"Et ce soir, c'est la guindaille à Charleroi ". Le kop ne l'a peut-être pas entonnée samedi, mais cette phrase résume bien l'euphorie qui a régné sur l'ancien Mambourg, samedi. Pour une fois cette saison, le public, les dirigeants et les joueurs ont pu partager leur soulagement. Le sauvetage est acquis et Charleroi peut préparer sa vingt-cinquième saison d'affilée en D1. Pourtant, certains en venaient même à évoquer la D2. " Cela ne peut pas nous faire de mal. On pourrait y retrouver une âme comme Saint-Trond ", avait-on pu entendre dans les travées du stade du Pays de Charleroi. Mais le défaitisme a laissé place à la joie.
...

"Et ce soir, c'est la guindaille à Charleroi ". Le kop ne l'a peut-être pas entonnée samedi, mais cette phrase résume bien l'euphorie qui a régné sur l'ancien Mambourg, samedi. Pour une fois cette saison, le public, les dirigeants et les joueurs ont pu partager leur soulagement. Le sauvetage est acquis et Charleroi peut préparer sa vingt-cinquième saison d'affilée en D1. Pourtant, certains en venaient même à évoquer la D2. " Cela ne peut pas nous faire de mal. On pourrait y retrouver une âme comme Saint-Trond ", avait-on pu entendre dans les travées du stade du Pays de Charleroi. Mais le défaitisme a laissé place à la joie. Sur le terrain, la deuxième mi-temps face à Genk fut particulièrement aboutie. On a revu des gestes techniques oubliés depuis longtemps, les passes arrivaient et même Cyril Théréau a marqué ! " La confiance est revenue dans le stade ", expliquait d'ailleurs l'entraîneur John Collins. " C'est dommage que la décision tombe lors du dernier match à domicile. Ce n'est pas très agréable pour moi, pour les joueurs et pour les supporters. Depuis que je suis arrivé ici, on a bien progressé. Peut-être qu'on n'a pas marqué assez de buts, mais défensivement et collectivement tout le monde a fait son travail. On a beaucoup travaillé, surtout lors des six derniers matches chez nous. D'ailleurs, on n'a plus pris un but à domicile depuis la venue d'Anderlecht, le 25 janvier. Je suis très content de cela, mais je suis un coach offensif qui préfère que l'on marque des buts. Avec l'état du terrain, c'est malheureusement difficile de jouer du bon football. " Il ne manquait plus que le feu d'artifice final. Et il est venu de la montée au jeu du capitaine Frank Defays qui a annoncé qu'il mettait un terme à dix ans de bons et loyaux services en tant que joueur du Sporting. Soutenu pendant tout son échauffement par le public, il a bénéficié d'une standing ovation lors de son entrée au jeu et d'une haie d'honneur à l'issue de la rencontre. Et du soutien de tous ses coéquipiers... Dans un geste de déférence, Adlène Guédioura lui a passé le brassard autour du bras alors que le milieu défensif restait au jeu ; Badou Kere lui a offert un bouquet de fleurs. " On ne quitte pas un club comme si de rien n'était ", analysait Defays après avoir savouré ses adieux en buvant un verre avec l'arbitre. " J'avais du mal à m'arrêter. La décision est venue du c£ur lors d'une interview. Je suppose que c'est la bonne... "Cette saison aura donc eu la peau du plus vieux crocodile, usé par le manque de respect d'un groupe de plus en plus jeune. Une fois sa décision prise, un ressort s'est cassé, à tel point que Defays a préféré renoncer à une titularisation à Malines et contre Genk. " Je pouvais jouer mais j'ai pris mes responsabilités. Je l'ai dit à l'entraîneur. Je n'étais pas prêt mentalement. Beaucoup de choses se sont bousculées dans ma tête. Je suis quelqu'un de très émotif et je ne pouvais pas jouer avec l'avenir du club juste pour me permettre d'être titulaire lors de mon match d'adieu aux supporters. "Son départ laissera un vide car cela fait des années que Defays tenait un vestiaire pas facile à gérer : " Ces derniers temps, je vivais de plus en plus mal les mauvais côtés du football. On se rend compte, quand on arrive à la fin, qu'on est un peu seul. " Reste alors les derniers conseils adressés à une direction à laquelle il reproche un certain manque de communication : " Aujourd'hui, on est sauvé. C'est la joie mais le club doit préparer l'avenir. Notamment au niveau du mental et du caractère, grande faiblesse de cette année. Il faut un esprit et du sang neuf, des gens qui découvrent le club et qui lui donnent un nouvel élan. C'est ce qui manque au Sporting. "Ecouter Defays, c'est tout de même tenir compte de l'avis de celui qui, en dix saisons, a accumulé 287 matches de championnat, ce qui le place au troisième rang des Zèbres les plus capés derrière Dante Brogno (389 matches) et Raymond Mommens (309 matches). Cette sortie ne signifie pas nécessairement la fin de la carrière de Defays, ni une rupture avec le Sporting. Il va sonder le marché à la recherche " d'un nouveau challenge " qui ne devrait pas se situer en divisions inférieures. Ni dans le staff de l'équipe première du Sporting, selon les propres dires du président Abbas Bayat : " On a un accord avec lui. Reste à délimiter la fonction. Ce sera sans doute avec les jeunes car pour intégrer l'équipe première, il doit encore présenter ses cours d'entraîneurs et obtenir le diplôme UEFA A. À lui de réfléchir... " Le Sporting devra désormais panser les plaies d'une saison difficile et chaotique. Collins a dévoilé un secret de Polichinelle en avouant qu'il ne resterait pas la saison prochaine. " Nous n'avons pas discuté mais je crois que pour continuer, il faut être deux ", lâche Bayat. Mais même si Collins avait manifesté le désir de rester, Bayat ne l'aurait pas prolongé. " Non. Collins était prévu pour six mois. Je ne suis pas déçu mais il suffit de voir le nombre de points qu'on a gagné et se demander pourquoi on s'est sauvé seulement à l'avant-dernière journée de championnat... "Collins n'a donc pas convaincu son président. Ni par le jeu et la manière, ni par le nombre de points obtenus. Lorsque Bayat avait pris la décision de se séparer de Thierry Siquet, les Zèbres occupaient la douzième place avec 18 points (soit 1,12 points par match). Collins a lui pris 22 points en 17 matches (soit 1,29 points par match) mais Charleroi occupe le 13e rang et a bataillé pour son maintien. Lors du deuxième tour, le Germinal Beerschot et Malines, derrière Charleroi à l'issue du premier tour, ont glané respectivement 27 et 25 unités. Dender et Roulers ont engrangé 20 unités. Charleroi à peine 19. Le bilan de Collins n'est positif que si on analyse le jeu en début de deuxième tour (il était catastrophique contre Westerlo et Gand) et qu'on le compare avec celui développé entre le 21 février (match nul à Courtrai) et le 4 mars (défaite à Bruges). " Personnellement, je suis content de mon bilan ", se défend Collins. " Je l'ai déjà dit, depuis 3 mois, l'équipe a progressé. Elle s'est organisée. On n'a peut-être pas marqué assez de buts. Ce n'est pas une saison fabuleuse, mais on s'est sauvé et, finalement, Charleroi restera en D1. " On est cependant bien loin de l'euphorie de l'arrivée. A l'époque, on évoquait la Coupe de Belgique et une remontée dans le classement... Les dirigeants devront donc trouver un nouvel entraîneur. " Il devra être un gagneur déterminé ", dit Abbas Bayat. Mais également un staff ( Philippe Vande Walle ne restera pas et Dante Brogno, entraîneur des Espoirs, en fin de contrat, est en pleine négociation mais celle-ci n'avance pas) et un noyau. Cette saison, le groupe a manqué de caractère et de discipline, la décision venant un peu trop souvent des pieds d'un exploit de Christophe Grégoire dont l'option n'a pas été levée. " Ce n'était pas une question d'envie mais de budget ", explique Abbas Bayat. " On doit avoir l'argent pour le transférer ! Je ne veux pas être dans la situation de Mouscron. " Le prix du transfert ne semblait pas prohibitif (250.000 euros). Surtout pour un élément qui reste sur 3 buts décisifs. " On ne pratique pas le même niveau de salaire qu'à Gand ou aux Pays-Bas ", continue Bayat. Or, Grégoire était un des seuls à vouloir rester. " Je suis un peu déçu ", explique l'ancien Anderlechtois. " Les dirigeants ont préféré la sécurité à quelques milliers d'euros. Pour moi, c'était un deal gagnant-gagnant. Je n'étais pas cher et je pouvais repartir plus cher. Ils ont préféré ne pas lever l'option. Tant pis. Mon prix va même peut-être baisser. On va voir comment cela va tourner avec Willem II qui vient de changer d'entraîneur. "par stéphane vande velde - photos: belga