Une bonne heure après le coup de sifflet final du match entre Anderlecht et Limassol, John van den Brom affiche toujours le visage radieux d'un enfant. L'entraîneur hollandais a du mal à se remettre de ses émotions et pendant la conférence de presse, alors que les festivités battent leur plein à l'extérieur, il se demande quand a lieu le tirage de la Ligue des Champions. Cela fait bien rigoler son ex-équipier Richard Witschge, qui a assisté à la rencontre en compagnie de deux managers.
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Une bonne heure après le coup de sifflet final du match entre Anderlecht et Limassol, John van den Brom affiche toujours le visage radieux d'un enfant. L'entraîneur hollandais a du mal à se remettre de ses émotions et pendant la conférence de presse, alors que les festivités battent leur plein à l'extérieur, il se demande quand a lieu le tirage de la Ligue des Champions. Cela fait bien rigoler son ex-équipier Richard Witschge, qui a assisté à la rencontre en compagnie de deux managers. Au vu de tant d'enthousiasme, on pouvait croire qu'Anderlecht avait livré une prestation de niveau mondial pour éliminer une modeste équipe chypriote. Les remplacements opérés par Van den Brom ont été mis en évidence, comme si le Hollandais était le plus grand stratège qu'on ait connu depuis Napoléon. Les dirigeants ont désormais la certitude d'empocher 17 millions d'euros et tout le monde est sur un petit nuage. On parle d'adapter le contrat de Dieumerci Mbokani, soudain promu au rang de star mondiale. Il est quand même fou de constater combien, à chaque fois, l'émotionnel prend le pas sur le rationnel. Car la question fondamentale qu'Anderlecht devrait se poser, c'est de savoir comment utiliser au mieux cet argent. Car il donne aux Mauves l'occasion de creuser encore un peu plus le fossé avec ses rivaux belges. Deux jours après le match contre Limassol, Roger Vanden Stock se promène au c£ur de la jet set du football européen à Monaco, où le tirage au sort de la Ligue des Champions a lieu pour la quinzième fois consécutive. Mais au forum Grimaldi, sur les bords de la Méditerranée, on s'aperçoit combien au top niveau européen aussi, le football était à deux vitesses. Alors que Vanden Stock donne l'impression qu'Anderlecht n'achètera plus rien, la délégation du Bayern Munich explique pourquoi elle a misé 40 millions d'euros sur le défenseur espagnol de l'Athletic Bilbao Javi Martinez. Pour les Allemands, il est important de pouvoir reconstruire de l'arrière. Or, le solide basque allie cette capacité à la vitesse, la robustesse et l'intransigeance dans les duels. Et autant de qualités, ça coûte cher. Le lendemain, Anderlecht dépense trois millions d'euros pour s'offrir le défenseur hollandais Bram Nuytinck. On affirme que l'international espoir venu de NEC possède une excellente relance et un bon placement mais qu'il n'est pas tellement rapide et explosif. Nuytinck ne serait pas un deuxième choix, même si Anderlecht a, dans un premier temps, jeté son dévolu sur le Finlandais d'AZ Niklas Moisander qui, lassé par de longues négociations, a fini par signer à l'Ajax, où il a effectué d'excellents débuts. Voici quelques semaines, Anderlecht estimait que deux millions et demi d'euros pour Moisander, c'était trop. Mais aujourd'hui que le club est qualifié pour la Ligue des Champions, il peut se permettre de voir plus grand. Roger Vanden Stock a même fui la réalité en constatant qu'Anderlecht tombait dans un groupe avec l'AC Milan, Saint-Pétersbourg et Malaga. Avant le tirage ; il avait déclaré qu'il se contenterait d'une troisième place garantissant une qualification pour l'Europa League mais après coup, il parle de deuxième position parce que Milan marque le pas et Malaga fait face à des problèmes financiers. Seul Saint-Pétersbourg, très fort sur le plan collectif, lui semble inaccessible. C'est en tout cas ce qu'il a dit à un journaliste russe qui s'est empressé d'en prendre note. Et il l'a répété plus tard aux représentants des médias belges qui ont avalé de travers mais n'ont pas osé le contredire. Car Roger Vanden Stock est un homme aimable, un président chaleureux qui ne fait pas de chichis et s'occupe beaucoup de son club mais qui se berce parfois d'illusions. Au beau milieu de la fine fleur monégasque, il a déjà oublié qu'Anderlecht s'est cassé les dents sur Limassol et n'a pas remarqué que tant l'AC Milan que Malaga se sont encore renforcés. Et on a bien vu lorsque le FC Bruges s'est incliné 1-5 en match de préparation face Getafe qu'une simple équipe espagnole possède tout de même plus de classe que n'importe quel grand club belge. Le lendemain, les délégations du Club Brugeois et du RC Genk ont fait preuve de plus de modération en prenant connaissance de leurs adversaires en Europa League. Bordeaux, Newcastle et Marítimo pour les Blauw en Zwart ; Bâle, le Sporting Lisbonne et Videoton pour les Limbourgeois. " Des matches où tout peut se produire ", disent les dirigeants des deux clubs belges, comme pour se donner du courage. Mais le fait est qu'il ne s'agit pas d'affiches et que l'Europa League, sur le plan sportif mais surtout sur le plan financier, n'est qu'un piètre substitut de la Ligue des Champions. Ce ne sont pas non plus les derniers mouvements de la période des transferts qui vont nous faire penser que les chances des deux clubs ont augmenté. Ce qui s'est passé avec Vadis Odjidja laisse quand même planer le doute sur les véritables ambitions du Club et on se demande bien pourquoi Genk mais aussi Anderlecht ont soudain fait une telle cour à Benji De Ceulaer. Après le départ de Christian Benteke, les dirigeants limbourgeois n'ont en tout cas pas hésité à transférer l'attaquant de Lokeren. Ce qui fera du bien aux caisses du club waeslandien car l'aventure européenne ne lui a rien rapporté. Avec trois clubs représentés à Monaco, le football belge n'avait cependant pas à rougir car même si on a beaucoup vanté, au forum Grimaldi, la façon dont la Pologne et l'Ukraine avaient organisé l'EURO 2012, aucun club polonais ne figure parmi les 72 formations représentées. Et pourtant, le championnat attire de plus en en plus de spectateurs, ce qui prouve bien que le confort y est pour beaucoup. Depuis que son stade a été rénové voici deux ans, le Legia Varsovie a doublé son nombre de supporters pour l'amener à vingt mille de moyenne. Avec ses grosses voitures, ses yachts imposants et ses belles femmes, Monaco reste le lieu de débauche par excellence... L'UEFA aime y installer ses quartiers d'été et il en ira encore de même au cours des trois prochaines années, même si le tirage au sort n'ira plus de pair avec l'organisation de la Super Coupe. Celle-ci déménagera à Prague l'année prochaine, puis à Cardiff et à Tbilissi. Cela fait partie des plans du président de l'UEFA, Michel Platini, qui veut promouvoir le football de haut niveau dans d'autres pays. C'est ainsi que l'organisme qui gère le football européen envisage d'organiser l'EURO 2020 dans treize pays : la première phase dans douze capitales puis les demi-finales et la finale à un seul endroit. C'est la façon que l'UEFA a imaginé de fêter les 60 ans de l'Union européenne. Le Comité Exécutif doit encore entériner cette idée mais il semble que l'idée de Michel Platini ne suscitera pas beaucoup d'opposition. Le Français fait cavalier seul, il déborde d'idées mais on dit qu'il ne supporte guère la contradiction et que cela a déjà provoqué des tempêtes en coulisses comme peu après l'EURO, lorsque l'Anglais Robert Faulkner a été licencié de son poste de directeur de la communication. Marié à une Hollandaise, Faulkner était pourtant bien vu des journalistes et il semblait solidement implanté en Suisse. Et aucun employé de l'UEFA ne veut évoquer les raisons de son départ. Au moment du tirage au sort de la Ligue des Champions, Michel Platini se fait toujours un devoir d'inviter quelques journalistes pour leur parler de son envie d'assainir les finances du football. A partir de 2014, seuls les clubs dont les chiffres ne sont pas dans le rouge pourront encore participer aux Coupes d'Europe. Au cours des dernières semaines, les 237 clubs inscrits ont fait l'objet d'un audit. Les Hongrois de Gyuri, les Grecs de l'AEK Athènes et les Turcs de Besiktas ont été exclus parce qu'ils avaient des dettes ou accusaient des retards de payements. Platini aime rappeler, et il l'a encore fait à Monaco, qu'il n'acceptera bientôt plus qu'un club dépense plus qu'il ne gagne. La lutte contre la mauvaise gestion reste sa priorité car, selon lui, le football a vécu trop longtemps sans réglementation. Et il tente de montrer, chiffres à l'appui, que cette politique porte ses fruits. En 2008, les clubs ont venu des joueurs pour trois milliards d'euros, contre deux milliards cette année. En Espagne, surtout, on jetait l'argent par les fenêtres de façon structurelle. Suite aux nombreux avertissements, on y réfléchit différemment. Pour la première fois depuis des années, la France et l'Allemagne ont dépensé plus d'argent en transferts que l'Espagne qui, en comparaison avec 2011, a vu les montants consacrés aux transferts diminuer de plus de la moitié (de 360 à 125 millions d'euros). Les Anglais et les Italiens ont également dépensé moins. Platini aime aussi parler des résultats visibles qui, selon lui, sont dus à l'introduction du quatrième et du cinquième arbitre. Les chiffres doivent démontrer qu'on a inscrit plus de buts de la tête, qu'il y a moins de fautes et, surtout, moins d'erreurs arbitrales. Il est seulement difficile de prouver qu'il y a un lien de cause à effet. Platini reste un fervent détracteur de l'introduction des moyens technologiques qui, selon lui, nuisent à l'esprit du jeu. Et il exhorte les fédérations nationales à faire appel, elles aussi, à un quatrième et un cinquième arbitre. Il dit même qu'il en sera tenu compte lors de la désignation des arbitres pour les grands matches européens. Quand quelqu'un lui demande s'il s'agit d'une menace, il sourit : " Non, c'est un conseil. " Auteur de trois buts, l'attaquant colombien Radamel Falcao a fait vivre l'enfer à une équipe de Chelsea qui partait pourtant favorite de la Super Coupe. Quelques heures plus tôt, Falcao avait encore donné un coup de main à l'occasion du tirage au sort de l'Europa League mais cela ne l'avait visiblement pas déconcentré puisqu'il fut le grand artisan de la victoire de l'Atletico Madrid (4-1). La domination des Espagnols a été outrancière. Thibault Courtois n'a pas eu un seul arrêt à effectuer et Eden Hazard n'a eu aucune emprise sur le jeu des Anglais, même s'il ne fut certainement pas le plus mauvais. Chelsea manque de finesse et ce n'est pas nouveau car ce club mise avant tout sur la puissance. Depuis le début de la saison, Eden Hazard lui a apporté une touche technique mais il faut admettre qu'il n'a pas encore rencontré d'adversaire de haut niveau. L'Atletico Madrid a constitué un premier baromètre et, dans le vieux stade Louis II, on a encore pu voir combien il est important de pouvoir compter sur un buteur. Il est d'ailleurs très étonnant qu'aucun club ne se soit intéressé à Falcao pendant la période des transferts. PAR JACQUES SYS À MONACO L'Espagne a réduit de moitié ses dépenses de transferts.