On ne sait pas très bien si l'architecte Johan Boskamp s'est lancé dans la construction de la Tour Eiffel, l'édification de l'Empire Stade Building ou le creusement du Canal de Panama mais une chose est sûre : Sclessin a les pieds et les mains dans le ciment. Le Standard se lance dans une nouvelle période de grands travaux. Les Liégeois s'inspirent peut-être de l'exemple des Chinois qui viennent de terminer le barrage des Trois Gorges sur le fleuve Yang Tse, un chantier gigantesque auquel le président Sun Yat-sen pensait déjà au début du siècle. Les Chinois ont été patients et les Liégeois semblent l'être quasiment autant qu'eux. La saison passée, Dominique D'Onofrio, son staff et ses joueurs bataillèrent longtemps avant de lâcher la roue d'Anderlecht et de mériter un billet de participation au troisième tour qualificatif de la Ligue des Champions. C'était une récompense pour un groupe qui n'avait pas trop ...

On ne sait pas très bien si l'architecte Johan Boskamp s'est lancé dans la construction de la Tour Eiffel, l'édification de l'Empire Stade Building ou le creusement du Canal de Panama mais une chose est sûre : Sclessin a les pieds et les mains dans le ciment. Le Standard se lance dans une nouvelle période de grands travaux. Les Liégeois s'inspirent peut-être de l'exemple des Chinois qui viennent de terminer le barrage des Trois Gorges sur le fleuve Yang Tse, un chantier gigantesque auquel le président Sun Yat-sen pensait déjà au début du siècle. Les Chinois ont été patients et les Liégeois semblent l'être quasiment autant qu'eux. La saison passée, Dominique D'Onofrio, son staff et ses joueurs bataillèrent longtemps avant de lâcher la roue d'Anderlecht et de mériter un billet de participation au troisième tour qualificatif de la Ligue des Champions. C'était une récompense pour un groupe qui n'avait pas trop bougé durant l'été 2005. Cette fois, l'effectif a été revu de fond en comble et un des buts recherchés est probablement de passer d'un excès de contre-attaques survolant la ligne médiane à un jeu plus lié. Il fallait bien un bâtisseur de cathédrales comme Boskamp afin de changer à ce point de cap. Attention, chantier... Avec 28 buts seulement à son passif (deux de moins que la saison précédente), la défense liégeoise avait été, plus que les autres secteurs de l'équipe, à la base de la bonne campagne 2005-2006. C'était un domaine stable, solide, athlétique ayant beaucoup de vécu avec Vedran Runje (Gardien de l'Année), Eric Deflandre, Ogushi Onyewu, Jorge Costa et Philippe Léonard, sans oublier l'apport du prometteur Mohammed Sarr ou d'Ivica Dragutinovic et de Mathieu Beda qui quittèrent le club rouche en cours de saison. Digne et discret successeur des Jean Nicolay, père et fils, et de Christian Piot, Claudy Dardenne a bien travaillé avec Runje, transféré à Besiktas, et il continue, depuis la reprise, avec Olivier Renard et tous les portiers liégeois. C'est important car le visage de cette ligne a changé et l'affirmation de Sarr pourrait constituer une belle satisfaction dans le chef des Liégeois. Dans son désir de procurer au plus vite de la profondeur à ses attaquants, le Standard a souvent survolé sa ligne médiane en 2005-2006. Le staff technique a demandé à ses hommes de varier les coups mais le pli de contre à outrance fut vite pris, étala ses atouts mais aussi ses faiblesses comme ce fut le cas lors d'un tournant décisif dans la course au titre, à Anderlecht. Boskamp a toujours été l'apôtre d'un autre système de jeu, plus élaboré, avec une ligne médiane active. Dans ce contexte, la venue du jeune prodige qu'est Steven Defour est importante. A Genk, il a démontré des qualités de meneur et de penseur qui enrichit le jeu de ses voisins. Ce transfert spectaculaire permet au football belge de garder un bijou dans l'écrin de la D1. Il a du vécu autour de lui avec Sergio Conceiçao (enfin calmé ?), Milan Rapaic, Milan Jovanovic, etc. Que ce soit en 4-4-2, en 4-3-3 ou en 3-4-3, le Standard variera ses stratégies mais la qualité de cette mue dépendra grandement d'un nom : Defour. Même si Mémé Tchité et ses 16 buts (deux de moins que le roi des buteurs, Tosin Dosumnu du G. Beerschot) furent très utiles, le Standard marqua nettement moins de buts qu'Anderlecht lors de l'exercice précédent (51 pour les Rouches, 72 pour les Mauves) et ce fut une des clefs de la lutte en tête du classement. Dès lors, le transfert du tirailleur liégeois au stade Constant Vanden Stock (où il avait passé un test insuffisant il y a quelques années) a défrayé la chronique. Tchité ne voulait pas prolonger son contrat et le Standard préféra le vendre en été que de le voir partir pour rien plus tard. Mais les tractations avec la flèche noire n'auraient-elles pas du être menées en hiver afin d'éviter ce départ très brutal ? Boskamp misera sur la mobilité de ses attaquants à l'extérieur et la taille à domicile. Igor De Camargo cherchera à se faire une place au soleil. L'attaque sera à la hauteur si elle efface le souvenir de Tchité. Boskamp a la foi, le sourire et des épaules de déménageur : ce sera utile. Il n'a pas caché, en débarquant à Sclessin, que ce défi lui plaisait énormément. Avec lui, les joueurs doivent marcher droit. Cet adepte des jeunes (leur fera-t-on enfin véritablement confiance à Sclessin ?) se moque des noms et de ceux qui se croient plus importants que les autres dans le vestiaire. Le Bos, c'est lui et personne d'autre. Il est important d'avoir un bon architecte quand on se lance dans de tels travaux de rénovation. PIERRE BILIC