Il faut jouer des coudes pour se faire une place à la fenêtre du restaurant au dernier étage du centre d'entraînement de Neerpede. Nous sommes fin février et les U21 d'Anderlecht accueillent leurs homologues du Standard. Un clasico qui voit Olivier Deschacht inscrire un but. Pratiquement toute la crème du Sporting est présente : Jean Kindermans, Hein Vanhaezebrouck, Herman Van Holsbeeck, Michael Verschueren et même Marc Coucke. Avant le coup d'envoi, Verschueren junior et Coucke discutent dans la pénombre pendant au moins une demi-heure.

Le contrat de Van Holsbeeck prend fin le 30 juin 2020. Il ne veut donc quitter Neerpede qu'en échange d'un gros chèque.

Le 28 mars, un mois environ après cet étrange tête-à-tête, l'Autorité Belge de la Concurrence (ABC) avalise officiellement la reprise d'Anderlecht mais Marc Coucke & Cie n'ont pas attendu aussi longtemps pour baliser le travail. Luc Devroe est présent sur tous les fronts. Il y a peu, il était à Rome, où il a rencontré Igli Tare, le directeur sportif de la Lazio. Depuis les transferts de Jordan Lukaku et Adam Marusic d'Ostende au club romain, les deux hommes s'entendent bien. Devroe leur a vendu Lukaku pour 4 millions et l'arrière gauche des Diables Rouges vaudra bientôt beaucoup plus. Voici peu, la Lazio a refusé une offre de 30 millions de Monaco parce qu'elle pense pouvoir vendre Lukaku bien pus cher. On comprend que Tare aime bien Devroe.

STRATÉGIE

Tandis que Devroe prépare son arrivée au Stade Constant Vanden Stock, la nouvelle direction travaille au départ de Herman Van Holsbeeck. Le jour d'Anderlecht - Standard, celui-ci a rencontré Coucke une première fois. Van Holsbeeck ne s'en est pas caché : " J'ai travaillé pendant quinze ans à Anderlecht et j'ai toujours fait preuve de respect à l'égard du club. J'en attends désormais autant. Depuis le 22 décembre, je suis dans l'inconnu, comme d'autres employés du club. En ce moment, il n'y a pas de commandant à bord du navire. "

Cela fait partie de la stratégie de Van Holsbeeck, qui ne veut pas démissionner puisque son contrat prend fin le 30 juin 2020. Il y a quelques années, il avait même confié à quelques collaborateurs qu'il avait un contrat en béton. Le manager général d'Anderlecht ne veut quitter Neerpede qu'en échange d'un gros chèque. Après quoi il se lancera sans doute dans une nouvelle aventure footballistique. Le 23 mars, à l'occasion du match amical opposant le Mali au Japon, il a été aperçu à Sclessin en compagnie d' Emilio Ferrera, Mogi Bayat et Christophe Cheniaux, le bras droit de Christophe Henrotay. " Je n'étais pas là par hasard, je vous en dirai davantage prochainement ", dit Van Holsbeeck, dont il se murmure qu'il se verrait bien à Sclessin. À Anderlecht, des gens pensent que c'est plausible mais ce qui les préoccupent surtout, c'est de savoir qui occupera son bureau à Neerpede. Ils se demandent aussi si Coucke prendra ses quartiers au centre d'entraînement. Roger Vanden Stock y avait un bureau et passait son temps entre les trois salles de réunion et le bureau de Van Holsbeeck.

Coucke devra surtout veiller à ce que son personnel fonctionne efficacement. Depuis son arrivée, en mai 2015, le directeur opérationnel Jo Van Biesbroeck a pratiquement engagé un employé par semaine. Dans certains départements, le nombre de collaborateurs a triplé, voire quintuplé. Le club a dépensé beaucoup d'argent pour des postes dont il se passerait facilement. C'est ainsi qu'un agent de joueurs est payé pour effectuer du travail de scouting à l'étranger. Le problème de Van Holsbeeck, c'est d'avoir voulu faire plaisir à trop de gens.

DÉPARTEMENT MINISTÉRIEL

Au sein du club, on craint donc une restructuration ou, à tout le moins, une réorganisation, même si, actuellement, ces craintes ne reposent sur rien. La vague d'engagement avait reçu le consentement d' Alexandre Van Damme, l'homme fort d'AB InBev, dont on dit qu'il exerce encore une certaine influence sur le RSCA. Van Biesbroeck a conféré une nouvelle dynamique à Anderlecht et faire marche arrière ne serait pas cohérent. Depuis qu'on a abattu des murs et redistribué l'espace, le premier étage de Neerpede ressemble à un département ministériel. " Jusqu'il y a peu, les entraîneurs et les joueurs venaient chaque jour discuter le coup mais ça se fait de moins en moins ", nous dit-on. " Officiellement, les joueurs n'ont même plus accès aux bureaux. Je comprends que les gens qui portent un training d'Anderlecht s'y sentent mal car ils sont en minorité. "

Marc Coucke veut revoir la politique de transfert du Sporting.

Inversement, le personnel n'a pas accès au restaurant -celui-ci est exclusivement réservé à l'équipe première et aux réserves. Philippe Collin, qui a dessiné le bâtiment de Neerpede, aurait eu cette idée lors de visites de travail dans de grands clubs européens. Ce n'était sans doute pas son intention mais, au cours des dernières années, un gouffre s'est creusé entre les services opérationnels et les départements sportifs tandis qu'à Arsenal, magasiniers, employés administratifs et joueurs se croisent chaque jour. Personne ne s'étonne que le jardinier ou le responsable du matériel prenne place aux côtés d' Arsène Wenger au restaurant.

Jo Van Biesbroeck, ici avec Roger Vanden Stock, Herman Van Holsbeeck et Marc Coucke, a engagé de nombreux employés ces dernières années. Au sein du club, on craint une restructuration., BELGAIMAGE
Jo Van Biesbroeck, ici avec Roger Vanden Stock, Herman Van Holsbeeck et Marc Coucke, a engagé de nombreux employés ces dernières années. Au sein du club, on craint une restructuration. © BELGAIMAGE

Avec son enthousiasme et ses qualités de meneur d'hommes, Coucke pourrait rapprocher deux mondes qui, aujourd'hui, se parlent peu. Les membres du personnel sont plus performants lorsqu'ils se sentent plus proches de l'équipe première. Il n'est pas normal que des employés ne savent pas contre qui Anderlecht joue le week-end suivant.

Il y a un point sur lequel tout le monde est d'accord : avec des concepts comme le product placement, l'image-building et le branding, Van Biesbroeck a en partie, dépoussiéré l'image d'Anderlecht. Il a eu cartes blanches pour développer ses idées et en a profité tandis que Van Holsbeeck et Kindermans ont oublié d'entreprendre des réformes. Ces dernières années, Anderlecht était donc un club à deux vitesses : une partie avait pris le TGV tandis que l'autre roulait toujours dans un train à vapeur. Cela s'est surtout vu en matière de formation. Ça fait longtemps que Kindermans demande qu'on augmente le nombre d'entraîneurs à temps plein mais cela lui a toujours été refusé. Lorsque Van Biesbroeck voulait engager quelqu'un, par contre, il le faisait.

Manifestement, la professionnalisation de l'école des jeunes n'était pas une priorité. Anderlecht doit donc faire avec des entraîneurs à mi-temps ou des formateurs qui ne peuvent se libérer qu'en soirée. À Neerpede, toutes les personnes concernées de près ou de loin par la formation se demandent si le duo Coucke - Devroe va remédier à cela. À terme, les Bruxellois doivent viser une organisation identique à celle de l'Ajax : des entraîneurs professionnels qui sont d'anciens joueurs du club. À cet égard, le cas d' Yves Vanderhaeghe en dit long : Anderlecht a laissé filer un savoir-faire qu'il avait sous la main. Par le passé, l'actuel entraîneur de La Gantoise a en effet souvent téléphoné pour voir si le club n'avait pas besoin d'un entraîneur de jeunes mais, à chaque fois, il a reçu une réponse laconique.

PLUS-VALUE FINANCIÈRE

Aussi étonnant que cela puisse paraître, Emilio Ferrera n'a éprouvé aucune difficulté à entrer à Neerpede, en 2017. Mais son arrivée a fait l'effet d'une petite bombe atomique. Et neuf mois plus tard, il faut de nouveau faire le ménage. Kindermans, directeur du centre de formation de Neerpede, et Ferrera, entraîneur des U21, avaient conclu une sorte de pacte de non agression mais tout le monde savait que les deux hommes ne s'appréciaient pas. Cela fait des mois que Kindermans refuse d'assister aux matches des U21 et qu'il n'a rien à dire au sujet de cette catégorie. Ferrera ne coopère pas non plus avec Stéphane Stassin, le coach des U19. Au sein de l'école des jeunes, beaucoup de gens ont compris que cette structure n'était plus tenable, en tout cas pas dans la forme que lui ont conférée Ferrera et Kindermans. Un des deux hommes va donc devoir partir et beaucoup pensent que ce sera Ferrera. Même ses plus grands détracteurs reconnaissent pourtant qu'il fait de l'excellent boulot. En un minimum de temps, il a préparé cinq jeunes joueurs pour le noyau A ( Francis Amuzu, Mohammed Dauda, Alexis Saelemaekers, Abdoul Dante et Albert Mboyo Sambi Lokonga), conférant ainsi une plus-value financière. Mais ses relations problématiques avec ses collègues et avec les joueurs posent problème. Plusieurs U21 espéraient ainsi qu'il accompagne Michel Preud'homme à Bordeaux. " Même avec les titulaires, il ne s'entend pas ", dit un joueur.

Le caractère de Ferrera énerve de nombreux entraîneurs de jeunes. Voici peu, Bruno Taverne, entraîneur des U21 a claqué la porte. Il était pourtant un des meilleurs amis de Ferrera, qui l'avait engagé mais lui reprochait de ne pas s'engager suffisamment pour le club.

Résoudre l'énigme Ferrera, c'est une chose. Mais la plus grande des priorités consiste à stopper ou du moins à freiner l'exode des jeunes talents. Devroe va devoir convaincre quelques U17 qui ont brillé lors de la dernière ABN AMRO Future Cup de l'Ajax de rester à Bruxelles. Jéremy Doku, un ailier, aurait déjà trouvé un accord avec Liverpool. L'adolescent fait partie de l'agence de joueurs anglaise Stellar Group et signera un contrat avec les Reds le jour de ses 16 ans, en mai. Anderlecht veut à tout prix conserver deux autres jeunes talentueux : Halim Timassi, décrit comme le nouveau Marouane Fellaini, et Eliot Matazo. Le club compte beaucoup sur Timassi qui, en principe, signera un contrat de trois ans et laissera tomber des propositions de l'Inter Milan et de Stoke City. Les négociations sont au point mort depuis le début de l'année car son entourage ne savait pas à qui s'adresser à Anderlecht. C'est dire à quel point une reprise peut paralyser un club.

Présent sur tous les fronts, Luc Devroe aura du travail d'ici le début de la saison prochaine., BELGAIMAGE
Présent sur tous les fronts, Luc Devroe aura du travail d'ici le début de la saison prochaine. © BELGAIMAGE

Coucke a des plans ambitieux en matière de transferts

Bien qu'Anderlecht ait encore une toute petite chance d'être champion, Marc Coucke pense déjà surtout à la saison prochaine. À moyen terme, il veut que le club retrouve le subtop européen. Une de ses priorités consistera à revoir la politique de transferts. L'homme d'affaires flandrien ne veut plus que les départs servent à camoufler les pertes. Il comprendra cependant rapidement qu'il va devoir vendre quelques joueurs l'été prochain pour rétablir un équilibre précaire. Leander Dendoncker s'en ira certainement et Anderlecht cherchera à vendre des joueurs proches de la trentaine, comme Adrien Trebel et Kara Mbodj.

Dans le même temps, Coucke cherchera à investir dans des joueurs à potentiel élevé. Il n'a pas l'intention d'aller chercher des joueurs au PSG mais veut engager de jeunes joueurs qui, à terme, intéresseront des clubs comme le PSG : " Je peux rassurer tout le monde : Coucke a beaucoup d'ambition en vue de la saison prochaine ", dit un agent proche de la nouvelle direction.

En interne, on cite à nouveau le nom de Landry Dimata. Au cours du mercato d'hiver, il y a eu quelques contacts mais Herman Van Holsbeeck n'a pas réussi à débloquer le dossier. Luc Devroe a davantage de chances d'y parvenir. C'est lui qui a amené Dimata à Ostende et il est proche de ses agents, Didier Frenay (Star Factory) et Dieumerci Vua (Godson management). " Anderlecht s'intéresse toujours à Dimata mais d'autres clubs aussi ", dit Dieumerci Vua. " Le statut de Dimata à Wolfsburg a changé voici peu et, aujourd'hui, il est difficile de se prononcer quant à son avenir. "

Il faut jouer des coudes pour se faire une place à la fenêtre du restaurant au dernier étage du centre d'entraînement de Neerpede. Nous sommes fin février et les U21 d'Anderlecht accueillent leurs homologues du Standard. Un clasico qui voit Olivier Deschacht inscrire un but. Pratiquement toute la crème du Sporting est présente : Jean Kindermans, Hein Vanhaezebrouck, Herman Van Holsbeeck, Michael Verschueren et même Marc Coucke. Avant le coup d'envoi, Verschueren junior et Coucke discutent dans la pénombre pendant au moins une demi-heure. Le 28 mars, un mois environ après cet étrange tête-à-tête, l'Autorité Belge de la Concurrence (ABC) avalise officiellement la reprise d'Anderlecht mais Marc Coucke & Cie n'ont pas attendu aussi longtemps pour baliser le travail. Luc Devroe est présent sur tous les fronts. Il y a peu, il était à Rome, où il a rencontré Igli Tare, le directeur sportif de la Lazio. Depuis les transferts de Jordan Lukaku et Adam Marusic d'Ostende au club romain, les deux hommes s'entendent bien. Devroe leur a vendu Lukaku pour 4 millions et l'arrière gauche des Diables Rouges vaudra bientôt beaucoup plus. Voici peu, la Lazio a refusé une offre de 30 millions de Monaco parce qu'elle pense pouvoir vendre Lukaku bien pus cher. On comprend que Tare aime bien Devroe. Tandis que Devroe prépare son arrivée au Stade Constant Vanden Stock, la nouvelle direction travaille au départ de Herman Van Holsbeeck. Le jour d'Anderlecht - Standard, celui-ci a rencontré Coucke une première fois. Van Holsbeeck ne s'en est pas caché : " J'ai travaillé pendant quinze ans à Anderlecht et j'ai toujours fait preuve de respect à l'égard du club. J'en attends désormais autant. Depuis le 22 décembre, je suis dans l'inconnu, comme d'autres employés du club. En ce moment, il n'y a pas de commandant à bord du navire. " Cela fait partie de la stratégie de Van Holsbeeck, qui ne veut pas démissionner puisque son contrat prend fin le 30 juin 2020. Il y a quelques années, il avait même confié à quelques collaborateurs qu'il avait un contrat en béton. Le manager général d'Anderlecht ne veut quitter Neerpede qu'en échange d'un gros chèque. Après quoi il se lancera sans doute dans une nouvelle aventure footballistique. Le 23 mars, à l'occasion du match amical opposant le Mali au Japon, il a été aperçu à Sclessin en compagnie d' Emilio Ferrera, Mogi Bayat et Christophe Cheniaux, le bras droit de Christophe Henrotay. " Je n'étais pas là par hasard, je vous en dirai davantage prochainement ", dit Van Holsbeeck, dont il se murmure qu'il se verrait bien à Sclessin. À Anderlecht, des gens pensent que c'est plausible mais ce qui les préoccupent surtout, c'est de savoir qui occupera son bureau à Neerpede. Ils se demandent aussi si Coucke prendra ses quartiers au centre d'entraînement. Roger Vanden Stock y avait un bureau et passait son temps entre les trois salles de réunion et le bureau de Van Holsbeeck. Coucke devra surtout veiller à ce que son personnel fonctionne efficacement. Depuis son arrivée, en mai 2015, le directeur opérationnel Jo Van Biesbroeck a pratiquement engagé un employé par semaine. Dans certains départements, le nombre de collaborateurs a triplé, voire quintuplé. Le club a dépensé beaucoup d'argent pour des postes dont il se passerait facilement. C'est ainsi qu'un agent de joueurs est payé pour effectuer du travail de scouting à l'étranger. Le problème de Van Holsbeeck, c'est d'avoir voulu faire plaisir à trop de gens. Au sein du club, on craint donc une restructuration ou, à tout le moins, une réorganisation, même si, actuellement, ces craintes ne reposent sur rien. La vague d'engagement avait reçu le consentement d' Alexandre Van Damme, l'homme fort d'AB InBev, dont on dit qu'il exerce encore une certaine influence sur le RSCA. Van Biesbroeck a conféré une nouvelle dynamique à Anderlecht et faire marche arrière ne serait pas cohérent. Depuis qu'on a abattu des murs et redistribué l'espace, le premier étage de Neerpede ressemble à un département ministériel. " Jusqu'il y a peu, les entraîneurs et les joueurs venaient chaque jour discuter le coup mais ça se fait de moins en moins ", nous dit-on. " Officiellement, les joueurs n'ont même plus accès aux bureaux. Je comprends que les gens qui portent un training d'Anderlecht s'y sentent mal car ils sont en minorité. " Inversement, le personnel n'a pas accès au restaurant -celui-ci est exclusivement réservé à l'équipe première et aux réserves. Philippe Collin, qui a dessiné le bâtiment de Neerpede, aurait eu cette idée lors de visites de travail dans de grands clubs européens. Ce n'était sans doute pas son intention mais, au cours des dernières années, un gouffre s'est creusé entre les services opérationnels et les départements sportifs tandis qu'à Arsenal, magasiniers, employés administratifs et joueurs se croisent chaque jour. Personne ne s'étonne que le jardinier ou le responsable du matériel prenne place aux côtés d' Arsène Wenger au restaurant. Avec son enthousiasme et ses qualités de meneur d'hommes, Coucke pourrait rapprocher deux mondes qui, aujourd'hui, se parlent peu. Les membres du personnel sont plus performants lorsqu'ils se sentent plus proches de l'équipe première. Il n'est pas normal que des employés ne savent pas contre qui Anderlecht joue le week-end suivant. Il y a un point sur lequel tout le monde est d'accord : avec des concepts comme le product placement, l'image-building et le branding, Van Biesbroeck a en partie, dépoussiéré l'image d'Anderlecht. Il a eu cartes blanches pour développer ses idées et en a profité tandis que Van Holsbeeck et Kindermans ont oublié d'entreprendre des réformes. Ces dernières années, Anderlecht était donc un club à deux vitesses : une partie avait pris le TGV tandis que l'autre roulait toujours dans un train à vapeur. Cela s'est surtout vu en matière de formation. Ça fait longtemps que Kindermans demande qu'on augmente le nombre d'entraîneurs à temps plein mais cela lui a toujours été refusé. Lorsque Van Biesbroeck voulait engager quelqu'un, par contre, il le faisait. Manifestement, la professionnalisation de l'école des jeunes n'était pas une priorité. Anderlecht doit donc faire avec des entraîneurs à mi-temps ou des formateurs qui ne peuvent se libérer qu'en soirée. À Neerpede, toutes les personnes concernées de près ou de loin par la formation se demandent si le duo Coucke - Devroe va remédier à cela. À terme, les Bruxellois doivent viser une organisation identique à celle de l'Ajax : des entraîneurs professionnels qui sont d'anciens joueurs du club. À cet égard, le cas d' Yves Vanderhaeghe en dit long : Anderlecht a laissé filer un savoir-faire qu'il avait sous la main. Par le passé, l'actuel entraîneur de La Gantoise a en effet souvent téléphoné pour voir si le club n'avait pas besoin d'un entraîneur de jeunes mais, à chaque fois, il a reçu une réponse laconique. Aussi étonnant que cela puisse paraître, Emilio Ferrera n'a éprouvé aucune difficulté à entrer à Neerpede, en 2017. Mais son arrivée a fait l'effet d'une petite bombe atomique. Et neuf mois plus tard, il faut de nouveau faire le ménage. Kindermans, directeur du centre de formation de Neerpede, et Ferrera, entraîneur des U21, avaient conclu une sorte de pacte de non agression mais tout le monde savait que les deux hommes ne s'appréciaient pas. Cela fait des mois que Kindermans refuse d'assister aux matches des U21 et qu'il n'a rien à dire au sujet de cette catégorie. Ferrera ne coopère pas non plus avec Stéphane Stassin, le coach des U19. Au sein de l'école des jeunes, beaucoup de gens ont compris que cette structure n'était plus tenable, en tout cas pas dans la forme que lui ont conférée Ferrera et Kindermans. Un des deux hommes va donc devoir partir et beaucoup pensent que ce sera Ferrera. Même ses plus grands détracteurs reconnaissent pourtant qu'il fait de l'excellent boulot. En un minimum de temps, il a préparé cinq jeunes joueurs pour le noyau A ( Francis Amuzu, Mohammed Dauda, Alexis Saelemaekers, Abdoul Dante et Albert Mboyo Sambi Lokonga), conférant ainsi une plus-value financière. Mais ses relations problématiques avec ses collègues et avec les joueurs posent problème. Plusieurs U21 espéraient ainsi qu'il accompagne Michel Preud'homme à Bordeaux. " Même avec les titulaires, il ne s'entend pas ", dit un joueur. Le caractère de Ferrera énerve de nombreux entraîneurs de jeunes. Voici peu, Bruno Taverne, entraîneur des U21 a claqué la porte. Il était pourtant un des meilleurs amis de Ferrera, qui l'avait engagé mais lui reprochait de ne pas s'engager suffisamment pour le club. Résoudre l'énigme Ferrera, c'est une chose. Mais la plus grande des priorités consiste à stopper ou du moins à freiner l'exode des jeunes talents. Devroe va devoir convaincre quelques U17 qui ont brillé lors de la dernière ABN AMRO Future Cup de l'Ajax de rester à Bruxelles. Jéremy Doku, un ailier, aurait déjà trouvé un accord avec Liverpool. L'adolescent fait partie de l'agence de joueurs anglaise Stellar Group et signera un contrat avec les Reds le jour de ses 16 ans, en mai. Anderlecht veut à tout prix conserver deux autres jeunes talentueux : Halim Timassi, décrit comme le nouveau Marouane Fellaini, et Eliot Matazo. Le club compte beaucoup sur Timassi qui, en principe, signera un contrat de trois ans et laissera tomber des propositions de l'Inter Milan et de Stoke City. Les négociations sont au point mort depuis le début de l'année car son entourage ne savait pas à qui s'adresser à Anderlecht. C'est dire à quel point une reprise peut paralyser un club.