A quelque chose malheur est bon: le premier tour de championnat très gris de Mouscron avait permis à Hugo Broos de lancer des jeunes dans le bain. Depuis, le nom de Jonathan Blondel est sur toutes les lèvres.
...

A quelque chose malheur est bon: le premier tour de championnat très gris de Mouscron avait permis à Hugo Broos de lancer des jeunes dans le bain. Depuis, le nom de Jonathan Blondel est sur toutes les lèvres. Les Hurlus ont de l'or dans les mains avec ce gamin doué mais ils savent que tout est fragile pour un gosse épié par de grands clubs qui, demain, peut connaître le même destin qu'un Marc Degryse ou s'évaporer comme la buée du matin, à l'image d'un Joseph Varicchio, promis naguère au plus bel avenir sportif mais qui ne devint jamais un deuxième Enzo Scifo. La frontière entre réussite et échec est tellement ténue. "Je sais et c'est pour cela que je vis sans me mettre la pression", dit-il. Un bel exemple de sagesse pour un ado dont le menton n'a pas encore connu le feu du rasoir. Ne pas tricher avec luiHugo Broos: "Il faut faire attention car on peut griller une telle promesse en moins de deux. Je ne veux pas tricher avec lui. Je lui ai dit que cette saison était celle de l'apprentissage. Jonathan doit trouver ses marques, s'habituer à son nouvel environnement sportif, digérer un rythme de travail beaucoup plus élevé que chez les jeunes, s'habituer à l'intérêt de la presse qui ira en grandissant, etc. Les médias ont parlé de lui avant qu'il ne fasse ses débuts en D1: c'est dire si l'attente est importante. J'aurais pu lui promettre la lune quand il a eu ses contacts avec Schalke 04 et Manchester United. A ce propos, les Anglais furent plus corrects que les Allemands. Manchester avait l'intention de le faire transiter par son centre de formation. Les dirigeants de la Rhur lui promirent une présence dans le noyau A de Schalke. Mais deux mois plus tard, le coach peut estimer que le jeune est fatigué. Ce dernier est mis au repos dans le noyau B et son monde s'écroule. Il n'a pas tous ces problèmes à Mouscron. Il ne doit plus rester avec les jeunes et on le ménagera quand il le faudra car ses qualités et ses défauts sont connus. Il sait ce que j'attends de lui: progresser et être titulaire à part entière dès le prochain championnat. Je n'aime pas le jeu des comparaisons. Quand on le compare à Marc Degryse, on songe surtout à sa stature: il fait à peine 1,70 m en se dressant sur la pointe des pieds. Degryse marque plus facilement que Blondel. Ce dernier est un neuf et demi comme on dit en France, à l'aise entre le milieu offensif et les attaquants de pointe. Il me fait plus penser à Alain Giresse qu'à Marc Degryse. Il ne marquera jamais 25 buts par saison et se contentera d'une demi douzaine de goals mais ses assists seront bien plus nombreux. Il m'a épaté contre Bruges à la fin du premier tour dans un rôle de deuxième attaquant, libre de tourner derrière l'homme de pointe. Mais je ne peux que le répéter: -Attention, fragile. Le club le sait mais l'Union Belge ne nous aide pas: il partira bientôt à un stage de quatre jours, à Chypre, avec l'équipe nationale des -19 ans. Je ne trouve pas que ce soit une bonne chose. Quand Mouscron le récupèrera, il devra lui permettre de se reposer car, à 17 ans, on n'enchaîne pas facilement les entraînements d'un club de D1 et les voyages. Mais je ne lui demanderai jamais de renoncer à une sélection nationale. Ça ne se fait pas".Il dépose son salaire sur son carnet d'épargne.A 17 ans, Jonathan Blondel se soucie d'abord de jouer et la gestion de son potentiel physique n'est pas nécessairement au centre de ses préoccupations. Il avoue son admiration pour Zinedine Zidane mais n'a pas de modèle à suivre. A Marbella, où Mouscron a préparé ses armes avant la reprise, il a eu un tout petit problème intestinal, comme d'autres, peut-être dû aux crudités avalées à l'heure des repas, et affirma que le travail était dur. "Je n'ai toujours pas l'ombre d'un regret de ne pas avoir signé à Schalke ou Manchester United", commente Jonathan. "C'était tentant mais, dans le fond, il était dangereux de courir sans avoir appris à marcher. Je n'ai pas du tout renoncé à jouer à l'étranger. Mes projets ne sont que reportés. Je n'étais pas prêt, je ne lui suis toujours pas. Je n'avais aucun acquis en D1. Quand ce sera fait, il sera plus facile de revoir le problème. Il est finalement plus sage de démarrer dans le championnat de Belgique. Après, on verra". L'Excelsior de Mouscron a dû jouer serré afin de ne pas être pris de vitesse par Schalke et Manchester United. Au-delà du plan de carrière, de la gestion d'un début de carrière, il y a aussi l'argent. Même si son manager était plus favorable à un départ vers les sommets étrangers, il a respecté le choix du joueur tout en l'aidant à signer un bon contrat jusqu'en 2005. "L'argent n'est pas le plus important", dit Jonathan Blondel. "Je dépose mon salaire sur mon carnet d'épargne. Je ne veux penser qu'au football".On ne dévalisera pas le centre de formation de MouscronUn choix aussi important que le sien constitue un placement pour l'avenir. Un autre jeune a fait un choix totalement différent: Jimmy Hempte. Hugo Broos lui avait proposé un contrat de trois ans. Il a refusé et le coach des Hurlus ne cache que cette attitude l'a déçu. Hempte ne sera pas repris dans le noyau A. "Je comprends l'attitude de notre coach, je la partage et je la soutiens à fond", affirme Jean-Pierre Detremmerie, le Maître de Mouscron. Ce dernier fait parfois semblant de découvrir les voracités de certains (clubs, managers, etc.). Il n'ignore pas du tout que les gentils s'y font manger et sait que les jeunes sont l'or de demain. L'Excelsior de Mouscron s'inscrit dans la logique des grands clubs formateurs à la française. " Lorenzo Staelens a entamé son travail, l'Excel espère ouvrir un Foot-Etudes en Flandre, à Menin, c'est dire si notre club a des projets", certifie le maire de Mouscron. "Mais je ne supporte pas qu'on tente de nous voler nos jeunes joueurs. Ces derniers doivent comprendre que le débat est aussi important pour eux que pour nous. On ne dévalisera jamais notre centre de formation. Hempte refuse une offre très intéressante pour un jeune formé chez nous. C'est son droit mais libre à nous, alors, de ne pas le mettre en vitrine pour le profit exclusif d'autres clubs. Il est grand temps que l'UEFA fixe enfin des indemnités pour chaque année passée par un jeune dans son club formateur. La réussite de Jonathan Blondel sera une bonne chose pour nous. Il mûrira sans pression excessive. Ses parents ont compris l'importance du débat et joué un rôle important dans ses choix. Il aurait eu tort de briser cette harmonie. Nous avons fait des efforts pour lui, et pour les autres, sur le plan financier. Mais le plus important était de les inscrire dans un projet sportif personnel et collectif". Jonathan Blondel n'a pas encore son permis de conduire. Il se partage entre les domiciles de ses parents, séparés, et le stade de l'Excel. Son grand-père fait office de chauffeur. Blondel obtiendra son permis de conduire en avril, quand il fêtera ses 18 ans: "Personne ne m'impose quoi que ce soit. J'ai mon cercle familial pour noter des conseils. Hugo Broos m'a lancé en D1 mais il n'est pas hyper-exigeant. Je trouve même qu'il ne parle pas beaucoup, c'est connu. Les échanges sont simples, pas très longs mais je mesure ce qu'on attend de moi. A Mouscron, tout est réglé jusque dans les plus petits détails sur le plan tactique et technique. L'équipe première et les jeunes évoluent selon le même canevas tactique. Mais, en gros, je ne pense pas trop à tout ça. Je joue d'abord selon mon inspiration du moment. A la limite, je ne sais pas exactement comment Zoran Ban ou Marcin Zewlakow adorent être servis. D'après moi, ce sont les événements du match qui décident. Tout le monde s'adapte sans cesse au match: moi, les autres, les adversaires. Je n'ai pas de préférences dans le secteur offensif mais j'aime bien me situer le plus près possible de la zone de percussion. Je n'ai pas été étonné par le niveau de la D1. J'ai finalement l'impression que tout se passe très naturellement. Cependant je ne jouerai pas tout le temps car j'ai encore besoin de plages de repos et de détente". Pas peur de Lembi ou de De BrulQuand Blondel monte au feu, il ne s'épargne pas, court encore un peu partout. "Jonathan est encore un jeune chien fou", précise Hugo Broos. "Il veut être un peu partout à la fois. Il doit encore apprendre à gérer tout son potentiel durant 90 minutes. A son âge, un joueur donne tout et tout de suite. Or, il faut aussi savoir ménager sa monture afin de faire la différence, s'il le faut, au coup de sifflet final. En revanche, il a de la hargne et est sans complexe. Les tours et autres armoires à glaces brugeoises n'ont pas du tout gêné Jonathan Blondel. D'autres auraient eu peur de Nzelo Lembi ou de Tjorven De Brul: lui pas... J'étais très déçu à la fin du premier tour par une trop maigre récolte de points. L'ambiance a cependant changé et les jeunes y sont pour beaucoup. Il n'est jamais facile de faire son trou quand les résultats ne sont pas fameux. Grâce à eux, la concurrence est plus vive qu'avant: des jeunes sont là, bien décidés à saisir leur chance. On verra comment le championnat évoluera mais dès que nous serons sauvés, je leur ferai de plus en plus souvent confiance. L'avenir est prometteur". Né de père français, Jonathan Blondel a toujours eu une carte d'identité belge: "La Belgique est mon pays et je n'ai jamais songé à jouer à Lens ou à Lille". Où jouera-t-il en 2005, à la fin de son contrat actuel à Mouscron? "Je ne sais pas. Rien ne dit que je ne prolongerai pas à l'Excel", lance-t-il. "Il ne me déplairait pas non plus de jouer dans un des grands clubs belges".Dia 1Pierre Bilic, envoyé spécial à La Manga