"Nouvelle préparation ", " six semaines de boulot ", " du temps pour la mise en place " : des termes que Yannick Ferrera a utilisés et réutilisés lors de ses débuts à Liège. Pour lui, c'était clair : difficile de faire jouer très vite l'équipe selon ses principes. Il devait découvrir son groupe, faire passer ses idées et, selon ses propres mots, réparer les dégâts causés par SlavoMuslin. Il nous a ainsi lâché, peu de temps après son arrivée : " Je ne pense pas que c'est sur son seul bilan qu'il a été viré. Je crois que c'est aussi en grande partie en raison du travail sur le terrain. Il y a eu l'élimination contre Molde mais les choses n'allaient déjà pas bien, avant cela, au niveau du travail quotidien. "
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"Nouvelle préparation ", " six semaines de boulot ", " du temps pour la mise en place " : des termes que Yannick Ferrera a utilisés et réutilisés lors de ses débuts à Liège. Pour lui, c'était clair : difficile de faire jouer très vite l'équipe selon ses principes. Il devait découvrir son groupe, faire passer ses idées et, selon ses propres mots, réparer les dégâts causés par SlavoMuslin. Il nous a ainsi lâché, peu de temps après son arrivée : " Je ne pense pas que c'est sur son seul bilan qu'il a été viré. Je crois que c'est aussi en grande partie en raison du travail sur le terrain. Il y a eu l'élimination contre Molde mais les choses n'allaient déjà pas bien, avant cela, au niveau du travail quotidien. " Yannick Ferrera est arrivé vers le 10 septembre. Deux mois plus tard, le Standard sortait son premier match référence, contre Anderlecht. Le coach avait parlé de six semaines, il était presque dans les temps. A la mi-décembre, nouvelle démonstration de force, cette fois contre Bruges. Si on reprend les commentaires de l'époque, cette équipe allait clairement se qualifier pour les play-offs, voire jouer carrément le titre. Sur le terrain, le Standard était - avec Gand - ce qui se faisait de mieux en Belgique. Initiatives, domination, mouvements, spectacle, buts, victoires : tout y était. Oui mais ça, c'était avant. Aujourd'hui, il reste quatre matches pour finir dans les six premiers. Contre Charleroi, Anderlecht, Genk et Malines. Deux duels contre des concurrents directs et un clasico. Et l'équipe actuelle par rapport à celle qui avait étouffé Anderlecht et Bruges ? Plus rien à voir. Les compos ci-contre sont édifiantes. Cinq titulaires du match contre le Club ne sont plus là. Dans le onze de départ, il y avait aussi des joueurs qui ont plus ou moins disparu de la circulation entre-temps pour méforme, blessure ou nouvelle concurrence. Jonathan Legear n'a joué qu'une mi-temps en 2016. Dino Arslanagic est sur le banc. Renaud Emond cherche la confiance et la forme. Guillaume Hubert sait qu'il ne peut plus compter que sur une indisponibilité de Victor Valdés pour encore jouer cette saison. Autre constat chiffré révélateur : dans l'équipe qui a perdu contre Saint-Trond au début de ce mois, cinq titulaires étaient des joueurs arrivés en janvier. Le Standard a déjà utilisé 35 joueurs dans ce championnat ! CQFD : le Standard de 2016 n'a plus rien à voir avec celui qui s'était complètement relancé en novembre et décembre. Et c'est là qu'on s'étonne. Le coach avait tout construit, la direction a entre-temps tout cassé, il faut maintenant tout refaire. Il faut six semaines pour mettre une équipe en place, c'est donc Yannick Ferrera qui le dit. Pour les play-offs, ça risque d'être trop court. Matthieu Dossevi avait le masque en quittant le Kuipje de Westerlo : " Chaque fois qu'on a une occasion de se mettre dans le top 6, on rate le coche. On se focalise peut-être un peu trop sur le classement. On se met peut-être trop de pression. On est champions du monde entre les deux rectangles, mais pour le reste... " Le même joueur a un avis assez tranché sur les multiples mouvements de janvier : " Les joueurs qui sont arrivés ont des qualités mais toute la cohésion du groupe est à refaire. Les liens, les amitiés, ça se crée en dehors des matches, avec le temps, dans les sorties entre joueurs, quand on fait des conneries ensemble. Alors, quand il y a autant de départs et d'arrivées, il faut un peu repartir de zéro. Et là, on est obligé de le faire dans l'urgence parce qu'il y a une obligation de points. Tout ça, c'est plus dur à gérer que l'aspect tactique. Alors que c'est cette cohésion qui te fait parfois gagner des matches dans les moments difficiles. " Cohésion : on en est loin dans le groupe actuel. Des joueurs qui ont connu le haut niveau voient qu'ils seront peut-être contraints de jouer les insupportables play-offs 2 et ça peut expliquer certaines frictions. Lors d'un entraînement, la semaine dernière, Alexander Scholz a par exemple lancé à Adrien Trebel : " Vu que c'est toi le capitaine, c'est à toi de montrer l'exemple. " Une petite pique révélatrice d'un état d'esprit. Il y a aussi une certaine grogne liée à la finale de Coupe. Le rendez-vous pour discuter des primes a été plus d'une fois reporté et ça énerve les cadres. Et puis, il y a comme partout des frictions entre des joueurs et le coach. Sa recette pour que ça se passe au mieux ? Ce qu'il a appris durant son régendat en éducation physique ! " Tous les jours, cette formation m'aide. J'avais un cours sur la gestion de groupe, on nous apprenait comment capter l'attention des gens. Un noyau de foot n'est pas une classe mais il y a des bases communes qui me sont fort utiles. J'ai appris à adapter ma communication en fonction des personnalités que j'ai en face de moi. Le degré d'exigence est le même pour tous les joueurs mais mon message peut varier d'une personne à l'autre. Quand un jeune de 18 ans arrive dans mon noyau, je lui fais remarquer qu'il a la chance d'être là. Mais je ne vais pas non plus le lui répéter dix fois. Après deux fois, il doit avoir compris, et si pas, je prends un autre. Quand un joueur n'a pas l'attitude adéquate, je lui dis. Rater un contrôle ou une passe, ça peut arriver à tout le monde. Ne pas avoir la bonne attitude, c'est un souci. Le jeune qui arrive ne doit pas faire de bruit mais il doit donner sa vie. " On connaît le côté cash de cet entraîneur. Il n'a pas de porte de derrière, que ce soit à l'interview ou sur le terrain d'entraînement. Forcément, ça fait parfois des étincelles. Avec Anthony Knockaert, ça a pété. Et c'est loin d'être un cas isolé. Il y a eu des clashes avec Mohamed Yattara, Ivan Santini, Dino Arslanagic. Après le match perdu à Ostende en décembre, devant tout le groupe, il a accusé Sambou Yatabaré d'avoir commis une perte de balle ayant amené un but. Le joueur l'a très mal pris. Le soir du match perdu contre Gand, on avait croisé Julien de Sart qui nous avait dit : " Il n'y a pas de retour en arrière possible, je vais quitter le Standard, ma relation avec Yannick Ferrera est sans issue. " A la moindre occasion, les joueurs visés lui font remarquer qu'il a encore tout à prouver, qu'il n'a ni carrière de joueur, ni parcours de coach de haut niveau. La défaite face à Gand n'a rien arrangé. Yannick Ferrera a reproché publiquement à ses joueurs de ne pas avoir appliqué ses consignes. Les mêmes joueurs ne comprennent toujours pas pourquoi il a autant adapté son dispositif à l'adversaire alors que le Standard était occupé à enchaîner les bonnes prestations en pratiquant son propre jeu. Et donc, il y a ce mercato qui fâche. Le directeur général, Bob Claes, s'est épanché ce week-end dans Le Soir et Sudpresse. Entre une pique vers Gand (" Hein Vanhaezebrouck est sans doute nerveux de voir que son club, qui dispose de beaucoup plus d'argent, est passé à côté de joueurs qu'il voulait et qui sont maintenant au Standard ") et une autre vers Anderlecht (" On ne travaille pas comme Roger Vanden Stock, je n'ai pas l'habitude d'analyser les autres clubs quand je ne dispose pas de toutes les informations. "), il réfute l'idée que tous les transferts de janvier pourraient perturber l'équipe : " On a bien réfléchi à ce problème avec Yannick Ferrera, de manière à lui permettre de garder l'équilibre. " Les derniers matches démontrent tout le contraire. Bob Claes donne aussi l'impression qu'il a piloté ce mercato. On y repense dans un couloir du stade de Westerlo, dimanche soir, en entendant cette réflexion : " Leur direction sportive tricéphale va péter. " C'est clair que ce mercato intrigue. Le directeur reconnaît qu'il a coûté un million au Standard (5,5 millions de rentrées et 6,5 millions de dépenses). Mais on a pour le moment l'impression que le Standard a dépensé de l'argent pour déforcer son équipe. On pourrait revenir sur le cas Victor Valdés, une grosse folie qui sera encore plus incompréhensible s'il n'y a pas de qualification pour les play-offs. L'Espagnol a récemment confié à un proche qu'il n'excluait pas de prolonger à Liège. Mais ça, c'était avant les défaites contre Saint-Trond et Westerlo. Il a peut-être changé d'avis entre-temps. Outre le cas Valdés qui bloque l'éclosion de Guillaume Hubert (c'est trop simple de dire qu'il progresse en s'entraînant avec ce grand nom), il y a eu des mouvements qu'on ne comprend toujours pas. La résurrection du Standard, en novembre et décembre, s'expliquait en partie par l'installation de deux duos costauds dans des zones clés : Alexander Scholz et Jorge Teixeira en défense centrale, Adrien Trebel et Sambou Yatabaré dans le milieu du jeu. Pourquoi avoir laissé partir Teixeira et Yatabaré ? Même s'ils avaient des envies d'ailleurs, le Standard restait maître du jeu. Idem avec Anthony Knockaert. Le club a fait une excellente affaire en le vendant à Brighton pour 3,5 millions alors qu'il était arrivé gratuitement, mais la perte sportive est claire. On peut étendre le raisonnement à Julien de Sart qui aurait pu être utile suite au départ de Yatabaré. Le Standard a misé sur Giannis Maniatis mais ce n'est pas très concluant jusqu'ici. Il est à court de rythme mais il faut gagner des matches tout de suite. Il y a eu treize départs et huit arrivées en janvier. On en revient à cette " direction sportive tricéphale ". Qui prend aujourd'hui les décisions sportives au Standard ? Cinq personnes interviennent, c'est énorme : Bruno Venanzi, Bob Claes, Axel Lawarée, Daniel Van Buyten et Yannick Ferrera. L'agent Christophe Henrotay joue aussi un rôle important dans le recrutement. Pas étonnant, dans ces conditions, que la cacophonie s'installe. On entend par exemple que Jean-Luc Dompé n'était pas souhaité par l'entraîneur, qui n'était pas fan de lui quand ils étaient ensemble à Saint-Trond. Et chacun veut montrer son utilité, son efficacité. Quitte à ce que ce soit démenti par une autre de ces personnes. Bob Claes dans la presse ce week-end : " J'ai lu que le transfert de Milos Kosanovic s'était réglé entre Olivier Renard et Daniel Van Buyten. C'est faux. C'est un transfert que j'ai réglé de A à Z. Quand je lis ça, dois-je réagir ? " C'est fait... Et à la question " Daniel Van Buyten est-il intervenu dans le transfert de Victor Valdés ? ", la réponse du directeur est nette : " Non. " De son côté, Big Dan nous répète qu'il a bel et bien joué un rôle : " J'ai passé des coups de fil à Louis van Gaal et à Pep Guardiola. La presse ne dit pas la vérité sur ce transfert. " PAR THOMAS BRICMONT ET PIERRE DANVOYE - PHOTOS BELGAIMAGELa direction a dépensé 1 million pour... déforcer son équipe. " Je confirme que j'ai appelé Van Gaal et Guardiola pour faciliter le transfert de Valdés. " DANIEL VAN BUYTEN