que j'ai reproché aux supporters quand j'ai discuté avec eux : ce n'est jamais la faute de personne. Mais au final, il y en a un qui jette mais mille qui applaudissent. Ce qui m'ennuie aussi, c'est qu'à Charleroi, on n'arrive pas à avoir d'images, ce qui est tout bonnement scandaleux. Ici, on a des caméras partout dans le stade. Depuis que je suis là, on est d'ailleurs arrivé à éviter des incidents dans nos installations. Mais ce n'est évidemment pas cet unique match qui explique notre 9e place. VENANZI : Je souhaite installer une dynamique de stabilité, que ce soit au niveau des coaches ou du staff. Depuis que je suis arrivé, il y a eu quelques changements mais je pense que c'est inhérent à toute personne qui reprend une entreprise afin de voir comment elle travaille, avec qui on travaille. Et c'est vrai que la première année, vu que j'étais occupé avec la vente de Lampiris, j'ai laissé un peu faire les choses. En n'étant pas très présent, ce qui est l'inverse d'aujourd'hui. Sur certains points, on vient de loin, de très loin. Il faut donc un petit temps pour que les choses se mettent en place. Et une certaine stabilité. Et dans mon plan de développement il y a aussi une stabilité au niveau du coach. VENANZI : Cette stabilité existe, même si c'est vrai qu'elle est rare. Moi, j'observe deux choses : les résultats et la manière. Et ce qui me gêne le plus aujourd'hui, et Sacha (Jankovic) est au courant, c'est autant les résultats que la manière. Aller faire 0-0 à Anderlecht à 10 contre 11, c'est cette mentalité-là que je veux voir. On doit montrer qu'on a du caractère. Et je l'ai dit au coach avant le début des play-offs 2 : cette poule, je veux qu'on la gagne en se battant. Et les choses sont claires pour lui. VENANZI : Je lui ai clairement expliqué ce que je voulais. Le contrat est clair : il sait à quoi s'attendre si ce n'est pas le cas. VENANZI : On essaie de le leur inculquer mais c'est vrai que ça n'est plus le cas ces dernières années. Quand il y avait un Conceiçao, ou un Dragutinovic dans le vestiaire, c'était très différent. Et même s'ils n'ont jamais été champion, leur aura s'est prolongée dans le vestiaire les années qui ont suivi. C'est ce genre de joueurs qui ont ramené la grinta au Standard. Et c'est aussi ce genre de joueurs que l'on doit retrouver. VENANZI : Le prochain mercato sera plus calme que les autres mercatos mais les joueurs que l'on cible et qu'Olivier a été voir à plusieurs reprises, sont des éléments avec plus d'expérience mais aussi capables d'être des " gamins de merde positifs " dans un vestiaire. VENANZI : Il y a deux ans, le club perdait 7 millions. Aujourd'hui, on arrive à avoir une balance positive avec un bénéfice de un à deux millions. L'augmentation de capital de dix millions que j'ai réalisée il y a peu a pour but de stabiliser le club mais aussi de pouvoir développer les projets. J'aimerais que l'on soit moins tenu par une plus-value sur transferts. Car aujourd'hui, si on veut être à l'équilibre, il faut réaliser une plus-value de cinq à dix millions sur ces transferts. Aujourd'hui, on voit vers où l'on va, et on dépense pas mal d'argent dans les jeunes de l'Académie. Il y a environ 90 % des top talents qui vont rester au club et il y a une grosse restructuration au niveau de l'Académie qui est en train de s'opérer. Mais tout ça a un coût. Si on veut retrouver une équipe qui vise le top 3, ça passe par un investissement dans les jeunes. VENANZI : Dans le cas de Marin, l'idée c'était de le prendre cette saison et de le préparer pour la saison prochaine. Olivier le scoute depuis plus d'un an. C'est un joueur qui nous plaît, qui a la bonne mentalité. Mais comme beaucoup de joueurs venus de l'étranger, il a besoin, il est vrai, d'un temps d'adaptation. VENANZI : Premièrement, on l'a vendu pour un montant correct (ndlr, 3,5 millions). Le cas Trebel est particulier car il voulait partir depuis... toujours. Dès qu'il est arrivé au club, il voulait déjà partir. Je pense qu'Adrien est une bonne personne mais ce n'était pas un joueur avec la mentalité Standard. VENANZI : C'est peut-être une erreur de casting, mais on n'est pas tout le temps dans le vestiaire même si je reçois des échos. VENANZI : Oui, mais Alex va revenir dans le coup. Il connaît un passage à vide conséquent mais il travaille pour revenir et je suis sûr qu'il reviendra plus fort car c'est un bon joueur, qui a une bonne mentalité. N'oublions pas qu'il est encore jeune et qu'il a eu des soucis physiques au niveau des pieds. C'est la première fois de sa carrière qu'il doit se remettre en question, et des questions, il s'en pose beaucoup. VENANZI : Je ne le vois pas comme ça. Car on voulait qu'il parte, ce que les joueurs peut-être ne savent pas. Depuis son transfert avorté au mois d'août avec Al-Jazira, on a vu qu'il n'avait pas la mentalité adéquate, même si ça reste un bon joueur. Et j'imagine qu'il fera encore de bons matches à Anderlecht... quand il sera sur le terrain. VENANZI : Vous pouvez analyser sa dernière saison à Nantes et vous aurez la réponse à la question. C'est aussi la raison pour laquelle il est venu gratuit. Mogi Bayat m'a dit peu de temps après que je reprenne le Standard : " Un conseil : pas trop de Français dans ton vestiaire. Deux-trois joueurs maximum ". Et il en connaît un rayon sur la question pour se rendre compte de ce que ça peut engendrer comme problèmes. C'est une autre mentalité, une autre formation, ce qui n'enlève rien à leurs qualités. Car le Dossevi de l'année passée faisait partie des trois meilleurs joueurs du championnat. Mais c'est vrai aussi que ses prestations et sa mentalité ne sont pas à la hauteur cette saison. VENANZI : Pour être honnête, j'ai changé de coach sur les conseils de Daniel (Van Buyten) et d'Olivier (Renard). Chose que je ne ferais plus aujourd'hui. Yannick était, tout comme moi, un peu jeune quand il est arrivé au Standard, mais il pouvait encore réaliser de bonnes choses. VENANZI : Le choix d'un bon entraîneur est évidemment crucial. Et il existe des coaches dont les noms ne sont pas ronflants mais qui font du très bon travail. Je ne vais pas jeter de la poudre aux yeux des supporters. VENANZI : Les finances sont aujourd'hui saines. La priorité est donc de prendre un entraîneur de qualité. Et on a estimé en septembre que Jankovic pouvait être cet entraîneur de qualité. Mais les résultats indiquent qu'on n'est pas sur la bonne voie. S'il faut prendre un coach pour la saison prochaine, on ne va pas faire d'économies pour un poste de cette importance. Mais je ne ferai pas un choix de coach pour faire plaisir aux supporters. Je ferai ce choix en fonction de sa qualité de tacticien et sa capacité à insuffler la bonne mentalité au groupe. Est-ce que le suivant sera Mazzù, Preud'homme ou Vanhaezebrouck (il rit)... VENANZI : N'a-t-il pas déclaré récemment dans une interview qu'il ne viendrait pas au Standard ? C'est un bon coach mais j'aime aussi Vanhaezebrouck. Ça ne veut pas dire pour autant qu'il viendra au Standard. VENANZI : Ah non, s'il y a bien une personne qui ne me dit pas ce que je dois faire, c'est Eric. Alors que s'il y a bien une personne qui pourrait le faire, c'est lui. Mais il m'arrive de le consulter, évidemment. VENANZI : Je ne suis pas là pour faire plaisir aux supporters mais pour faire des choix qui vont amener des résultats. Ma première démarche a été de prendre des décisions par rapport aux finances du club. Ce n'est pas sexy à dire mais quand tu diriges une société, il faut d'abord qu'elle soit rentable afin de réaliser des investissements. Et les plus gros investissements ont été réalisés au niveau de l'Académie, notamment à travers de nouveaux bâtiments dont le coût s'élève à plus de deux millions d'euros. Il y a un an, ce n'était pas possible. Et c'est vrai que ces investissements s'inscrivent dans du moyen ou long terme. Et que les supporters, dont je fais partie, veulent voir des résultats à court terme. Étrangement, et malgré toutes les erreurs qu'on a pu faire, on avait réussi à bâtir une équipe compétitive pour les PO1, voire les trois premières places. Par rapport à Charleroi par exemple, on ne parle pas de la même chose au niveau de la qualité de l'effectif. VENANZI : C'est vrai, on a essayé. Mais on ne va pas payer un joueur trois millions net. Il faut rester dans les clous. Et c'est pourquoi je préfère des joueurs bénéficiant d'un contrat intéressant pour la Belgique, sans être parmi les plus importants, mais avec de grosses primes de matches au bout. Afin d'insuffler à nouveau cette mentalité de gagnant. Aller chercher un grand nom avec un gros salaire pour appâter le public, ça ne m'intéresse pas. Mais si Mehdi (Carcela) me dit " J'ai envie de revenir au Standard et je suis prêt à faire tel ou tel effort financier ", c'est différent. VENANZI : Capable, oui, mais ce n'est pas mon modèle. Je pense qu'on peut trouver de très bons joueurs à 2-3 millions. Mais s'il faut débourser plus pour un joueur dont on est persuadé de son apport : pourquoi pas. En janvier par exemple, on a fait un effort pour garder Belfodil. VENANZI : Je ne pense pas... VENANZI : C'est sur conseil de Daniel que j'ai fait venir Olivier. Et je ne le regrette pas car Olivier fait du super travail. Mais après la venue d'Olivier, il s'est installé une rivalité entre les deux après quelques mois. Au départ, je trouvais cette rivalité saine car ça me permettait d'avoir un regard critique sur certains joueurs. Et j'ai entretenu cette rivalité. Mais j'ai constaté que cette rivalité ne tirait pas le club vers le haut et qu'il y avait de plus en plus de différences entre l'approche de Daniel et d'Olivier. VENANZI : J'ai amené un grand connaisseur de foot et doté d'une expérience professionnelle fantastique. VENANZI : Il m'a appris certaines choses sur le football, il m'a appris comment fonctionnaient les joueurs. VENANZI : Effectivement. A partir du moment où il me coûte plus cher que ce qu'il me rapporte... VENANZI : Tous les milieux d'affaire sont difficiles. Le foot est un milieu dur où le mensonge est institutionnalisé. Ça ne me plaît pas et ce n'est pas ma manière de travailler. C'est peut-être pour ça que l'on dit que je suis gentil mais je ne suis pas naïf pour autant. VENANZI : Après chaque défaite, je me le dis. Mais le lendemain matin, je suis à nouveau ultra-motivé. VENANZI : Jamais. J'ai connu des moments très difficiles comme lors de la défaite face à Courtrai (0-3), l'épisode Daniel Van Buyten au sens large ou Charleroi-Standard. Mais je sais que ça va marcher. VENANZI : Car on se structure. A l'Académie, ce n'était pas le cas, chacun décidait dans son coin. Et ça donnait lieu à des situations complètement loufoques. Un club de foot est un milieu particulier où, par exemple, tes ouvriers, c'est-à-dire tes joueurs, gagnent mieux que tout le monde. Et où ta stratégie à moyen ou long terme dépend du résultat du week-end qui peut être influencé par une exclusion justifiée ou non, une frappe sur le montant, etc. Maintenant, j'aurais voulu que ça marche tout de suite. Mais je savais très bien dès le départ que la mission allait être difficile. PAR THOMAS BRICMONT - PHOTOS BELGAIMAGEAprès chaque défaite, je me dis : Qu'est-ce que je fous là ? Mais le lendemain matin, je suis à nouveau ultra-motivé. BRUNO VENANZI " Les joueurs que l'on cible désormais doivent être capables d'être des gamins de merde positifs dans un vestiaire. " BRUNO VENANZI " A Charleroi, le deuxième arrêt a été volontairement provoqué... je ne vais pas me faire passer pour plus bête que je ne le suis. " BRUNO VENANZI